The Night Flight Orchestra

Entretien avec David Andersson - le 16 novembre 2019

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Tabris

Une interview de




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Tabris : Pour paraphraser le chroniqueur qui s'est fait notre spécialiste de The NFO (Merci Foule Fête) et qui avait fait les présentations avec Internal Affairs en 2012, The Night Flight Orchestra est un nom qui fait rêver. L'univers que vous brossez charme d'emblée par sa richesse, sa décontraction et l'enthousiasme qui s'en dégage. Peux-tu nous en dire davantage sur vous, et sur ce que représente la musique de The NFO pour vous à ce jour ?

David Andersson: Salut, je suis David Andersson, guitariste et auteur-compositeur principal pour The NFO. Merci d'apprécier ce que nous faisons. Comme tu l'as dit toi-même, notre objectif est de créer un univers parallèle dans lequel on peut se réfugier et rêver un instant, ou simplement vivre ses fantasmes les plus fous lorsque la réalité devient vraiment trop pesante. Lorsque nous avons débuté The NFO, nous avions le sentiment qu'il manquait quelque chose à la scène musicale contemporaine, et nous voulions simplement combler ce vide, en créant une musique que nous aimerions entendre nous-mêmes.

Tabris : La musique de The NFO offre quelque chose de proche, de personnel, et dans le même temps d'innovant. Un instant, on est plongé dans quelque chose d’extrêmement confortable et soudain, on se sent partir en voyage, prêts à se laisser surprendre. C'est un sentiment génial.

David Andersson : Et oui, nous voulons emmener les gens en voyage. Notre expression favorite est « une musique qui n'existe pas ». C'est ce que nous visons. Créer une musique qui n'existait pas avant.

Tabris: Avec à présent sept années d'expérience, quatre albums d'excellente facture et un bon nombre de concerts, The NFO est un nom qui tend à se faire bien connaître et qui est de plus en plus salué par le public et la critique. Est-ce que tu t'attendais à tout cela ? Qu'est ce que cela t'inspire pour l'avenir ?

David Andersson: Björn Strid et moi-même avons eu l'idée de créer ce groupe lors de ma première tournée américaine en tant que guitariste de session pour Soilwork en 2006, et avons probablement effectué nos premières répétitions avec le groupe vers 2010. À cette époque, personne n'était vraiment intéressé par ce que nous faisions, et il était vraiment difficile pour nous d'obtenir un contrat d'enregistrement avec un label. Finalement, les amis de Björn du label indépendant italien Coroner Records nous ont proposé un contrat. Donc non, je ne m'attendais pas du tout à un quelconque succès commercial, j'espérais juste que nous serions capables de continuer à diffuser de la musique, simplement parce que nous avions tous passé de si agréables moments à la créer. Je ne me serais jamais attendu à ce que nous puissions tourner en tant que tête d'affiche ou jouer dans tous ces grands festivals. Et c’est extrêmement inspirant parce qu'il y a là pas mal de gens qui semblent nous apprécier. Ce serait fantastique si nous arrivions un jour à passer le niveau supérieur et avoir de l'argent à injecter dans un show vraiment spectaculaire avec des avions, des explosions et des hôtesses avec des cocktails, mais nous n’y sommes pas encore [ndlr: eh, les hôtesses qui boivent des coupes sur scène, elles y sont déjà !].

Tabris : J'ai toujours cru que les musiciens dotés d'une forte notoriété n'avaient aucun souci pour développer leurs projets personnels. Manifestement, ce n'est pas le cas. Quelle a été la sensation que tu as éprouvée lors de la sortie d'Internal Affairs ? Et lors du tout premier concert donné en tant que The NFO ? Etait-ce comme recommencer tout à zéro ? Avec le même trac ? Les mêmes aspirations ? Ou était-ce différent, eu égard à l'expérience de la production et du live ?

