CHRONIQUE PAR ...

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Eudus
le 29 janvier 2020




SETLIST

Dimmu Borgir

Intro
The Unveiling
Interdimensional Summit
The Chosen Legacy
The Serpent Offering
Gateaways
Dimmu Borgir
Puritania
Aetheric
Council of Wolves and Snakes
Progenies of the Great Apocalypse
Mourning Palace
Rite of Passage (outro)

Amorphis

The Bee
Heart of the giant
Bad Blood
Silver Bride
The Four Wise Ones
Into Hiding
Against Widows
Sampo
Wrong Direction
The Golden Elk
Sign From the North Side
House of Sleep
Black Winter Day

Wolves in the Throne Room

Born From the Serpent's Eye
Angrboda
I Will Lay Down My Bones Among the Rocks and Roots

AFFILIÉ

Dimmu Borgir
Marseille - Espace Julien
(06 octobre 2007)
Wacken
(03 août 2007)
Hellfest (Clisson)
(17 juin 2012)

Amorphis
Wacken
(03 août 2007)
Toulouse - Zénith
(26 novembre 2015)
Paris - La Locomotive
(14 octobre 2009)
Lyon - Ninkasi Kao
(17 novembre 2011)

Wolves in the Throne Room
Paris - Le Point Éphémère
(30 octobre 2011)

23 janvier 2020 - Paris - Bataclan


Dimmu_Borgir_-_Amorphis_-_Wolves_in_the_Throne_Room_Paris_-_Bataclan_20200123

J’aurais préféré vous faire une introduction en mode « en ce jeudi glacial de janvier, les flocons tombent, c’est le temps idéal pour une soirée placée sous le signe du metal extrême etc. » Malheureusement le réchauffement climatique est passé par là, en raison de quoi mon projet d'intro perd son sens. Néanmoins, par un temps légèrement frisquet, Garmonbozia nous offre une soirée des plus alléchantes en compagnie de Dimmu Borgir et Amorphis qui plus est au Bataclan.

Je ne reviendrai pas sue les événements passés, mais on peut se réjouir du lieu à taille humaine, jolie et possédant une excellente acoustique. Ce sont les Américains de Wolves in the Throne Room qui ont l’honneur d’ouvrir ce soir et de chauffer la foule. Pour ce dernier point, on repassera. Proposant un black metal ambient et aérien et puisant ses influences chez les mastodontes du genre (tout en lorgnant sur du Empyrium sur certains passages), la communication est à son niveau zéro. Pas de bonjour ni d’au revoir. Soit. Cela n’empêchera pas une partie du public, venue dès l’ouverture, d’être comme hypnotisée par le côté ésotérique du groupe, que ce soit musicalement ou par l’ambiance que celui-ci instaure, entre les attrape-rêves disposés sur scène et les quelques touches d’encens diffusés.

Les compositions étant très longues, seuls trois sont jouées ce soir. Les deux premiers issus de leur dernier album Thrice Woven ainsi que leur, a priori, morceau culte "I Will Lay Down my Bones Among the Rocks and Stones". Celui-ci remporte mes suffrages, moins froid, plus ambient et aérien, avec certains passages magnifiques, il est comme hypnotisant. On notera des bruits de croassements par moment. Une petite découverte agréable qui répond parfaitement aux attentes que l’on se fait d’un opener.
Trente minutes de préparatifs plus tard il est tant d’accueillir la co-tête d’affiche Amorphis (car c’est pour le coup une réelle tournée à deux groupes, leurs prestations durant chacune une heure et quart). Après quelques albums bien en deçà de leurs débuts prometteurs, les Finlandais sont remontés dans l’estime des amateurs de melodeath grâce à deux dernières sorties saluées par la presse et les fans. Si la bande à Tomi promeut son dernier LP en délivrant quatre extraits de l’excellent Queen of Time, elle en profite également pour célébrer ses trente ans de carrière (déjà !) en offrant quelques vieilleries plus que bienvenues ("Againt Widows", "Into Hiding", "Sign from the North Side", "Black Winter Day"). On notera d’entrée, avec la puissante "The Bee" bénéficiant d’une intro rallongée qui tient la foule en haleine, un son plus qu’excellent mais également un jeu de lumière bien pensé (ça change des traditionnelles lumières rouges et bleues) - un grand big up pour l’ingé son en charge du set. Vocalement Tomi est dans la forme de sa vie. Sa puissance et justesse peuvent presque faire soupçonner du playback car aucune fausse note ne se fait entendre en voix claire. Ses growls ne sont pas en reste, notamment sur les anciens titres comme "Sign From the North Side" ou il délivre une puissance monumentale. Le public (venant spécialement ou non) est conquis. Si en faisant le bilan, on s’aperçoit qu’il y avait légèrement plus de personnes présentes pour Dimmu Borgir, les fans d’Amorphis étaient tout de même en nombre et cela s’en est fortement ressenti au vu de la très bonne ambiance de ce soir. On notera également l’inutilisation de samples, Santeri le claviériste assurant parfaitement toutes ses gammes.

