CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
le 31 janvier 2020




SETLIST

The Darkness:

Easter Is Cancelled
Rock and Roll Deserves to Die
How Can I Lose Your Love
Live 'Til I Die
Heart Explodes
Deck Chair
Easter Is Cancelled
Heavy Metal Lover
In Another Life
Choke on It
We Are the Guitar Men

Greatest Hits
One Way Ticket
Barbarian
Growing on Me
Japanese Prisoner of Love
Love Is Only a Feeling
Solid Gold
Givin' Up
Street Spirit (Fade Out) (Radiohead cover)
Get Your Hands Off My Woman
Black Shuck
I Believe in a Thing Called Love

DZ Deathrays:

Blood on My Leather
Gina Works at Hearts
Pollyanna
Year of the Dog
Reflective Skull

AFFILIÉ

25 janvier 2020 - Strasbourg - La Laiterie


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« Hello, Strasbeurgue ! C'est pour nous le première concerte de la... Hmmm, what do you say for « decade » ? » La même pour nous, Justin - enfin disons qu'il y a fort à parier que le concert que donne The Darkness à la Laiterie en reprise de son Easter is Cancelled Tour constitue pour beaucoup le coup d'envoi d'une saison qui s'annonce faste de part et d'autres du Rhin (Leprous ! Magma ! The Night Flight Orchestra ! Tout ceci en l'espace de deux mois...). Une chose est à peu près certaine : chaque individu présent dans la salle en ce samedi de janvier mise de gros espoirs sur une soirée funissime.