David Andersson : En tant que musicien, il te faut réaliser que pour arriver quelque part, tout est une question d'image de marque (ndlr : « branding »). Je déteste ce mot, mais c’est très vrai, malheureusement. Et l'image de marque prend de plus en plus d'importance dans la musique puisque pratiquement plus personne n’achète les produits physiques. Quand j'ai grandi, je connaissais le nom de chaque musicien qui jouait sur chacun des disques que je possédais, et si je voyais le nom d'un musicien que j'aimais bien sur une pochette de disque aperçue au magasin, souvent je l'achetais. Mais de nos jours, pour la plupart des gens, la musique est quelque chose que l'on consomme via différents services de streaming et, mis à part les plus sérieux fans de musique, les gens n’ont aucune idée de qui joue, compose ou produit les chansons, quel que soit le succès commercial de l’artiste/du groupe. Ce qui signifie que si tu réussis à instaurer une image de marque, tu peux faire ce que tu veux, les gens viendront quand même assister à tes spectacles et diffuseront ta musique. De nos jours, nous avons des tribute-bands en tête d'affiche, comme les différents tribute-bands dédiés à Pink Floyd, ce qui pour moi est une abomination, peu importe leur talent. Cela illustre simplement le fait que la musique est un média en voie de disparition et que les personnes qui ont les moyens pour ça n'ont aucun intérêt à explorer de nouvelles choses, elles veulent simplement s'assurer de dépenser leur argent dans quelque chose de familier et de sûr, sans surprises. On fait même des tournées avec des hologrammes désormais ! Donc, si tu as une image de marque et que tu l’utilises, tu peux gagner beaucoup d’argent en jouant des tournées « nostalgie » sans même qu'aucun membre d’origine ne soit présent, et les gens seront pourtant contents car beaucoup d'entre eux ne sauront pas qui a joué sur les albums au départ. Mais si quelqu'un d'Iron Maiden ou de Metallica réalisait un disque en solo, personne ne s'en soucierait, même s'il s'agissait d'un chef-d'œuvre. Parce que sans l'image de marque, tu n’es rien.

Mais en même temps, c’est libérateur. Tant que tu ne cherches pas à t'enrichir, tu es libre de faire ce que tu veux de nos jours. Quand j’ai grandi dans les années quatre-vingts et quatre-vingt-dix, tes goûts musicaux définissaient ce que tu étais. Quand des groupes de metal prenaient des risques et intégraient d'autres éléments dans leur musique, les gens détestaient ça, peu importait que ce soit bon. Et c'était la même chose pour à peu près tous les genres de musique. Mais à présent, comme nos goûts musicaux ne nous définissent plus, les gens sont plus ouverts d’esprit et n’ont pas peur d’admettre qu’ils aiment toutes les sortes de musique, quel que soit leur genre. Donc, même si l’ère de la rockstar pleine aux as ne sera bientôt plus qu’un souvenir, on ressent comme une victoire de voir quelqu'un vêtu d'un t-shirt de MayheM en train de danser le disco lors d'un concert de The NFO.

En ce qui concerne NFO, notre premier concert était une affaire très discrète et personne n’avait vraiment entendu parler de nous. Et comme nous étions tous des musiciens expérimentés, nous n’étions pas vraiment nerveux. Mais il y avait un sentiment d’anticipation, comme lorsque tu te rends à un premier rendez-vous avec quelqu'un que tu ne connais pas vraiment. Une fois que tu as fait quelques tournées, tu poses en quelque sorte certains repères sur scène et tu sais quoi t'attendre, mais lorsque tu joues dans une nouvelle « constellation » pour la première fois, tu ne sais pas à quoi ça va ressembler, ni même si l'alchimie va tout simplement prendre. Mais tu sais que que tu vas survivre à la soirée.

Tabris: Somethimes The World Ain't Enough a déjà un an et s'en est suivie une tournée conséquente. Nous avons eu le plaisir d'ailleurs d'assister à certains de vos sets cette année et fin 2018. Parle-nous de cette tournée, comment s'est-elle déroulée ? Et comment as-tu senti l'accueil du public par rapport aux années précédentes ?

David Andersson: Oui, nous avons fait une tournée en Europe en tant que tête d'affiche à la fin de l'année dernière et avons joué dans de nombreux festivals et autres shows cette année. Je trouve que tout s’est très bien passé, et c’est formidable de voir à quel point notre public s'accroît et se diversifie. Lors de nos premiers concerts, le public était principalement composé de fans d'Arch Enemy et de Soilwork, un peu curieux, mais à présent des personnes de tous horizons assistent à nos concerts, des fans de metal extrême aux vieux fans de AOR, en passant par des jeunes qui n'ont aucun lien particulier avec une scène ou une autre et qui semblent juste apprécier la musique pour ce qu'elle est. Et ça, c’est fantastique.

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Tabris : As-tu quelques souvenirs particuliers de cette tournée que tu voudrais partager avec nous ? Avez-vous eu le temps durant votre voyage de découvrir des lieux et de rencontrer des personnes ?

