The Night Flight Orchestra

Entretien avec David Andersson - le 28 février 2020

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Tabris

Une interview de




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Tabris: Merci de nous ouvrir la boite noire pour l'occasion de la sortie d'Aeromantic. Tout d'abord, comment te sens tu, là, maintenant ?

David Andersson: Je me sens comme quelqu'un qui va libérer un nouveau-né innocent dans un monde froid et cynique.

Tabris: Quand et comment est né Aeromantic, quels sont les instants forts qui ont marqué cette nouvelle création et combien de bulles et autres stimulants plus ou moins légaux pour parvenir à ce résultat ?

David Andersson: C'était une bataille constante de volonté, mais aussi beaucoup de bonheur à créer. Je pense que nous avons beaucoup appris sur nous-mêmes en faisant cet album. Il a été bien alimenté par l'alcool, mais aussi par l'anxiété et le regret de soi.

Tabris: À propos du concept d'« Aeromantic ». Le mini soap opéra "The Cabine Pressure Drop" avait brossé une première idée. Plusieurs trailers ont été publiés sur les réseaux sociaux, et l'un d'eux reflète ce qu'est un Aeromantic. Tu y parles de créatures mystiques (et le spot de "Taurus" est éloquent de ce point de vue), de visions romantiques et de gravité. Peux-tu approfondir ces trois réflexions afin de nous permettre de planer à la bonne altitude ?

David Andersson: Je crois que le fait de ne pas vouloir croire aux créatures mythiques rend la gravité plus forte. Je crois que la croyance en elle-même est quelque chose de très puissant, et que ce en quoi vous choisissez de croire vous façonne en tant qu'être humain. Si vous choisissez de vous abandonner à une sorte de religion organisée, je crois que vous renoncez à une certaine part de votre individualité. Mais si vous choisissez votre propre croyance, aussi étrange soit-elle, comme les licornes ou Satan, cela vous rendra plus fort.

Tabris: Pour ceux qui n'étaient pas en cheville avec Nuclear Blast pour tâter du promoz en avance comme des petits gourmands, deux titres étaient en écoute pour donner le la: "Divinyls" et "Transmissions". Lorsque j'ai écouté "Divinyls" la première fois, j'ai cherché à quoi ce nom pouvait faire référence et je suis tombée sur ce titre culte, "I Touch Myself", du groupe Divinyls. Un groupe qui mettait de la sensualité dans sa musique et ses paroles. Est-ce juste un clin d’œil à une formation que vous aimez, ou bien c'est l'idée de nous faire grimper au septième ciel qui s'est glissée dans ce titre ?

David Andersson: Divinyls était un groupe fantastique avec une frontwoman absolument formidable répondant au nom de Chrissy Pamphlet, qui est malheureusement morte trop jeune. Ils sont surtout connus pour la chanson que tu as mentionnée, mais ils ont aussi eu une carrière avant cela, avec des performances comme celles-ci : Divinyls at the US Festival -1983 et "Boys in Town" (live)... Ce qui a eu une grande influence sur nous, et c'est pourquoi nous avons gardé le nom de la chanson en hommage à Chrissy.

Tabris: J'ai cru comprendre que le clip avait été tourné dans un lieu à la symbolique particulière pour Björn. Est-ce que vos morceaux ou vos clips recèlent ainsi une part de vous-mêmes ? Des instants que vous souhaitez souligner, des impressions ou des espérances ?

David Andersson: Björn était un joueur de hockey et je pense que l'enregistrement dans cette arène a eu un grand impact sur lui.

Tabris: "Transmissions" est une très belle surprise (tu nous avais prévenus), d'une mélancolie héroïque, accentuée par l'apport de cet émouvant violon. Il noue la gorge tout en étant très électrisant. Dans le ton et ces sonorités très différentes, il se distingue de vos précédents titres. Peux-tu nous en dire davantage sur sa composition, ces recherches de sonorités, sur ce que vous avez souhaité porter comme nouvelles idées dans ce titre et l'album dans son ensemble ?

David Andersson: Il s'agit des complexités du corps humain, et de la façon dont l'électricité des cellules nerveuses transcende nos connaissances scientifiques et devient quelque chose d'autre.

Tabris: Vous confirmez avec ces deux clips une approche cinématographique de vos vidéos, non sans rappeler le style des films des années quatre-vingts. Qu'est-ce qui inspire l'écriture et la réalisation de ces petites histoires (et quand aurons-nous la version Top Gun ?) ?

David Andersson: L'esthétique des films des années quatre-vingts comme Top Gun aura toujours une influence majeure sur notre son. Nous voulons capturer cette expérience cinématographique dans une version sonore.

