CHRONIQUE PAR ...

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Cosmic Camel Clash
le 06 avril 2008




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Alcohsonic
Lyon - Rail Théâtre
(24 mars 2009)

29 mars 2008 - Paris - Les 4 Vents


Alcohsonic_-_The_Killbots_-_Cabron_Paris_-_Les_4_Vents_20080329

C’était samedi dernier, tout près d’Odéon, que les choses se passaient pour tous ceux qui comme nous étaient curieux de cette soirée estampillée rock’n’roll-stoner. A l’affiche, trois groupes, deux belges et un français. Passons vite sur la difficulté de recréer un climat désertique un soir morne et pluvieux à Paris - prenons cela pour un exercice de style, certes périlleux, et précisons en outre que le concert en question se passe, tenez vous bien mesdames messieurs dans une boîte zouk (détail saugrenu qui aura son importance).

À peine le temps d’arriver que le premier groupe, The Killbots, est déjà en place, prêt à en foutre un peu partout. La salle, de contenance modeste est quasi-vide, mais se remplira quelque peu par la suite. (m’enfin, on dépassera pas les 50 personnes) Deux guitares, et deux voix, une basse et une batterie : avec cette formule, les belges assurent un appréciable quota de gras et de lourdeur qu’on s’attend à trouver lors d’une telle soirée. Commençant leur set par des morceaux efficaces mais qui sonnent un peu déjà-entendu, un instrumental un peu tordu rythmiquement semble annoncer une cassure dans le classicisme qui régnait chez eux jusqu'à présent. Les breaks arrivent parfois sans crier gare, et taper du pied n’est plus tout aussi évident ; ils empêchent ainsi une certaine monotonie de s’installer, ce qui n’est pas plus mal. Pleins d’énergie, éructant quelques mots inintelligibles (entre quelques « merci ») dans un dialecte rustre et inconnu en nos terres, The Killbots n’ont pas inventé la machine à courber les bananes mais leur set a la pêche, bien servi par une salle à l’acoustique étonnamment bonne. Le groupe constitue en soi une bonne première partie, reste à savoir s’ils sauront plus tard assurer le show à eux seuls.

Alcohsonic enchaîne derrière ça et s'affirmera comme le groupe le moins gras de la soirée, le plus policé. On pourrait résumer la différence avec The Killbots à celle entre les batteurs des deux formations : là où le cogneur belge était une brute qui frappait avec tout son bras et ne posait que quelques roulements de caisse claire çà et là, son homologue français joue tout en finesse, sa frappe faiblarde étant compensée par sa technique et son sens du groove. Car on tape tout de suite du pied en écoutant Alcohsonic, groupe dont la musique catchy est bien plus pop-rock que stoner. Le chant maniéré et haut-perché rappelle celui d'Anthony Kiedis, les structures des chansons "refrain-couplet-refrain" ne sont pas typées seventies et le côté psychédélique est en fait assuré (musicalement et visuellement) par un fort bon guitariste lead qui pose des soli hendrixiens un peu partout. C'est donc un set entraînant mais un peu propret que les Français envoient face à un public néanmoins enthousiaste, et leur formule de pop rock avec une guitare stoner se révèle intéressante. À voir ce qu'ils donneront sur le long terme...

Groupe tout aussi belge que les Killbots, Cabron vient ensuite essayer de clore la soirée. Je dis bien essayer, car ils auront bien du mal à finir leur set, l’extinction des feux programmée à 23h30 s’étant invitée une heure plus tôt. Ils entrent donc en scène et se posent comme les aînés, avec en moyenne au moins dix ans de plus par membres que les deux précédents groupes. J’entends dire ici ou là qu’ils auraient ouvert pour Dozer et autres Atomic Bitchwax. La salle se refroidit quelque peu, comme si l’évènement de la soirée était déjà passé (pourtant pas de quoi sauter au plafond jusque là), il est 22h passées, et il y a comme de la tension dans l’air. Les quelques types un peu lourds là pour « mettre l’ambiance » ont disparu ; alors que la balance se fait, on leur demande de baisser un peu les amplis, des fois qu’on réveille mémé probablement (ce qui n'empêchera pas le groupe de jouer à près de 160db là où la limite légale est 120). Qu’importe, Cabron commence son set, avec un son qui tache un peu sur les bords. Le tout est entraînant, la section rythmique assez badass, mais une fois de plus, rien de nouveau sous le soleil.

Quelques harmonies rappellent tout de même parfois plus des groupes « post » quelque chose que du stoner pur jus, mais on n’y perd pas forcement au change. Soudain, monsieur le videur arrive, et demande au groupe d’arrêter. Gêne dans l’assemblée, dépit plutôt que protestation. Cabron continue tout de même, et entame un interminable instrumental assez hypnotique, tandis que le videur fait bien comprendre en toute courtoisie et la main prête à tirer sur la prise de courant qu’il y a des ordres venus d’en haut. Quelques protestations se font vaguement entendre, quelques cris de soutien, le groupe se sent subitement un peu moins seul, avant l’interruption finale du concert. Dans l’indifférence (lâcheté ?) générale, le groupe remballe ses affaires, la salle se vide parce qu’au fond, Cabron, tout le monde s’en foutait. Difficile de porter un jugement sur le groupe, sa musique, sa performance, ça partait bien, mais ça n’avait même pas vraiment commencé. A grand coup de « de toutes façons qu’est-ce qu’on peut y faire ? » le rock est mort une fois de plus ce soir, après avoir essayé de prétendre vainement le contraire pendant deux petites heures de concert.


La conclusion sera un peu moins tragique que prévue : pour se faire pardonner la salle payera double les groupes ayant joué ce soir et le tout s'achèvera dans une relative bonne humeur. Mais ce concert reste malheureusement emblématique à bien des niveaux : absence de public malgré un prix très bas (10 euros l'entrée !), inadéquation totale entre la musique et la salle, non-respect des conditions définies à l'avance par les groupes... tant que les groupes devront supplier les salles de les laisser jouer, le rapport de force fera d'eux des quantités négligeables. À bon entendeur...


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