David Andersson : Pour être honnête, j'ai toujours du mal à répondre à des questions comme celle-ci. Lorsque tu es en tournée, tout devient flou et tu n'as pas beaucoup de temps pour explorer ou découvrir la ville dans laquelle tu te trouves. Et n'étant plus particulièrement jeunes, nous ne faisons pas de trucs dingues en tournée. C’est davantage l’atmosphère générale de la tournée, comment tu te sens en tant que groupe et si tout cela en vaut la peine. Tu peux avoir un spectacle de merde dans une ville que tu aimes et vice-et-versa. Et tu peux rencontrer des gens vraiment sympas, mais tu sais aussi que tu te diriges déjà vers le prochain spectacle. Pour moi, la meilleure chose en tournée, c’est le détachement du monde réel, la magie occasionnelle des shows et ces conversations tard dans la nuit dans le tour-bus en mouvement que tu n'aurais pu avoir nulle part ailleurs.

Tabris: Tu partages ton temps entre The NFO et Soilwork. Comment cela se déroule-t-il ? Est-ce complexe à organiser ? Est-ce difficile ou plaisant de switcher d'un genre à l'autre ?

David Andersson: C'est un peu compliqué d'essayer de tout planifier, ainsi j'exerce en tant que médecin dans un hôpital et j'ai des enfants, donc pour moi c'est extrêmement difficile parfois. Mais dans le même temps, je me trouve extrêmement chanceux de pouvoir jouer dans deux excellents groupes et d'avoir tout à la fois un job intéressant, donc je ne laisserais rien tomber, même si c'est parfois épuisant. J'ai eu de graves problèmes de santé dans la famille, raison pour laquelle j'ai dû avoir un guitariste remplaçant pour certains live de Soilwork ces dernières années, mais je suis à nouveau à leur côtés pour les tournées en Asie/Australie et en Finlande de cet automne/hiver.
Mais d'un point de vue artistique, tout est de la musique. Bien entendu, tu as une attitude différente quand tu joues du metal par rapport à du classic-rock, mais je n'ai pas de difficultés à switcher d'un style à l'autre quand je joue en live. La composition des chansons, par contre, c'est différent. Quand j'écris des chansons pour Soilwork, c'est généralement basé autour de riffs de guitare, alors qu'avec The NFO, le plus important, c'est la mélodie vocale et les harmonies, tu construis alors le reste de la chanson autour de ça.

Tabris: Avec le chant, la guitare donne le « la », fait jaillir les émotions (et ton jeu est tout simplement superbe, riche, enthousiasmant, on sent la passion derrière et la recherche d'harmonie). En tant que guitariste et compositeur, qu'est ce que l’instrument représente pour toi ? Comment le ressens-tu ? Qu'est-ce qu'il t'apporte ?

La guitare a une valeur symbolique énorme pour moi, et quelque chose en elle m'a attiré dès mon plus jeune âge. Ma première guitare était une copie Les Paul, mais mes mains sont devenues trop grandes pour ce modèle, alors, depuis l’âge adulte, j’ai toujours joué sur des modèles Strat. Je suis soutenu par ESP depuis quelques années maintenant, et j’ai un assortiment de guitares metal et rock classique assez fantastique.

Je pense que lorsque je compose, j'ai une démarche inhabituelle car je pense la guitare comme on pense le piano. La plupart des guitaristes se concentrent toujours sur la fondamentale (1er degré), tandis que je préfère créer des chansons avec divers renversements d'accords, avec la tierce ou la quinte, ou une autre note de la gamme comme fondamentale, ce qui est plutôt un truc de pianiste. Et je me concentre toujours sur la mélodie vocale et les paroles. Si c’est une chanson de merde, tu ne peux pas donner le change avec une bonne partie de guitare. Beaucoup ont pourtant essayé…

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Tabris: Comment se sent-on quand on s'apprête à jouer du The NFO avant un concert ? Comment vous préparez-vous ? Avez-vous des mojos ? Et après le show ?

David Andersson: On a l'habitude de s'assoir quelque part et d'écouter de la musique pour se mettre dans l'ambiance, et on partage quelques verres de vin mousseux (j'aimerais pouvoir dire du champagne, mais c'est généralement du crémant/cava/Prosecco/Sekt, ça dépend de l'endroit où nous nous trouvons). Je n'ai pas de mojo personnellement, mais nous avons un rituel avant le concert où nous nous souhaitons mutuellement « bon voyage ». Pour moi, jouer en live c'est avant tout une question d'évasion. Dans les bons soirs, tu peux ainsi te glisser dans la peau d'une rock star, oublier tout le reste et te sentir invincible.

