CHRONIQUE PAR ...

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Tabris
le 27 mars 2019




SETLIST

The Ocean Collective

The Cambrian Explosion
Cambrian II: Eternal Recurrence
Ordovicium: The Glaciation of Gondwana
Hadopelagic II: Let Them Believe
Firmament
Silurian: Age of Sea Scorpions
Statherian
Permian: The Great Dying
Cryogenian

Rappel:
Ectasian: De Profundis
Benthic: The Origin of Our Wishes

Downfall Of Gaïa

Non renseignée

Herod

Non renseignée

AFFILIÉ

The Ocean
Paris - La Grande Halle de la Villette
(06 mars 2015)
Paris - Le Divan Du Monde
(03 novembre 2013)
Paris - La Locomotive
(21 mars 2008)

Downfall Of Gaia
Éragny - Covent Garden Studios
(01 avril 2015)

18 mars 2019 - Colmar - Le Grillen


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Phanerozoic I: Paleozoic Tour – débuté le 13 mars 2019 pour quelques vingt-quatre dates à travers l'Europe - fait étape au Grillen qui, décidément, tient plus du repaire complice que du coup du sort. La salle fête cette année ses vingt ans d'existence et je continue d'apprécier l'idée de m'y user les semelles. Modeste mais emplie de bonne humeur (nda: surtout autour du comptoir où la bière est fraîche et bonne), il fait toujours aussi bon s'y réfugier en quête de découvertes ou de retrouvailles. Car en ces lieux, les affiches sont belles. Combo mixte au programme ce soir: nouveautés pour moi avec Herod et Downfall of Gaia. Retrouvailles enthousiastes, avec The Ocean Collective. Le temps de s'assurer que l'ingé son est bien Stéphane Azam (alias C.R.O.W.N) et de se dire qu'on aurait adoré une quatrième partie avec le dit compère sous les feux de la rampe, que la lumière s'éteint déjà pour la première salve.

