CHRONIQUE PAR ...

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Tabris
le 09 octobre 2017




SETLIST

Alcest
Kodama
Là où Naissent les Couleurs Nouvelles
Oiseaux de Proie
Éclosion
Autre temps
Percées de Lumières
Délivrance

Anathema
San Francisco
Untouchable, Part 1
Untouchable, Part 2
Can't Let Go
Endless Ways
The Optimist
The Lost Song, Part 3
Lightning Song
Dreaming Light
Pressur
Universal
Closer

Rappel:
Firelight
Distant Satellites
Springfield
Back to the Start
Lost Control
Destiny
Fragile Dreams

AFFILIÉ

Alcest
Colmar - Le Grillen
(25 octobre 2016)
Paris - Bataclan
(05 novembre 2014)
Paris - Le Divan Du Monde
(02 février 2014)
Paris - La Maroquinerie
(08 novembre 2016)
Hellfest (Clisson)
(17 juin 2017)

Anathema
Paris - Trianon
(13 avril 2015)
Paris - Bataclan
(16 octobre 2014)
Hellfest (Clisson)
(21 juin 2008)
Paris - Bataclan
(18 septembre 2008)
Paris - Église Saint Eustache
(05 novembre 2015)
Caen (Hérouville-Saint-Clair) - Le Big Band Café
(12 novembre 2016)

07 octobre 2017 - Strasbourg - La Laiterie


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Anathema-Alcest. Cela devrait vous suffire à titre d'introduction ? Ce soir, nous parlions de clair - obscur. De musique tissée dans le fil des songes. De lumière. Mais aussi, hélas, de « silences », certains d'une forme éprouvante et d'autres laissant simplement de marbre. Un concert oui, clair-obscur, contrasté, car l'une des prestation fut gracieuse et lumineuse, l'autre monolithique, fermant l'esprit à toute recherche sensorielle.

Un souvenir m'occupait l'esprit alors que je patientais sagement devant l'entrée de ma salle favorite. Écoutant d'une oreille distraite les discours enflammés – et en allemand – d'un gamin placé juste derrière moi dans la file (moi et mon regard attendri de voir un papa embarquer son bambin découvrir des sons et des échappées de belle facture) – je me remémorais la tension précédant une interview où je n'étais qu'accompagnatrice, et la passion qui brillait dans les yeux de mon estimé comparse, au « micro ». À la sortie de la salle ce soir, je n'ai pu que ré-appuyer ce souvenir en me rendant compte, enfin, que j'étais animée de la même flamme que j'observais alors sans tout à fait bien la comprendre. Ce soir, je n'étais venue initialement que pour un groupe, Alcest. De Anathema, j'admets ne connaître que relativement peu. Distant Satellites figure cependant dans ma discothèque et est apprécié avec une relative tendresse, de celles qui colorent certains instants traversés d'une atmosphère doucement feutrée. Des pistes ont filé au petit bonheur la chance via les ondes libres, mais l'écoute récente de la dernière offrande du groupe, The Optimist, m'a – elle – déçue. Le terme est-il exact ? Peut-on tout à fait parler de déception s'agissant d'un groupe dont on laisse courir ainsi la musique sans tout à fait s'y concentrer ? Ou bien d'une simple prise de conscience d'un certain point d'une évolution que l'on n'a pas suivie ? Passons. Je m'étais convaincue pour cette soirée de bien garder l'esprit ouvert, dans l'idée de me laisser éventuellement séduire par une prestation qui aurait plus à dire que l'album sus mentionné – un groupe défendant logiquement son propos avec entrain à l'épreuve de la salle... Peut-être ? Sans doute. Il n'en demeurait pas moins que mon idée fixe ce soir était surtout de retrouver un son qui m'est – lui - ô combien savoureux : celui d'Alcest. Que ce qui suivrait fût bon ou mauvais m'importait peu en vérité, je le confesse. Et lorsque les premières notes se sont élevées – car oui, entre le dehors et le dedans, j'ai déjà oublié la routine de la fouille au corps, de la demande d'accred', du placement et de l'attente fébrile - une fois les premières notes lancées, je me suis rendue compte à quel point elles m'avaient manqué et que le reste m'indifférait désormais totalement en cette heure bienheureuse.