Mais c’est une chose assez difficile, d'être un musicien de rock vieillissant et d'essayer pourtant de conserver une certaine dignité sur scène. J'y pense beaucoup. Quand tu as quarante-quatre ans, que tu es chauve et en surpoids, comment veux-tu essayer de te composer des poses sexy sur scène? J'ai arrêté de headbanguer, j'ai cessé de prétendre être une jeune rock star. Je suis juste un homme d’âge moyen jouant la musique que j’aime, et je pourrais avoir une grimace ou une pose de temps en temps, mais c’est avec la plus grande modestie, sachant pleinement que cela doit parfois sembler stupide.

Car avouons-le, l’ère des rockstars est révolue depuis longtemps. La musique n’est qu’un autre moyen de divertissement, avec les jeux, les films, les livres, les médias sociaux, etc. C’est triste, mais c’est comme ça. La musique ne sera plus jamais aussi importante qu'elle a pu l'être pour moi, qui ai grandi dans les années quatre-vingts et quatre-vingt-dix. Je pense qu'il y aura toujours un sous-groupe de passionnés qui aiment vraiment la musique et achètent des produits physiques, etc., mais pour la plupart des gens à l'avenir, ce ne sera que quelque chose que tu consommeras chanson par chanson sur des listes de lecture qui te seront recommandées. Bien sûr, je pense que c’est triste, mais en même temps, tout cela fait partie de l’évolution hyper-accélérée dont nous faisons tous partie et qui, espérons-le, évoluera pour devenir quelque chose de complètement différent et d'encore plus excitant.

Tabris: Nous sommes quelques grand amateurs de vos premiers albums (à titre personnel, Skyline Whispers est mon préféré). Hélas, certains titres sont assez peu représentés dans vos concerts. Comment se font vos choix de setlists actuelles ? Envisagez-vous à l'avenir de faire ressurgir certains titres passés (la mélancolique "Transatlantic Blues" et l'entêtante "Heater Reports", les obsédantes "Stilleto" et "I Ain't old I Ain't Young", sans oublier l'indispensable "Internal Affairs"... entre autres) ?

David Andersson: Je suis toujours aussi attaché à ces deux premiers albums, et nous jouons toujours quelques unes de leurs chansons en live. Mais je crois que beaucoup de personnes ne les ont toujours pas écoutés vu qu'ils ont été édités sous un petit label et qu'elles ne leur ont donc pas prêté beaucoup d'attention. Cependant, ils ont été réédités depuis chez Nuclear Blast, alors j'espère que d'avantage de personnes vont y être sensibles. Personnellement, j'aime vraiment beaucoup les chansons épiques-progressives telles que "Heathers Reports", "Transatlantic Blues" et "The Last of the Independent Romantics": elles font partie des chansons que je suis fier d'avoir écrites et j'adorerais les jouer toutes un jour en live. Mais nous tendons à avoir une atmosphère festive dans nos concerts, et dès lors que nous devenons épiques et progressifs, cet esprit festif meurt un peu. Mais je suis certain qu'elles vont rejaillir dans nos sets à l'avenir, de même que les autres chansons que tu as mentionnées.

Tabris : Je dois dire que beaucoup de titres méritaient d'être mis en avant. Vos albums fourmillent de tant de petits détails, si savamment posés. Ce souci du détail me fait m'interroger sur la composition elle-même. Comment procédez vous ? Quelle est la contribution de chacun ?

David Anderson: J'écris la plupart des chansons, puis Björn et Sebastian en ajoutent aussi quelques unes. Ces temps-ci, nous faisons principalement nos démos sur nos ordinateurs portables à la maison, puis nous ajoutons de vrais éléments de batterie, etc., en studio. Nous conservons souvent beaucoup de nos démos, car elles sont souvent plus spontanées et intéressantes.

Tabris: Vous avez un talentueux musicien de session (qui a pris la guitare à l'occasion du Bang Your Head Festival et la basse lors du Nordic Noise Festival). Qui est-il donc ?

David Andersson: Son nom est Rasmus Ehrnborn, et c'est un gars incroyablement talentueux qui en fait est batteur au départ, mais est capable de jouer de tout. Il est intervenu pour nous à la basse, à la guitare, aux percussions et au clavier, il est aussi le bassiste de session de Soilwork. Il est notre sauveur et un très bon ami.

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Tabris: Nous vous avons vu progressivement changer pour endosser le concept de NFO Air, un style fait de chemises bigarrées, de délicieuses hôtesses de l'air et d'un charismatique commandant de bord aux manettes. Comment est née l'idée, et avez vous l'intension de continuer de faire évoluer cette mise en scène ou avez-vous d'autres projets pour la suite ?

