Sirenia

Entretien avec Emmanuelle Zoldan et Nils Courbaron - le 05 novembre 2018

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Eudus

Une interview de




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Il est dix-neuf heures ce lundi cinq novembre, une petite file commence à se former à la Boule Noire à Paris quand Eelco, le manager se présente en expliquant que les balances ont pris plus de temps que prévu. Voyant que votre serviteur est en pleine discussion avec son collègue du webzine Lord of Chaos, il nous demande si on se connait. Nous répondons par l'affirmative. Au vu du retard pris, il nous demande si ça nous gêne de réaliser cette interview ensemble. Nous répondons que non (et nous avons bien fait, nos questions étant complémentaire et le temps de parole respecté entre nous deux), puis il nous emmène au bar "Les Justes" situé à quelques mètres de la salle de spectacle. Ainsi nous nous installons avec Emmanuelle Zoldan et Nils Courbaron respectivement vocaliste et guitariste de Sirenia, une bière chacun et nous nous lançons pour ce qui est ma première interview. Bonne lecture !

Bonsoir Emmanuelle, comment vas-tu ? Peux-tu te présenter ainsi que Sirenia pour ceux qui ne te connaissent pas ?

Emmanuelle (E): Ça va très bien merci. Moi je suis une chanteuse française, je viens de l’opéra, de la musique classique. Initialement du rock n’roll avant la musique classique, mais je suis passée sur une longue période au classique. J’ai rejoint Sirenia en 2003 pour les chœurs et en tant que lead singer depuis deux ans, en 2016. Présenter Sirenia ? C’est un groupe de metal symphonique originellement norvégien mais de plus en plus français avec l’arrivée de Nils et moi-même, n’est-ce pas ?

Comment s’est passée votre rencontre avec Morten en 2003 ?

E: À ce moment-là, j’avais l’habitude d’enregistrer des voix lyriques pour des albums de metal dans un studio norvégien basé à Marseille qui s’appelle le Sound Suite studio de Terje Refsnes. Terje avait l’habitude de faire son « marché » au conservatoire d’Aix-en-Provence et de Marseille. C’est comme ça qu’on s’est rencontré avec Terje. La rencontre avec Morten en a découlé, Morten venant enregistrer là-bas, il avait besoin de voix pour ses chœurs. Il m’a ensuite rappelé régulièrement pour tous les albums.

Le poste de chanteuse permanente, c’est Morten qui t’a contactée directement à l’époque ?

E: Ils m’ont appelé au mois de juin 2016 pour remplacer leur chanteuse en place à ce moment-là (ndlr: Aylin Giménez) car ils ne pouvaient pas annuler la date, c’était un concert important, la chanteuse ne pouvait pas assurer la performance. Ils m’ont appelé en me disant « j’ai une question un peu folle à te poser, est ce que tu te sens de remplacer Aylin pour ce concert-là ? » Moi j’y suis allée et j’étais super enthousiaste et j’ai fait le show. Quelques jours après il (Morten) m’a rappelé pour me demander si effectivement je voulais rester définitivement.

Cela fait deux ans maintenant que tu as rejoint Sirenia en tant que chanteuse principale. Comment se sont passés ces deux ans ? Comment ça s’est déroulé ?

E: Les choses ont beaucoup évolué maintenant mais au départ je me suis heurtée aux réactions de certains. Forcément je m’y attendais, je m’y étais préparée. J’essaie d’être toujours très philosophe par rapport à cela. On ne peut pas faire l’unanimité, d’autant plus quand on remplace quelqu’un qui est en place depuis si longtemps et qui a une fan base assez importante (ndlr: en Espagne et beaucoup en Amérique du Sud) depuis huit ans, donc je savais que ça allait être un petit peu long mais je pense que c’est une question de temps. Maintenant les choses sont en train de changer. Les gens viennent nous voir en concert et réalisent que finalement je suis capable de faire le job pas trop trop mal. Maintenant j’ai de très très bonnes réactions même venant de gens qui étaient au départ super sceptiques et qui m’envoient des messages hyper encourageants en disant qu’ils révisent leurs avis et qu’ils sont contents que j’aie rejoint le groupe. Il m’a fallu également du temps pour ré-apprivoiser la scène rock que je n’avais pas arpenté depuis des années. Donc voilà, cela m’a demandé un petit de temps pour m’adapter mais maintenant je me sens à trois cent pour cent dans mon élément.

