Chaos Rising

Entretien avec Catherine Fearns - le 16 juin 2021

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Oriza

Une interview de




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J'ai découvert Reprobation par le hasard de mon réseau personnel sur Facebook. Et quelle belle découverte ! En tant qu'écrivaine metalleuse je mets un point d'honneur à soutenir ma communauté et en particulier les femmes. Je n'ai pas eu besoin de faire appel à un féminisme de principe ni à une bienveillance artificielle pour savourer Reprobation. C'est un roman que j'ai véritablement apprécié, dévoré en une journée, car il possède de vraies qualités. Ce qui en fait la force principale c'est sa simplicité. Non pas au sens péjoratif du terme, mais plutôt par sa limpidité et parce qu'il va à l'essentiel sans en faire des caisses. Catherine Fearns a un sens parfait du rythme du récit : aucune longueur, aucun passage inutile ni lourd. Les descriptions plantent un décor sans excès, juste ce qu'il faut pour visualiser un Liverpool qui colle à l'ambiance du récit. Idem pour les personnages que l'on découvre par petits bouts, au fil de l'histoire, avec subtilité. Le thème principal est éminemment metal of course : qu'y a-t-il après la mort, qu'est-ce que le bien et le mal ? Mais c'est aussi un thème universel fédérateur. Le choix des personnages s'avère également très judicieux. La force de Catherine Fearns c'est de réunir intelligemment tous les ingrédients parfaits pour une recette sans esbroufe mais délectable. Non seulement le roman Reprobation vaut qu'on s'y arrête, mais son autrice est une personne passionnée et passionnante qui creuse ses sujets avec ferveur et transmet cette envie, cette curiosité... 


Oriza : Bonjour ! Peux-tu tout d'abord te présenter en quelques mots ?

Catherine : Bonjour, je m'appelle Catherine Fearns et je suis une écrivaine du Royaume-Uni, bien que je me sois installée en Suisse il y a cinq ans. Je vis à Genève avec mon mari et mes quatre enfants.

Oriza : Est-ce que Reprobation était ton premier roman ? Quels autres écrits avais-tu réalisés avant celui-ci ?

Catherine : Premier roman, oui, en 2018. J'ai commencé à faire du journalisme musical il y a cinq ans, j'ai rejoint un groupe d'écrivains local, et puis un jour j'ai eu l'idée d'une histoire sur la prédestination. Je ne savais pas ce que je faisais mais j'ai commencé à écrire et je ne me suis pas arrêtée. Je restais debout toute la nuit, j'écrivais sur le parking de l'école, dans la file d'attente du supermarché - tout cela a été fait en moins de trois mois. C'était un accès soudain de manie créatrice. J'ai eu la chance de trouver un éditeur assez rapidement, et depuis, j'ai écrit deux suites, un roman en ligne et trois autres manuscrits qui sont en cours de soumission.

Oriza : Le thème de la religion est à la fois très porteur et très délicat à traiter. C'est un sujet qui peut vite enflammer les gens. Qu'est-ce qui t'a poussée à choisir le Calvinisme comme toile de fond ?

Le christianisme a été une présence constante dans ma vie, mais j'ai toujours été une spectatrice plutôt qu'une véritable participante. Je suis allée dans une école où nous priions et chantions des cantiques tous les jours ; mon grand-père était gardien d'église ; j'ai fréquenté le collège cathédral de l'université d'Oxford et étudié l'histoire de la Réforme. J'aime les églises, la musique chorale, je me suis mariée dans une église orthodoxe grecque et j'ai baptisé tous mes enfants. Mais je n'ai jamais été capable de croire. Je ne peux même pas me dire athée, car cela exigerait l'engagement de croire. Je ne ressens tout simplement rien. Je suppose donc que j'ai toujours été fascinée par le comment et le pourquoi de la croyance des gens.

Genève est bien sûr le berceau du calvinisme, et lorsque j'ai emménagé ici, j'ai passé beaucoup de temps à marcher seule dans les rues et à réfléchir aux fondements bizarres de la philosophie calviniste. Le concept de prédestination, ou d'expiation limitée, est celui qui m'a le plus déroutée. Il y a les élus et les réprouvés, et rien de ce qu'ils font dans leur vie ne peut changer leur destination finale, le paradis ou l'enfer. Je n'arrive pas à comprendre comment les gens acceptent cela, et je suppose que tous mes écrits sont, d'une manière ou d'une autre, une quête de compréhension.

Oriza : Je suis très peu portée sur la religion. J'ai découvert ce principe de déterminisme grâce à ton roman. Est-ce que toi-même tu te poses la question d'un destin prédéterminé ou ce sujet t'a-t-il inspirée uniquement sur le plan créatif ?

Catherine : Je ne pense jamais à la vie après la mort sur un plan personnel. Peut-être parce que ma tendance athée me dit qu'il n'y a rien après la mort, et qui veut penser à cela ? Si j'étais religieuse, j'aurais un problème avec l'idée que même si je priais et me comportais bien toute ma vie, je pourrais quand même aller en enfer. Donc non, je ne crois pas au destin dans ce sens.
Cependant, je crois que nous sommes tous destinés à accomplir certaines choses, que nous sommes tous ici dans un but précis, et que si vous vous refusez à vous-même, si vous supprimez vos passions, votre véritable personnalité finira de toute façon par se manifester. Et c'est une sorte de destinée, je suppose. J'encouragerai toujours mes enfants à suivre leurs passions et leurs instincts.

Oriza : Parlons de l'aspect plus scientifique. Comment en es-tu venue à t'intéresser à la génétique ? Comment t'est venue cette idée du gène OS1 ?