David Andersson: Nous avons toujours voulu développer notre son live, donc nous avons commencé à chercher des choristes féminines il y a quelques années, et nous avons été très heureux quand nous avons trouvées Anna Brygård and AnnaMia Bonde. Elles cadrent parfaitement. Et Björn a proposé le concept avec des hôtesses de l'air et NFO Air, et nous espérons développer ça encore d'avantage à l'avenir. Je crois que ça a apporté véritablement toute une nouvelle dimension à nos concerts.

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Tabris: Qu'est devenue votre chouette qui trônait sur scène ? Elle a disparu la dernière fois que nous vous avons vus.

David Andersson: Nous avons trouvé cette chouette à l'occasion du tout premier concert que nous avons donné, dans une petite ville suédoise du nom de Lidköping où vit notre batteur, Jonas Källsbäck, et où j'ai vécu moi-même quelques années quand j'étais jeune. Elle est donc naturellement devenue notre mascotte. Nous essayons de l'apporter chaque fois que nous le pouvons, mais la chouette est un animal nocturne et une dormeuse tardive, donc parfois elle manque l'avion.

Tabris: Pour revenir à vos quatre albums, rétrospectivement, qu'en pense-tu maintenant ? Comment évalues-tu votre travail passé, le rendu studio et le rendu live ? Et que souhaitez-vous améliorer ?

David Andersson: Je reste toujours fier de tous nos albums, et ils ont chacun leur charme spécifique. Lorsque nous sommes entrés en studio pour enregistrer notre premier album, Internal Affairs, nous n'étions pas très sûrs de la manière dont ça allait se passer. Nous savions que nous avions de bonnes chansons, mais Björn n'avait encore jamais fait un album complet avec seulement des voix claires avant, et en tant que groupe, tu ne sais jamais si la magie que tu as expérimenté durant les répétitions sera encore là au moment d'enregistrer en studio, puisque ce sont deux choses complètement différentes. Mais ça c'est très bien passé, et pour notre second album, Skyline Whispers, nous étions un peu plus sûrs de nous en tant que groupe et avons expérimenté d'avantage dans le studio. Et je crois que nous avons véritablement commencé à trouver notre identité de groupe sur cet album. Sur le premier album, nous avions encore beaucoup d'ambiances classic-rock seventies avec des orgues Hammond et des riffs de guitare influencés par le blues, ce que j'adore, mais il y avait alors toute une nouvelle vague de nouveaux groupes qui jouaient du rock-fuzz rétro en pantalon évasés et avec une odeur de marijuana tout autour d'eux, et nous nous sommes rendus compte que ce n'était pas notre truc. Nous voulions créer quelque chose de plus sophistiqué et aventureux, et en combinant tout ces éléments classiques de manière nouvelle et excitante. Plus de champagne et de cocaïne que d'herbe et de bière.

Ainsi, lorsque nous avons conclu notre contrat avec Nuclear Blast, nous avions une vision assez claire de ce que nous voulions pour Amber Galactic et Sometimes the World Ain't Enough, qui consistait à construire cette dimension auditive parallèle avec une belle écriture musicale, des chœurs accrocheurs, une mélancolie scandinave sous-jacente, mais aussi des paysages sonores et quantité de détails de production qui rendent aussi la chose suffisamment intéressante pour répéter les écoutes.

L'une des choses qui nous a permis d'évoluer de manière organique en tant que groupe est que nous n'avons jamais eu à faire appel à des producteurs extérieurs, nous avons toujours tout enregistré et tout produit nous-mêmes, et notre méthode de travail a donc été assez cohérente depuis le premier album, et je pense aussi que c’est l'une des raisons majeures pour lesquelles nos disques sonnent un peu différemment par rapport à la plupart des autres groupes, nous avons tous des styles assez distincts en tant que musiciens, et personne n’a jamais essayé de tempérer nos étranges excentricités, nous préférons les améliorer et permettre à chacun de développer ses propres idées et de les mener aussi loin que possible.

Tabris: Est-ce que The NFO vous permet d'aller plus loin d'un point de vue plus personnel en tant que musiciens ? Je prendrais l'exemple de Björn Strid et de son travail sur le chant, car le contraste est frappant. Si différent de ce que nous connaissons de lui avec Soilwork. Avec The NFO, il est transfiguré et c'est impressionnant. Une telle voix et une palette à ce point étendue !

David Andersson: Je ne peux pas parler pour Björn, mais il est assez évident qu’il s’est développé en tant que chanteur depuis que nous avons commencé avec The NFO. Il fait des choses avec sa voix maintenant qu'aucun humain ne serait capable de faire, d'après moi.