Nils (N): Deux-trois cours de headbanging et c’est reparti ! (rires)

Du coup je voulais en parler à la fin, mais j’en profite, entre Liv Kristine (Leave's Eyes) et Diane de Xandria il y a eu pas mal de polémiques ces derniers temps. Quand on est chanteuse dans un groupe, comment vit-on avec ça ? Est-ce qu’il y a une peur derrière ?

E: Non, moi personnellement je n’ai pas vraiment d’appréhension, je ne me dis pas « tiens je ne sais pas pour combien de temps je suis là, à trembler ». Pour moi c’est une aventure extraordinaire, elle durera le temps qu’elle durera. J’ai plein d’autres projets à côté. Je m’éclate dans celui-là mais voilà si ça doit se finir demain c’est que c’est écrit comme ça. Non, je ne nourris pas de craintes par rapport à cela. Je pense que c’est important que la musique évolue aussi dans un groupe. Je peux comprendre que les besoins d’un groupe évoluent dans le temps et qu’une chanteuse ne puisse ne plus correspondre à un moment donné et si c’est mon cas un jour, c’est que c’est comme ça.

L’enregistrement de Dim Days of Dolor était quasiment terminé à ton arrivée, là tu as été un peu plus présente pour Arcane Astral Aeons. Comment s’est déroulé l’enregistrement ?

E: On a eu beaucoup plus de temps devant nous déjà. En amont, j’ai pu avoir les morceaux, pour avoir le temps de me les approprier, de réfléchir à comment je voulais interpréter telle chanson, telle autre. Le temps que je n’ai pas eu sur Dim Days (Of Dolor). Pour les enregistrements, on a pris le temps sur chaque chanson, de faire des propositions, l’un et l’autre, Morten et moi. Voilà, on a eu du temps sur cet album.

N: Le truc c’est qu’il nous a envoyé des pré-prods, pour travailler à distance les maquettes. Chacun a pu dire ce qu’il en pensait, voir si la tonalité matchait avec la voix. Voir si on pouvait mettre un solo de guitare.

Du coup c’est plus un vrai travail de groupe ? Y’a une première partie de composition puis un travail de groupe ?

E: Oui, particulièrement sur cet album. C’est la première fois que Morten nous fait confiance. Les guitaristes, Nils et Jan Erik ont pu proposer leurs solos. C’est quelque chose d’assez nouveau. Idem pour les paroles de chansons.


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Je voulais revenir sur la pochette, le visuel du nouvel album que je trouve beaucoup moins sombre qu’à l’accoutumée. Quels sont les thèmes abordés dans ce nouvel album ?

E: C’est une question qu’il faudrait poser à Morten. C’est très imagé. Les chansons sont très imagées donc c’est difficile de dire exactement « telle chanson parle de ceci ou de cela» c’est beaucoup de métaphores.

N: Des trucs de gothiques (rires).

C’est un album qui ne comporte aucune ballade à proprement parler…

E: Non, c’est le premier...

Y’a pas la ballade de clôture...

E: Non c’est vrai…

Y’en a aucune qui a été composée ? Est-ce que ça a été composé puis enregistré mais pas choisi ?

E: Moi ça a été ma première question quand j’ai reçu les chansons, j’ai demandé à Morten, « c’est bizarre y’a pas de ballade cette fois-ci, qu’est ce qui se passe ? » Je crois que c’est une volonté de sa part, il était vraiment dans une énergie différente pour cet album je crois.il avait beaucoup de choses à exprimer dans l’énergie. Cet album est de toute façon beaucoup plus énergique que le précédent.

N: C’est carrément vrai. Paradoxalement, la pochette est vachement… limite « happy » tu vois, y’a vachement de chansons avec beaucoup de blasts, beaucoup de trucs influencés Dimmu Borgir tu vois, choses qu’il n’y avait pas sur les titres d’avant. C’est carrément du blast beat en mode black metal à fond. Y’a quand même des parties qui sont plus bourrines.

