Sa(a)d Jones

Entretien avec Saad - le 13 novembre 2020

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Winter

Une interview de




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Après Violent Instinct, Saad Jones continue son exploration du monde du metal vu de l'intérieur. Une fois de plus, il nous emmène dans des contrées bien connues des amateurs de metal extrême, mais également, dans des pays plus inattendus. Figurez-vous qu'il existe des groupes de black metal en Ethiopie (Nishaiar par exemple), alors le fait que Saad fasse démarrer son histoire au Madagascar est moins incroyable que ce que l'on pourrait penser. Entretien avec l'homme au masque et à la plume.

Winter :  Salut ! Comment s’est passée l’écriture de Red Roots ? As-tu attendu de finir Violent Instinct pour t’y consacrer ou avais-tu déjà un canevas auparavant ?

Saad : En réalité, je ne me destinais pas du tout à l’écriture avant Violent Instinct. Je dessinais, je peignais et je jouais de la musique? mais n’avais jamais vraiment écrit avant. C’est par défaut, parce que c’était le seul Art que je pouvais pratiquer en toutes circonstances, que j’ai mis en mots une histoire que j’avais dans la tête depuis longtemps et que je souhaitais raconter en bandes dessinées.
Quand l’écriture de Violent Instinct fut terminée, je me suis rendu compte qu’écrire était devenu essentiel pour moi, presque vital. J’ai donc décidé d’en écrire un second, aujourd’hui le troisième est en cours, et j’ai déjà déjà en tête la structure d’un quatrième.
Dans Violent Instinct on trouve un grand nombre de personnages, de situations et de lieux, donc dans sa suite, Red Roots, il m’a été facile de resituer et relocaliser ces personnages pour créer une nouvelle histoire.
 
Winter : Red Roots ouvre plus de portes qu’il n’en ferme… As-tu en tête d’écrire une saga ?

Saad : Très rapidement, en écrivant Red Roots, je me suis aperçu que ce roman ouvrait sur de nombreuses possibilités, et avant même de l’avoir terminé, j’avais la trame du troisième roman. Ce dernier fermera la saga Violent Instinct, en tous cas tentera de résoudre les équations posées dans Red Roots.
Quand la saga Violent Instinct sera terminée, je pense que j’enchainerai sur une seconde qui, elle aussi, comportera trois volumes. Mais tout cela est encore à l’état de concept.
 
Winter : Red Roots est moins centré sur la musique que Violent Instinct, qui était un roman totalement plongé dans l’univers musical, non ? As-tu éprouvé le besoin d’élargir ton univers romanesque ?

Saad : Je dirais que Red Roots est moins ancré dans l’univers metal en tant qu’industrie, mais l’est plus en termes d’ambiance, avec plus de référence aux émotions que provoquent cette musique (notamment le black metal). Si Violent Instinct décrit des festivals et la vie de musiciens professionnels, Red Roots s’attarde sur la vie d’une jeune musicienne qui joue de la guitare et va aux concerts. Dans Red Roots, le metal est plus vu comme une philosophie de vie, une source d’émotions et un exutoire à la colère de l’héroïne.
En cela, je pense que Red Roots est moins un « thriller » que ne l’est Violent Insinct, et ce n’est pas sans me déplaire, car je pense que mes romans se classent plus dans un « romantisme noir » plutôt que dans la catégorie « page-turner ». 

 
Winter : Dans quelle mesure tes personnages sont-ils inspirés de personnes réelles ?

Saad : J’ai la chance d’avoir visité l’ile de Madagascar et d’y avoir des attaches. Red Roots se situe en partie à Madagascar comme Violent Instinct se situait en Angleterre et au Liban, deux pays où j’ai vécu.
De ma visite à Madagascar, j’ai conservé d’innombrables souvenirs et d’impressions, bonnes ou mauvaises. C’est un pays très pauvre mais très attachant, avec des paysages fabuleux et une population très amicale (dont certains metalleux que je salue). Toute mon expérience de « l’ile rouge » transpire dans les pages de Red Roots.
 
Winter : Tillo et Lia, les deux protagonistes de tes romans, sont des personnages en quête de sens. As-tu accompli ta quête de sens personnelle ?

Saad : Complètement. Je suis une personne qui doute énormément, et ma vie de voyages (je vis à l’étranger depuis presque quinze ans) n’arrange rien : plus je voyage et rencontre des gens, plus je me rends compte que ce monde est petit et immense à la fois.
Le fait de douter en permanence, mais aussi de prendre de l’âge, me force à tenter de distinguer ce qui devrait me paraitre essentiel. Il y a de moi dans les personnages de Tilio et de Lia, dans leur quête de sens, mais aussi dans leurs faiblesses.

