CHRONIQUE PAR ...

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Eudus
le 04 avril 2019




SETLIST

Evergrey

A Silent Arc
Weightless
Distance
Passing Through
The Fire
Leave It Behind Us
Black Undertow
My Allied Ocean
All I Have
The Grand Collapse
Recreation Day
Keyboard solo
Guitar solo
A Touch of Blessing
King of Errors

Bloodred Hourglass

Quiet Complaint
Six Feet Savior
Valkyrie
We Form the Broken
Times We Had
Last of Us
Where the Sinners Crawl

Genus Ordinis Dei

You Die in Roma
Embracing the Earth
Halls Of Human Delights
Hail and Kill (Manowar cover)
Red Snake
Roots and Idols of Cement


AFFILIÉ

Evergrey
Sonisphere France (Snowpark, Amnéville)
(08 juillet 2011)

01 avril 2019 - Paris - Gibus


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Peut on voir un lien, une métaphore, entre la carrière d’Evergrey et la sortie de leur dernière offrande, The Atlantic ? Entre vents et marées, entre difficultés de navigation (cette période englobant Monday Morning ApocalypseTornGlorious Collision restant en travers de la gorge de beaucoup de fans), les Suédois ont su éviter le naufrage avec une trilogie montant doucement en puissance. L’épique mais inconstant Hymns of the Broken, l’émouvant The Storm Within et la claque The Atlantic ont fait sortir la tête de l’eau du quintet qui, de nouveau, s’impose comme une figure incontournable d’un heavy metal mélodique et progressif comme il s’en fait rare de nos jours.

Autant vous dire que le combo revenant de loin, il n’est absolument pas choquant de les voir débarquer en tête d’affiche dans la petite salle du Gibus, nichée vers la place de la République et qui est
également une salle de séminaire et un club LGBT+ en fin de semaine. La bande à Tom a eu le temps de se chauffer ces dernières semaines puisqu'elle assurait la première d’une petite tournée européenne de Kamelot. Cette fois, la tête d’affiche c’est bien Evergrey et, petite surprise, elle a ramené dans sa hotte deux groupes de death metal mélodique à savoir Genus Ordinis Dei ainsi que Bloodred Hourglass. Un choix qui peut s’avérer étonnant sur le papier, mais qui va avoir son petit effet sur votre reporter – serviteur, ainsi que le reste de la salle.
Les italiens de Genus Ordinis Dei ne sont pas à leur coup d’essai en terme de première partie, ayant assuré l’opening de la dernière tournée européenne de Lacuna Coil, promouvant l’excellent Delirium. Forts de deux albums et d’un EP, les lombards ont l’air rodés et ce n’est pas la minuscule scène du Gibus (sachant que la moitié est occupée par le matériel d’Evergrey) qui vont les empêcher de délivrer leur death metal mélo-symphonique épique. L’univers des italiens semble cohérent entre le nom du groupe en latin, leur origine, ainsi que cette tendance au metal grandiloquent. Le leader et vocaliste Nick’K ne semble pas intimidé et va, le temps de trente petites minutes, nous faire la démonstration de toute sa puissance vocale, soutenue par sa guitare (et celle de Tommy), qui sont bien affûtées. Proposant un death symphonique, les samples sont ainsi fort présents et ont presque tendance, en début de set surtout, à écraser les autres instruments, mais vont parfaitement de paire avec la voix grave et vraiment puissante de Nick K’. Richard, le batteur, fait quant à lui marcher ses muscles et arrive à se faire entendre dans ce déluge musical. Des cinq titres proposés, je retiendrais surtout les deux issus de leur EP (sobrement intitulé EP), à savoir "Embracing the Earth", mais surtout l’épique et magistrale "Red Snake" (pour tout vous dire, je l’écoute en boucle depuis lundi soir). Je vous conseille ainsi de surveiller de près Genus Ordinis Dei qui propose un petit death sympho qui n’invente rien mais qui, contrairement au groupe suivant, arrive à intégrer ce petit truc en plus qui fait qu’on a envie d’en savoir, d’en entendre plus. Par ailleurs, le quatuor était disponible au merch tout au long de la soirée et semble d’une extrême gentillesse, très souriant et heureux d’être présent sur cette tournée. Une très bonne mise en bouche.

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Bloodred Hourglass (BRHG) prend ensuite place sur la scène du Gibus. Vous êtes nostalgiques du Children of Bodom de votre adolescence ? Ça tombe bien, les finnois (CQFD) ressuscitent cette période death mélodique de la faucheuse. Grawls variés, mélodies et riffs affûtés, on se croit de retour à la fin des années 1990. Alors oui, le quintet ne réinvente strictement rien, mais il s'exécute avec perfection. Jarkko, le vocaliste, semble comme un poisson dans l’eau (son style cependant - cheveux court, chemise cintrée - dénote un peu avec son chant) et fait preuve d’une technique vocale irréprochable. Un des guitaristes propose un chant clair en guise de chœurs, mais sa voix restera trop souvent en retrait. Concernant le set en lui-même, n’étant absolument pas connaisseur et fan du style, je note surtout quelques lignes mélodiques très efficaces (comme sur l’excellente "Six Feet Savior" ou sur le single et, à priori, le tube de BRHG, "Valkyrie"). Fait marquant et amusant de la prestation, Jarkko qui demande à la foule de se lancer dans un pogo.  A priori, il ne remarque pas que la moyenne d’âge tourne autour de trente-cinq/quarante an, venus pour du heavy metal prog mélodique. Ainsi, seul deux personnes se lancent dans l’exercice. Un flop. Mais globalement, l’ambiance est là, le set est efficace, entraînant, et Jarkko est un très bon frontman, ce qui aide dans l’exercice d'opener de la tête d’affiche. Sympa, mais quand même un peu convenu.