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Tabris: S'agissant de vos clips, vous avez choisi d'un côté, le style très kitsch des eighties avec ceux, par exemple de "This Time" et "Turn To Miami" (une prise de risque autant qu'une forme d'auto-dérision) et d'un autre côté, vous nous embarquez dans un monde sidéral de comics avec le très addictif "Gemini" et également "Lovers in the Rain". Quel est l'idée maitresse derrière ces vidéos ? Et avez vous pour projet de poursuivre dans ce sens ?

David Andersson: Je ne vois pas le style kitsch eighties comme une auto-dérision, c’est plus un hommage à cette époque et à la façon dont les gens ne se prenaient pas trop au sérieux et n’avaient pas peur de de dépasser un peu les bornes. Dans notre cas, nous sommes toujours extrêmement sérieux au sujet de la musique, mais nous ne nous prenons pas trop au sérieux nous-mêmes. Mais nous allons nous écarter des vidéos de performances à l’avenir. Ce n’est pas très intéressant de voir une bande de Suédois vieillissants jouer de l'air-guitar. En ce qui concerne les vidéos animées, j'ai fourni les scripts de base et les story-boards, puis Elia Cristofoli, un gars très talentueux de Vérone, en Italie, leur a donné vie. Nous n’avons plus de vidéos animées prévues pour le moment, nous allons dans une direction plus cinématographique.

Tabris: Les gens sont de plus en plus avides de scénarios à suivre, d'invention visuelles. Nous vivons dans un monde frénétique, cerné par l'image. Cela ne doit pas être facile de manager cela, de faire des choix, de composer une vidéo qui va captiver l'audience tout en restant authentique avec la musique ?

David Andersson: Actuellement, je pense aux vidéos sous forme de courts métrages, essayer de capturer le sentiment d'une chanson avec des images animées. Et comme je l'ai dit, pour moi les vidéos de performance sont mortes. On doit accepter le fait que les gens ne sont plus intéressés de nous voir.

Tabris: Je ne peux m'empêcher à ce titre de songer au clip de Soilwork, "Stålfågel", qui a également cette même inspiration comics. Le son de Soilwork a également changé ces dernières années, quelques tonalités discrètes de The NFO s'y glissent parfois. Ce que vous avez découvert et développé avec The NFO a-t-il une influence sur vos travaux par ailleurs ?

David Andersson: La vidéo de "Stålfågel" a également été réalisée par Elia Cristofoli, je lui en ai fourni l'idée et le manuscrit de base. Et bien entendu, c'est inévitable que ce que nous faisons avec The NFO influence Soilwork et vice versa. Personnellement, je ne le vois pas comme un problème. Dans les deux cas, Soilwork et The NFO, nous essayons d'évoluer et de porter notre musique dans des directions nouvelles et intéressantes, et même si quelques éléments de classic-rock se faufilent dans Soilwork, nous avons dans le même temps développés les éléments extrêmes de Soilwork - il y a plus de blastbeats sur Verkligheten que dans aucun autre album de Soilwork.

Tabris: Je ne connais pas Soilwork aussi bien que The NFO, mais j’ai vraiment apprécié Verkligheten. Bien sûr, l'approche est très différente, Soilwork est sombre, corrosif, vindicatif, tandis que The NFO est rêveur, romantique, entraînant, mais il existe une idée commune, ces mondes parallèles que nous nous construisons nous-mêmes. Peux-tu nous en dire plus sur cette idée ? Comment architectes-tu la musique autour de ça? Et comment imagines-tu ce monde parallèle s’il pouvait être représenté ?

David Andersson: Je crois en la construction de mondes, mais je suppose que beaucoup de gens passent à côté de ça. De nos jours, l’important est d’obtenir des chansons sur des listes de lecture. Pour Amber Galactic / Sometimes, The World Ain't Enough, j’ai créé toute cette histoire de science-fiction pro-féministe en arrière plan, mais je suppose que beaucoup de gens l’ont juste loupée. Il en va de même pour Verkligheten, qui est une vision dystopique du monde où le seul moyen d’échapper vient de l’intérieur de soi-même et de la recherche des mondes alternatifs que nous avons tous en nous.

Je crois en la construction de canevas autour desquels les gens peuvent créer leur propre univers, car nous avons tous des paysages intérieurs uniques. C’est la raison pour laquelle j’ai toujours préféré les livres et la musique aux films. Si tu as un esprit animé, tu peux créer tant de choses, avec seulement un ou deux de tes sens stimulés.

Tabris: Vous avez un logo que j'adore. Ce satellite ailé. Et qui d'ailleurs, est très joliment stylisé sur l'artwork de "Satellite". Comment est née l'idée?

