CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
le 27 novembre 2019




SETLIST

Beast in Black:

Cry Out for a Hero
Unlimited Sin
Beast in Black
Eternal Fire
Blood of a Lion
The Fifth Angel
True Believer
Heart of Steel
Born Again
Ghost in the Rain
Die by the Blade
No Surrender
Crazy, Mad, Insane
Sweet True Lies
From Hell With Love

Rappel:
Blind and Frozen
End of the World

Myrath :

Born to Survive
You've Lost Yourself
Dance
Darkness Arise
Wicked Dice
The Unburnt
Tales of the Sands
Mersal
Beyond the Stars
Lili Twil (Les Frères Mégri cover)
Nobody's Lives
Monster in My Closet
Jasmin
Believer
Endure the Silence
No Holding Back
Shehili

AFFILIÉ

Myrath
Bordeaux - Rock School Barbey
(01 mars 2016)

06 novembre 2019 - Strasbourg - La Laiterie


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Ça y est, les voilà, ils arrivent : les seigneurs du heavy dance pop speed metal, engagés depuis le début de l'année dans une tournée-marathon dont le bilan carbone ferait cramoisir de jalousie le principal bénéficiaire de Air Force One, se posent enfin en France. Après une date parisienne à l'Élysée Montmartre, les membres de Beast in Black font halte à Strasbourg afin d'investir la Laiterie, une salle que leurs compagnons de voyage du groupe Myrath connaissent bien, voire très bien même pour certains d'entre eux pour s'y être produits à plusieurs reprises. L'alliance Orient-Septentrion, redoutable sur le papier, va-t-elle tenir ses promesses ?

À l'heure dite, MYRATH débute son show devant une audience copieuse et donne le ton : ce sera mélodieux, d'accord, sucré parfois, mais avant tout heavy. Non pas que les subtilités des enregistrements studio soient noyés sous des tonnes de grosses basses toutes moches, au contraire, mais la rugosité de la guitare et une section rythmique en béton emmenée par Morgan Berthet, le batteur à coupe punk ayant officié sur le dernier Klone, dynamisent les mélopées soyeuses que tissent un Zaher Zorgati particulièrement à l'aise derrière le micro. Ce dernier présente les chansons et ses acolytes avec bonne humeur, un peu en anglais, beaucoup en français – ça fait toujours plaisir (aux francophones, s'entend - l'auditoire de la Laiterie étant généralement cosmopolite). Déroulant son « desert metal » avec assurance, favorisée par un son savamment dosé, la section maghrébine transporte la salle toute entière en son palais féerique où des lumières tamisées effleurent les moucharabiehs alors que raisonnent les modulations orientales égrenées par le claviériste Elyes Bouchoucha et bousculées par les scansions de la six-cordes solidement tenue par le fondateur Malek Ben Arbia. Et si le tempo médium varie peu, contribuant à renforcer une homogénéité musicale qui ne laisse que peu de place aux coups d'éclat, le spectacle offert par la formation tunisienne réserve quelques moments divertissants, telles les interventions sensuelles d'une accorte danseuse qui fera joliment onduler ses foulards (entre autres) et celles d'un prestidigitateur adepte des tables volantes - un classique qui fait toujours son petit effet. L'illusionniste se montre ensuite plus ambitieux en faisant léviter Zaher, confortablement assis dans les airs tandis que sa belle se pâme à ses pieds. La descente se passe en douceur pendant que la riche prestation de Myrath touche à sa fin, ponctuée de remerciements chaleureux d'un côté et d'applaudissements nourris de l'autre.
À peine deux ans d'existence et BEAST IN BLACK suscite déjà une attente conséquente, à en juger par le nombre de t-shirts floqués au nom de la formation finlandaise qui se massent sur les barrières installées devant l'estrade, du mobilier peu convivial que l'on n'a pas souvent vu en ces lieux. Il en faudrait plus pour doucher l'enthousiasme des fans qui s'époumonent non stop dès les premiers accords épiques de "Cry Out for a Hero" jusqu'à l'ultime reprise du refrain de "End of the World". Les raisons d'une telle allégresse sont faciles à identifier : des compos méga catchy, servies par un son puissant et une exécution remarquable. Alors bien sûr, les ritournelles sont aguicheuses au possible, mais jouées avec suffisamment de vigueur et de rapidité pour les empêcher de verser dans la guimauve – le titulaire du micro rappelle à toutes fins utiles que lui et ses comparses sont venus jouer du « fuckin ' heavy metal ». Si le répertoire développé par le collectif emmené par Anton Kabanen, plus détendu que lors du Bang Your Head Festival quatre mois auparavant, ne requiert pas une technicité démentielle (hormis sur certains solos), il nécessite une mise en place qui ne laisse que peu de place à l'à peu près. La décontraction apparente affichée par les lascars en noir (forcément) n'en est que plus bluffante, malgré des automatismes que l'on devine acquis après la ribambelle de concerts enquillés depuis le début de l'année – et l’année précédente. Avec deux albums au compteur, la probabilité d'entendre tous les hits avoisinait les 100% - on notera la lucidité de leurs interprètes qui ont délaissé les titres les moins brillants.
Et puis quel plaisir de voir des musiciens tout sourire, la palme revenant au jovial batteur qui donne l'impression d'un gamin laissé en liberté dans un magasin de jouets ! Ne trahissant ni fatigue, ni lassitude, les acolytes d'Atte Palokangas déambulent devant son kit en déconnant gentiment, installant une ambiance bon enfant à coups de chorégraphies guitaristiques et de mise en scène rigolotes – jolie trouvaille que ces lunettes à bandeau déroulant sur "Crazy, Mad, Insane". Kasperi Heikkinen, le guitariste à la chevelure de jais enchaîne les grimaces et les poses parodiques, essentiellement avec la complicité de Máté Molnár, le bassiste sosie de Mel Gibson dans Braveheart. En revanche, Yannis Papadopoulos, lui, ne sourit pas souvent et c'est parfaitement compréhensible puisqu'il s'agit du chanteur. Et compte tenu de l'énergie quasi constante qu'il mobilise afin d'assurer ses intenses vocalises, le talentueux Hellène n'a guère loisir de faire le mariole. Personne ne songerait à lui en tenir rigueur, tant il alterne avec maestria suraigus en force et modulations flûtées, démontrant également sa capacité à faire preuve de retenue sur la ballade "Ghost in the Rain", pendant laquelle les lumières de smartphone font l'essuie-glace. Et les samples ? Bonne nouvelle : ils sont nettement en retrait ce soir, couverts par les instruments - dont une batterie un peu trop forte - et font surtout office de lancements discoïdes plutôt réjouissants, laissant les musiciens s'exprimer pleinement et sans artifice décelable. Dans ces conditions, une joie même pas coupable s'empare de l'assistance qui se trémousse et reprend à tue-tête les refrains ultra addictifs de "From Hell with Love", "Blind and Frozen", "Sweet True Lies", "No Surrender"... et tous les autres ! Si le but était de filer une patate d'enfer à des dizaines de spectateurs comblés, l'objectif est atteint, dépassé. Pulvérisé.


