CHRONIQUE PAR ...

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Eudus
le 19 novembre 2019




SETLIST

The Gathering:

How To Measure a Planet (edit version)
Probably Built in the Fifties
No One Spoke
Broken Glass
Analog Park
Bad Movie Scene
Great Ocean Road
Eleanor
Nighttime Birds
Paper Waves
Meltdown
Saturnine
Heroes for Ghosts

Rappel:

On Most Surfaces (Inuït)
I Can See Four Miles

Venice May:

Disequilibrium
Mr & Misadventure
Hiding Place
Only I Will Remain
Thinning Ice
One Way Out
Limerence

AFFILIÉ

The Gathering
Lyon - Rail Théâtre
(18 mars 2004)
Lille - Splendid
(26 mars 2004)
Rennes - L'Antipode
(29 novembre 2013)

16 novembre 2019 - Le Petit Bain


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Ce samedi 16 novembre 2019 a lieu un petit événement sur les quais de Bercy à Paris. Plus de six ans après son dernier passage en France, The Gathering amarre au Petit Bain pour fêter son trentième anniversaire, et ce sans annonce de nouvel album - le dernier, Disclosure datant de 2012. Mais qu’importe, leur simple présence suffit pour passer un soirée sublime.

Et nous Français, pouvons nous estimer heureux puisque hormis les Pays Bas, terre natale du combo, seul Paris, Vosselaar (Belgique) et Madrid (festival Madrid in the Dark en Décembre) ont la chance de fêter ce trentième anniversaire. Le premier constat (un peu inquiétant) que je me pose est le lieu de l’évènement. The Gathering au Petit Bain? Sans manquer de respect à cette salle, que je ne connais pas, mais dont j’ai connaissance de la capacité d’accueil, cela m’a estomaqué sur le coup. Dès l'entame du show, je suis rassuré: un son parfait, la présence d’un écran (car The Gathering sans écran, cela est difficilement concevable) et un lieu très chaleureux. Les membres de Sounds Like Hell (davantage centré sur la région lyonnaise) ont parfaitement organisé cette soirée, je ne peux que les remercier. À noter pour l’anecdote, que l’une des demoiselles chargées du contrôle des billets n’est autre que Clémentine, la vocaliste de Visions of Atlantis. Le monde est définitivement très petit.
À 19h30, le jeune quatuor Parisien Venice May ouvre les hostilités. Œuvrant dans une veine post rock / rock alternatif, le combo mené par l’Ukrainienne Natalia (et concubine de Vincent, le guitariste) alterne moments aérien lorgnant sur le post rock - avec Natalia officiant au piano, en plus du chant comme sur les deux premiers titres proposées - et passages plus saturés où la native de Kiev délaisse son clavier pour une guitare. Il est plutôt difficile de se faire un avis sur ce genre de combo, surtout avec un set aussi court, mais clairement, Venice May possède un petit truc en plus. Le talent de sa vocaliste, avec une voix caméléon, capable à la fois de monter assez haut dans les aigus et de redescendre assez bas ? Sans aucun doute. Savoir doser son côté aérien et sa facette heavy, bien présente sur les excellents "Only I Will Remain" et "Thinning Ice" - rythmiquement, les compos sont fortes intéressantes ? Certainement. Cela m’a en tout cas donné envie d’écouter leur premier album, Illusion is Inevitable, qui s’avère d’excellente facture. Une belle découverte, qui mérite clairement une écoute de votre part, amis lecteurs.
À 20h40 débute le set des Bataves de The Gathering sous les acclamations du public. Et pour fêter dignement son trentième anniversaire, quoi de mieux que d’ouvrir sur deux extraits de How To Measure a Planet (HTMAP), considéré par une grande majorité de fans, comme l’album culte de la bande à René ? Au sein d’une prestation réservant moult surprises, débuter par le titre éponyme de cette œuvre culte en est déjà une. Alors bien sûr, c’est une version édit proposée (le premier tiers instrumental) l’œuvre originale durant vingt huit minutes. Avec uniquement les musiciens sur scène et des images de conquête de l’espace sur l’écran, "HTMAP" officie comme une longue intro, montant doucement en puissance avant de faire place à la douce et talentueuse Silje. Acclamée à son arrivée, elle mettra toute son énergie sur "Probably Built in the Fifties", pour le plus grand bonheur de la foule. Le public de ce soir, est, sans offense, plutôt âgé et est composé pour une grande majorité, des fans de la première heure, qui ont fait le deuil du départ d’Anneke tout en appréciant Silje à sa juste valeur. En même temps, on se demande bien ce qui pourrait être reproché à la Norvégienne. Énergique mais réservée, souriante mais timide, son timbre, pouvant se rapprocher par moment de son illustre devancière, met tout le monde d’accord - aucune fausse note à déplorer pendant près d’une heure trois quart.