David Andersson: J’ai toujours aimé l’idée d’incorporer l’organique à la mécanique, ce qui vient probablement aussi de la lecture de trop de romans de science-fiction. Mais l’idée de base m'est propre, combinant l’emblématique satellite russe Spoutnik avec une paire d’ailes d’ange noires. C’est à ce jour mon unique tatouage, mais j’adore l'imagerie.

Tabris: Le single "Satellite" nous laisse présager une sortie dans le ton de Amber Galactic et de Sometimes the World Ain't Enough. Est-ce que tu peux nous en dire d'avantage sur votre futur album ? Sera-t-il effectivement de la même veine ? Et quand aurons-nous le plaisir de le découvrir ?

David Andersson: Notre prochain album est actuellement en cours de mixage, et nous prévoyons de le sortir, espérons-le, entre février et mars prochain. "Satellite" est une chanson catchy et nous voulions sortir quelque chose avant le début de la saison des festivals estivaux, un cadeau spécial pour nos fans. Notre nouvel album contiendra tous les éléments classiques de NFO, mais je pense qu’il est un peu plus dramatique, épique et diversifié, avec quelques rebondissements inattendus. Si vous aimez ce que nous avons fait jusqu’à présent, vous ne serez pas déçus. Le nouvel album sera plutôt une sorte de concept, avec toutes les chansons liées ensemble. Bien que nous ayons toujours des chansons entraînantes, l'album est voulu pour être écouté dans son intégralité.

Nous venons de sortir un teaser pour le nouvel album, intitulé "Cabin Pressure Drops". C’est un minuscule soap-opera, et vous pouvez également écouter la piste instrumentale sur tous les services de streaming. Les gens postent généralement des images et des interviews depuis le studio, mais nous voulions donner aux gens une idée des thèmes et des images abordés dans le nouvel album, sans que ce soit trop évident pour autant.

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Tabris: Vos deux premières offrandes étaient très colorées, avec des inspirations variées, des sonorités très seventies "Demon Princess"), du jazz ("Heater Reports") ou parfois même des tonalités american country rock ("1998"). Avez-vous l'intention d'utiliser à nouveau ce type d'éléments ?

David Andersson: C’est le grand avantage de jouer et d’écrire des chansons pour NFO : rien n'est interdit. Nous sommes capables de jouer à peu près n'importe quel genre, et si nous avons une idée, nous allons la tenter, aussi étrange qu'elle puisse paraître. J'aime toutes les sortes de musique et nous incorporerons toujours toutes sortes d'éléments dans notre musique, alors attendez-vous à l'inattendu. Je suis un grand fan de jazz / fusion et je travaille sur un album de fusion instrumentale solo qui, espérons-le, sera terminé l'année prochaine.

Tabris : Peux-tu nous en dire davantage sur ce projet personnel ?

David Andersson : J'aime l'idée d'improviser et de pouvoir m'étendre un peu plus. J'aime vraiment ce sentiment puissant qu'on obtient en jouant du rock et du metal, mais en même temps, je m'ennuie facilement, alors je veux faire quelque chose qui s'en écarte un peu. Il n'y a probablement qu'une poignée de personnes qui vont l'écouter, mais quand même. C’est quelque chose que j’ai toujours voulu faire.

Tabris: À propos des paroles. Pour certaines, elles sont d'une délectable sensualité, une douce suggestion et dans le même temps, se glisse l'idée d'une évasion. Il y a toujours une sorte de fièvre. Qu'est ce qui t'inspire les paroles de vos chansons ?

David Andersson: C’est probablement le meilleur résumé de mes paroles que j’ai jamais entendu ! Mais oui, ce qui me touche, c’est l’idée de romance sans espoir, le besoin d’échapper à la réalité et de créer des mondes intérieurs fictifs, et ces rares moments épiques de passion fébrile qu'on ne vit peut-être que quelques fois au cours de sa vie. Les paroles parfaites intègrent tout cela, mais elles sont encore suffisamment vagues pour susciter des rêves éveillés, uniques dans l’esprit de ceux qui les écoutent.

Tabris: D'un point de vue plus personnel et pour mieux saisir ton univers, quels sont les albums, livres et films que tu nous recommanderais et qui t'inspirent ?

David Andersson: C’est toute une interview en soi. J’ai toujours adoré lire et lis probablement entre cinq et six livres par semaine, et ils sont tous inspirants à leur manière. Quand j'étais jeune, j'étais un peu plus sérieux et lisais tous les classiques du XIXe au XXe siècle comme Sartre, Hesse, Tolstoï, Céline, etc., qui, je suppose, m'ont façonné à bien des égards. De nos jours, je lis surtout pour le plaisir, c’est donc surtout de l'urban fantasy, de la science-fiction, des livres de cuisine, des livres de nourriture ou des biographies de musique.