Catherine : Je ne suis pas un scientifique et je n'ai pas d'intérêt particulier pour la génétique, même si j'ai fait beaucoup de recherches pour le livre. Mais je suis fascinée par le croisement historique entre la religion et la science.
J'ai eu l'idée d'une équipe de généticiens marginaux qui découvrent par hasard un moyen de modifier nos âmes, et j'ai trouvé ça cool. J'adore tous ces romans et films à concept élevé: Michael Crichton, Stephen King, etc.
Je continue à explorer la génétique de la moralité dans un roman multimédia en ligne que j'ai écrit et qui s'appelle Virtue.

Oriza : J'ai beaucoup aimé la manière dont tu as déroulé au fil du roman la vie personnelle de Helen et celle de Swift. C'est une super idée d'avancer pas à pas dans la découverte de ce qu'ils sont, de leur passé, de leurs questionnements intérieurs sans trop étaler d'interrogations existentielles. Vraiment bravo pour ce savant dosage ! Comment as-tu créé tes personnages ? Est-ce qu'ils sont inspirés de toi, de gens que tu connais ? Est-ce que tu as écrit leurs histoires à part dans un fichier ou les as-tu étoffées en même temps que tu écrivais l'intrigue ?

Catherine : Les personnages de mes romans évoluent selon un processus très naturel. Je ne m'assois pas et ne pense pas "hmm je devrais avoir une nonne, et un guitariste, et un policier, et cette femme devrait avoir cette personnalité et ce gars devrait ressembler à ça"... C'est difficile à expliquer mais ils sont juste en quelque sorte nés à part entière. C'est comme s'ils existaient déjà et que je devais juste les trouver. Et donc, une fois que j'ai un personnage, il s'écrit presque tout seul. Le dialogue est la chose la plus facile pour moi parce que les personnages jouent les scènes comme s'ils savaient quoi dire.

J'essaie de ne jamais baser un personnage entier sur une personne réelle, ce serait très mal, je pense. Mais certains traits de caractère sont bien sûr inspirés de personnes réelles. Les descriptions physiques sont les plus difficiles pour moi, car j'ai rarement une image physique d'un personnage dans ma tête. Ceux pour lesquels j'ai une image trop claire dans ma tête ont tendance à être trop caricaturaux. Je ne sais pas si cette réponse a un sens !

Oriza : J'ai aussi beaucoup apprécié le ton de ton roman ! Le dosage est parfait entre l'humour et les passages plus sombres. Pas d'étalage de bon sentiment, pas d'étalage de violence inutile. Les faits importants sont présentés sans exagération ni voyeurisme. Est-ce que tu as réfléchi à ce dosage ou est-ce que l'équilibre se fait naturellement pour toi ? C'est une question difficile, je ne sais pas si je suis bien claire. Ce que je veux dire c'est : est-ce que par exemple tu as réfléchi volontairement à glisser un peu d'humour ici et là ? Est-ce que tu as censuré des passages que tu trouvais trop crus ou est-ce qu'au contraire tu t'es forcée à mettre un peu plus de "sang" et "d'odeurs corporelles" ?

Catherine : Mon style d'écriture est très bref. C'est en partie dû à mon parcours professionnel. J'ai travaillé comme analyste financière à la Banque d'Angleterre, puis comme analyste des risques pour plusieurs groupes de réflexion gouvernementaux. J'ai donc été formée à écrire dans un style très précis, juridique et concis. Et il a été difficile de m'en détacher. Je n'écrirai jamais de longues descriptions fleuries, et je n'écrirai jamais un long roman.
En fait, je n'aime pas les longs romans, et je n'aime pas les longs passages descriptifs. Je pense qu'il est plus habile, et plus respectueux du lecteur, de laisser certaines choses non dites et ouvertes à l'interprétation. Surtout pour des romans comme le mien qui peuvent être lus à plusieurs niveaux différents. Je suis généralement une personne très "brève". Je suis introvertie et je ne parle pas beaucoup. À table, je suis toujours celle qui en dit le moins.
Quant à l'humour et au gore... Je n'ajoute pas d'humour consciemment. Il naît peut-être de l'absurdité inhérente à certaines situations. Une grande partie de l'humour vient de Mikko - il est une sorte de véhicule pour mes interventions d'auteur dans certaines situations absurdes.
Il y a parfois de la violence extrême dans mes livres, oui. Mais en général, je pense que moins c'est mieux !

Oriza : Il y a un passage tout à fait jubilatoire dans Reprobation, c'est la première fois où Helen assiste à un concert. Le nombre de fois où je me suis retrouvée en plein concert de black, au milieu de tout un rituel codifié, en train de me dire : "Putain si une personne extérieure regardait ça, elle nous prendrait pour des tarés et ne comprendrait rien !". J'imagine que tu as dû aussi vivre ce sentiment plusieurs fois en concert ? Qu'as-tu ressenti en écrivant ce passage ?

Catherine : Ha, beaucoup de gens ont dit que cette scène résonnait en eux !  Elle est absolument inspirée des premières fois où j'ai assisté à des concerts de metal, qui étaient des expériences profondes, presque spirituelles. Et comme tu le dis, très rituelles. Donc Helen parle définitivement avec ma voix ici.

Oriza : Ton personnage de Mikko est très attachant. Peux-tu nous en dire plus sur ce qui te l'a inspiré ?

Catherine : Oui, Mikko semble être le personnage préféré de tous ! Il est l'exception parmi mes personnages dans la mesure où sa description physique m'est venue en premier. Physiquement, je suppose qu'il est inspiré d'une personne réelle - le guitariste Alexi Laiho, leader du groupe finlandais de death metal mélodique Children of Bodom, décédé tragiquement au début de cette année. J'étais une grande fan de Children of Bodom, qui a été pour moi une véritable porte d'entrée dans le monde du metal extrême. Rien que l'image de leurs pochettes d'album, avec la figure récurrente de la faucheuse, a été une source d'inspiration majeure pour Reprobation. Mais c'était une inspiration uniquement physique - il m'a fait penser à une figure semblable à celle de Chopin. Bien que j'aie interviewé les autres membres de Children of Bodom à deux reprises pour des magazines et que je les aie vus jouer à plusieurs reprises, je n'ai jamais pu rencontrer Alexi et je ne sais donc pas comment il était.
Pour le personnage de Mikko, j'ai voulu créer quelqu'un qui puisse avoir l'air terrifiant et prétendre être un sataniste, mais qui soit en fait aussi gentil et doux que possible. Et quelqu'un qui parle dans une série de blasphèmes tout en étant pourtant la personne la plus intelligente et la plus incisive du livre. Ces contradictions sont assez représentatives du metal en général, je pense !

