CHRONIQUE PAR ...

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Tabris
le 03 septembre 2018




SETLIST

Too Mobz:

Underground Marks
Higher Ground
Breath
Stay for this
My Friends tonight
Lie to me
In Beer we trust
Personnal Jesus
Red head blues
Tiger
Whisky a Gogo

Trezïa:

Intro
Nouvelle compo (ndlr : on pourra se vanter plus tard de l'avoir connue sans nom !)
Jungle
Massive Destruction
Live with Me (Humble Pie cover)
Heavy Bounds
Dark Art
Killin' in the Name (Rage Against The Machine cover)

Mars Red Sky:

Clean White Hands
Hovering Satellite
Be my Guide
Under the Hood
Mindreader
Marble Sky
Strong Reflexion
Apex III

AFFILIÉ

Mars Red Sky
Angers - Le Chabada
(31 mars 2016)

01 septembre 2018 - Colmar - Le Grillen


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La voiture crachait du AC/DC lorsque nous nous sommes engagés sur le parking. Effort vain, celui-ci était d'accès réservé (bière et tartes flambées sont ici reines ! Et place doit être faite à l'affamé(e) de lardons et l'assoiffé(e) de breuvage made in Helsass (68)). La petite fête a commencé bien avant notre venue, pourtant, à cette heure où nous cherchons notre place, elle semble déjà... achevée, et laisse juste entendre quelques notes d'un ersatz de notre auguste auto-radio [ndlr : Airbourne, quoi]. Nous sommes à l'heure des « transmissions ». Les visiteurs de l'après midi ont en effet déserté les lieux et seule une petite troupe flâne encore autour de la guérite de ravitaillement. Les familiers du Grillen le savent bien, il n'est pas utile de venir en avance, l'heure, c'est l'heure... à une demi-heure près. Voire une heure – il est encore possible de se faire avoir après cinq années de je t'aime moi non plus. En fiévreux de la scène, nous tentons bien de pénétrer les lieux. Passé deux essais infructueux, nous finissons par nous voir accorder le droit de payer notre billet et bracelet au poing... encore un peu de patience... avant d'enfin franchir les portes du vénérable entrepôt... deux par deux. Enfin... deux au comptoir. Nous leur emboîtons le pas, disposant de toute latitude pour choisir l'endroit qui nous siéra. Hé oui, que voulez vous, la séance de ce soir sera intimiste ! En effet, il n'est pas question d'affiche criarde ou vindicative, mais de rock-garage, de rock progressif et de stoner. Mais voyez-vous, pour nous, le plaisir est le même.

