Dame Silú de Mordomoire

Entretien avec Dame Silú - le 19 février 2021

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Winter

Une interview de




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Trois Anneaux pour les Rois Elfes sous le ciel,
Sept pour les Seigneurs Nains dans leurs demeures de pierre,
Neuf pour les Hommes Mortels destinés au trépas,
Un pour le Seigneur Ténébreux sur son sombre trône,
Dans le pays de Mordor où s'étendent les Ombres
Une Artiste pour les émerveiller tous.
Entretien avec une Dame qui, forcément, sort des sentiers battus.

Winter : Bonjour Silú, ton dernier album, A World of Shadows, est sorti depuis quelques mois maintenant. Un premier bilan ?

DSDM : Bien le bonjour, et tout d'abord, merci pour cette interview !  Je suis vraiment heureuse des retours, je pense que les fans ont apprécié l'album, et Naturmacht a fait un super travail. Je tiens à remercier tout le monde pour l'accueil réservé à l'album, le soutien au projet, et les super chroniques - celle des Eternels par exemple !

Winter : Musicalement, tu te situes à la frontière entre Summoning, Mortiis et Dead Can Dance. Es-tu d’accord avec cette affirmation ? Lequel des trois groupes préfères-tu ?

DSDM : Tout à fait pour Summoning et Dead Can Dance. Mon groupe préféré, toutes catégories confondues, est Summoning ! Pour Mortiis, c'est également indéniable, et pourtant, on pourrait citer tant d'autres incroyables projets de Dungeon Synth... J'aurais du mal à en choisir un parmi tous. Je me retrouve davantage dans le genre en général que dans un seul projet Dungeon Synth en particulier.

Winter : Quelles sont tes références musicales ?

DSDM : Mon genre musical préféré est le black metal, surtout épique (ex: Emyn Muil...), atmosphérique (ex: Lustre, Wolves in the Throne Room...), mais aussi des groupes tels que The Great Old Ones, Mesarthim... Je décolle tout autant avec du old school, raw BM (ex : Darkthrone, Mutiilation, Nehemah)...
Dans le genre dungeon synth, Je suis aussi emportée par des projets tels que Morketsvind, Erang, Elffor, Gargoylium, Splendorius, Trogool, Stronghold Guardian... C'est tellement difficile de choisir, le genre entier est un joyau...
Bien entendu, je suis également accro à la darkwave neoclassique, comme Arcana, Elend, ou Daargard par exemple. Les projets que j'apprécie sont tellement nombreux, j'ai horreur de devoir citer mes références, car je voudrais remplir plusieurs pages, en vrai ! Devoir sélectionner, c'est de la torture.


Winter : Es-tu 100% one-woman-band ou as-tu des complices?

DSDM : Bien sûr que je suis 100% responsable de mes méfaits ! Si j'avais des complices, naturellement, je les citerais partout, tout le temps, ce ne serait que justice. Je ne peux concevoir de ne pas citer les personnes qui ont œuvré à la composition d'un album. En vrai, je suis vraiment une louve solitaire, je ne travaille jamais avec personne. Je serais curieuse de savoir pourquoi tout le monde me demande. C'est une question qu'on pose à tous les one man bands? Est-ce si surprenant de tout faire dans son projet? Je crois que je ne me rends pas compte.

Winter : As-tu déjà joué dans un groupe ? As-tu apprécié / Aimerais-tu vivre cette expérience ?

DSDM : J'ai déjà joué dans un groupe, au tout début quand j'étais au lycée, je faisais le chant et le clavier. C'était le premier groupe de Fursy Teyssier (dont le projet actuel est Les Discrets). Il y avait Neige (Alcest) en guest sur le projet. Par contre, nous n'avons pas gardé contact. Jouer en groupe, ce n'est vraiment pas mon truc, et je ne compte vraiment pas recommencer. Maintenant, je sais exactement ce que je veux faire et où je veux aller. Ma façon de travailler ne conviendrait de toute façon pas à un travail collectif, ce n'est tout simplement pas compatible avec ma façon de faire, totalement anarchique, impulsive et butée. Merci à tous ceux qui me proposent des collabs, vous êtes merveilleux, mais ce n'est vraiment pas possible !