Et c'est donc à Herod que revient la lourde tâche de donner le « la » de cette soirée. Le collectif suisse signe cette année sa seconde offrande via le label Pelagic Record, Sombre Dessein. Avec pour trame de fond, rien de moins que la fin de notre ère judéo-chrétienne et de notre civilisation thermo-industrielle, on ne peut être raisonnablement surpris par le ton, la massivité et l’âpreté de la prestation. Officiant dans un registre progressive-sluge / math / doom, Herod ne tarde pas à en effet nous enfoncer le clou bien profondément dans le crâne. Mais non point dans une simple salve de brutalité, mais en jouant sur l'item de la dualité. Ainsi, le chant, majoritairement screamo, conduit pas un frontman transpirant la conviction, se veut (et se ressent) sans concession, mais n'égorge pas quelques passages en voix claire. Le riffing, très math-core, et la section rythmique, implacable, tout à fait délectables, ne débordent pas sur les harmonies douloureuses qui s'élèvent superbement, propres à créer quelque atmosphère hypnotisante, poignante parfois, oppressante surtout. L'ensemble s'offre avec homogénéité, intelligence et implication. Et l'on savoure sans retenue ce bain d'encre bien noire. Avec une mise en bouche aussi plaisante, l'on se félicite déjà de cette soirée qui s'annonce sous les meilleurs auspices.
Le temps de faire honneur à la prestation du sympathique comptoir, et c'est au tour de Downfall of Gaia de nous ravir. Je dis ravir, car le seul premier titre lancé a déjà de quoi donner des frissons, et le set dans son entier sera à l'avenant. Fort de ses onze années de carrière, le collectif vient défendre à l'occasion de cette tournée son sixième opus, Ethnic of Radical Finitude, sorti chez Metal Blade Records le mois dernier et d'ores et déjà salué très favorablement par la critique. Mêlant intimement sludge, doom et post metal, les Berlinois tissent en effet avec efficacité les mailles d'une ambiance tout à la fois pensante et contemplative, mâtinée de cavalcades véloces de fort bon aloi. Les morceaux, altérant nappes atmosphériques et attaques plus frontales, se révèlent bien équilibrés, et se développent crescendo pour former un ensemble homogène et savoureux. L'on comprend rapidement que l'intention est ici de nous conduire à quelque introspection et l'on ne peux que louer la profondeur des compositions. Guidée par de saisissantes harmonies de guitares, une rythmique tantôt lente et mesurée, tantôt farouchement épique, des grunts d'une juste férocité mais qui ne font cependant pas ombrage aux instrumentistes, encore, ces samples de chant féminins, touche de grâce et de mélancolie fine... l'immersion dans l'univers sombre et ensorcelante de Downfall of Gaia s'avère un réel instant de plaisir. A regretter que le temps passe si vite. Encore une fort belle découverte ce soir donc.
Et l'heure arrive enfin de saluer la tête d'affiche. Et c'est un honneur et un bonheur, car ne mâchons pas nos mots, si le sieur Robin Staps a encore été bien inspiré pour la composition du premier volet de ce diptyque qu'est Phanerozoic, le collectif The Ocean l'est autant dans sa défense de l’œuvre en live. Paleozoic (le premier volet de Phanerozoic - le second étant prévu pour 2020) est donc à l'honneur ce soir avec cinq morceaux délivrés sur les sept qui composent l'opus. Il ne s'agit point cette fois de plongée au cœur des abysses (même si nous en aurons les échos ce soir), mais d'explorer par strates les composantes des ères géologiques qui précèdent notre heure, d'en dépeindre le chaos et les évolutions. Et la couleur nous est donnée, jusque dans le jeu de lumière. Baigné de rouge, de bleu ou de vert, The Ocean nous assène ses compositions avec grand art, mettant en exergue les forces telluriques de ces ères qui dépassent notre imagination. Comment ne pas se sentir ému dès les premières notes de "The Cambrian Explosion" ? Cette nappe introductive, que l'on sait et que l'on ressent comme signée, sans doute permis ? Puis, cette soudaine montée en puissance ? "Cambrian II: Eternal Recurrence" qui explose à nos tympans, frappes de tellures d'un maître des fûts, cordistes magistraux qui électrisent l'air ambiant, et lignes de chant, féroces et frontales dans les couplets, désarmantes dans les chœurs ? "Ordovicium: The Glaciation of Gondwana", écho épique de cette entrée en matière grandiloquente, avec ses attaques de futs à vous matraquer le cœur, une vélocité dans la voix, un riffing posé comme un mantra, à vous nouer la gorge...
Le triptyque ainsi posé, le constat est déjà fait: puissante et ambitieuse, tels sont les mots justes pour qualifier l'offrande de ce soir. Et les instants qui suivront ne me démentiront pas. Le jeu est précis, intense. Les guitares vrombissent autant qu'elles distillent leurs savantes harmonies mélancoliques, promptes à nous faire palpiter; la section rythmique fait des ravages de virulence et nous clouent au sol, quant aux voix, elles nous tenaillent les tripes autant qu'elles nous transportent dans quelques sphères hors cadre. Oui, il n'est que trop aisé se laisser porter vers cet ailleurs indescriptible et de se noyer dans une valse de cycles chaotiques. Soulignons encore que The Ocean offre ce soir une setlist d'une grande cohérence, puisqu'il appelle à notre bon souvenir les premiers jalons de sa grande fresque: Precambian et Heliocentric, avec des morceaux tels que "Firmament" ou encore "Statherian", qui ne se découvrent que plus de saveur encore, ainsi parsemés avec justesse au cœur de cette composition nouvelle qu'est Paleozoic. Mais en excellents maître de cérémonie, soucieux du plaisir de son audience, The Ocean ne manque pas de répondre aussi aux attentes. L'indétrônable Pelagial s'invite ainsi à la fête, avec un "Hadopelagic II: Let Them Believe" accueilli avec chaleur.
Si le set respire la concentration et s'accompagne de la posture de rigueur - les musiciens sont globalement assez statiques – Loïc Rosetti ne se privera pas cependant d'une gestuelle conforme à ses habitudes: aussi impliquée que ses lignes de chant, allant et venant en tous sens. Quant à la basse, elle est à ce point mise en avant qu'il ne fait pas bon être au premier rang, le manche du sieur Mattias Hägerstrand frôlant parfois dangereusement le haut de mon crâne. Mais ce sont encore de nombreux sourires qui se peignent sur les visages et nous font amplement savoir que ce soir, nos compères ont plaisir à délivrer leur musique, et cela se ressent. Le rappel sera à l'avenant, puisque pour le titre, "Ectasian: De Profundis", le compère Mike Pilat de Herod est invité à revenir sur scène pour donner de la voix. Le concert s'achève sur un magistral et écrasant "Benthic: The Origin of Our Wishes" et nous laisse simplement conquis.



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