« C'est trop génial !!!! ». Le mot lancé par la petite pitchoune de sept ans qui danse comme une petite endiablée à côté de moi et dont la joie si manifeste d'assister à son tout premier concert ferait craquer le plus rigide des black metalleux, n'est pas loin de la vérité. La prestation que nous offrent les trois groupes de ce soir, dans cette configuration plus que confidentielle, se révèle tout ce qu'il y a de plus plaisant. N'en soyons pas surpris, il est plus à donner à quelques humbles de passage qu'à des masses affolées prêtes à gober tout et rien. Et manifestement, ceux qui foulent les planches ont décidé d'être francs du collier, pour notre bon plaisir. Premier tour de chauffe, avec Too Mobz de Colmar », précise le guitariste-chanteur. « J'adore ton costard mec, change rien », lance un membre de l'auditoire placé suffisamment près pour être entendu du batteur torse nu. Il faut croire que ce dernier a bien décidé de nous tailler un short [ndMFF : marqué « Crowbar » au verso, la classe] ! Sur cette note d'humour, deux compères prennent place. Le massif et souriant Arnaud Lamaze derrière ses fûts, décontracté du protocole donc, bardé de tatouages, et l'instigateur du méfait Too Mobz, Walgus, plus élancé mais non moins souriant, à la gratte et au chant. Line-up léger, façon White Stripes ? Ma foi, à aucun instant je n'aurai à regretter l'absence d'un quatre-cordiste. Maîtres-mots de la prestation ? Densité et variété. Tout juste pourra-t-on déplorer une voix un peu étouffée par le volume de l'ensemble (et ce sera, hélas encore le cas plus tard dans la soirée), question d'équilibre seulement, non de compétence du vocaliste, au timbre agréable au demeurant. Passé ce détail, aucun sentiment de creux dans les sonorités qui se déversent. Au contraire. Gageons qu'une bonne architecture de la musique, bâtie et tenue juste à deux, fait toujours autant plaisir à voir... enfin, à entendre ! Et avec deux efforts à leur compteur, les EP Miisfit et A Gogo, les Too Mobz, certes, n'innovent pas (et ne le prétendent pas), mais ont d'ores et déjà le chien de vous balancer une sacrée bonne dose d'énergie directement dans les veines. Riffs efficaces et pulsations frénétiques dynamisent des compositions homogènes mais néanmoins variées. D'entrée de jeu ce soir, on se fait plaisir. Que demander de plus en effet pour savourer ce rock-garage de fort bon aloi ? Un petit coup de poignet pour lancer une vrombissante bécane sur des routes respirant chaleur et poussière ? Allez, remettez-moi donc encore une petite lichée de ce "Whisky a Gogo", il attaque bien le palais comme j'aime.
« Madaaaaaaame, je peux avoir un CD avec un autographe dessus ? - Ah, on n'a pas encore de CD, mais ça ne saurait tarder ! » Elle est inspirée cette petite, décidément ! Et le groupe concerné par la harangue l'est tout autant. Dans mon champ de vision, cinq cordes rouges qui n'auraient pas détonné dans un groupe de djent et qui n'ont pas l'intention de feindre leur présence, un six-cordiste farouche, manifestement prêt à en découdre, ce hammond XB-2 piloté par un amateur de chaussettes sensibilité-fleur-de-peau-aux-pédales et de loin pas que, un t-shirt psyché et un bandana ceignant un front qui peut-être aura perlé de bonheur à l'écoute de Franck Zappa (qui sait?) baguettes vibrantes à la main, et enfin un survet' blanc floqué du fameux croco trois fois trop grand pour tenir chaud à un sourire fendu d'une voix pleine et passionnée. Autant dire une image hétéroclite pour une musique aux inspirations d'horizons divers et un résultat, plus que chatoyant à mes oreilles, décidément émues ce soir du talent de parfaits inconnus jusqu'alors. Allons, permettez moi de saluer ce groupe de rock progressif généreux – qui n'a pas encore de CD, mais j'espère bien moi aussi que ça ne saurait tarder – Trezïa, ces « cinq gens qui aiment la musique et les sacrifices de poulets au clair de lune » (dixit). Allez donc sur le champ découvrir pour exemple le titre "Dark Art" et laissez-vous séduire par son rythme imparable, par la voix gourmande d'Izïa, encore ces retours de basse profonds, et ce sublime dialogue continu entre orgue et guitare, et vous aurez une petite idée du plaisir ressenti à cette heure. Tentez encore le sensible "Massive Destruction", que son groove vous en conte et que son solo grandiloquent vous emporte, et s'il vous en faut d'avantage, laissez-moi vous dire que l'incursion de Trezïa dans le registre de Humble Pie, avec la sublime ballade "Live With Me" qui ouvre le troisième album de 1970 - « hélas trop peu connue » - est un pur moment de délices. D'une notoriété à ce jour essentiellement locale – les supporters se font entendre - ce combo de cinq audacieux donne envie d'en guetter les futurs efforts, nul doute que le charme sera au rendez-vous.
Nous en sommes à ce point de la soirée. La petite est rentrée à la maison avec sa maman, car oui, il se faisait tard. Elle m'a montré le CD dédicacé de Too Mobz, fière comme un paon d'en connaître le chanteur. Adorable petit bout de chou qui faisait le signe avec grande conviction. Encore un peu jeune, elle ignore qu'elle va manquer la prestation de la tête d'affiche de cette soirée [ndMFF : les fans de Trezïa aussi, mais probablement en connaissance de cause]. La salle ne s'est pas comblée entre-temps, il est vrai, les familles s'en sont allées. Ne restent que les plus épris. Sur scène, les pédales d'effet en nombre – caractéristiques - sont enfin posées au sol. Le back-drop se colore de prises de vues psychédéliques et de scènes surréalistes. Trois personnages en scène. Un seul pour l'éloquence verbale. Mais trois pour l'éloquence musicale. Mars Red Sky. Une guitare dont la vie ne semble tenir qu'à un morceau de scotch, des pédales qui posent des chausses-trappes, des heurts techniques, rien ne parvient à entamer la profondeur de la musique menée par l'inflexible Julien. Sa voix, même mise en retrait une fois encore par un équilibrage peu amène, s'élève et fait entendre à la perfection son timbre si atypique sans le moindre écart de conduite. Mon regret de n'avoir pu assister à leur set angevin décrit par mon complice de cette heure - qui glisse dans ce papier quelques fort avisées incartades [ndMFF: trop aimable] - est amplement consolé et je laisse, ô combien aisément, mon esprit filer sur les nappes familières de ce stoner épais et délicieux que le groupe sait si bien instiller dans mes veines et vers lequel je reviens sans jamais me heurter à une quelconque lassitude. Quelle joie alors que de retrouver, sur scène, toute l'amplitude de ces offrandes merveilleuses et d'enfin se laisser pleinement aller à errer aux frontières d'un rêve mêlant mille perceptions hallucinées. Car il n'est pas ici question de poussière américaine, d'asphalte odorante, ou de périple sur selle de cuir. Mais d'un voyage vers « où mon axe se distord ». L'écoute de la musique drogue l'esprit, mais le périple est sans danger, bien entendu, car seul le plaisir vient l'ébranler. Comment, et pour seul détail, ne pas être saisis à l'approche de "Mindreader", de la si savante alchimie de ses motifs de guitare acides et de l'épaisseur incroyable de la section rythmique ? Comment ne pas avoir le plexus qui résonne en accord avec "Marble Sky" ? Et comment, ne pas se laisser gagner par une forme d'euphorie alors que s'élève celui qui a été le tout premier souffle, la découverte de la tonalité, le titre qui a posé, à une heure lointaine, la définition même du genre, le si pénétrant "Strong Reflexion" ? Un regret unique, l'absence de "Way to Rome" [ndMFF : et de "The Light Beyond" !] , mais que voulez vous, il faut laisser la porte ouverte à d'autres occurrences - dont deux issues de l'EP de 2013 Be My Guide - pour que le plaisir soit toujours à flux tendu. Mais au vu de la prestation offerte ce soir, je ne doute nullement qu'il le restera.

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Mars Red Sky
Trezïa
Too Mobz

(crédits photos : Tabris Freeze Frame)



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