Winter :  Peux-tu nous parler de la génèse d’A World of Shadows ? Le fait de signer chez Naturmacht a-t-il eu un impact ?

DSDM : En fait, j'ai composé A World of Shadows, avant même de réfléchir à un label. Donc, non, aucun impact. Je savais que Deivlforst ne pourrait pas le produire, car la ligne directrice du label avait changé : ils allaient se concentrer à présent sur leurs propres projets musicaux. Si tu veux tout savoir au sujet de la genèse de cet album, sache juste que j'ai été très malade pendant presque une année, et que j'ai enregistré pas mal de ces morceaux, dans la douleur. J'ai par exemple enregistré le chant de "Voyageur" entre deux séjours à l’hôpital, durant mes insomnies. La mélodie et les paroles de ce morceau datent par contre d'il y a 17 ans ! Il était temps de mettre tout cela en forme, et je suis conquise par le résultat.

Winter : As-tu besoin d’être dans la nature pour créer ? Le COVID a-t-il limité ta capacité créatrice ?

DSDM : Le cocon protecteur de mon alcôve, c'est déjà bien ! Je suis une enthousiaste de la nature, d'ailleurs j'ai emménagé dans un village au cœur d'un parc naturel. Je passe pas mal de temps à arpenter les collines et écouter les ruisseaux. La brume, la bruine, la neige, rien de plus inspirant ! Je me sens chez moi, dans ces forêts silencieuses... Mais pour ce qui est de la composition, un peu d'encens, des bougies, et je décolle tout autant, dans mon petit Sanctuaire douillet. Non, le COVID n'a pas impacté ma capacité créatrice, en revanche il a impacté ma capacité, déjà fort amochée, à comprendre mon espèce et son inculture scientifique.

Winter : Le côté Kate Bush de "Moonlight Rider" est-il un hommage ?

DSDM : Mmmh, tu vas être déçu, mais non pas du tout ! Je connais très mal, et ce que j'ai croisé de Kate Bush ne m'a pas beaucoup marquée. Ce que tu m'as montré d'elle a posteriori, est sympa, mais je ne pense pas plonger dans son œuvre plus que ça. Par contre, si tu cherches une inspiration pour ce morceau, regarde plutôt du côté de chez Caprice, groupe darkwave / neoclassique russe. La voix féminine est très douce et enfantine, là aussi.

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Winter : Peut-on concevoir Dame Silú de Mordomoire sans JRR Tolkien ? Aurait-ce un sens ?

DSDM : De manière générale, peut-on concevoir un projet fantasy sans JRR Tolkien? Il est un père pour nombre d'entre nous ! Donc, dans l'absolu, non. Cependant, mon projet n'en est pas directement inspiré. DSDM c'est plutôt une conteuse qui tisse l'étoffe d'un monde parallèle, un monde d'elfes, fées, orcs, trolls, mais aussi de vampires, goules et entités cosmiques incommensurables... J'ai peint mon propre lore. Invisible, intangible, et pourtant omniprésent. Psepharion, le continent volant, est le royaume des créatures magiques... Mais ses portes ont été condamnées afin de faire front face à l'ire de l'espèce humaine. Nous avons aussitôt oublié son existence, mais les légendes persistent. Celui qui en garde les portes, protecteur maudit et solitaire, hante les nuits terrestres, tentant vainement d'étancher une soif de sang... inextinguible.

Winter : Et Galadriel, tu es vraiment fâchée avec ? Seul Sauron trouve grâce à tes yeux ?