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(Nda : Un grand merci à ces groupes pour leur réactivité sur messenger, suite à ma demande d'avoir leur setlist respective, puisque non disponible sur setlist.fm.)

Après un petit entracte pour la mise en place de la scène (cette dernière étant petite, juste deux panneaux à droite et à gauche et un écran dans le fond, déjà présents pour les deux précédents groupes) Evergrey débarque sous les applaudissements du public pour une bonne heure et quart de show. Premier constat, comme j’en parlais dans l’introduction, la dernière trilogie proposée par les suédois, et saluée par les fans, va représenter la majeure partie du set de ce soir. Dix morceaux sur treize, rien que cela. Alors, pour les nostalgiques pré Recreation Day, la déception doit être grande, car aucun morceau de leurs trois premières livraisons (même pas un "The Masterplan", ce qui est presque scandaleux). Le set débute avec "A Silent Arc" et "Weightless", issus de The Atlantic, la dernière création du quintet. L’introduction sous forme de sonar de la première citée est parfaite pour ouvrir une prestation puisqu’elle est très aérienne et débouche sur un riff extrêmement puissant, très gojirien, bien plus metal que ce nous propose Evergrey en temps normal. Après un ou deux ajustements, Tom fera un sans-faute vocalement parlant tout au long de la soirée. Quant à "Weightless", comme la version studio le laissait deviner, elle révèle ce potentiel live incroyable, véritable tube qui fait vivre le public. Et parlons-en du public. Celui-ci est tout simplement à l’unisson avec le combo, chantant quasiment tous les refrains des pistes proposées. La bande à Tom possède un public de fidèles et cela se ressent clairement. "All I Have" (issu de The Atlantic) et son ambiance très doom est également au programme de la soirée. Le break avec le petit solo de Tom fait clairement son petit effet. Le jeu des guitaristes est également un des points forts. Tom et Henrick s’accordant parfaitement et faisant régulièrement le show (le second offrant un « guitare solo » en fin de set). "Recreation Day" (de l’album du même nom) est également bien mise en avant grâce à ce jeu léché des six cordistes. Après avoir débuté avec leur dernière livraison, le groupe enchaîne avec le duo d’opener de The Storm Within, efficacement. "Distance" joue sur le côté émotif, prog et soutenu par le chant des fans, sur le final notamment. Quant à"Passing Through", elle contre balance avec son côté tube power metal bien direct et sans sentiments.

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L’œuvre la plus représenté est Hymns of the Broken, album du retour au premier plan. Si "Black Undertow" me laisse assez de marbre (malgré les « freedom » scandés par l’audience) la puissance de "The Fire" fait mouche, tout comme le désormais culte "Kings of Error", concluant tous les shows d’Evergrey. Mais la révélation de cette soirée pour votre serviteur est "The Grand Collapse". Lorgnant très clairement sur le metal progressif (ses huit minutes, ses parties chantées peu nombreuses et ses divers changement de rythme), ce morceau est taillée pour le live. Lourd, sombre, il semble tenir à cœur à Tom. Son visage semble possédé sur ce titre et le public scande sans cesse des « ooooooooooooo ». Et nous tenons ici deux points positifs de la soirée: le réel plaisir des membres d’être là et celui d’incarner leur musique. Que ce soit le visage de Tom, le jeu à la batterie (démentiel) de Jonas ou l’énergie communicative d’Henrik, on sent que depuis le retour du trio issu du line-up d’origine, ils se sont retrouvés pour leur plus grand plaisir. A noter que le bassiste, Johan, ancien de Therion, semble un peu plus nuancé dans son attitude et un peu en retrait, lui qui officie depuis 2010. Quant au claviériste, Rikard, il aura son petit moment de gloire avec un « keyboard solo » fort sympathique. Pour revenir au public, celui-ci n’hésite pas une seule seconde à interagir avec le groupe, à chanter à l’unisson,  à reprendre les airs, les paroles des tubes des suédois. Et quand c'est le tour des morceaux cultes comme "Leave It Behind Us" (seul titre présent de la période « en deçà »), "Recreation Day" et "A Touch of Blessing", le bonheur se lit sur le visage des chanceux présents au Gibus. Et cela, le groupe l’a bien compris et remercie chaleureusement ceux qui sont déplacés.


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Vous l’aurez compris, cette soirée au Gibus fut un quasi sans faute. Le seul reproche que je peux adresser à Evergrey est totalement subjectif, à savoir quelques déceptions au niveau de la setlist ("Black Undertow", "My Allied Ocean" et l’absence d’un ou deux titres en plus de The Atlantic, par exemple, l’excellente "A Secret Atlantis"). En dehors de cela, nous avons eu droit à une belle découverte avec Genus Ordinis Dei, de l’ambiance avec BRHG et une prestation sans fausses notes des Suédois d’Evergrey, manifestement heureux d’être revenu sur le devant de la scène et de partager sa musique avec son public fidèle. Merci à eux !


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