Oriza : Le Liverpool que tu décris représente-t-il des endroits importants pour toi ? Des lieux que tu connais personnellement ? Par exemple, le couvent, existe-t-il ou l'as-tu inventé ?

Catherine : Oh oui, absolument. J'ai grandi à Liverpool, sur la plage de Crosby, là où l'action commence. Liverpool est dans mon cœur, toute ma famille y est encore et j'y retourne aussi souvent que je peux. C'est une ville unique, si riche en culture et en histoire, c'est vraiment un cadeau pour l'auteur de romans policiers, et comme je connais les lieux si intimement, c'était le cadre idéal pour mes livres. Je voulais que Liverpool soit presque un personnage en soi.

Oriza : C'est intéressant la place que tiennent les églises dans Reprobation. Tu parles, par exemple, de certains édifices qui sont à l'abandon, ou d'autres qui sont réhabilités aujourd'hui pour d'autres utilisations comme des logements ou des lieux de loisirs. Tu fais le parallèle avec la place qu'occupent les églises en Norvège et notamment la période des églises brûlées par la communauté black metal dans les années 90 qui est un pan important de l'histoire de la communauté metal. Était-ce un symbole important pour toi de parler des églises, de cette part historique du Royaume-Uni et de la Norvège ?

Catherine : J'adore les églises et je suis une vraie geek en matière d'architecture ecclésiastique. Liverpool a la particularité d'avoir deux cathédrales - l'une catholique et l'autre protestante - et je suis fascinée par la différence entre les rituels catholiques et protestants et la façon dont cela affecte leur architecture. Je trouve également l'image des églises abandonnées ou réaffectées très évocatrice.
La pensée des incendies d'églises en Norvège me rend triste. Pour moi, cela n'a aucune signification symbolique, ce n'était que des enfants, des criminels.  

Oriza : Quelles sont tes influences, tes références en matière de littérature ?

Catherine : En ce qui concerne le roman policier, je citerais PD James, qui est en fait le premier auteur de romans policiers que j'ai dévoré étant enfant, et dont j'ai peut-être inconsciemment adopté le style doux et discret. Je mentionnerais également les auteurs de romans policiers qui évoquent un fort sentiment de lieu, comme Dennis Lehane (Boston) et Ian Rankin (Édimbourg).
Cela dit, je ne pense pas que mon écriture soit typique du genre du polar.
Il y a beaucoup d'horreur gothique dans mes livres, peut-être parce que j'ai lu beaucoup de gothique victorien. J'aime aussi les romans à fort potentiel qui jouent avec la structure - par exemple Stephen King, Michael Crichton et Alexandre Dumas - dans mes livres, j'aime tracer de grands thèmes sur une petite toile.
Mes écrivains préférés sont un mélange assez éclectique : Kazuo Ishiguro, Thomas Hardy, TS Eliot, Jorges Luis Borges. Je lis tout ! Récemment, j'ai essayé de réaliser la tâche que j'impose souvent aux groupes de metal sur mon blog : choisir les dix livres qui m'ont le plus influencée. C'était très difficile !

Oriza : Musicalement, qu'est-ce qui t'inspire pour écrire ?

Catherine : Je ne peux pas écouter de musique pendant que j'écris malheureusement, c'est trop perturbateur. Mais le heavy metal a une profonde influence sur mon travail. La musique, mais aussi l'imagerie, les paroles, toute l'esthétique. Parfois, j'écris une phrase que je trouve vraiment cool et puis je réalise "merde, j'ai plagié ça d'un groupe !" Par exemple, lorsque j'écrivais Consuming Fire, j'écoutais beaucoup de Nile, et je n'arrêtais pas de voler les paroles de Karl Sanders par erreur.
Et le troisième livre de la série, Sound, parle de black metal, donc je me suis vraiment mise au black metal à cette époque.
Lorsque j'ai commencé à écrire, je n'avais pas d'espace à moi et j'écrivais dans des cafés ou à la table de la cuisine. Mais l'année dernière, nous avons déménagé et j'ai mon propre bureau, qui est rempli de guitares, d'affiches de tournée, d'objets metal que j'ai collectés - je suis complètement entourée de metal quand je travaille !

Oriza : Est-ce qu'en tant que musicienne tu composes ? Est-ce que tu écris des paroles par exemple ? Est-ce que tes créations musicales personnelles inspirent ton écriture pour tes romans et inversement ?

Catherine : J'ai commencé à composer l'année dernière, pour le groupe de metal entièrement féminin Chaos Rising, dans lequel je joue de la guitare et des claviers. J'ai écrit plusieurs chansons pour elles. Je suis une musicienne de formation - j'étais pianiste classique quand j'étais jeune - mais je n'ai pas joué pendant tant d'années, et c'est une telle joie de redécouvrir tout cela, et en particulier de découvrir que je peux composer - ce que je n'aurais jamais osé essayer quand j'étais jeune.
Aujourd'hui, la musique et l'écriture font indubitablement partie du même processus créatif pour moi. Bien que, curieusement, je n'aime pas écrire des paroles ! Chaque fois que je le peux, je laisse les paroles aux autres filles du groupe. Il est facile d'écrire de mauvaises paroles, mais très très difficile d'en écrire de bonnes. Et même s'il est parfois assez difficile de déchiffrer les paroles dans le metal extrême, les textes sont souvent très poétiques.
Je suis impressionnée par les auteurs de chansons qui peuvent raconter une histoire riche avec seulement quelques mots choisis, c'est un talent incroyable. C'est ce que j'aime dans la musique country en fait. Je ne peux pas le faire.
En ce moment, j'essaie de composer de la musique pour piano et je pense la combiner avec quelque chose de littéraire, mais je n'ai pas encore complètement formé le concept dans mon esprit.

