CHRONIQUE PAR ...

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Belzaran
le 18 septembre 2021




SETLIST


AFFILIÉ

17 septembre 2021 - Le Petit Bain


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Assister à un concert après deux ans de coupure, c’est forcément émouvant. Alors quand celui-ci concerne DVNE, le groupe qui a sorti le meilleur album de l’année, j’en étais forcément tout émoustillé. Le Petit Bain, salle de concert flottante sur les bords de Seine, d’une taille minuscule, était parfaite pour une soirée intimiste en compagnie de formations bien différentes, parfaites pour fédérer le peuple métalleux.

Les gars de Karras ouvrent le bal tels des vieux briscards. Sans concession, sans pause, tout à fond. Le trio nous balance des bombes thrash pendant une demi-heure sans prendre le temps de souffler. Riffs façon tronçonneuse, tempos furieux à faire headbanguer les morts et vestes en cuir noir, le true thrash des Franciliens saura se faire apprécier de la salle, poussant même les plus jeunes spectateurs à pogoter. Le chant hurlé est maîtrisé, sa puissance ne laisse pas indifférent. Même si les morceaux plus lents seront moins percutants, le show est réussi. Une première partie lancée tambour battant qui aura su chauffer les spectateurs.
Si les membres de DVNE ne ferment pas le concert, ils seront ceux qui joueront le plus longtemps. Curieux choix de la programmation. À l’accueil qu’ils reçoivent, on voit qu’une bonne partie de la salle est venue pour eux. L’ambiance est très bon enfant : les gars s’accordent tranquillement sur scène. Prêts ? Un petit signe à la régie, on éteint la lumière et c’est parti. À côté de leur musique très soignée, le show paraît bien moins intello et c’est tant mieux. Les Britanniques déploient leur premier morceau sous les cris du public. C’est lourd, c’est prog, un sacré changement après Karras ! Et au moment du break, le guitariste s’arrête brusquement. Problème d’ampli. Finalement, ils repartiront rapidement à l’assaut. C’est de toute façon la tradition du groupe que de proposer des intermèdes de trois minutes. D’ailleurs, entre chaque morceau, le groupe prend le temps de se réaccorder quelques instants avant de relancer la machine. Le concert sent la reprise. Si le groupe ne s’arrêtera plus, il y aura des pains et de la douleur, à l’image de cette sangle de guitare qui lâche au début d’une chanson. Le groupe, si impérial sur son dernier album, maîtrisé de bout en bout, paraît plus fragile et humain. Cela donne un côté plus intimiste encore à leur prestation. La setlist sera concentrée sur le dernier album. Si les morceaux ne sont pas taillés pour la scène, avec leur base sludge/prog, les musiciens se démènent et font parler les compos. La bonne surprise est le chant. Pas forcément un point fort à leurs débuts, il a été maîtrisé d’un bout à l’autre du show, que ce soit par l’un ou l’autre des guitaristes, en growl ou en chant clair. La musique de DVNE apparaît moins sophistiquée en live, plus brute, mais tout aussi prenante. Au bout d’une heure, il faut hélas déjà s’arrêter. Avec les standards du groupe, cela fait peu de morceaux (deux fois moins en deux fois plus de temps que Karras…). Au moins, ils s’en vont en nous promettant qu’ils reviendront.
Après l’aridité de la planète Arrakis (merci d’aller lire Frank Herbert), voilà Déluge. On voit que le groupe est la tête d’affiche quand les éclairages se synchronisent à la musique. J’avais presque oublié l’effet que cela faisait. Le black metal des Messins se construit sur des blasts accompagnés de claviers mélancoliques. Et quand l’orage s’arrête d’un coup, voilà venir des passages calmes, voire minimalistes. Dans ces moments-là, on a presque de la peine pour le guitariste qui nous joue trois accords tout seul pendant que les autres membres se réunissent à côté de la batterie pour souffler. Mais le public saura lui témoigner sa reconnaissance. Le set est porté par son frontman, le screamer en chef, auteur d’une belle prestation. Il sait sublimer les moments forts. Le claviériste, de par son chant clair, se fait remarquer par ses interventions. Dommage que l’on ait droit à chaque fin de morceau à une minute d’obscurité à attendre la suite en écoutant de l’eau couler (averses, vagues, on aura tout eu…). Après des chansons structurellement similaires, Déluge montrera peu à peu une palette plus variée et nous laissera en hurlant « il n’y aura pas de seconde chance ». En effet, quarante-cinq minutes et puis s’en va, sans rappel. Ce groupe de black mélodique et mélancolique, qui n’est pas sans rappeler Alcest, fut une belle découverte.


En sortant de la salle, je retrouvai la terre ferme. J'avais eu ma dose de metal. Trois prestations très différentes, mais trois prestations enthousiasmantes. Je n'avais qu'une envie : y retourner au plus vite ! En rentrant chez moi, marchant sur les quais de la Seine, je fus assailli par les musiques des différents bars disséminés sur les péniches et les gargotes. Je regarde ce triste spectacle en secouant la tête de dépit : ils ne savent pas.


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