CHRONIQUE PAR ...

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Cosmic Camel Clash
le 25 mai 2008




SETLIST

N/A

AFFILIÉ

17 mai 2008 - Paris - La Locomotive


Nehemah_-_Blodsrit_-_Foscor_-_Finis_Gloria_Dei_-_Balrog_-_Farsot_Paris_-_La_Locomotive_20080517

FESTIVAL BLACK METAL IS RISING IV


Qu’il en a fait du chemin, le festoche Black Metal Is Rising ! Porté à bout de bras par les infatigables Acteurs de l’Ombre (site ici), le festival est passé d’une localisation confidentielle à Saint-Ouen l’an dernier (live-report ici) à la Grande Loco de Paris, ce qui n’est pas rien. Ne présentant aucun groupe en commun avec l’édition précédente, ce BMIR IV faisait de plus le pari d’englober le black metal dans une approche culturelle globale avec courts-métrages et stand de livres à l’appui. Alors ?


Suite à un timing un peu short, c’est avec Foscor que votre serviteur commence la journée. On constate dès quinze heures une belle affluence en tous cas : la salle est bien remplie et en papotant avec des membres du public on réalise que l’évènement a mine de rien drainé des blackeux d’un peu partout en France. Quant au concert des Catalans il met un peu de temps à démarrer : l’alchimie entre ambiances et agression est moins bien dosée en live que sur album, en particulier sur les compos plus anciennes. Mais à partir de la moitié du set le groupe enquille plusieurs titres de leur dernier disque en date The Smile Of The Sad Ones (chronique ici) et l’intensité se met à monter crescendo. La manière dont le groupe incorpore la mélodie dans ses blasts finit par prendre au tripes, et Foscor sort finalement de scène en ayant convaincu le public. Belle performance !

La programmation du BMIR cette année alterne concerts et projections de courts-métrages : pendant les changements de plateau le public est invité à regarder des films visibles depuis la salle et le bar. Or le public n’en a rien à foutre et on le comprend : mis à part un certain côté malsain et chaotique les atmosphères avant-garde des films n’ont rien à voir avec la musique jouée ! Quand Balrog arrive sur scène on est soulagé mais ça ne va pas durer: si le groupe bénéficie d’un frontman bien torturé et charismatique il semble dégager des atmosphères revues et archi-revues. Chant hurlé, blast, mid-tempo, un poil de mélodie, un plan thrash pour faire headbanguer la foule... tout ça est en définitive assez bof car redondant avec ce qui a été joué juste avant. La fosse n’en a cure et pogote joyeusement, mais l’ennui commence à pointer son nez devant ce manque d’imagination frustrant tant le black metal peut être profond et prenant.

Finis Gloria Dei restera dans les mémoires comme la blague de la journée. Entre le chanteur qui la joue nihiliste mais semble surtour ne pas savoir ce qu’il fait là et l’un des deux guitaristes qui restera en arrière tout le set comme s’il avait peur des gens, le groupe (à l’exception du bassiste) ne dégage rien. Rajoutez un trve black insipide et classique -c'est bien de faire du old-school, encore faut-il que ça sonne- qui n’aura que quelques moments plus thrash et catchy pour lui et vous obtenez un beau ratage. A noter que le stand littérature qui tente de vendre des ouvrages sociologiques sur le black récolte visiblement autant de succès que les courts métrages : les gens sont venus pour la musique et basta.

Et de la musique ils vont en avoir ; après un énième film montrant des images collées ensemble sur fond de bruit Farsot monte sur scène, et se révèle comme l’énorme surprise du jour. Il faut dire qu’ils tombent au bon moment car après trois groupes à tendance trve (même si Foscor a été plus subtil que les deux qui ont suivi) leur black complexe à tiroirs est un véritable bol d’air frais. Le groupe crée une ambiance fantastique en enchaînant moments de violence pure et mélodies intimistes avec talent, et le public qui prend rapidement conscience de son potentiel lui fait une ovation entre chaque morceau. Le black de Farsot rappelle celui (virtuose) de Kaatharsys le chant clair en moins, et leur sens de la composition hypnotise un parterre qu’il mène à la baguette. Un concert très impressionnant d’un groupe à suivre.

Passons sur le set de Blodsrit qui souffrira énormément de jouer du trve black après la claque Farsot (et dont la seule originalité sera à base de sang de porc), surtout que la tête d’affiche n’est pas n’importe qui : Nehëmah est tout de même une des plus grandes réussites du black français des années 2000 avec Deathspell Omega ! Et quand ils investissent la scène on comprend pourquoi : si les autres groupes faisaient du trve black, Nehëmah EST le trve black. Baigné dans une lumière verte, drapé dans une tunique à capuche qui cache son visage, Corven mène son trio et exhale un malaise à couper au couteau. Les blasts comme les passages mélodiques sont minimalistes, répétés encore et encore... et on tremble sur place. Le groupe ne parle pas. Le public n’est jamais éclairé. Il n’y a pas de pause, les morceaux sont enchaînés les uns aux autres en un énorme bloc compact. Impossible de faire plus noir et plus oppressant. C’est magistral.


Conclusion : malgré l’échec de l’approche culturelle et une tendance à aligner trop de groupes proposant une musique similaire, le BMIR IV aura tout de même été un succès. Parfait au niveau du site, très bien géré au niveau de l’orga (le timing était parfait), il ne reste au festival qu’à proposer une affiche variée la prochaine fois. Car trop de trve black tue le trve black, et quand on sait que le genre se décline en sympho, heavy, folk, pagan, viking... on se dit qu’un BMIR qui offrirait toute la palette du style au public ne serait pas loin du festoche black parfait. À l’année prochaine en tout cas !


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