DSDM : Comment pourrais-je être fâchée avec la grande Galadriel? Qu'est-ce qui dans mon œuvre fait penser cela? J'aime beaucoup ce personnage, et j'aime beaucoup les elfes de manière générale. Quant à Sauron, je ne pense pas que j'aurais apprécié d'être sous sa coupe, bien qu'il ait inspiré de la bonne musique. Le fascisme, c'est pas mon truc. J'aime donc autant l'un que l'autre. DSDM, le monde que j'ai créé, la vision que je donne des créatures magiques, tout cela a plusieurs facettes. J'essaie d'ailleurs de renverser certains clichés et lieux communs que l'on a sur les règles de la fantasy. Dans mon univers, par exemple, elfes, orcs et trolls sont alliés malgré leurs différences, pour se protéger de l'Homme. Certains rares humains de l'histoire font amende honorable et relèvent un peu le niveau de l'espèce. Se débarrasser de l'humain, ce serait pourtant facile, pour les entités mystiques de ce monde. Mais elles ne le conçoivent pas, exterminer n'est pas dans leur schéma de pensée, mon univers est plutôt indifférent à l'existence de l'Homme. L'idée n'est pas l’anéantissement, mais tout simplement de s'en protéger, en le laissant piquer sa crise dans son coin, face à son libre arbitre et à ses caprices.

Winter : Te produis-tu sur scène ? Si ce n’est pas le cas, aimerais-tu te produire sur scène ? Avec quels groupes ?

DSDM : Avant de véritablement établir le projet DSDM, je faisais des apparitions live dans des festivals littéraires fantastiques et autres fêtes médiévales fantasy. Je faisais des impros vocales dark ambient / new age avec une shruti box ou un harmonium.  La performance elle-même était facile, mais la gestion, la logistique de l'ensemble était épuisante. De plus, la création sur commande, c'est un calvaire pour moi. J'ai arrêté tout cela, car à force j'y allais à reculons. Maintenant, je vais dans ces événements en tant que visiteuse, c'est beaucoup plus vivable ! Depuis que j'ai osé me lancer officiellement dans les claviers, et que j'ai donc monté le projet DSDM tel qu'il est aujourd'hui, dungeon synth / darkwave / néoclassique, j'ai participé à un événement live : le Dungeon Synth Skirmish 3, European Edition.
Les retours ont été super, bien au delà de mes espérances, car j'avais la solide impression d'avoir fait n'importe quoi. Derrière tout cela, l'expérience a été assez traumatisante, et je me doutais un peu qu'elle le serait, même si pourtant, il y avait en vrai très peu à faire. Pourtant les orgas, Northeast Dungeon Siège, Dungeon Synth Zine, ont été super et m'ont soutenue tout le long !! Tout comme je ne suis pas à l'aise pour jouer en groupe, je ne suis pas non plus à l'aise pour interpréter mes morceaux. Avec mes troubles de l'attention, c'est l'enfer, c'est épuisant, c'est une corvée. J'ai donc tenté l'expérience, pour faire plaisir, pour montrer que je pouvais le faire, mais je n'aime pas ça, et ne souhaite pas recommencer. Je reçois pourtant de sympathiques demandes. Merci encore pour les invitations ! En conclusion, si je devais NE PAS faire un live, j'adorerais ne pas le faire avec Summoning, qui semble partager mon aversion pour la chose ! ;)


Winter : Quels sont tes projets musicaux en cours ?

DSDM : Alors actuellement, je poursuis avec Naturmacht, c'est vraiment agréable de travailler avec eux, j'ai carte blanche pour travailler comme je veux, c'est vraiment confortable pour ma façon de composer.
J'ai donc attaqué le prochain album, qui se concentrera sur les terres de Mordomoire, la région la plus paisible du Psepharion. Un morceau à la Summoning est quasiment fini, et j'ai bien avancé sur... la pochette de l'album ha ha, oui je ne fais pas les choses dans l'ordre. Je dois avouer que cette année mes activités humaines m'ont demandé beaucoup temps, j'en ai donc eu peu à consacrer à la musique. Mais l'art n'attend pas, et je fourmille d'idées ! En tout cas, merci pour ce bon moment, et vivent les Eternels !!!
Révérence.
DSDM.



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