CHRONIQUE PAR ...

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Cosmic Camel Clash
le 20 janvier 2008




SETLIST

N/A

AFFILIÉ

Zuul FX
Hellfest (Clisson)
(19 juin 2011)

18 février 2006 - Paris - Elysée Montmartre


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C'est devant un Elysée Montmartre aux deux-tiers plein qu'Ill Niño est venu défendre son dernier rejeton, One Nation Underground. Et si le rejeton en question n'a pas enthousiasmé les critiques, il est clair que la foule s'est déplacée pour voir ses idoles et les soutenir à fond. Une foule bigarrée d'ailleurs: jeune en majorité, elle ne donne pourtant pas la même impression d'adolescence que le public d'Eths, vu quelques jours plus tôt à la Locomotive… On compte même à l'arrière de la salle un clan d'irréductibles quadragénaires propres sur eux qui prendront leur pied durant tout le set, à la grande surprise de votre serviteur. Ca fait toujours plaisir de voir une grande amplitude d'âge à un concert de métal, surtout quand les plus vieux ne sont pas les moins actifs!

C'est aux Frenchies de Zuul FX qu'est revenu l'honneur d'ouvrir pour les latinos enragés, et la formation de Steeve Petit assure un set sincère mais indéniablement en demi-teinte. Premier responsable en ligne, le son: il est tout bonnement ignoble, ce qui est très surprenant pour une salle en général très agréable sur ce point. Seuls le chant et la batterie ressortent, et il est très difficile d'évaluer la qualité de la prestation dans ces conditions. Steeve est un peu emprunté sur scène, et l'impression générale est celle d'un manque d'expérience. Zuul FX est après tout un jeune groupe malgré la carrière de son frontman qui, s'il reste désespérément statique, possède un grain de voix extrêmement efficace. Steeve hurle en effet fort bien, et son growl technique et modulé qui sort sans effort restera le point positif du concert pour moi, avec la virtuosité de son batteur. On regrette d'ailleurs à ce propos que la basse ne suive pas les déferlantes de grosse caisse, le bassiste ne semblant pas assez véloce pour ça. Le thrash/death parfois syncopé de Zuul FX reste efficace malgré tout et réussit à faire finalement décoller le public. A revoir dans de meilleures conditions!

Ill Niño est venu avec la rage, et ça se voit. L'incarnation de cette volonté d'en découdre est évidemment le chanteur Christian Machado, dont le physique imposant et le charisme brut font mouche dès son arrivée sur scène. La taille du frontman et ses dreadlocks interminables dominent la scène, car l'homme prend systématique place debout sur les retours. Ses camarades de jeu ne sont pas en reste: chaque musicien fait le show, et je note qu'Ahrue Luster, vu sur la tournée The Burning Red de Machine Head, semble bien plus heureux chez Ill Niño et dégage une présence qu'il ne possédait nullement à l'époque. Le groupe prend dès le début du show une habitude étrange: chaque titre se termine sur une extinction des feux, et une petite pause de noir complet durant laquelle une musique d'ambiance sur bande précède chaque nouvelle chanson jouée. Etrange, mais pas foncièrement gênant même si on se demande bien le pourquoi du comment de ces coupures intempestives.

Le son est bon, contrairement à Zuul FX, à une exception près: si l'équilibre basse/guitares/batterie/chant est nickel, le percussionniste Danny Couto est honteusement sous-mixé. C'est simple, on ne l'entend jouer que lors des passages les plus calmes, alors qu'il joue plus ou moins tout le temps. Quel intérêt d'intégrer un vrai percussionniste (comprendre un qui sait vraiment jouer, pas comme chez Slipknot) à sa musique si c'est pour le sous-exploiter? Bizarre autant qu'étrange… En tout cas le début du concert voit Ill Niño balancer une énorme baffe à l'assistance. Leur néo-metal est taillé pour le live, et les membres de l'assistance se mettent à sauter comme des damnés dès le premier titre. Machado envoie du «get the fuck up» avant les mosh parts les plus musclées qui le voient sauter depuis les retours sur la scène où ses compères headbanguent comme des furieux. Le premier tiers du concert est honnêtement une vraie tuerie, et un néophyte comme moi prend un plaisir instantané à voir le groupe enchaîner parties syncopées, mélodiques puis ambiancées. Mais les choses se gâtent…

La bonne nouvelle, c'est qu'il a fallu une bonne demi-douzaine de chansons pour prendre conscience de l'ampleur du spectre de la musique des Latinos: leurs riffs néo s'alternent avec des passages de guitare acoustique joués par Luster qui font mouche, d'autres plus typés "brésiliens" ou les percussions passent au premier plan, et pas mal de moments "nu-metal" très mélodiques où Machado fait péter le chant clair. Son timbre très lisse est agréable, à mi-chemin entre un Burton C. Bell (Fear Factory) et un Chad Gray (Mudvayne), et ces moments plus pop sont bien gérés et tapent juste… au début. Car voilà le hic: à partir de la moitié du set l'impression de répétition commence à peser. Voir Machado prendre toujours les mêmes poses et les mêmes attitudes devient saoulant: le get the fuck up avant de sauter des retours fait son effet la première fois, mais à la dixième devient gonflant. La seconde moitié du set fait la part belle aux morceaux "nu" à chant clair de One Nation Underground, et il ne se passe pas longtemps avant que la machine ne tourne à vide.

Soyons clairs: Ill Niño a donné un bon concert et a ravi ses nombreux fans, qui ont d'ailleurs mis le feu à la grande joie du groupe. Les parties ambiancées avec percussions et les passages de guitare acoustiques sont réellement inspirés et font un effet bœuf quand on les découvre, surtout que la pratique du métal tribal à la brésilienne s'est un peu perdue depuis que Sepultura, Soufly et Angra s'en sont détachés. Mais les trois ingrédients du groupe, une fois identifiés, sont lassants… Et les parties mélodiques en chant clair sont sur-représentées à mon humble avis. J'aurais préféré une mise en avant du tribal, et une plus grande volonté d'expérimenter de la part d'un groupe qui possède visiblement un réel talent.


A force de ressortir les mêmes ingrédients, la mixture devient fade… Ajoutez à ça un discours un brin démagogique du chanteur qui a poussé les fans à conspuer les critiques qui ont dit du mal de leur album (critiques qui ne l'ont pas gêné quand ils ont lancé son groupe), et vous comprendrez que ce concert m'a laissé une impression mitigée. Dommage… Les fans, en tout cas, en auront eu pour leur argent, et n'est-ce pas cela qui compte le plus?


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