 
Winter : Outre les références musicales que tu donnes tout au long du livre, quelles musiques t’ont-elles accompagné pour l’écriture de Red Roots ? Y-aurait-il une chanson qui résumerait l’atmosphère de Red Roots ?

Saad : Si je ne devais en choisir qu’une, ce serait une chanson d’Eldamar (groupe de black metal atmosphérique norvégien), mais je suis persuadé que certains de mes lecteurs auront en tête quelque chose de très diffèrent en lisant Red Roots.
Cependant, il est possible de connaitre toutes les musiques qui m’ont accompagné lors de l’écriture de ce roman car je les cite toujours à la fin de l’ouvrage.
 
Winter : Le metal sombre doit-il nécessairement se nourrir d’un environnement sombre ? Peut-on trouver composer de la musique obscure dans un pays gorgé de soleil ?

Saad : A mon avis, le Metal, comme toutes les autres musiques, se nourrit tout autant de l’environnement que des états d’âme des musiciens, ou de leur besoin de révolte, ou de leur besoin d’exprimer leurs émotions. Moi qui vis au Moyen-Orient, je peux dire que parfois le soleil est plus pesant que la pluie, que la chaleur est plus agressive que le froid, et que la nuit est plus sombre encore quand la journée a été brûlante.
Le metal, quand il est sombre, a toujours à voir avec la peur ou la défiance vis-à-vis de la mort, et la mort s’impose à toute l’humanité, que l’on soit en Norvège ou au Kenya. 


Winter : Connais-tu également la Norvège ?

Saad : J’ai eu la chance d’y aller plusieurs fois et j’ai même failli y déménager à une certaine période de ma vie. J’ai visité tous les lieux que je décris dans Red Roots et notamment le Emanuel Vigeland mausoleum, qui pour moi reste l’une des expériences les plus spectaculaires que j’aie vécu.
 
Winter : Peux-tu nous parler du metal à Madagascar ? Y-a-t-il une scène intéressante ? En Afrique en général ?

Saad : Il y a une scène metal à Madagascar et en Afrique, et elle est surprenante. J’en découvre tous les jours avec mes contacts sur Facebook.
Le metal africain est, je trouve, incroyablement énergique et technique, avec d’excellents musiciens et de très bons groupes, même avec le peu de moyens dont ils disposent.
 
Winter : Te sens-tu citoyen du monde ?

Saad : Oui, complètement, et ayant vécu dans quatre pays différents, en en ayant visité une quarantaine, je ne vois pas comment je pourrais voir le monde différemment. Aujourd’hui il me parait impensable de poser mes valises en France et d’y rester jusqu’à y mourir.
 
Winter : Tel le groupe Kiss, tomberas-tu un jour le masque ?

Saad : Je n’en sais rien, mais dans le contexte politique actuel, je préfère conserver mon anonymat.
De toutes façons, que mes lecteurs connaissent mon identité n’aurait pas grand intérêt.
 
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Winter : Quelles autres cordes artistiques as-tu à ton arc ?

Saad : Je peins mais je devrais m’y mettre plus sérieusement pour progresser, même si j’ai déjà vendu quelques œuvres dans le passé, et je me maintiens en continuant à jouer un peu de batterie. Je pense que la peinture reviendra dans ma vie très bientôt.
Malheureusement, ou fort heureusement, tout mon temps libre est dorénavant dédié à l’écriture et à la promotion de mes romans.

 
Winter : Tu as finalement opté pour sortir via un éditeur, Les Flammes Noires. Es-tu satisfait de ton choix ?

Saad : Je n’ai jamais envoyé aucun manuscrit à quiconque, à aucune maison d’édition. J’y viendrai peut-être un jour mais aujourd’hui je n’ai pas eu l’opportunité d’y penser ou de rencontrer des gens qui garantissent ma liberté de création.
Avec les Editions des Flammes Noires, qui est une jeune maison d’Edition très prometteuse dédiée au metal et aux musiques extrêmes, nous avons mis en place un partenariat simple qui me permet d’assurer une distribution et une promotion de mes romans dans le monde entier sans forcément passer par Amazon. Les Editions des Flammes Noires distribuent de très bons ouvrages, et même si ce n’est pas ma maison d’Edition, je suis très fier d’être dans leur catalogue.
 

Winter : Un mot sur ton prochain projet ?

Saad : Mon prochain roman clôturera la saga Violent Instinct et son titre sera Dark Desires. Après la Norvège, l’Angleterre et le Liban, mes personnages évolueront également aux États Unis et à Venise en Italie, qui est une ville qui me fascine. Ce roman comprendra également plusieurs sauts dans le temps afin que soit mieux compris certaines scènes cruciales de Violent Instinct et Red Roots.
Ce roman sera sans doute disponible en 2022.

 
Winter : Qu’y-a-t-il après la mort ?

Saad : Une forme de désespoir….  (NdW : il est taquin, ce Saad)


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