Visions Of Atlantis

Entretien avec Clémentine Delauney - le 08 octobre 2020

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Eudus

Une interview de




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Un an après notre dernière conversation, Clémentine, vocaliste de Visions of Atlantis (VoA) répond de nouveau à nos questions afin de présenter le premier live DVD du combo, A Symphonic Journey to Remember, filmé au Bang Your Head! Festival 2019 en compagnie d'un orchestre (Bohemian Symphony Orchestra de Prague). Il est également question de crise sanitaire et d'espoir.

Eudus: Bonjour Clémentine ! Pour ceux qui ne te connaissent pas, peux-tu te présenter ?

Clémentine: Et bien, je suis Clémentine DELAUNEY, la chanteuse principale du groupe de metal symphonique Visions of Atlantis (VoA) qui vient d'Autriche et qui existe depuis une vingtaine d'année et qui sort pour la première fois un live DVD à la fin du mois (30/10/2020).

Eudus: Peux tu nous en dire plus sur ce DVD ? Comment est venue l'idée de la collaboration avec l'orchestre ? Comment est né le projet ?

Clémentine: Le projet est né du fait qu'on a découvert qu'il y avait cet orchestre-là (le Bohemian Symphony Prague Orchestra) qui avait déjà travaillé avec des groupes de metal et qui aime bien faire se rencontrer l'univers classique et l'univers rock. De par l'existence de cet orchestre, ça a été possible pour nous d'imaginer jouer avec eux sur un des festivals qu'on avait de programmés. Quand on a su qu'on allait jouer avec eux, on s'est dit qu'il fallait absolument qu'on immortalise ce concert, qu'on le filme, et si le résultat était suffisamment bon, qu'on en fasse un DVD. Ça a été fait en plusieurs étapes, mais l'idée était de jouer avec un orchestre, ce qui est un rêve pour un groupe de metal symphonique, et ensuite d'en faire le DVD.

Eudus: Par rapport au festival en lui même, avec les organisateurs, est ce que cela demande une certaine logistique ? Cela n'a-t-il pas été compliqué à mettre en place ?

Clémentine: Ils ont totalement soutenu le projet , car ça faisait quelque chose de différent par rapport aux autres festivals dans lesquels on jouait sans orchestre, donc ils nous ont aidés pour que cela puisse se faire.

Eudus: Concernant le public, qui ne vient pas spécialement pour un groupe en particulier en festival, cela ne met-il pas une pression supplémentaire, notamment pour ce genre d’événement ?

Clémentine: Si, quelque part, car on se disait que les gens ne venaient pas nous voir nous, pour la majorité des milliers de personnes qui étaient là, donc on se disait que le show devait être bon. Mais au-delà du public, c'était la première fois qu'on jouait avec un orchestre, qu'on filmait, il y avait tellement de premières fois sur ce show, qu'en fait, que les gens soient là pour nous ou pas, ce n'est pas le critère qui a le plus influencé notre façon de faire les choses. On voulait faire un show mémorable pour que ceux qui nous connaissent voient VoA sous un angle différent, et ceux qui ne nous connaissent pas nous découvrent de la meilleure facette qui soit car c'est le plus gros show que l'on ait jamais donné.

Eudus: On vous voit au début du live toi et Michele, pleins d'entrain et d'énergie... N'y a-t-il pas eu cette peur de ne pas pouvoir canaliser cela ?

Clémentine: C'est la première fois avant de monter sur scène que j'ai vu mon groupe être aussi nerveux (rires), car comme je te disais, c'était un show vraiment unique en son genre et on a pas pu avoir une préparation extraordinaire pour le faire. Il a fallu avoir la foi pour que tout fonctionne du fait d'avoir sur scène plus de vingt musiciens avec nous, plus tous les paramètres techniques que cela implique. Quand on s'est rendu compte qu'on y était, qu'on sentait la chaleur des flammes, de la pyrotechnie, nos fans aux premiers rangs qui en prenaient plein la vue, on s'est plongé dans la musique, dans l'émotion de nos nouveaux morceaux car c'est la première fois qu'on jouait certains morceaux de Wanderers, et on avait la joie, le bonheur d'être là, c'était communicatif, il n'y a pas de raison de canaliser la joie quand on est sur scène.

Eudus: D'un point scénique l'orchestre doit prendre une part importante de l'espace, n'est-ce pas compliqué pour vous ?