Côté setlist, seul "Wrong Direction" semble un peu en dessous - manque de punch - et cela se ressent sur scène, notamment en comparaison avec la puissante "The Golden Elk" ou les deux titres issu d’Under the Red Cloud à savoir "Bad Blood" et "The Four Wise Ones". Concernant les œuvres plus anciennes évoquées ci-dessus, "Into hidding" et surtout "Sign from the North Side", sont remises au goût du jour en étant majestueusement sublimées et font partie des moments forts de la soirée. La cultissime "House of Sleep" (ou Tomi essaie, en vain, de faire chanter le public) et "Black Winter Day" clôturent un récital magique. Il est rare d'assister à une telle performance. Elle a pu avoir lieu en partie grâce à un sentiment de communion entretenu par les membres du groupe mais également au talent intrinsèque de chacun d'entre eux. Esa et Tomi à la guitare sont précis (comme en témoigne les soli de "Heart of the Giant", la rythmique sur "The Four Wise Ones") tandis qu'Olli, le bassiste, à son petit moment sur "Sampo". Santeri délivre des partitions à la fois modernes mais également complétement cheaps comme sur "Against Widows" (le rendu en devient magique). Vous l’aurez compris: la performance d’Amorphis mérite un dix sur dix ce soir et on envie les fans finlandais qui auront droit sous peu à trois concerts « spécial trente ans ».
Le meilleur dans tout ça ? Se dire que la soirée est loin d’être finie. Dimmu Borgir, fer de lance du black sympho continue de promouvoir Eonian, sa dernière progéniture née en 2018. Malheureusement, l’effet de surprise ne fonctionne pas contrairement au set d’Amorphis. Et contrairement à ce dernier, quelques réserves viendront entacher le show des Norvégiens. Tout d’abord, côté setlist, pas de changement, c’est encore et encore la même chose depuis quelques temps déjà, et certains choix laissent encore perplexe ("Aetheric", "The Chosen Legacy"). L’autre léger problème se situe plus du côté sonore, où le groupe a peu de maîtrise. Eonian et les sorties les plus récentes de la bande à Shagrath sont très symphoniques, puissantes, orchestrales et nécessitent un environnement adéquat. Ainsi, il me semble qu’une salle de taille moyenne, même si elle possède une très bonne acoustique comme le Bataclan, n’est pas adaptée au répertoire de Dimmu Borgir. À titre de comparaison, pour les avoir vus en festival sur la même tournée, la différence de rendu est saisissante. Attention, cela ne va pas empêcher le public (et moi-même) de prendre son pied. Les Norvégiens sont les rois du black sympho et Shagrath est l'un des chanteurs les plus talentueux du style. Le combo est là pour faire plaisir à son public et il le fait parfaitement en offrant ses plus grands titres. Le succès est au rendez-vous et les plus jeunes pogotent sans retenue. Ainsi les fans ne peuvent retenir leur satisfaction lorsque sont joués des morceaux comme "Gateaways" (surement le titre le plus repris par la foule), la génialement simpliste "Dimmu Borgir" ou la majestueuse "The Serpent Offering".

Ce soir encore je note également que "Council of Wolves and Snakes" est faite pour le live, elle y est totalement sublimée. Ce morceau, assez mid-tempo dans son approche et à part dans la discographie permet notamment de mettre en évidence le talent des membres en matière de jeu de scène. Shagrath en profite pour tâter du tambour. Visuellement la scène est sobre et bien aménagée. Les membres maquillés comme d’habitude, manteaux à capuche en début de set, qui tombent à partir de "The Chosen Legacy". Il faut bien tout cela pour compenser l'omniprésence des samples symphoniques et orchestraux qui ont tendance à écraser les musiciens et ne pas faire assez ressortir leurs partitions. Le show cependant se révèle de très bonne facture grâce au professionnalisme du groupe (rien n’est laissé au hasard) mais également via des morceaux taillés pour la scène ("Interdimensional Summit", véritable bombe sur scène) et un final faisant virevolter les fans les plus assidus avec les traditionnels "Progenies of the Great Apocalypse" et "Mourning Palace". Le collectif reçoit une ovation sur les notes de "Ritual Passage". Les fans sont conquis et n’est-ce pas là le plus important ? De voir des personnes heureuses, le sourire aux lèvres ?


Pour ma part, je retiendrai en premier lieu la prestation phénoménale d’Amorphis. Les Finlandais confirment avec brio leur nouvelle jeunesse. Je n’oublie cependant pas le charme de Wolves in the Throne Room et surtout, et malgré mes légères réserves, la prestation éclatante de Dimmu Borgir. Un grand merci à Garmonbozia pour l’organisation de cette date, dans une salle mythique et avec un son excellent: la très convaincante prestation des deux têtes d’affiches prouve que deux formations au style différent peuvent réussir à faire communier leurs publics sous une seule et même bannière, celle du metal extrême.


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