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Tabris: La mélancolie se fraye un chemin de plus en plus marqué, cependant, vous parvenez toujours à garder un juste équilibre pour que l'ensemble résonne festif, lumineux, enthousiasmant. Quel est le secret ?

David Andersson: Il n'y a pas de secret, c'est plutôt que nous sommes des Suédois mélancoliques qui s'attendent toujours au pire mais espèrent le meilleur.

Tabris: As-tu lu ce livre qui se fait le défenseur de la mélancolie comme révélateur de la beauté contre une société prompte au bonheur artificiel, Against Hapiness – In Praise of Melancoly de Eric G. Wilson ?

David Andersson: Non. Mais je vais l'acheter dès à présent. Je peux voir, rien qu'au titre, que son auteur a raison. Si je n'avais pas été un grand dépressif fonctionnel, je n'aurais jamais rien accompli.

Tabris: Je reste très friande des paroles. Quelles ont été tes sources d'inspiration cette fois ? Vers quels paysages veux-tu nous emporter ?

David Andersson: Mes inspirations ont été les mêmes que d'habitude. Beaucoup de livres d'Urban Fantasy, beaucoup de biographies musicales, beaucoup d'écoute et d'apprentissage d'autres musiciens et compositeurs. Je m'inspire aussi beaucoup de la façon dont la religion semble avoir de plus en plus d'influence dans la société de nos jours et à quel point est totalement gênante l'idée que, alors que nous sommes censés évoluer, beaucoup de gens se tournent à nouveau vers la religion, qui est toujours en soi une forme de régression intellectuelle et émotionnelle.

Tabris : La féminité, la sensualité, l'amour sont toujours mis très en avant dans votre musique. Est-ce parce que ce sont des thèmes qui séduisent naturellement ou sont-ce vos propres sensibilités qui s'expriment ?

David Andersson: Je crois que c'est une direction : cela mène toujours à l'échec d'une certaine manière et le bonheur constant semble être un objectif inaccessible. Donc, il y a beaucoup de désir, d'espérances en jeu. Mais j'écris presque toujours en partant du fait que les hommes sont des perdants et que les femmes ont toujours le dessus sur le plan spirituel.

Tabris: Arrivé à ce cinquième album, quel est ton sentiment: est-ce que The NFO s'offre comme tu l'avais imaginé au tout début, ou est-ce que la musique a pris une direction inattendue, différente des toutes premières espérances ?

David Andersson: Je pense que nous avons évolué vers quelque chose de bien plus grand que ce à quoi nous nous attendions. Mais ensuite, nous avons développé le mal des Eagles, lorsque l'on vient d'une scène bénigne et que ça évolue vers quelque chose de décadent et de dépravé.

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Tabris: La tournée The Aeromantic Expericence va débuter le 6 mars. Qu'avez vous prévu pour nous régaler ? Nous savons déjà que les Airlineannas seront éblouissantes. Mais et vous Messieurs ? Et est-ce qu'on pourra enfin passer le cordon des vigiles avec du champagne pour trinquer avec vous pendant le show ?

David Andersson: Nous porterons toujours un toast avec tous ceux qui se trouvent à proximité.

Tabris: Nous savons tous que Strid avait un béret et un blazer qu'il ne pouvait décemment pas porter sur scène avec Soilwork et que c'est la raison pour laquelle vous avez monté un groupe d'AOR. Où a-t-il trouvé cette sublime veste floquée d'ailes dorées ? Et est-ce que votre nouveau claviériste est prêt pour le dress code ?

David Andersson: Björn fait toujours faire tous ses vêtements sur mesure. Et notre claviériste de tournée, John Lönmyr, connaît bien les règles, plus que le précédent.

Tabris: Enfin, avec cette sortie, suivie de la tournée, du travail concomitant avec Soilwork, j'en profite pour te demander où en est ton propre projet de jazz fusion ?

David Andersson: Ça se présente bien. J'ai eu une autre session en janvier et ça se passe très bien. Il faut juste trouver quelqu'un qui voudra le promouvoir. Mais ça va faire un tabac. Ou effrayer les gens à jamais.

Tabris: Un dernier mot pour nos lecteurs, et ne te prive pas d'être excessif.

David Andersson: Faites en sorte de commencer à écouter l'album dans le format ou le support que vous préférez dès sa sortie, afin de pouvoir chanter et danser à fond sur chaque chanson quand vous viendrez à notre show. Ce sera la meilleure fête de l'année, car lors de nos shows, les hommes sont plus beaux, les femmes plus fortes, les drogues plus chargées et le champagne encore plus pétillant. Alors, allez-y franchement et cherchez sur Google « The Night Flight Orchestra Tour Dates », parce que vous ne voulez vraiment pas manquer ça.


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