CHRONIQUE PAR ...

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Sebrouxx
le 06 juin 2008




SETLIST

Testify

Bulls on parade

People of the sun

Bombtrack

Know your enemy

Bullet in the head

Born of a broken man

Renegades of fun

Guerilla radio

Down rodeo

Calm like a bomb

Sleep now in the fire

War within a breath



Rappels



Freedom /Township Rebellion

Killing in the name

AFFILIÉ

04 juin 2008 - Paris - Bercy


Rage_Against_the_Machine_Paris_-_Bercy_20080604

Je suis une légende aurait largement pu orner en guise de sous-titre les affiches annonçant la venue de Rage Against The Machine à Paris. Sept ans après sa séparation et sans pour autant offrir de nouvel album, le groupe de Los Angeles entretient le mythe et ne faillit pas à sa réputation : setlist aussi courte que convenue et absence pathologique de toute communication avec un public acquis à sa cause. La preuve : le 17 500 places du POPB se sont vendues en moins de vingt minutes. Faites le calcul : 80 minutes de show bouillant pour 45 euros la place en fosse, cela élève la minute de spectacle à environ 0,5 euros. De quoi filer la rage contre sa machine à calculer…

Dix-huit minutes pour remplir Bercy, certes la performance est là et prouve bien que RATM peut se lancer dès demain dans la musette, il vendra. Le tout sera de conseiller au tour management de songer à offrir avec chaque place une bonne poignée de graviers, histoire de se l’introduire dans le derrière après le concert. Ne boudons pourtant pas notre plaisir car tout un chacun était prévenu… ou alors de mauvaise foi. Parce que venu là par hasard, c’est peu probable. Maintenant mieux vaut offrir 1 heure de 20 de show de bonne facture que de mater sa montre pendant 3 heures (un concert de mauvais prog’). Et de toute façon RATM ne négocie pas, ne négocie rien. La cause est entendue, autant fermer la parenthèse qui, néanmoins, alimente bon nombre de forums musicaux depuis quelques jours.

En revanche, autant l’avoir mauvaise (vous savez, la rage en question) contre un son absolument exécrable, adjectif employé pour éviter user de plus vulgaires synonymes. Bercy n’a pas non plus failli à sa réputation, mais réaliser une balance aussi mauvaise force le respect. Conseillons aux organisateurs de faire appel, je ne sais pas, à par exemple Balance 30 min (“30 min avant le début de votre show, nous vous faisons une balance aux petits oignons”). Pire, en tentant de rectifier le tir, la situation s’est même dégradée donc retour fissa aux réglages d’origine (trop fort à gauche, supportable dans l’axe et inaudible à droite). On flirte avec l’amateurisme technique. A moins que dans les gradins…

Pourtant la première partie (Saul Williams, en lieu et place de Cypress Hill) offrait une qualité d’écoute plus qu’honorable. Encore fallait-il répondre présent puisque 90% des spectateurs se sont empressés de filer à la buvette, au stand merchandising, aux toilettes ou à l’atelier bricolage de cigarettes. Soyons honnête : il fallait se lever tôt pour pouvoir en profiter. S’en suit une longue, mais longue attente avant l’arrivée de RATM, patientons avec force rythme avec, entre autres, les Beastie Boys et Public Enemy. Radio Nostalgie 90’s. Les VIP ont pu apprécier. C’est le cas de DJ Kilmore d’Incubus, de Kemar de No One Is Innocent et paraît-il de Chester Bennington et Mike Shinoda de Linkin Park. Et comme tout le monde, ils ont patienté…

22H10 et halleluyah (sauf pour les videurs contraints de contenir le public des gradins désireux de descendre à leur place), les premières notes de l’Internationale (en VO) se font retentir. L’Etoile Rouge au centre de la scène en guise de seul décorum trouve enfin sa signification. Non, il ne s’agit pas d’une mauvaise pub lié à un partenariat avec la marque Converse All Star. De La Roche et ses zouailles débarquent alors avec un “Testify” qui renvoie les trentenaires (plus nombreux que prévu) à leurs années lycée ou collège (pour les retardataires). Les morceaux, pardon le premier album entrecoupé d’un best of des opus suivants, s’enchaînent à une vitesse folle. Folle pour ne pas dire inquiétante. Le but de l’opération est-il de battre un autre record après celui de la vente de billets : le record du show le plus court donné à Paris-Bercy (Manson est le tenant du titre) ? Non, l’absence de temps mort et donc de toute communication avec l’auditoire permet de maintenir l’érection parisienne, interdite de moshing et de crowd surfing (cool, il reste possible de pogoter, slammer, bravehearter….

Pas de communication, mais une sacrée communion avec un public qui reprend toutes les paroles “Bulls on Parade” à “War Within a Breath”. Et chante même les soli de gratte exécutés par un Morello des grands soirs (dont ceux “Bombtrack” et “Calm like a Bomb”). C’est le grand regret de la soirée (sauf pour la marque d’effets Digitech qui va vendre de la Whammy dès le lendemain dans tous les guitar shops de la capitale) : au regard de technicité de chacun des membres, tous pourraient amplement proposer quelques arrangements originaux, quelques ralentissements de rythme pour ensuite mieux recoller un coup d’accélérateur. L’autre option possible serait que le groupe s’offre quelques reprises, ce que De la Rocha a toujours refusé de systématiser chaque fois que proposition lui en a été signifiée par son management. Cela s’avère d’autant plus regrettable que le groupe possède un cover album à son actif. Le seul extrait exécuté en cette soirée sera un excellent “Renegades of Funk” d’Afrikaa Bambaataa. Tim Commerford et Brad Wilk s’en sont donnés à cœur joie sur cette petite pépite.

Zakk de La Rocha, lui, offre le minimum syndical, le public couvrant sa voix et ses hurlements de bout en bout. Il a fait l’économie de tout speech sur le Tibet libre ainsi que toute de gentillesse à l’égard de notre Président et/ot sa chère et tendre épouse chanteuse. Le spectateur est suffisamment grand (beaucoup de trentenaires) pour faire passer le message à grand renfort de noms d’oiseaux à l’adresse de notre Premier Magistrat. Un court rappel, composé des inénarrables “Freedom/Township Rebellion” et “Killing in the Name”, permet de calmer le jeu verbal pour mieux relancer les joutes physiques. Inutile d’espérer un second retour pour que le chaland se termine sur “How I Could Just Kill A Man” ou, mieux encore, “Wake Up”. Il devra prendre la porte, finalement trop fatigué et heureux pour se saisir de la suscitée mais non fournie poigné de gravillons…


OK, la setlist est convenue car même en l’absence de toute connexion Internet il ne fallait pas sortir de Saint-Cyr ou de chez la cartomancienne pour la deviner. OK, le son est à digne de porter l’affaire devant les plus hautes juridictions répressives. OK le public joue au badboy révolutionnaire. Mais, merde, que la courte soirée fut bonne : RATM offre LE son des années 90 qui restera sans aucun doute pendant encore un certain nombre d’années, et même de décennies. Autant le prendre ainsi, puisque Rage foulera à nouveau la France le 20 août prochain au Parc de Saint-Cloud. Et cette fois l’audience est forcément prévenue…


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