Oriza : En tant qu'écrivaine moi-même, je m'intéresse beaucoup à la manière de fonctionner des autres auteurs. En ce qui me concerne, j'ai découvert que c'est lorsque j'ai toute l'histoire en tête, avec sa fin, que je parviens à mener un écrit au bout. Et je n'écris pas dans l'ordre chronologique mais plutôt par scènes, en fonction de l'envie du moment. Comment procèdes-tu? Est-ce que tu écris dans l'ordre ? As-tu des notes sur tes personnages, sur l'intrigue, sur des scènes précises ?

Catherine : J'ai généralement un plan vague du début, du milieu et de la fin avant de commencer. Sinon, c'est comme écrire dans le noir et c'est trop stressant. J'ai interviewé l'auteur de romans policiers à succès Chris Carter, et il m'a dit que lorsqu'il commence à écrire un livre, il n'a absolument aucune idée de ce qui va se passer ! Ça m'a époustouflée.
Mais je fais des bonds en avant et en arrière. Parfois, je me sens d'humeur à écrire une scène, une description ou une conversation particulière. Quand tu as un blocage dans l'écriture, cela peut être une bonne solution de passer à une partie totalement différente du livre.
Mais je dirais que je n'ai pas encore défini mon processus d'écriture, il est encore très expérimental. Avec le roman que je viens de terminer (Lamb of God, le quatrième livre de la série Reprobation), je l'ai écrit comme une sorte de sérigraphie ; le premier jet ne comportait que 20 000 mots avec quelques titres de chapitres et de brèves notes. Puis j'ai repris et complété, puis repris et complété encore, de sorte que progressivement un roman complet est apparu. Je ne suis pas sûre que ce soit la façon la plus agréable d'écrire un roman, mais c'est certainement le processus le plus difficile que j'ai suivi jusqu'à présent.

Oriza : As-tu fait beaucoup de recherches pour Reprobation ? Sur la génétique, sur la religion ?

Catherine : Oui, j'adore les recherches, c'est ce que je préfère. L'une des joies d'être une autrice est que chaque livre fait de vous un mini-expert sur quelque chose de complètement différent. J'ai tendance à faire mes recherches en trois phases : la première phase est celle qui précède le début de l'écriture. Je fais un tableau d'humeur et je rassemble des idées de partout au hasard. Ensuite, j'écris un premier jet, et la deuxième phase de recherche m'amène à approfondir les domaines que j'ai désormais identifiés. La dernière phase de recherche est une sorte d'exercice de vérification des faits pour m'assurer que je n'ai pas fait d'erreurs. Je fais beaucoup de recherches sur place, j'essaie d'utiliser des sources primaires et des études universitaires chaque fois que je le peux, et j'essaie également de parler à autant d'experts que possible.

Oriza : À quelle vitesse écris-tu ? As-tu des rituels pour écrire ? Des lieux, des ambiances ? Est-ce que tu écoutes certains groupes ou albums en particulier lorsque tu écris ?

Catherine : J'écris très vite, et je peux écrire n'importe où et n'importe quand. Par nécessité, car mon quotidien est défini par les besoins de mes quatre enfants. Il n'y a pas de journée type, il n'y a jamais de jour complètement libre pour travailler, et je dois être disponible à tout moment pour abandonner mes projets. J'écris mieux à la main, hors de la maison et loin de mon ordinateur. J'adore les carnets et, bien que j'aie maintenant un carnet électronique, je préfère utiliser le bon vieux papier et le stylo. La transcription sur mon ordinateur à la fin de la journée fait partie de mon processus, et je peux taper à la vitesse de l'éclair !

Oriza : Quelle place l'écriture tient-elle dans ta vie ? Encore une questions difficile... Est-ce qu'écrire est par exemple un exutoire, quelque chose que tu as en toi, un moyen d'exprimer des choses ou d'entrer en contact avec d'autre personnes ?

Catherine : C'est une très bonne question. Je n'avais jamais envisagé d'écrire ou de composer/interpréter de la musique jusqu'à la fin de ma trentaine, et puis soudain, après la naissance de mon quatrième enfant, j'ai eu une envie de créer. Ce n'était pas seulement un exutoire, c'était un besoin. L'année dernière, j'ai lu un article universitaire de l'historienne Susanne Schmidt, une étude sur la crise de la quarantaine chez les femmes, qui expliquait tout ce que je vivais. On a tendance à associer la crise de la quarantaine aux hommes qui achètent des voitures de sport et ont des liaisons, mais en fait, il s'agissait à l'origine d'un concept féministe. Elle fait référence à la dissolution naturelle des rôles traditionnels des hommes et des femmes à l'approche de la quarantaine, lorsque les femmes se libèrent des limites de la domesticité, réévaluent leur vie et trouvent de nouvelles identités. C'est une phase de développement personnel par laquelle les femmes doivent absolument passer, un besoin primaire de s'exprimer, de donner un sens aux contraintes de notre vie et aux changements de notre corps.

Oriza : Lorsque j'ai publié mon premier roman, j'ai hésité à le faire sous un pseudonyme masculin. Parce que je trouve que les étiquettes, les attentes, les jugements, ne sont pas les mêmes quand tu es une femme. La société ne nous accorde pas la même place et le milieu du metal n'échappe pas à cette règle. Qu'en penses-tu ? T'es-tu posé ce genre de question avant de publier ton premier livre ? Es-tu féministe ? Que penses-tu de la place des femmes dans le milieu de l'écriture, de la musique en général, du metal en particulier ?