Clémentine: On avait quand même beaucoup d'espace pour nous, ce n'était pas une petite scène, même si effectivement sur la profondeur l'orchestre en prenait une grande partie. Mais la scène du festival était vraiment conséquente, on avait suffisamment de place pour jouer. On a joué dans des conditions bien pires avec le groupe.

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Eudus:  La setlist a-t-elle été adaptée spécialement pour l'orchestre ? Ou était-elle la même que sur la fin de tournée de The Deep and the Dark ?

Clémentine: L'orchestre n'a soulevé aucune problématique pour travailler les réarrangements des morceaux proposés, qu'ils soient plus anciens ou plus récents. On a été complètement libre à ce niveau là. Sur ce DVD, on a voulu construire le show en deux parties. La première plus axée sur The Deep and the Dark et d'anciens morceaux, avec les costumes des concerts de cette tournée, le backdrop de cet album-là. En milieu de show on a voulu changer, et on a joué pour la première fois cinq nouveaux morceaux de Wanderers, ce qui était quand même une prise de risque, celle d’enregistrer un DVD avec un orchestre sur des morceaux que même nous, nous n'avions jamais joué en live. Mais comme l'album n'était pas encore sorti, et qu'on était en pleine saison des festivals, il fallait qu'on promeut cet album, qu'on joue des morceaux, car à l'instant T on allait jouer devant des milliers de personnes qui allaient peut être aimer notre album.

Eudus: Comment ont été les retours des fans présents à ce concert, que ce soit à propos des réarrangements ou des cinq morceaux de Wanderers ?

Clémentine: Nos fans les plus assidus nous ont envoyé des messages, ont fait des posts pour dire que c'était génial, que c'était le meilleur show de VoA et qu'ils avaient hâte d'entendre les nouveaux morceaux sur album car les entendre pour la première fois en live, ce n'est pas forcément la meilleure façon pour les appréhender, on n'entend pas forcément tout. Ils avaient l'air d'avoir beaucoup aimé ce qu'ils ont entendu pour la première fois. On était ravi des retours.

Eudus: Avec le recul, il y a des réarrangements que tu as préféré à d'autres ? À titre personnel, je trouve que les morceaux plus directs comme "New Dawn", "Seven Seas" ou "Passing Dead End" ont été magnifiés.

Clémentine: Effectivement, il y a certains morceaux sur lesquels les orchestrations de base sont plus discrètes. Le fait d'avoir un orchestre complet leur donne une autre dimension, je suis d'accord avec toi et en particulier sur les morceaux qui sont moins symphoniques d'écriture que d'autres, les formats un peu plus pop comme "New Dawn". On a bien ressenti que notre musique prenait une autre dimension d'avoir un orchestre avec elle. Après c'est l'ensemble qu'on regarde puisque tous nos morceaux font partis de notre discographie. On est très heureux d'avoir réussi d'aller au bout de ce projet là même si on a dû de temps en temps retoucher au niveau du son l’orchestre par rapport au groupe, car ce n'est pas facile de mixer des instruments ultra organiques qui n'ont pas l'habitude de jouer au clic, avec un groupe de metal qui doit être très calé. Il y a des écarts de dynamique parfois qu'il a fallu corriger légèrement pour rendre la performance plus lisible en terme d’arrangements, justement. C'est inévitable quand on veut lier deux mondes qui sont radicalement opposés.

Eudus: On s'était parlé en août 2019. Comment s'est passée l'année écoulée avec la crise sanitaire ? Comment toi, en tant qu'artiste, et le groupe avez vécu ça ?

Clémentine: La crise s'est déclarée en pleine tournée américaine, ça a été un sacré coup dur pour nous vu que cela faisait des années que le groupe essayait de revenir aux USA. Devoir rentrer chez soi après cinq concerts au lieu de treize, ça a été un coup dur. C'est comme pour tout, soit on regarde ce qu'on a perdu, on se lamente, et on se dit tout est noir et sombre et on ne peut pas faire nos tournées, que Wanderers n'a que six mois d'existence et qu'il n'y a plus de tournée. Soit on se dit qu'on a du temps pour faire autre chose, et on a sorti un titre acoustique de "Nothing Lasts Forever" pendant le confinement, on a travaillé sur un nouvel album qui est vraiment bien avancé donc on essaie de voir le positif, de prendre les bons côtés du fait d'être assignés à résidence. On essaie fondamentalement de se focaliser sur les tournées prévues à l'automne prochain car il y a de belles tournées qui sont prévues. Ceux qui avaient pris leur billet les ont gardés, du coup les jauges sont à moitié pleines, on espère vraiment, que c'est reculer pour mieux sauter et que cela sera un tremplin pour la suite,

Eudus: Vous arrivez à bien échanger à distance au sein du groupe ?

