CHRONIQUE PAR ...

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Flower King
le 20 janvier 2008




SETLIST

Ëmëhntêht-Rê
Sowiloï – KMX
K.A.

Rappel:

Kobaïa

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29 janvier 2005 - Lille - Splendid


Magma_Lille_-_Splendid_20050129

Magma est le type même de groupe suffisamment obscur et mystérieux pour qu’on puisse y accrocher bon nombre de fantasmes. Ainsi, on tend à dire que les concerts de la bande à Vander seraient équivalents à des messes noires, de véritables processions, sans aucun contact avec le public subjugué, totalement acquis à la cause de la musique ensorceleuse que la formation pratique depuis plus de 35 ans… Ce fut peut-être le cas il y a un temps, mais en ce 29 janvier 2005, Magma est simplement un groupe qui joue l’une des meilleures musiques qui soient, se donne à fond, et nous fait plaisir tout en se faisant plaisir.

Le public lillois avait répondu massivement présent à l’appel primal du kobaïen; d’autant plus que, si ma «mémoire» (ha ha) est bonne, ça faisait un bail que le groupe n’était plus passé dans la région! Pourtant, on ne sent pas l’audience très impatiente. Plutôt sereine, en fait, convaincue qu’elle va passer un savoureux moment, quoi qu’il arrive, alors pourquoi en rajouter? Trop sage comme attitude? Mmh, pas si sûr… Car lorsque vient le moment fatidique de l’extinction des lumières, et qu’apparaît, brillant de mille feux, l’éternel logo du groupe, une grande clameur s’élève… Plus enthousiaste, y a pas! Une clameur qui monte alors que les musiciens s’installent : Frédéric d’Oelsnitz et Emmanuel Borghi, claviers, à chaque extrémité de la scène; les indispensables chœurs: Isabelle Feuillebois, Himiko et Antoine Paganotti, et la sublimissime Stella Vander; quatre voix qui pas une fois ne failliront au long des deux heures que va durer cette soirée. James Mc Gaw à la guitare; le monstrueux Philippe Bussonnet à la basse; et last but not least, M. Christian Vander, qui comme il se doit va parvenir à bluffer le spectateur le plus désabusé.

Le groupe ne démarre pas par K.A. Non, désireux de faire monter la sauce, il démarre en douceur, installant des climats vaporeux, portés par les voix infaillibles du chœur céleste… Puis tout se met en place et là, problème: le son n’est pas tout à fait à la hauteur. Il règne une certaine confusion lors des passages les plus denses. Dommage, car j’ai souvenir du show de Marillion dans la même salle, et là le son était quasi-parfait… Tant pis, ça altèrera légèrement la pureté de la musique, mais en aucun cas son intensité. Tant mieux car très vite la machine s’emballe, le rythme devient impossible, la musique devient furieuse… Le groupe, à l’unisson, livre ici une bataille contre lui-même, s’engouffre dans son propre malstrom… et ne fera aucun prisonnier. C’est sur cette cavalcade démente (largement inspirée du titre "Zombies" sur l’album Udü Wüdü) que se referme le premier mouvement de ce concert.

Deuxième mouvement: encore une fois l’ambiance s’installe, piano électrique typé années 70… Ce ne sera pas un morceau pesant, non non, on plante plutôt un décor propice aux jams, le groupe a l’intention de s’amuser, tout en restant parfaitement cohérent. Ca ne rate pas: très vite le rythme s’affole, Vander se démène comme un beau diable, mais c’est surtout la performance de M.Bussonnet qu’il faut retenir ici: ce megaman nous balance un solo de basse comme je n’en ai jamais entendu, alliant virtuosité, efficacité, sens du groove, esbrouffe, dynamisme, plaisir, faisant courir ses doigts sur son manche sans jamais oublier la note qui tue… bien plus expressif que des centaines de solos de guitare. Une performance à vous couper le souffle. Un talent énorme qui nous fait pardonner sa relative inertie… enfin, ils ne sont pas là pour faire les clowns, non plus.

Troisième mouvement: "K.A." dans son intégralité. Une pièce qu’ils rôdent depuis plus d’un an… Ca craint la lassitude, non? Pensez donc! Ca pourrait être la 3000ème qu’ils la joueraient toujours avec autant de passion. C’est donc, logiquement, plus dynamique et énergique que sur le disque; les chœurs (et en particulier le fils Paganotti, excellentissime) se donnent plus, Vander aussi, et les autres suivent. Si les deux premières parties de "K.A." restent plus ou moins identiques à leur alter-ego studio, en revanche la troisième partie prend vraiment toute sa dimension sur scène. La semi-jam qui l’ouvre, un tantinet longuette sur le disque, prend ici des allures de duel Vander – Borghi et atteint des sommets de puissance; le batteur se mue en force de la nature et fouette ses cymbales comme un possédé, tandis que le claviériste, tel un Rudess sous amphés, torture sa molette de pitch et part dans des envolées assourdissantes à une vitesse phénoménale. Le final «Alleluia» est au moins aussi brillant: Magma devient ouragan de folie et de furie et, pauvres humains que nous sommes, nous nous laissons emporter par la colère joyeuse des éléments, tandis que les innombrables «Alleluia» achèvent de nous vriller l’esprit… Puis tout s’arrête. C’était "K.A.", sur scène, pour nous. La messe est dite. Le groupe sourit. Une fois encore, il a fait mouche.


Le concert se terminera sur "Kobaïa", sorte de calme après la tempête (encore que la notion de calme, ici, soit très relative), pour ravir les fans, pour achever de convaincre les fraîchement convertis, pour définitivement séduire les curieux. Et voilà. Une belle soirée se termine. Un groupe qui a tout donné, pour un résultat à la hauteur de nos espérances. Ce ne sera pas le meilleur concert de ma vie. Qu’importe: c’était Magma, c’était suffisamment riche en émotions et moments de bonheur pour que je sois comblé, et que l’envie de les revoir me démange. Et quand on sait qu’ils passeront par le Théâtre Sébastopol à la rentrée 2005, j’en connais qui seraient bien mal avisés de les rater…


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