Catherine : J'utilise un pseudonyme pour des raisons personnelles - je n'ai jamais envisagé d'utiliser un nom masculin. Cependant, il y a énormément de travail à faire pour renverser la misogynie inhérente à la société, et je me considère définitivement comme une féministe. Comment une femme pourrait-elle ne pas être féministe ? Mais j'ai probablement pris davantage conscience de l'inégalité entre les sexes lorsque je suis devenue mère. Quand j'étais à l'école, on me disait que les femmes pouvaient tout avoir, mais c'était un mensonge - à ce stade de l'histoire, ce n'est tout simplement pas vrai. Les mères sont, dans leur grande majorité, les principales personnes à s'occuper des enfants ; leur temps est moins apprécié que celui des hommes, elles travaillent plus dur pour un salaire moindre et assument une charge mentale bien plus lourde. Cette charge mentale peut être paralysante. Je suis passionnée par le rétablissement de cet équilibre et, pour moi, la solution réside dans l'égalité du congé parental. Ce n'est que lorsque les hommes seront confrontés aux mêmes contraintes professionnelles que les femmes (qu'elles soient mères ou non) que nous pourrons avancer.

En même temps, je suis positive quant à l'avenir. Je vois ce que mes enfants apprennent à l'école - le programme d'histoire, par exemple, est complètement différent aujourd'hui, les femmes y sont réintégrées, l'histoire des Noirs y est réintégrée. Mes enfants et leurs camarades parlent d'égalité avec éloquence, comme ma génération ne l'a jamais fait, et je pense que nous sommes au début d'un énorme changement de paradigme.

En ce qui concerne les femmes dans le metal - pour moi, la scène metal à Genève a toujours été incroyablement accueillante - il n'y a aucun problème avec le fait que je sois une femme, et c'est très libérateur pour moi de m'habiller comme tous les hommes et d'être acceptée dans cet environnement très peu féminin. Mais il ne fait aucun doute que les femmes dans le metal sont encore très sous-représentées, et c'est pourquoi je suis fière d'être guitariste dans un groupe entièrement féminin.

Oriza : Quelle place le metal tient-il dans ta vie ?

Catherine : J'ai découvert le metal relativement tard. Et le fait qu'il soit rapidement devenu une partie intégrante de ma personnalité, presque une religion, ne surprendra pas les autres metalleux.
Le metal est tout pour moi. C'est grâce au metal que je suis devenue écrivaine, que je suis devenue musicienne. Lorsque j'ai découvert le metal, j'étais au plus bas - je souffrais probablement d'une dépression postnatale non diagnostiquée. Et puis j'ai découvert ce tout nouveau monde, un univers parallèle à explorer, et la vie est redevenue excitante. Lorsque j'ai commencé à aller à des concerts à Genève, j'ai immédiatement été acceptée dans une communauté, et c'est un sentiment d'acceptation que je n'avais jamais connu auparavant. Le metal me permet de faire face aux exigences et aux contraintes auxquelles je suis confrontée en tant que femme et mère, et il me procure un profond sentiment de libération et de paix intérieure.

Lorsque ma famille et mes amis m'ont vue porter des vêtements metal tous les jours, aller à des concerts toute seule, apprendre à jouer de la guitare, ils ont tous pensé que j'étais folle. Ils se sont moqués de moi - ils le font encore. Mais je ne me suis jamais sentie aussi bien dans ma peau. Je suis enfin moi-même. Je pourrais en parler toute la journée, haha.

Oriza : As-tu un projet littéraire ou musical dont tu souhaites nous parler ?

Catherine : J'ai toujours un tas de projets en cours, je suis assez hyperactive !

Sur le plan littéraire, j'ai un chapitre dans un livre universitaire passionnant qui sortira à la fin du mois de juin, intitulé Black Metal Rainbows. Et comme je l'ai mentionné plus haut, j'ai trois manuscrits non publiés en ce moment : un roman historique sur Genève (All The Parts Of The Soul), une fiction commerciale féminine (Metal Mamas), et le quatrième livre de la série Reprobation (Lamb of God). J'attends donc de voir si mon agent peut trouver un éditeur approprié avant d'écrire autre chose.

Musicalement, je suis fière de faire partie du projet de metal entièrement féminin Chaos Rising ; je suis également en train de monter un groupe de hardcore avec deux filles géniales de Lausanne. Et pendant que je suis entre deux livres, je me suis dit que j'allais essayer de composer un peu de piano.

Oriza : Reprobation est une trilogie et bientôt une tétralogie. Je vais m'empresser de commander la suite ! Pour l'instant, ta trilogie n'est disponible qu'en Anglais. As-tu prévu une édition dans une autre langue ?

Catherine : Pas pour le moment malheureusement, même si de nombreuses personnes l'ont demandé en français. Mon éditeur est un petit indépendant, Darkstroke, et il n'y a pas de budget pour le faire traduire. Mais nous verrons ce qui se passera à l'avenir. Ce serait bien si l'écriture pouvait payer les factures à un moment donné, haha !

Pour en savoir plus sur Catherine :
son site internet : https://www.catherine-fearns.com/
le shop : https://reprobationshop.com/

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Oriza : Hello! Can you first introduce yourself in a few words?

Catherine : Hi, I’m Catherine Fearns and I’m a writer from the UK, although I moved to Switzerland five years ago. I live in Geneva with my husband and four children.

Oriza : Was Reprobation your first novel? What other writings had you done before this one?

Catherine : First novel, yes, in 2018. I began doing music journalism five years ago, joined a local writers’ group, and then one day I came up with the idea for a story about predestination. I didn’t know what I was doing but I just started writing and didn’t stop. I would stay up all night, I’d be writing in the school car park, the supermarket queue – the whole thing was done in less than three months. It was a sudden onset of creative mania. I was very lucky to find a publisher relatively quickly, and since then I have written two sequels, an online novel and three other manuscripts that are out on submission.