Clair
Que faisais-je loin des planches durant des semaines et des semaines ? Voici la teneur de ma première pensée alors que Alcest a pris place sur scène et que "Kodama" a fendu l'air. Et instamment, ce souhait impossible germant dans mon esprit, et en rien inédit : que le temps se fige à nouveau, que la musique s'élève longuement, qu'elle prenne son temps pour marquer mes sens et mes pensées, qu'elle s'imprime profondément et qu'elle ne cesse point. Je vais risquer un parallèle trivial – qu'il me semble avoir déjà fait - mais à cette heure, la sensation était comparable à l'acte d'amour: dès l'instant où votre corps se met à frémir, vous n'avez de cesse de rechercher le paroxysme, la délivrance, mais dans le même temps, vous ne souhaitez qu'une chose au fond de vous même, que l'instant se poursuivre, encore et encore, longuement, peut être chimériquement sans fin ? Car rien n'a plus d'attrait que l'instant présent. La musique d'Alcest plonge dans un rêve qui ne se décrit pas, car il n'a point de contours précis. C'est un songe aux couleurs douces et pourtant saisissantes, dont on ne veux pas sortir, fait de nappes sublimes, de tourbillons d'accords, d'une voix qui se pose si justement et imprime avec sens chaque mot, c'est un voyage fait de charmes et de sortilèges, de brumes et d'émotions, et l'on se laisse si aisément emporter que c'est est stupéfiant. Alors, quelle chute lorsque se fait le « silence » d'une salle qui se rallume, lorsque les musiciens remballent, lorsque le réel reprend ses droits. En une fraction de seconde, la réminiscence de ces trop courtes minutes déjà écoulées. Une seconde et un présent ravivé: le poids qui se libère " Là où les Couleurs nouvelles Naissent", le vol de cet "Oiseau de Proie" que je guette de mes yeux, déchirant l'âme à belles serres, mais pas tant que les sonorités délicates d' "Un Autre Temps" que je voudrais percevoir à chaque fois que je l'écoute avec les sens ouverts de celui qui découvre et s'émerveille. Pour toute "Délivrance", c'est maintenant le tourment du silence. Je songe à cette salle émue qui ne tartit pas d'éloges et se fait entendre. Je songe aux visages de ceux, qui face à nous, se présentent simplement et se trouvent touchés à leur tour. Je saisis en cette fraction de secondes, que l'instant écoulé se définit comme intensément beau. Beau, ce mot qu'on utilise comme un rien, surfait ou sous-fait. Ce mot qui sonne idiot ou de trop. Fan baveux. Je l'emploie dans son sens épuré. Oui. L'instant était beau. Était. Déjà passé. Et pourtant si présent dans mon esprit.

Obscur
Alors, l'envie de fuir les lieux pour savourer encore l'écho qui persiste, fixer dans les tympans et dernières le rétines, cette grâce... Ce temps infiniment trop bref. Imposer de force une prolongation. Un rappel qui n'a pas eu sa place. Un dernier « mute » à la vie grouillante... Mais le devoir du chroniqueur accrédité m’appelait pour le set suivant. La tête d'affiche. Anathema. Et une attente sans entrain. Observer va-et-vient dans la salle sortie de sa torpeur, humer les effluves de bière, écouter des rires cristallins ou gras, observer des baisers d'amoureux ou des « cheers » de potes tombés d'accord, des écrans bleus de qui racontait le set passé ou prospectait sur celui à venir... Puis la lumière qui s'est éteinte enfin sur une attente que je voyais déjà stérile. Mais je me suis contrainte. Rappelant à mon esprit ma volonté d'être « Optimiste ». Quel pied de nez ridicule ! Le noir donc. Une projection. Un type qui allumait la musique au volant de sa voiture. Le thème attendu. Une longue plage psychédélique. J'ai cherché à me laisser entraîner. Plus la piste avançait, plus elle devenait effectivement séduisante: une tension commençait à poindre, cet instant annoncerait la teinte me disais-je... La piste a atteint son paroxysme... mais le coup n'a pas éclaté et l'ensemble s’est affaissé mollement : ce n'est que passées quelques notes redevenues sans saveur, que Anathema est entré enfin en scène dans un salut qui m'a coupé de toute rêverie. Une entrée avortée, une tension frustrée d'éclat. Et le reste du set à mes yeux, hélas. Je me suis sentie alors engouffrée dans un étrange et pâle « silence » sonore. J'ai pris cependant mon mal en patience, toujours encore mue par le désir de me laisser surprendre par l'inattendu. Le morceau suivant peut être ? Le troisième ? Le quatrième ? Qu'est ce qui les distingue ? Ici une harangue au public ? « Il y a du monde ce soir ! » Là une couleur ? J'observais avec plus d'attention la scène, cherchant à comprendre ce qui faisait battre la salle si fort – car oui, le public était lui majoritairement convaincu et saluait chaque titre d'une salve puissante - mais j'ai eu beau regarder, je n'ai pas retrouvé les mêmes regards émus que tout à l'heure, la même simplicité. Je n'ai pas observé les mêmes éclairs d'amusement entre les musiciens, ces petits instants complices qui fleurent la sincérité, le plaisir d'être là et qui charment un auditoire heureux d'en être la cause. Seule la chanteuse semblait véritablement vouloir créer le liant, toute vive qu'elle était, en décalage avec ses compères plus réservés. La musique était cependant de très belle facture: un son limpide, parfaitement équilibré, chacun trouvant parfaitement sa place techniquement. L'amateur absolu du groupe devait sans doute aucun retrouver ses petits. L’atmosphère posée, était celle attendue, oui, très clairement. Aucune faille de ce côté-là. C'était propre... lisse, tellement lisse, dépourvu du sel du live et donc sans surprises, sans pics et sans tensions. Une galette soignée, avec image en toile de fond. J'ai attendu une dernière piste, plus familière à mes esgourdes, dans une ultime tentative de changer d'avis et lorsqu'elle s'est présentée, j'ai ressenti l’inconsolable lassitude m'emporter. J'ai donc fait ce que je ne fais jamais, avec tout le respect que je dois à des artistes dont je ne juge pas ici les qualités techniques: j'ai quitté la salle avant la fin du set - à tort où à raison peu importe - celui-ci n'était pas pour moi.


Je me suis engouffrée dans ma voiture, j'ai allumé mon lecteur et j'ai repris le cours de la soirée là où mon esprit – entaché peut être de subjectivité – était resté: sur une piste merveilleuse issue de Kodama, "Oiseaux de Proie". Qu'elle était belle pour illuminer la nuit qui couvrait alors ma route...


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