Le pari, du reste, n'est guère osé, bien qu'une légitime appréhension pointe le bout du museau pendant que la file d'attente s'allonge sur le trottoir : et si Justin Hawkins, terrassé par un virus hivernal ou une gelée mal digérée qu'il aurait importée depuis sa terre natale, n'était pas en capacité de donner la pleine mesure de sa, euh, démesure ? On le sait : toute la réussite du spectacle repose sur ses épaules pailletées. En attendant, les roublards Britanniques laissent la place à une formation... qui ne leur ressemble en rien. OK, les trois gars de DZ Deathrays partagent avec les spécimens de L'Obscurité une raisonnable dose de pilosité capillaire et ont aussi des guitares, mais pas de basse – le chanteur se charge des parties graves. Look passe-partout jeans- tee shirts, les Australiens débutent leur petite demi-heure par un hard rock au diapason, dans une lignée Foo Fighters sans coups d'éclat. Heureusement, les choses s'améliorent : l'intensité grimpe et quelques subtilités, bien plus audibles sur album, se font entendre à partir d'un vigoureux troisième morceau. Quelques sourires, un scream rageur en conclusion et les Aussies un brin timides se retirent, visiblement satisfaits.
Une honnête intervention qui ne risque guère de faire de l'ombre à la tête d'affiche, de retour à la Laiterie seize ans après la dernière (et unique) visite en ces lieux, un 29 février, assurée en compagnie de The Wildhearts pour la promotion de Permission to Land, le premier LP qui apporta gloire, chaos et classiques inamovibles aux frères Hawkins et leurs comparses. Tout de blanc vêtus, ces derniers déboulent sur les premières mesures acoustiques de "Rock and Roll Deserves to Die", le single qui ouvre Easter is Cancelled, le dernier LP sorti à l'automne 2019 dont toutes les pistes seront interprétées dans l'ordre, à l'instar de ce que le quatuor avait proposé lors de sa tournée au Royaume-Uni à la fin de l'année précédente. Pas de surprise quant à la setlist, donc, ce qui ne manque pas d'engendrer une certaine frustration – l'intégrale d'un enregistrement légèrement décevant n'était donc pas un privilège réservé au public d'Outre-Manche. Celui de la capitale alsacienne, aussi cosmopolite, mixte, inter-générationnel et nombreux qu'à l'accoutumée, manifeste cependant sa joie de voir les quatre hurluberlus scintiller avec classe sous les spotlights et faire tonner les guitares dès que retentit le premier hurlement – il y en aura bien d'autres. Et il y a de quoi se réjouir, tant l'énergie et la qualité d'interprétation déployées sur les planches emportent toutes les réserves et transcendent les compositions, y compris l'anodine "Heart Explodes".
Entouré de ses trois acolytes à la placidité complice, et d'un roadie à la guitare pendant la première partie du tour de chant, Justin Hawkins virevolte et déconne avec l'assistance dans un franglais hilarant et insiste pour qu'on prononce son prénom à la française quand on le hèle depuis le parterre, ce qui ne manque pas de se produire. Entre deux discussions plus ou moins improvisées – jamais très longues – l'ainé de la fratrie assure la plupart des solos de guitare en parcourant la scène dans tous les sens, ainsi que le chant, bien sûr, d'une puissance et d'une justesse qui perdureront jusqu'à l'ultime vocalise. Un phénomène qui éclipse ses compagnons qui n'ont pas l'air de s'en porter plus mal, à commencer par le « petit frère » Dan, le visage le plus souvent dissimulé derrière sa chevelure mordorée mais qui aura son moment de gloire lors de l'épilogue délirant de "Heavy Metal Lover" durant lequel il fait admirer sa scansion rap, coiffé pour l'occasion d'une casquette idoine. Le batteur Rufus Tiger Taylor, fils de Roger, descend de sa chaise pour pianoter durant "Deck Chair", le délicat intermède qui aurait pu être un pur moment de romantisme second degré si Justin Hawkins n'avait dû calmer le fou rire déclenché par l'impayable Frankie Poullain, qui trouve le moyen de marcher sur le câble de la guitare électro-acoustique avec laquelle il a exceptionnellement troqué sa basse, éprouvant toutes les peines du monde à la rebrancher correctement. Mais il serait injuste de se moquer de l'Écossais à la coupe afro dont le profil émacié, les lunettes à sévère monture noire et les chaussures à bout pointu évoque un gangster déjanté tout droit sorti de Jackie Brown. Il se rattrapera de sa bévue en assurant ses parties à la perfection et en introduisant la seconde moitié de la prestation consacrée aux plus grands succès du collectif en frappant obstinément une cloche de vache  – il ne serait pas étonnant que ses facétieux camarades aient fait durer la séquence un peu plus longtemps que prévu avant de le rejoindre sur l'estrade.
À partir de là, la félicité ne quittera plus l'auditoire qui encaisse tube sur tube – on aurait volontiers ajouté le trépidant "Buccaneers of Hispaniola" à la liste bien qu'en matière d'assauts furieux, il y a déjà de quoi faire avec les émoustillants "Japanese Prisoner of Love", "Givin' Up" dont le refrain est comme il se doit géré par la foule, ainsi que "Get Your Hands Off My Woman" et la reprise thermonucléaire de "Street Spirit (Fade Out)" de Radiohead, sans doute l'occurrence la plus heavy du récital au sein de laquelle les sujets de Sa Majesté ont inséré le refrain de "When my Guitar Gently Weeps" de George Harisson. Entre temps, ces derniers auront changé de tenue - une sorte de robe de chambre pour Poullain, le même tee shirt de Thin Lizzy que Dan Hawkins arborait sur la photo promotionnelle de 2004 et une seyante combinaison satinée pour Justin qui finira la partie torse nu après avoir admis qu'il crevait de chaud sous sa tenue brunâtre dont on serait étonné qu'elle ressurgisse un jour. Le temps des adieux approche, et après un percutant "Black Shuck" en remplacement de la chanson de Noël qui avait cartonné chez les Britons, une jeune femme entreprenante obtient du leader à moustache qu'il fasse chanter un joyeux anniversaire au bénéfice d'un certain Quentin, qui se souviendra sans doute longtemps du jour de ses vingt-trois ans puisque ce dernier a l'honneur de se voir dédier par le boss le méga tube "I Believe in a Thing Called Love". La classe. Qui n'aura jamais quitté celui qui incarna récemment un... caméléon dans la version UK de l'émission télévisée The Masked Singer. Même quand il fait le poirier.


Quel show ! Nul doute que celles et ceux qui craignaient de voir une troupe en rodage après une pause de plusieurs semaines ont été pleinement rassurés par la performance ébouriffante de dynamisme et de drôlerie dont les ont gratifiés ce soir les joyeux drilles ultra compétents de The Darkness. Emmenés par un infatigable Justin Hawkins qui confirme son appartenance au club des meilleurs frontmen en activité, les puissants rockeurs ont comblé leurs fans et suscité l'envie de les revoir très, très vite. Une « Soirée Fantastique », comme dirait leur compatriote Alan Parsons.


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