Clémentine: On a commencé à travailler fondamentalement à distance avec Michele, avec notre producteur, à s'envoyer des morceaux. Moi je posais des lignes de chant en mode démo, on se renvoyait la balle pour construire des choses. Mais pour moi, la session d’écriture a véritablement commencé quand je suis allée en Italie après notre seul festival en août (2020). Je suis allée chez Mich dans son studio et là on a travaillé des morceaux ensemble, on en a finalisé sept, ça change vraiment la donne en terme de style, par rapport a ce qu'on a fait par le passé. On a découvert, lui et moi, une vraie connexion musicale, une vraie complicité, une vraie entente incroyable, rien que sur le fait d'écrire de la musique ensemble. On va exploiter ça au maximum pour le futur album vu que maintenant on sait qu'on a cette connexion-là. On va l'entretenir et la maximiser pour en tirer le meilleur pour le futur.

Eudus: C'est vrai que par le passé on pouvait avoir une vision un peu chaotique du groupe mais oui, on sent la naissance d'un nouveau groupe depuis que Michele et toi avez rejoint Tomas. Est-ce que vous le ressentez comme ça également ?

Clémentine: Oui oui, on a l'impression qu'on a revécu à partir de 2018 quand on a commencé à reprendre la route. On ne se rend pas compte qu'on a vingt ans de carrière. Tout est à refaire, à partir du moment où il y a eu une pause, un changement de line-up, un changement de style, le groupe doit quelque part toujours reconquérir ou renouveler les personnes qui sont susceptibles d'aimer sa musique. C'est ce qu'on fait depuis 2018, on sent qu'on arrive à faire plus de choses qu'avant, de plus belles, que notre musique embarque plus de monde qu'avant. On se le dit en nous même, on est le VoA 2.0 depuis qu'on est tous ensemble et je pense qu'on a trouvé une stabilité humaine et créative qui poussera le groupe le plus loin possible pour la suite.

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Eudus: C'est sans doute difficile de parler pour lui, mais Thomas (seul membre d'origine), quel rôle a-t-il ? Grand frère, team leader ?

Clémentine: C'est son groupe, son projet. Il a son ambition, une vision des choses, il sait où il veut nous emmener, maximiser les chances, il veut prendre toutes les opportunités qui existent. Par contre, il nous laisse beaucoup de libertés. À moi en tout cas, il m'en laisse beaucoup sur la partie visuelle, c'est moi qui travaille ça pour le groupe et je crois qu'il est en train de comprendre que Mich et moi, en musique, on s'en sort bien et j’espère que bientôt, le groupe sera autonome sur sa musique pour avoir sa propre identité musicale, car c'est ce qui nous fait encore défaut, du fait d'avoir autant changé de line-up par le passé. Même encore aujourd'hui avec Michele qui est arrivé juste avant Wanderers. Thomas il est sur tous les fronts, c'est la locomotive pour que les choses arrivent mais au niveau créativité il nous laisse la main. Ça permet qu'on soit complémentaire et qu'on bosse dans la même direction. Ça marche très bien.

Eudus: Je te laisse conclure. Qu'espères-tu pour 2021, pour vous, la musique, les fans ?

Clémentine: J'espère que tout sera vite dernière nous, cette période qui nous prive de concerts depuis des mois maintenant. À la fois pour les groupes, car mine de rien c'est une catastrophe financière de ne pas pouvoir tourner et ça met le moral à zéro car quand on fait de la musique, le but ultime c'est de la partager et de la jouer devant des gens. Ne pas pouvoir faire ça remet en question la priorité de la musique dans nos vies personnelles, pour tous les musiciens J'espère que 2021 sera une belle année, du moins, moins pire que 2020. Pour les spectateurs, c'est pareil, ils sont privés de salles obscures depuis des mois, alors que c'est un lieu qui permet tellement de liens, de détachement de la vie quotidienne, de soulagement, de partage. Je trouve ça triste qu'on en soit autant dépourvu. J’espère que 2021 mettra ça dernière nous, quitte à ce que l'on soit tous boulimiques de concerts.


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