CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
le 18 avril 2022




SETLIST

Amenra :

Boden
Razoreater
Het gloren
Plus près de toi
De evenmens
Terziele.tottedood
Am Kreuz
A Solitary Reign
Diaken

Gggolddd :

Wide-Eyed
He Is Not
Taken by Storm
Please Tell Me You're Not the Future
Spring
Notes on How to Trust
This Shame Should Not Be Mine
Invisible

Jo Quail :

Rex Infractus
Gold
Adder Stone

AFFILIÉ

Amenra
Paris - la Gaîté Lyrique
(13 janvier 2018)
Graspop Metal Meeting (Dessel, Belgique)
(28 juin 2014)
Hellfest (Clisson)
(16 juin 2012)
Lille - Aéronef
(17 septembre 2021)

GOLD
Madrid - Nazca
(24 septembre 2019)

02 avril 2022 - Paris - Elysée Montmartre


Amenra_-_GOLD_-_Quail,_Jo_Paris_-_Elysee_Montmartre_20220402

Les concerts, les vrais, en direct, pas forcément relayés sur le net et avec du public debout au bas de l'estrade, sont enfin de retour. On prie tout ce qui est priable pour que rien n'interrompe plus la reprogrammation des nombreuses prestations prévues depuis un paquet de temps. La tournée électrique d'Amenra, fixée initialement à la rentrée 2021 et remplacée par une série de sets acoustiques de toute beauté, passe par la France en ce mois d'avril 2022. L'impatience était grande de retrouver les Flamands en configuration mur du son.

Première artiste à s'avancer sur la scène dominant la superbe salle de l'Elysée Montmartre : JO QUAIL, violoncelliste ayant tourné avec Mono et Myrkur qu'elle avait remplacée au Hellfest 2019 quand cette dernière y avait renoncé en raison de sa grossesse. Empoignant son instrument aux lignes épurées, l'artiste britannique de formation classique, revêtue de la robe sombre de rigueur, installe une atmosphère à la fois onirique et puissante, alimentée par des boucles sonores qu'elle active en actionnant les pédales d'effet disposées à ses pieds. Trois morceaux sont joués, de plus en plus longs, envoûtants, peut-être un peu âpres compte tenu de l'absence du chant, et d'une intrigante densité. Le contraste avec la communication rieuse de la Londonienne, qui dit son bonheur de voir réellement les personnes disposées devant elles, est assez amusant. Pas d'invités pour l'aider dans sa tâche, Miss Jo s'en sort très bien toute seule. L'entrée en matière qu'elle vient de concocter installe un climat dark qui ne se démentira plus.
Après un court entracte – les techs auront été d'une rapidité exemplaire ce soir – arrive la formation néerlandaise GOLD, orthographiée GGGOLDDD désormais pour des raisons de référencement sur les moteurs de recherche internet (pas de bol, un collectif synthpop dénommé Ggoolldd, avec lui aussi une chanteuse charismatique, a fait irruption il y a quelques années dans le circuit – « caramba, encore raté » comme on dit à Rotterdam). Du charisme, Milena Eva, longue chevelure mordorée, n'en manque donc pas derrière le micro. Arborant une robe à froufrous du plus bel effet, la vocaliste joue de sa tessiture étendue pour tour à tour menacer dans les graves, rassurer dans les médiums et émouvoir dans les aigus. Ses inflexions flûtées, si elles n'ont pas convaincu tous ceux qui ont pris connaissance de l'album This Shame Should Not Be Mine sorti la veille, se révèlent touchantes, et même bouleversantes sur certains passages – "Invisible", quasi a cappella. Les singles issus du cinquième LP constituent la deuxième partie du set, quatre titres plus anciens ayant été exécutés en entame. Ces derniers font la part belle au bourdonnement frénétique des guitares, qui resteront nettement en retrait sur la plupart des compositions récentes puisque remplacées en partie par un synthétiseur à la sonorité électro affirmée. Cette séparation abrupte laisse une impression étrange mais pas forcément désagréable, comme si les Bataves voulaient démontrer que la noirceur pouvait s'incarner en des teintes différentes. Impassible de bout en bout, la bassiste Danielle Warners aura offert en opposition à la magnétique frontwoman une mine boudeuse assez fascinante.
Le tripode d'AMENRA s'affiche en arrière-plan, signe indéfectible de la ferveur à venir déployée par le quintet belge. Après avoir prouvé à l'automne que leur musique s'accordait aussi avec la fragilité et la mélodie, celle-ci est à nouveau traitée sans ménagement pour le retour des amplis tous potards à droite. Les instrumentistes se répartissent sur les planches avant que ne raisonne le martèlement métallique annonçant l'incontournable "Boden". C'est le batteur Bjorn Lebon qui se charge de la besogne, et non Colin Van Eeckhout contrairement aux habitudes passées. Celui-ci ne tarde pas à faire son entrée, ne laissant aucun suspense quant à ses dispositions vocales – aussi énergiques, stridentes et écorchées qu'à l'accoutumée. Peu de chose ont changé concernant la troupe de Courtrai, si ce n'est la présence dynamique du nouveau bassiste Tim De Gieter, qui finira le show totalement rincé, après s'être démené tel un furieux entre les deux guitaristes Mathieu Vandekerckhove et Lennart Bossu, impavides déclencheurs de tempêtes de froid et de goudron. Les vidéos dichromes ainsi que les aveuglants rais de lumière sont de la partie, immergeant un peu plus l'auditoire captif – et fourni - dans un monde dur mais vivace. Pas de "À mon Âme" contrairement à d'autres dates de la tournée tandis que plusieurs extraits de la dernière réalisation, De doorn, sont logiquement insérés entre les classiques "Razoreater" et "Am Kreuz" ainsi que les attendus "Plus près de toi" et "A Solitary Reign", ce dernier recevant son traditionnel accueil ardent de la part de l'assistance, manifestement composée en partie de curieux peu au courant du recueillement observé par les disciples de la Church of Ra venus communier avec leurs mentors. Pas de chahut pour autant, juste quelques applaudissements et bravos à contre-temps – le test passé par Amenra auprès de ces oreilles neuves est manifestement validé. Les fans, quant à eux, auront pu connecter leurs colères sourdes avec les reflux opaques qui se déversent depuis la scène. Colin aura mis le temps mais finit torse nu as usual, laissant admirer son impressionnant tatouage dorsal puis quitte les lieux avec ses compères, laissant les spectateurs méditer sur ces mots énigmatiques « peu à peu ces fleurs tomberont – il ne restera que les épines ».


D'insondables puits noirs a jailli la lumière, souvent ténue, parfois aveuglante, porteuse de rêveries absconses et de douleurs à combattre. Trois discours différents pour exprimer une même urgence, une même intensité, une même envie : celle de partager une intimité riche avec un public retrouvé. Le message a été reçu à la perfection.


©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 1 polaroid milieu 1 polaroid gauche 1