Par rapport à ta voix Emmanuelle, sur certains morceaux tu vas plus utiliser une voix lyrique, et sur d’autres, une voix plutôt pop, par exemple sur "Asphyxia". C’est toi en concertation avec Morten qui vous orientez sur un type de voix ?

E: Tu vois, c’est rigolo, moi j’ai fait des propositions et on s’est rendu compte qu’on avait les mêmes attentes sur les mêmes morceaux. Après c’est vrai qu’il y avait beaucoup de demande de la part des fans qui étaient un peu déçus sur l’album précédent parce qu’ils disaient « quel est l’intérêt d’avoir une chanteuse lyrique si on exploite pas la voix lyrique? » Il y avait une volonté d’exploiter ce côté-là. Après, pour décider de quels morceaux j’allais chanter de façon lyrique ou plutôt pop, c’est d’un commun accord. Mais je pense qu’au moment de la composition, Morten avait déjà des idées derrière la tête.

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Tu as une préférence, ou justement le fait de pouvoir alterner les deux…

E: Moi j’aime justement pouvoir alterner les deux, de pas avoir à proposer toujours la même couleur, sinon ça serait chiant autant pour moi que pour l’auditeur je pense. Pour toucher plus de monde, avoir plus d’émotions aussi, pas toujours les mêmes palettes de couleurs.

Quel est ton ou tes morceaux favoris sur cet album ?

E: C’est hyper difficile car c’est un album, plus je l’écoute, plus ça évolue au fil du temps. Au tout début ma chanson préférée c’était "In Styx Embrace", la première de l’album. Maintenant c’est la dernière. J’aime bien la dernière. Voilà, si je devais en choisir une, c’est "Glowing Embers" la dernière car elle est très variée. La place du chœur est très importante. Il y a une partie ballade et guitare acoustique. Elle est très complexe.

J’ai regardé un peu sur setlist.fm et ces deux dernières années, vous avez beaucoup tourné en Amérique. Y’a-t-il une différence entre ces deux publics, par rapport à l’ambiance ? L’accueil ?

E: La plupart du temps, on a quand même un bon accueil. Après c’est vrai que la fan base aux Etats Unis est encore à faire. On n’est pas très connu là-bas.

N: En Amérique du Nord.

E: En Amérique du Nord, ce qui n’est pas le cas en Amérique du sud où les réactions du public sont justes hallucinantes. Ça dépend vraiment des pays.

N: Ne serait-ce qu’en Europe, c’est différent.

E: Oui. Entre l’Allemagne et l’Angleterre déjà. Après, il y a une façon d’exprimer je pense. Par exemple, le public allemand au premier abord peut paraître hyper froid.

N: Carrément.

E: On se dit, ça ne plaît pas. On peut avoir de grands moments de solitude sur scène. Mais après le concert, les gens viennent nous voir pour nous dire qu’ils ont passé un super moment. C’est culturel je pense en fait.

Du coup c’est votre premier concert en France…

E: Et oui…

N: Avec le nouveau line-up…

Pas trop stressé ?

E: Oui avec le nouveau line-up, car ils ont joué en 2009 je crois en France avec l’ancien. Stressant non, plutôt excitant ! On a nos potes, notre famille, qui sont là.

N: C’est du bon stress.

E: Voilà c’est du bon stress, du stress positif.

Tu as un peu répondu à la question tout à l’heure mais comme tu es chanteuse classique de formation, avant ta période hard rock, est ce que tu avais envie de revenir vers le metal ?

E: Alors je ne viens pas du hard rock, mais du rock pop en fait. Pour être complètement honnête, pour moi le metal je l’ai découvert en rejoignant Sirenia, parce que ce n’était pas forcément mon univers à la base et vu que j’aime les challenges et que j’ai toujours suivi plus ou moins de loin Sirenia et les groupes avec lesquels j’ai travaillé, j’ai absolument voulu aller à cent pour cent dans ce challenge-là. Je m’y retrouve absolument, à trois-cents pour cent.