Oriza : The theme of religion is both very powerful and very sensitive to deal with. This topic can upset people very quickly.  What made you choose Calvinism as a background?

Catherine : Christianity has been a constant presence in my life, but I have always been a spectator rather than a genuine participant. I went to a school where we prayed and sang hymns every day; my grandfather was a church warden; I attended the cathedral college at Oxford University and studied Reformation history. I love churches, choral music, I got married into the Greek Orthodox church and all my children are baptised. But I have never been able to believe. I can’t even call myself an atheist, because that would require the commitment to believe. I just don’t feel anything. So I suppose I have always been fascinated by how and why people believe.

Geneva is of course the home of Calvinism, and when I first moved here I spent a lot of time walking the streets alone and thinking about the bizarre foundations of Calvinist philosophy. Most confusing to me is this concept of predestination, or Limited Atonement. There are the Elect and the Reprobate, and nothing they do in their lives can change their final destination of Heaven or Hell. I can’t get my head around people’s acceptance of it, and I suppose all of my writing is in one way or another a quest to understand.

Oriza : I'm not very religious. I discovered this principle of determinism through your novel. Do you ask yourself the question of a predetermined destiny or did this subject inspire you only on a creative level?

Catherine : I never think about life after death on a personal level. Perhaps because my atheistic tendency tells me that there is nothing after death, and who wants to think about that. If I were religious, I would have a problem with the idea that even if I prayed and behaved all my life I still might go to hell. So no, I don’t believe in destiny in that sense.
However I do believe that we are all meant to achieve certain things, that we are all here for a purpose, and that if you deny yourself, if you suppress your passions, your true self is eventually going to come out anyway. And that’s a sort of destiny I guess. I will always encourage my children to follow their passions and instincts.

Oriza : I studied psychology and neuroscience and science is a topic that speaks to me more. How did you become interested in genetics? How did you get the idea of the OS1 gene?

Catherine : I’m not a scientist and I don’t have a particular interest in genetics, although I researched a lot for the book. But I’m fascinated by the historical intersect between religion and science.
I came up with this idea of a team of fringe geneticists who stumble upon a way to alter our souls, and I thought it was cool. I love all those high concept novels and movies - Michael Crichton, Stephen King and so on.
I continue to explore the genetics of morality in an online multimedia novel I wrote, called Virtue.
https://www.wattpad.com/story/258531782-virtue

Oriza : I really liked the way you unfolded Helen's personal life and Swift's life in the novel. It's a great idea to go step by step in the discovery of who they are, of their past, of their inner questionings without spreading too much existential interrogations. Really congratulations for this clever mix! How did you create your characters ? Are they inspired by you, by people you know ? Did you write their stories separately in a file or did you flesh them out as you wrote the intrigue?

Catherine : The characters in my novels evolve by a very natural process. I don’t sit and think, hmm I should have a nun, and a guitarist, and a policeman, and this woman should have this personality and that guy should look like that.. it’s hard to explain but they are just sort of born fully-fledged. It’s as if they already existed and I just had to find them. And so once I have a character, they almost write themselves. Dialogue is the easiest thing for me because the characters just play out the scenes as if they know what to say.

I try and never base an entire character on a real person, that would be very wrong, I think. But certain character traits of course are inspired by real people. Physical descriptions are the most difficult for me, because I rarely have a physical image in my head of a character. The ones where I have too clear an image in my head tend to be too caricatured.
I don’t know if this answer makes any sense at all !

Oriza : I also really liked the tone of your novel! The balance is perfect between humor and darker passages. No display of good feeling, no display of unnecessary violence. The important facts are presented without excess or voyeurism. Did you think about this balance or does it come naturally to you? That's a difficult question, I don't know if I'm clear. What I mean is: did you for example voluntarily think about slipping in a little humor here and there? Did you censor passages that you found too crude or did you force yourself to put a little more "blood" and "body smells"?

Catherine : My writing style is very brief. That is partly because of my professional background. I worked as a financial analyst at the Bank of England, and after that a risk analyst for several government think-tanks. So I was trained to write in a very precise, legal, clipped style. And it was hard to break out of that. I will never write long, florid descriptions, and I will never write a long novel.
But I actually don’t like long novels, and I don’t like long descriptive passages. I think it’s more skilful, and more respectful to the reader, to leave some things unsaid, to leave things open to interpretation. Especially for novels like mine that can be read on several different levels. I’m generally a very ‘brief’ person. I’m an introvert and I don’t talk much. Around the dinner table I will always be the one who says the least.
As for the humour and gore… I don’t add humour consciously. Perhaps it arises out of the inherent absurdity of certain situations. A lot of the humour comes from Mikko – he is a sort of vehicle for my authorial interventions into certain absurd situations.
There is occasional extreme violence in my books, yes. But in general I think that less is more !

Oriza : There's a very enjoyable part of Reprobation, the first time Helen goes to a concert. The number of times I found myself in the middle of a black metal concert, in the middle of a codified ritual, thinking: "Fuck, if someone from the outside was watching this, they'd think we were nuts and wouldn't understand anything! I guess you must have experienced this feeling several times in concert? What did you feel while writing this passage?

Catherine : Ha, many people have said this scene resonates with them !  It is absolutely inspired by my first attendances at metal concerts, which were profound, almost spiritual experiences. And as you say, very ritualistic. So Helen is definitely speaking with my voice there.

Oriza : Your character Mikko is very touching. Can you tell us more about what inspired you to create him?

