CHRONIQUE PAR ...

18
[MäelströM]
le 20 janvier 2008




SETLIST

From My Veins to the Sea
Hungerstrike at the Supermarket
Escape
Goin’ Down
I Was Born a Cancer
Prayer In a Tango
Old Stars
The Assassin
Her Ghost
The Apemen, the Bride & The Butterfly
Martha
Feral Buddleia
Party In Downtown
Haunted

Rappels :

Son of...
I Used to Be a Charming Prince
Vargtimmen

Words

AFFILIÉ

15 novembre 2006 - Paris - La Cigale


Jack_The_Ripper_Paris_-_La_Cigale_20061115

Départ à 19 00h, il gèle, mais ça ne décourage pas Votre serviteur qui attend impatiemment devant la Cigale, pile entre les stations Anvers et Comte Reutou. Quelles chansons allons-nous avoir ? Jugeons… Non je ne parlerai pas de Marie Modiano, la première partie. D’une car son intervention fut (objectivement) pitoyable donc injugeable et de deux car je ne suis pas venu pour. Et puis trois parce que c’est facile de taper sur la première partie, surtout quand elle impose un «CHUT !» à une salle inattentive (réaction que je ne peux qu’applaudir).

Et c’est parti… Les premières notes de l’ouverture "From My Veins To The Sea" confirment la beauté toute en retenue du titre. La première action possible, pourtant, sera de remarquer la sacré bande de sales gueules présentes sur scène ! Pas du côté esthétique, uniquement dans la mise en scène. Dix croques-morts en costumes gris/beiges et rouflaquettes, tous clope au bec, pour du cabaret germano-film noir. Mais put***, quelle classe ! Une ambiance chaude, passée : Le Clan des Conteurs Nocturnes. Image incarnée par le chanteur, qui se présente en dandy du XIXème mais n’aura de cesse de se rendre le plus misérable possible à mesure des chansons pour finir le concert à moitié dévêtu, grelottant et postillonnant la clope aux lèvres.

S’il assure le show visuel (marée humaine entre "Prayer In a Tango" et "Old Stars", saut rageur dans le public pour "The Assassin"), il serait dommage de lui résumer le groupe. Une sottise nettement compréhensible toutefois, faute d’une part à une partie du public d’aujourd’hui qui a oublié le sens du mot «groupe» et faute au nom d’autre part, Jack s'incarnant plus facilement dans une personne (charismatique qui plus est) qu’en huit – et même dix sur scène. Tout aussi important est le violoniste (ce solo sur "Prayer..." !) dont la seconde arme est un sourire magnifique qu’il quittera tellement peu qu’il provoquera moult panique au bout de 15 chansons à arborer cet air illuminé. Tout aussi important, ce trompettiste sorti d’un film de mafiosi qu’on dirait prêt à sortir son bugle de sa poche-revolver en sifflant : «Pétit, lé patronne il est blessé par ton manque du respect…» On ne se lasse pas de les regarder habiter cette scène comme un théâtre.

Encore plus frappant sont les morceaux qui voient le tromboniste (sorti d’un film de Burton) s’y associer pour trouer définitivement la gueule de ceux qui mésestimeraient cette musique en l’appelant du rock. Je parlerai bien de l’excellence technique de la rythmique ou des guitares mais il en est de même pour tous les musiciens, en fait… Le groupe offrira du début à la fin une prestation sans faute. Palme desservie au pianiste qui craquera presque sa larme (et on le comprend) tant le break instrumental de "Feral Buddleia", d’une harmonie sans commune mesure, susurre à une salle entière la définition sonique de perfection. Et pour en rajouter dans la noirceur la plus pure, la sadisme sera poussé jusqu’à arborer les couleurs du côté obscur en faisant chantonner à une bonne moitié de salle : «I am the son… of Adolf Hitler». Déconcertant exercice, pourtant seule application du «Nul homme ne pourra être tenu pour responsable des fautes de ses ancêtres».

Inutile de décrire tous les magnifiques et horribles moments de ce cirque un peu pervers. L’ambiance cathédrale marine de "Old Stars", la chevauchée tambourine de "Party In Downtown", les cuivres délirants de "Escape" et "Goin’ Down". C'est un festival d'instruments qui défile ! Le jet de clopes dans le public pour "I Was Born a Cancer", le conte dément de Martha, et même l’irruption soudaine du chanteur dans un public non consentant, écrasant par-là même le pied de la compagne de Votre serviteur (salaud, va !). Le groupe n'a que trois albums au compteur... Il joue comme s'il tournait depuis 40 ans. Le groupe fut vaguement étonné d’avoir un second rappel et repartira à une vitesse exemplaire pour gratifier le public d’un "Words" tonitruant, voyant le trompettiste sonner la cloche de l’apocalypse pour écraser toute possibilité de retour. On ne remet pas en question une standing ovation aussi longue que celle dispensée ce soir.


Une fois de plus, comme dans toutes leurs chansons, Jack the Ripper distillent une idée de la beauté objective qui transcende l’âge du public, les styles, et la musique elle-même. Le concert terminé, on peut honnêtement se dire que même s’il n’y avait plus qu’eux, la musique de France se porterait plutôt bien…


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