Quelle soirée ! Après la performance dépaysante aux accents magiques offerte par Myrath, les joyeux drilles de Beast in Black ont enchanté et vivifié le public en faisant tourner la machine à tubes à plein régime. L'étonnante discrétion des sonorités synthétiques n'a aucunement nui à l'impact des chansons, vivifiées par un chanteur d'exception et une interprétation aussi précise qu'énergique. Alors quand dans vingt ans – on prend les paris – Beast in Black jouera en tête d'affiche des plus gros festivals avec moult effets spéciaux, on se remémorera avec émotion, et la banane jusqu'aux oreilles, ce récital tout empreint de dynamisme guilleret, quand la setlist était constituée par la quasi totalité des deux LP fondateurs et que le décor se résumait à quelques crânes placés devant la reproduction de la pochette kitsch de From Hell with Love. Tout émoustillé rien qu'en y repensant, on se dira alors : « J’y étais. Et ma foi, c'était sacrément bonnard. »

La réaction à chaud de Morgan Berthet, le batteur de Myrath, recueillie par Tabris: « Alors ce que je peux te dire c’est qu’on était ultra content de revenir dans cette salle pour la troisième fois. Cinquième pour moi. On est extrêmement bien accueilli à chaque fois et on avait hâte. On revenait d’un super concert à Paris deux jours avant donc on était chaud bouillant pour Strasbourg. On espère revenir bientôt ! »

Heureuse nouvelle: le set de Beast in Black a été filmé par Damien Dausch, le guitariste de Dust in Mind, qui a proposé un montage aux membres du groupe. Ces derniers ont été tellement emballés qu'ils l'ont utilisé comme support de la vidéo officielle de "Cry Out for a Hero", le titre d'ouverture de From Hell with Love ! Le résultat est visible ici : https://www.youtube.com/watch?v=KCJooj3hdzQ


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