S'agissant des livres musicaux, certaines de mes plus fortes recommandations seraient Meet Me in the Bathroom de Lizzy Goodman, Music from Big Pink de John Niven, Hotel California de Barney Hoskyns, The True Adventures of the Rolling Stones de Stanley Booth, The Dark Stuff de Nick Kent, Le Freak de Nile Rodgers. Ils capturent tous l’enthousiasme de jouer de la musique, mais en même temps, ils ont cette mélancolie sous-jacente qui reste toujours présente, celle de savoir qu’un jour tout sera fini. Et tout ce qui est signé de Rob Sheffield et Chuck Klosterman, bien entendu. Et les livres de Viv Albertine sont fantastiques [ndlr: "De Fringues, de Musique et de Mecs" mérite en effet qu'on lui consacre quelques heures].

Côté urban fantasy, la série des October Daye de Seanan McGuire's, tout de Amanda Carlson, Sarah J. Maas, Christina Henry, la série des Sandman Slim de Richard Kadrey, la série Archangel de Nalini Singh, The Kitty de Carrie Vaughn, et je vais m'arrêter là sinon je vais continuer encore et encore.

Et les Absolution Gap d’Alastair Reynolds sont incontournables dans le domaine de la science-fiction et la Saga of Seventh Suns de Kevin J. Anderson.

Mes goûts musicaux sont très éclectiques, mais certains de mes albums préférés et les plus influents de tous les temps seraient:

Black SabbathSabbath Bloody Sabbath
Tommy Bolin – Teaser
Mahavishnu Orchestra – Visions of the Emerald Beyond
Deep PurpleMade in Europe
Joni Mitchell – Blue
TotoHydra
Tribal Tech – Illicit
The Band – The Band
EntombedWolverine Blues
The Rolling StonesLet it Bleed
The BeatlesAbbey Road
10 cc – Deceptive Bends
ELO – A New World Record
King CrimsonThe Power to Believe

Mais je pense que les femmes sont l'avenir de la pop musique. Certains de mes disques préférés le plus récents sont signés Weyes Blood, Jenny Lewis, Ellie Goulding et Carrie Underwood.

Je ne regarde pas beaucoup de films. Quand ça m'arrive, ce sont soit des films de science-fiction / fantastique / super-héros comme Star Wars, X-men, Marvel. Ou des comédies romantiques. Pour moi, les films ne sont que des divertissements légers. Si je veux réfléchir, je vais plutôt lire un livre.

Tabris: Cigarettes manufacturées ou tabac à rouler ?

David Andersson: J'accepte toute cigarette, tant qu’il n’y a que du tabac dedans. Je ne m'entends pas très bien avec les drogues psychédéliques.

Tabris: La musique te laisse-t-elle seulement le temps de vivre pleinement ta vie privée ? Partager le meilleur avec tes proches?

David Andersson: Pour être honnête; non. Équilibrer un emploi de médecin, avec une carrière de chercheur à côté et en même temps être père et jouer, écrire des chansons, co-diriger des vidéos, rédiger des communiqués de presse, proposer des idées d’artwork pour deux groupes, c’est-à-dire Soilwork et The NFO, me rend la vie incroyablement compliquée. Mais je suppose que je suis ce qu'on appellerait un dépressif fonctionnel. Je dois donc rester en action et conserver cette dynamique créatrice. C’est ce qui me rend heureux. Lorsque je n’ai aucun projet créatif en cours, je me ferme, j’essaie donc de rester en mouvement. J'ai entendu dire quelque part que les requins doivent continuer à nager, sinon ils se noient.

Tabris: Un dernier mot pour tes amis français ?

David Andersson: J'aime la France. J'aime la culture française et la cuisine française. J'ai étudié le français pendant plusieurs années à l'école. Je comprends donc très bien le français, mais dès que je suis en France et que j'essaie de parler français, ils abandonnent et commencent à parler anglais avec un accent français à la place. Je pense donc que tous les Français devraient être un peu plus patients avec nous, les étrangers qui essayons d’apprendre à parler français. Vous avez déjà la nourriture et le vin, donc ce n’est pas comme si vous étiez pressés.

Tabris: Un grand merci pour cet échange. En espérant avoir le plaisir de vous revoir très bientôt en France. Nous vous souhaitons le meilleur pour la suite.



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