Catherine : Yes Mikko seems to be everyone’s favourite character ! He is the exception amongst my characters in that his physical description came to me first. Physically I suppose he is inspired by a real person – the guitarist Alexi Laiho, frontman of Finnish melodic death metal band Children of Bodom - who tragically died at the beginning of this year. I was a huge fan of Children of Bodom, which was a real gateway band for me into the world of extreme metal. Their album cover imagery alone, with the recurring grim reaper figure, was a major inspiration for Reprobation. But it was a physical inspiration alone – he made me think of a Chopin-like figure. Although I interviewed other members of Children of Bodom twice for magazines, and saw them perform many times, I never got to meet Alexi so I don’t know what he was like.
For Mikko’s character, I wanted to create someone who may look terrifying and profess to be a satanist, but is in fact as kind and gentle as can be. And someone who speaks in a series of profanities yet is the most intelligent and incisive person in the book. Those contradictions are quite representative of metal in general, I think !

Oriza : Does the Liverpool you describe represent important places for you? Places you know personally? For example, the convent, does it exist or did you invent it?

Catherine : Oh yes, absolutely. I grew up in Liverpool, on Crosby beach where the action begins. Liverpool is in my heart, my whole family are still there and I return as often as I can. It is a very unique city, so rich in culture and history, it’s really a gift to the crime writer, and since I know the locations so intimately it was the perfect setting for my books. I wanted Liverpool to be almost a character itself.

Oriza : It's interesting the role that churches play in Reprobation. You refer, for example, to certain buildings that are abandoned, or others that are rehabilitated today for other uses, such as apartments or places of leisure. You make the parallel with the importance of churches in Norway and especially the period of churches burned by the black metal community in the 90s which is an important part of the history of the metal community. Was it an important symbol for you to talk about churches, about this historical part of the UK and Norway?

Catherine : I adore churches and I’m a total geek when it comes to ecclesiastical architecture. Liverpool is notable for having two cathedrals – one Catholic and one Protestant – and I’m fascinated by the difference between Catholic and Protestant rituals and how it affects their architecture. I also find the imagery of abandoned or repurposed churches very evocative.
The thought of the Norway church burnings makes me sad. For me it has no symbolic meaning, it was just kids, criminals.  


Oriza : What are your influences, your references in literature?

Catherine : In terms of crime fiction, I would highlight PD James, who was in fact the first crime writer I devoured as a child, and whose gentle, understated style I have perhaps unconsciously adopted. I would also mention those crime writers who evoke a strong sense of place, such as Dennis Lehane (Boston) and Ian Rankin (Edinburgh).
Having said that, I don’t think my writing is typical of the crime thriller genre.
There’s a lot of gothic horror in my books, perhaps because I have read a lot of Victorian gothic. I also love high-concept novels that play with structure – for example Stephen King, Michael Crichton and Alexandre Dumas - in my books I like to trace grand themes onto a small canvas.
My favourite writers are a fairly eclectic mix: Kazuo Ishiguro, Thomas Hardy, TS Eliot, Jorges Luis Borges. I read everything! Recently I tried to complete the task I often set for metal bands on my blog – to choose the ten books that have influenced me the most. It was so difficult!
https://www.catherine-fearns.com/10-books-that-made-me-catherine-fearns/


Oriza : Musically, what inspires you to write?

Catherine : I can’t listen to music while I write unfortunately, it’s too distracting. But heavy metal has a profound influence on my work. The music, but also the imagery, the lyrics, the whole aesthetic. Sometimes I write a sentence I think is really cool and then I realise – shit, I plagiarised that from a band ! For example, when I was writing Consuming Fire, I was listening to a lot of Nile, and I kept on stealing Karl Sanders’ lyrics by mistake.
And the third book in the series, Sound, is about black metal, so I got really into black metal at that time.
When I first started writing, I didn’t have my own space and would just write in coffee shops or at the kitchen table. But last year we moved house and I have my own office, which is filled with guitars, tour posters, metal paraphernalia I’ve collected – I’m completely surrounded by metal as I work!

Oriza : Do you compose as a musician? Do you write lyrics for example? Does your personal musical creation inspire your writing for your novels and vice versa?

Catherine : I began composing last year, for the all-female metal band Chaos Rising, in which I play guitar and keyboards. I have written several songs for them. I’m a trained musician – I was a classical pianist when I was young – but I didn’t play for so many years, and it’s such a joy to be rediscovering all that, and in particular to discover I can compose – something I would never have dared to try when I was young.
Now, music and writing are undoubtedly part of the same creative process for me. Although interestingly, I don’t like writing lyrics ! Whenever I can, I leave the lyrics to other girls in the band. It’s easy to write rubbish lyrics, but very very difficult to write good ones. And although it’s sometimes quite difficult to decipher the lyrics in extreme metal, the lyrics are often very poetic.
I’m in awe of songwriters who can tell a rich story with just a few choice words, it’s an incredible talent. That’s what I love about country music actually. I can’t do it.
I’m trying to compose some music for piano at the moment, and I’m thinking about combining it with something literary, but I haven’t fully formed the concept in my mind yet.

Oriza : As a writer myself, I am very interested in how other writers work. For me, I've found that it's when I have the whole story in my head, including the ending, that I can get a piece of writing done. And I don't write in chronological order but rather by scenes, depending on the mood of the moment. How do you proceed? Do you write in chronological order? Do you have notes on your characters, on the plot, on specific scenes?

Catherine :  I usually have a vague plan of the beginning, middle and end before I start. Otherwise it’s like writing into the dark and it’s too stressful. I interviewed the bestselling crime writer Chris Carter, and he told me that when he starts writing a book, he has absolutely no idea what will happen ! That blew my mind.
But I do jump forwards and backwards. Sometimes I will feel in the mood for writing a particular scene, description or conversation. If you have writers’ block it can be a good solution to just skip to a totally different part of the book.
But I would say I haven’t defined my writing process yet, it still feels very experimental. With the novel I have just finished writing (Lamb of God, the fourth book in the Reprobation series), I wrote it as a sort of screen-print ; the first draft had only 20,000 words with some chapter headings and brief notes. Then I went back and filled in, then went back and filled in again, so that gradually a complete novel appeared. I’m not sure it was the most enjoyable way to write a novel, certainly my most difficult process so far.