Ce soir, la grande majorité des œuvres de The Gathering sont proposées, hormis Always et Almost A Dance (les deux premiers albums, sans chanteuses), ainsi que Home. Sans regrets pour ma part, considérant ce dernier comme le point faible de la carrière des Néerlandais et où l’on sent fortement la rupture en train de se créer au sein du groupe (Anneke partant après la tournée le promouvant). Alors bien sûr, Disclosure (qui fit quasi l’unanimité à sa sortie) est fortement représenté ce soir, avec la présence de ses quatre pierres angulaires. Le morceau introductif "Paper Waves", les deux singles épiques "Meltdown" (avec Frank aux chœurs) et "Heroes for Ghosts" puis, en rappel, "I Can See Four Miles". Concernant la première citée, celle-ci bénéficie d’un réarrangement plutôt étonnant, bien plus rock qu’aérien, assez déstabilisant, mais ça fonctionne. Quant à la dernière, c’est le chef d’œuvre du combo, une proposition hors norme, bénéficiant d’arrangements techniques et montant en tension et en intensité progressivement et qui conclut de manière époustouflante chaque show du quintet depuis 2012. The West Pole, première œuvre avec Silje a également son titre le représentant et c’est avec surprise que nous avons droit au court mais rock et énergique "No One Spoke" (là où ces dernières années le groupe jouait "All You Are" ou "No Bird Call").
L’autre grande surprise est la forte représentation d’if_then_else, album ayant divisé les fans, et à l’origine de la rupture entre le combo et Century Media. Si "Saturnine", chantée en chœur par tout le public et bénéficiant d’un final allongé, est évidente, la présence ce soir d’"Analog Park" et de "Bad Movie Scene" a pris de court les fans. La première, énormément dans l’esprit HTMAP, avouons-le, a clairement fait plaisir au public, au vu de sa réaction. En même temps, son final bien saturé est un petit régal. Quant à la seconde, si je lui préfère personnellement "Herbal Movement" dans le genre mid-tempo, elle n’en reste pas moins sublime. Et, c’est le cas pour tous les morceaux, que transcendent les images projetées au fond de la scène, leur apportant mystère et épaisseur. Rien n’est fait au hasard, chaque image a un sens, est rythmée avec la musique, avec les paroles et ce n’est qu’une preuve de plus du professionnalisme exacerbé de René. Les fans de la première heure époque Anneke ne sont pas en reste. Ainsi quand résonne "Eleanor", on perçoit la joie émanant de l'assistance. Vingt-cinq ans après la sortie de Mandylion, cette composition, remise au goût du jour, est toujours littéralement puissante. Sa facette doom metal n’a pas pris une ride pour ce qui est le moment le plus « violent » de la soirée, le tout sublimé par la performance de l’ingé son et lumière, au top ce soir, mais à son apogée à ce moment de la soirée. S’en suit "Nighttime Birds" de l’album du même nom (plus classique comme choix) également reprise par l'auditoire.
De la même œuvre, et pour débuter le rappel, retentit "On Most Surfaces", également bien accueilli et qui fait suite à un long speech d’Hans, le frère de René présent lui aussi depuis les débuts du groupe. Il introduit chaque membre du combo, avec leur longévité respective et remercie le public de ce soir. Pour le reste de la soirée, c’est Silje qui prend la parole, timidement comme à son habitude, et insistant régulièrement que c’était la première fois qu’elle jouait sur un bateau. Enfin, pour conclure avec la setlist, l’indémodable "Great Ocean Road" sera également de la partie tout comme l’inimitable, la sublime, la parfaite "Broken Glass" - vous aurez compris qu'il s'agit de mon morceau préféré de The Gathering, issu du non moins fabuleux Souvenirs. Montant doucement en tension et bénéficiant d’un final phénoménal et sublimée en live par René. La perfection selon moi. René, justement, fidèle à lui-même. La tête pensante depuis trente ans du combo reste toujours aussi discret et concentré sur son jeu (sans accro). À noter la présence sur scène d’Hugo, le bassiste originel du groupe parti en 2004, qui est de retour aux affaires depuis le départ de Marjolaine après le show anniversaire de 2014. Hans qui par ailleurs s’amuse sur le fait que le fils du bassiste tenait le merch du groupe ce soir. Côté performance, on le sent parfaitement concentré. Il faut dire que la basse a une place importante chez The Gathering, notamment sur un titre comme "Heroes for Ghosts" où elle ressort fortement (et parfaitement). Quant à Hans, son jeu léché et tout en finesse à la batterie, rythme parfaitement le set tout au long de la soirée. Le seul petit reproche que l’on peut faire (au groupe, à l’orga ?) est l’absence de nouveaux titres sur la tournée, alors que l'interprétation d'inédits avait été mise en évidence lors de la promotion de l’évènement. Mais qu’importe, cela n’a pas empêché le public de passer une soirée merveilleuse, ce dont les membres du quintet ont manifestement eu conscience.


Un grand merci à Sounds Like Hell pour l’organisation de cette soirée-événement magique. Les années passent mais le talent reste. The Gathering reste un grand groupe, qui, ce soir a été bluffant, avec un setlist parfaitement équilibrée et sublimement exécutée. De quoi sera fait le futur de la section batave ? Tournées anniversaires ponctuelles, nouvel album ? Personne ne le sait vraiment. En attendant reste à se replonger dans la discographie quasi sans fausses notes des Néerlandais et/où (re)découvrir Habitants, le nouveau groupe de René.


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