CHRONIQUE PAR ...

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Tabris
le 06 juin 2017




SETLIST

Architects :
Nihilist
Deathwish
These Colours Don't Run
Phantom Fear
The Devil Is Near
Broken Cross
Downfall
Gravedigger
Gravity
Naysayer
A Match Made in Heaven
Gone With the Wind

Stray From the Path :
The New Gods
Outbreak
Badge & A Bullet Pt. II
Black Friday
Eavesdropper
Snap
D.I.E.P.I.G.
The House Always Wins
Badge & a Bullet
First World Problem Child

Black Peaks :
Set in Stone
White Eyes
Crooks
Can't Sleep
Drones
Say You Will
Hang 'Em High
Desert Song
Saviour
Fate Won't Seal the Heart
Glass Built Castles

AFFILIÉ

04 juin 2017 - Strasbourg - La Laiterie


Architects_-_Stray_From_The_Path_-_Black_Peaks_Strasbourg_-_La_Laiterie_20170604

Après une semaine passée à se cogner les neurones contre le mur de la vacuité, à s'acharner à tirer plus haut que la connerie humaine les quelques microns de bon sens qui peuvent encore affleurer à la surface des quotidiens usés par les inepties et le ridicule, rien de tel pour se purger un instant de la lie que de clore le chapitre hebdomadaire par un concert de metalcore justement dosé avec, pour tête d'affiche, les dévastateurs Architects.

Mais avant de nous jeter à proprement parler dans les hostilités, le prélude est assuré par les Britanniques de Black Peaks. Un démarrage d'assez bon aloi, bien qu'en deçà du niveau d'agressivité que la suite de la soirée va nous réserver – à observer les réactions dans la foule, il n'est pas difficile de comprendre que celle-ci réserve bel et bien toute sa tension pour l'explosion à venir. Animés cependant par une passion manifeste, les Black Peaks nous offre un son réellement intéressant et enthousiaste, de qualité, mêlant diverses influences, hardcore, emo, post-rock et metal alternatif. Les compositions sont denses, les structures variées, pour un ensemble plaisant et bien calibré. La voix surtout, riche en tessiture, retiendra l'attention, tantôt vrillée de noirceur ou poussée par l'émotion. La prestation de mise en bouche s'apprécie donc pleinement et le set s'achève sur un titre au dessus du niveau d'entrée, inspirant en conclusion ce sentiment estimable qu'il est bon d'être de retour dans une salle de concert.
Commence alors le véritable tour de chauffe avec l'entrée en scène de Stray From The Path. Une stridence de guitare annonçant le brûlot qu'est "Badge & a Bullet" et la fosse se propulse déjà en avant pour recevoir avec joie la « raclée » noise hardcore des Ricains. Le mot est lancé – ou disons plutôt, jeté en pleine face – car la prestation se révèle en effet d'une redoutable efficacité. Difficile en effet de ne pas se sentir emporter par la vague qui déferle alors dans les tympans. Côté scène, l'énergie déployée est éclatante, les riffs sont diaboliques et le jeu soigné, les impulsions savamment posées en attaques puissantes et la hargne insufflée par le chant lead, monstrueusement communicative. Côté fosse, le public tenu en état de fébrilité jusqu'à lors, laisse pleinement exploser sa tension: outre les harangues et les discours punks de Drew York auxquels l'on se prête plus que volontiers, le set se résumerait aisément pour l'ambiance à la succession de circle pits convaincus, de jumps et de cross surfings qui animent la fosse de bout en bout, un entrain massif dans lequel on ne peux que prendre plaisir à se jeter tête baissée. Et joyeux anniversaire à la française à l'un des membres du groupe ! La chaleur est donc montée d'un sacré cran grâce à cette prestation pour le moins hautement incitative.
Mais l'heure du tassement de vertèbres et du brisage de nuques sonne définitivement avec l'arrivée sur les planches de la clé de voûte de ce concert: Architects. Si la soirée préfigurait une montée en puissance dans les intentions et les décibels, alors le compteur a déraillé en cet instant. Que dire pour tenter de rendre compte ? Que le terme de hargne est juste ridicule ? Que la tension musculaire atteint un seuil critique au point que l'on croit rompre ? Que la libération ne vient que de ce seul mot ? Jump !!! Et la salle de s’élever pour accompagner le déferlement de fureur. Les pupilles s'écrasent alors sur les faisceaux de couleurs et les stroboscopes, un jeu de lumières absolument superbe se combinant aux sonorités surpuissantes pour une explosion de rage et de plaisir souverain faisant vibrer de toutes ses forces la petite salle strasbourgeoise. Que dire oui, lorsque chaque titre s'ouvre comme une récompense à une longue attente contenue avec peine ? Comment exprimer ce désir viscéral de voir avec des yeux ouverts plus que de raison, d'entendre à s'en faire saigner les tympans, de se propulser dans l'air ou de s'ancrer avec force dans le sol, en symbiose avec la moindre frappe, le moindre accord, et chaque hurlement sauvage ? Que dire lorsque l'on assiste à une prestation qui défie ainsi les lois de la gravité et propulse les sensations avec une telle puissance ? L'émotion écrase simplement les tripes. Elle n'a pas pour finalité de labourer le chemin lacrymal. Oh non. Il ne s'agit pas de celle-ci. Quand bien même des larmes peuvent se faire jour dans les yeux de Sam Carter tant il est vrai qu'elle dévore les tripes lors de ce salut à celui qui hante les esprits, à la tragédie qui a emporté Tom Seale, cette révérence qu'est "Gone With the Wind". L'émotion qui nous bouscule ici n'est cependant pas la lamentation, la mélancolie, mais bien la réaction; elle fait monter la voix le long de la trachée et se déverse en un hurlement, et des plus sauvages, à l'écoute d'un paroxysme de fureur comme peut en être ici et ce soir ce manifeste qu'est "Broken Cross" ; elle est rebelle l'âme dans cette négation totale, radicale et dévastatrice : "Naysayer" ! Et durant tout le set, elle est énergie fulgurante qui électrise tout sur son passage. Non. Tout ceci ne se décrit pas, mais se vit comme une injection létale qui au lieu de dévaster, ouvrirait les sens à leurs impulsions brutes. En cet instant, on oublie tout les autres capteurs de son et d'image pour n'utiliser que ceux du corps. On déverse tout ce que l'on a de pourri dans la tête directement au sol et on le foule avec bonheur. Un instant, juste le temps d'une prestation, on se sent la voix qui hurle dans le micro, on se sent les bras qui frappent les fûts, les cordes qui lacèrent, les planches qui hurlent leur douleur, les vibrations qui fendent l'air.


L'on ne ressort pas de la salle comme on y est entré. On se sent libéré d'un poids que l'on découvre soudain avoir laissé pour mort sur le sol de la salle vidée à présent de la foule et des musiciens. Et pour cela, pour cette jouissance musicale pure, je salue avec un profond respect les Architect(e)s de l'instant et leur adresse toute mon admiration.


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