Oriza : Did you do a lot of research for Reprobation? On genetics, on religion?

Catherine : Yes, I love the research, it’s my favourite part. One of the joys of being an author is that every book makes you into a mini-expert on something completely different. I tend to research in three phases ; the first phase is before I start writing. I make a mood board and I randomly collect ideas from all over. Then I write a first draft, and the second phase of research takes me deeper into the areas I have by now identified. The final stage of research is a sort of fact-checking exercise to make sure I haven’t made any mistakes. I do a lot of location research, I try to use primary sources and academic studies whenever I can, and I also try to speak to as many experts as possible.

Oriza : How fast do you write? Do you have writing rituals ? Places, moods? Do you listen to certain bands or albums when you write?

Catherine : I am a very fast writer, and I can write anywhere and anytime. Necessarily so, because my daily routine is defined by my four children’s needs. There’s no typical day, there’s never a day completely free to work, and I have to be available at all times to drop my plans. I write best by hand, out of the house and away from my computer. I love notebooks and although I have an electronic notebook now, I prefer to use old-fashioned pen and paper. The transcribing onto my computer at the end of the day is part of my process, and I can type at lightning speed !

Oriza : What place does writing have in your life? Another difficult question... Is writing for example an outlet, something you have inside you, a way to express things or to get in touch with other people ?

Catherine : This is a very good question. I had never considered writing or composing/performing music until my late thirties, and then suddenly after the birth of my fourth child I had an urge to create. It wasn’t just an outlet, it was a need. And last year I read an academic paper by historian Susanne Schmidt, a study of the female midlife crisis, that explained everything I was experiencing. The midlife crisis tends to be associated with men buying sports cars and having affairs, but in fact it was originally a feminist concept. It referred to the natural dissolution of traditional gender roles as women approached the age of forty, when women release themselves from the confines of domesticity, reappraise their lives and find new identities. It is a phase of self-development that women absolutely must go through, a primal urge to express ourselves, to make sense of the constraints in our lives and changes in our bodies.

Oriza : When I published my first novel I hesitated to do it under a male pseudonym. Because I feel that the tags, the expectations, the judgments, are not the same when you are a woman. Society does not give us the same place and the metal world is no exception to this rule. What do you think about it? Did you ask yourself this kind of question before publishing your first book ? Are you a feminist ? What do you think about the status of women in the writing world, in music in general and in metal in particular ?


Catherine : I do use a pseudonym for personal reasons - I never considered using a male name. However there is a huge amount of work to do to overturn the misogyny inherent in society, and I definitely consider myself a feminist. How could a woman not be a feminist? But I probably became more aware of gender inequality when I became a mother. When I was at school I was told that women could have it all, but it was a lie - at this point in history it’s simply not true. Mothers are overwhelmingly the primary carers; their time is less valued than men’s time, they work harder for less, and take on a far greater mental load. The mental load can be crippling. I am passionate about redressing that balance and for me the solution is equal parental leave. Only when men face the same career constraints as women (whether they are mothers or not) can we possibly get anywhere.

At the same time, I am positive about the future. I see what my children are learning at school – the history curriculum for example is completely different now, with women written back in, black history written back in. My children and their peers are eloquent about equality in a way my generation never was, and I feel we are at the beginning of a huge paradigm shift.

As for women in metal – for me the metal scene in Geneva has always been incredibly welcoming – there is no issue with me being a woman, and it is very liberating to me to dress the same as all the men and be accepted in this very unfeminine environment. But there’s no doubt that women in metal are still hugely underrepresented, and that’s why I’m proud to be a guitarist in an all-female band.

Oriza : What place does metal have in your life?

Catherine : I discovered metal relatively late. And the fact that it has quickly become a defining part of me, almost a religion, will come as no surprise to fellow metalheads.
Metal is everything to me. It is thanks to metal that I became a writer, that I became a musician. When I discovered metal I was at a low point – probably suffering from undiagnosed postnatal depression. And then I discovered this whole new world, a parallel universe to explore, and life became exciting again. When I started going to gigs in Geneva, I was immediately accepted into a community, and this is a sense of acceptance I had never experienced before. Metal allows me to cope with the demands and constraints that I face as a woman and a mother, and it gives me a profound sense of liberation and inner peace.

When my family and friends saw me wearing metal clothing every day, going to gigs by myself, learning to play the guitar, they all thought I was insane. They laughed at me – they still do. But I have never felt more comfortable in my own skin. I am finally myself. I could talk about this all day haha.

Oriza : Do you have a literary or musical project you want to tell us about ?

Catherine : I always have a bunch of projects on the go, I’m quite hyperactive !

On the literary front, I have a chapter in an exciting academic book to be released at the end of June, called Black Metal Rainbows. And as I mentioned above, I have three unpublished manuscripts at the moment : a historical novel about Geneva (All The Parts Of The Soul), a women’s commercial fiction (Metal Mamas), and the fourth book in the Reprobation series (Lamb of God). So I’m waiting to see if my agent can find a suitable publisher before I write anything else.

Musically, I’m a proud member of the all-female metal project Chaos Rising ; I am also setting up a hardcore band with a couple of awesome girls from Lausanne. And while I’m in between books I thought I would try and work on composing some piano.

Oriza : Reprobation is a trilogy, becoming a tetralogy. I'm going to rush to order the sequel! For the moment, your trilogy is only available in English. Do you have any plans for another language edition?

Catherine : Not at the moment unfortunately, even though many people have requested it in French. My publisher is a small indie, Darkstroke, and there is no budget to have it translated. But let’s see what happens in the future. It would be nice if writing could pay the bills at some point haha !


Instagram : @catherine_fearns
Twitter : @metalmamawrites

Reprobation shop : https://reprobationshop.com/
All profits from merch sales go to Sefton Women’s And Children’s Aid

Website : https://www.catherine-fearns.com/

Chaos Rising youtube channel : https://www.youtube.com/c/chaosrising


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