Si un jour l’aventure Sirenia venait à se terminer, ce que je ne te souhaite pas, tu continuerais à évoluer dans le metal ?

E: Complètement, parce que pour moi ça a été une révélation, vraiment. Pendant toute ma carrière opératique, si tu veux, je me suis focalisée sur le classique, j’écoutais moins de musique qu’avant et maintenant quand j’écoute ce répertoire-là, je me dis « y’a tout ce que j’aime », c’est curieux que je ne m’y soit pas plongée avant.

Tu as des modèles ou des sources d’inspiration parmi les chanteuses du milieu du metal symphonique ?

E: Non justement, j’essaie de me distancier de ça pour ne pas être influencée, pour garder mon authenticité parce que je pense que ce qui est intéressant dans les collaborations comme cela, c’est-à-dire inattendues, c’est justement le fait qu’on ait des parcours différents. Le fait, je pense et j’espère, que ce que j’apporte peut-être à Sirenia, ce n’est pas les mêmes choses que d’autres apportent à d’autres groupes, notamment de par mon parcours lyrique, de mes autres influences, donc j’essaie de me distancer de ça même si j’écoute beaucoup de choses, d’autres chanteuses de metal, de metal symphonique notamment. J’essaie de garder ma personnalité car c’est difficile, je trouve, d’écouter sans être influencé.

Ta première apparition avec Sirenia date de 2003 au niveau des chœurs et 2004 sur (l’EP) Sirenian Shores et le fameux duo (ndlr: "First we Take Manatthan"). Est qu’un jour il est prévu de ressortir le titre et de le jouer en live ?

E: Ce n’est pas dans les projets, mais pourquoi pas. Peut-être en en reparlant à Morten. Je ne sais pas. On n’a jamais abordé la question

N: Déjà sur cette tournée on fait des choses qui n’ont pas été faites auparavant.

E: Donc ce n’est pas exclu que ça arrive sur les prochaines tournées.

Une petite tournée est prévue en Europe jusqu’à la fin du mois…

Ça se termine le 17 (novembre) à Milan.

Des projets pour 2019 ?

N: Avant 2019, en décembre on est au Winter Master of Rock,

E: En République Tchèque.

N: Cradle (Of Filth) et Exodus entre autres. Rien de concret, il y a des projets de nouvelles tournées européennes. On est assez réclamé à l’Est. On revient de Russie, on a fait la release party, c’était mortel, c’était dingue. Là, l'objectif c’est de refaire la Bulgarie, la Pologne, la République Tchèque. On en parlait tout à l’heure mais là-bas niveau ambiance c’est la guerre à chaque fois, c’est un truc de dingue. C’est génial, j’adore jouer là-bas. Et ensuite, l’objectif c’est de pouvoir repartir, moi je ne l’ai jamais fait, eux l’année dernière, en Amérique du sud.

E: En Asie.

N: Ouais, et peut être milieu, fin d’année prochaine en Asie. C’est un truc que Sirenia n’a jamais fait. On a fait la Chine mais le gros « Target » c’est le Japon. Tout simplement pour promouvoir cet album le mieux possible.


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Pas de retour en France ?

N: On aimerait bien, ne serait-ce que sur des festivals. Notre rêve serait de faire le Hellfest que Sirenia n’a jamais fait. Sirenia s’est produit au Wacken, au Graspop, tous les festivals majeurs mais n’a jamais fait le Hellfest. Là avec deux français dans l’équipe ça serait con de louper l’occasion de le faire. On aimerait bien faire le Hellfest cette année et tous les festivals qu’on va nous proposer qui sont intéressants à prendre.

Ça fait longtemps que le groupe existe et aujourd’hui c’est l'une des seules formations à ne pas avoir encore avoir de live album ou de DVD. C’est quelque chose qui nous plairait, que vous aimeriez bien faire ?

E: On en a parlé avec Morten, ça fait partie des projets.

N: Notamment le fait que Sirenia approche les vingt ans de carrière, il y aura un gros truc à ce moment-là. Live, DVD, j’en sais rien, mais il y aura forcément un gros truc.


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