Amenra

Entretien avec Colin H. Van Eeckhout - le 06 octobre 2017

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Silverbard

Une interview de




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Silverbard : Tu es ici pour nous parler de votre nouvel album Mass VI, que vous avez mis cinq ans à composer. Est-ce que ça a été plus dur que les fois précédentes pour accoucher de cet opus ? Y a-t-il pu y avoir plus de pression du fait du succès grandissant du groupe, ou une peur de ne pas trouver l'inspiration ?

Colin : Je pense qu'on avait moins de pression de l'extérieur cette fois-ci, mais ça n'en a pas été moins difficile pour nous. C'est tout de même notre sixième album, et vient alors la difficulté de parvenir à se réinventer sans trahir notre style. Il fallait évoluer, produire quelque chose de nouveau, mais sans sonner « nouveau » car on ne veut pas changer ce qui nous définit. Cet aspect n'a vraiment pas été facile à gérer. Par ailleurs, il s'est certes passé cinq ans depuis Mass V, mais la phase de composition s'est plutôt étalée sur une période d'un an environ. Il y avait un vent nouveau qui soufflait dans cette écriture car c'était la première fois qu'on enregistrait avec Levy notre bassiste, qui s'est aussi pas mal investi dans le travail de composition.

Silverbard : Justement, qu'est-ce cette participation particulière de Levy a pu apporter de plus pour la composition ? Son expérience de Hessian et Wiegedood par exemple ?


Colin : Non, je ne pense pas, car ces groupes n'existaient pas vraiment quand il a rejoint Amenra. En fait l'inspiration vient de toutes parts, il y a par exemple des morceaux qui avaient été composés pour Amenra à une autre époque, puis laissés de côté pendant des années, et dont certaines idées ont maintenant été modifiées et reprises ici. Levy a surtout un autre cadre de référence, puisqu'il n'est pas un membre d'origine d'Amenra. Il a plus de recul, alors que nous autres avons du mal à distinguer les arbres dans la forêt. Il n'a pas sur lui ce poids de l'écriture de cinq albums, donc c'est plus facile pour lui de trouver de bons riffs lourds qui nous renouvellent. C'est vrai qu'il a beaucoup écrit dans ses autres projets aussi, mais encore une fois, je pense que c'est différent de l'écriture pour Amenra. Et puis il y a sa jeunesse, car il a dix ans de moins que nous. Il a encore cette énergie de se jeter à fond et de nous démontrer ce qu'il est capable de faire. Donc oui, il nous a vraiment beaucoup aidés.

Silverbard : Ce qui est amusant à première vue, c'est que les titres sont exactement aussi longs que pour Mass V, on y trouve à nouveau quatre pièces d'environ dix minutes chacune. Ce format est un choix prémédité ou est-ce une coïncidence ? Vous pensez avoir trouvé le bon format ?

Colin : En fait, je trouve que beaucoup de groupes ont cette fâcheuse tendance à trop prévoir ce qu'ils veulent comme nombre de chansons pour un album. Par exemple, ils se disent « on veut six chansons », alors ils en écrivent sept, et ils en jettent une. Alors que pour moi, tu vas toujours avoir trois préférées et le reste tu vas l'oublier. C'est un sentiment que je ressens souvent à l'écoute d'un album. Donc je préfère dès le début jeter tout ce qui ne me semble pas au niveau de mes pistes préférées pour que l'album soit un concentré de choses fortes. D'autre part, quarante-cinq minutes c'est pour moi la durée idéale d'un album. Si c'est plus, tu te perds un peu. C'est pareil en live, je préfère un format court pour pouvoir se donner au maximum pendant ce temps alloué. Je préfère jouer quarante-cinq minutes qu'une heure trente, car dans le second cas, l'intensité va devoir diminuer à un moment et il faudra gérer l'énergie. Donc de façon générale, je préfère les formats courts mais intenses, qui se suffisent à eux-mêmes et sont ce qu'ils doivent être.

Silverbard : Je rebondis tout de suite sur la question du live qui est indissociable de ce qu'est Amenra : en règle général, vos sets durent plutôt une heure, voire une heure dix, que ce soit en salle ou en festival, je ne vous ai jamais vus plus longtemps. Vous ne jouez pas davantage car c'est justement trop éprouvant pour vous j'imagine ? Je reconnais que c'est déjà intense pour le public !

Colin : Encore une fois, on aime vraiment se donner à fond en live. Ça n'a dû nous arriver qu'une ou deux fois de jouer plus longtemps, environ une heure trente. Mais ça implique que dès le premier morceau tu rétrogrades d'une vitesse, car dès le début tu dois penser à t'économiser pour avoir encore de l'énergie pour le dernier morceau. Et on n'aime pas avoir cette contrainte. Ce qu'on veut, c'est être à deux cent pourcents du début à la fin. Donc une heure, c'est la limite pour nous. Dès qu'on joue plus d'une heure, physiquement ça devient dur. D'ailleurs, même en tant qu'auditeur, ça a beau être mon groupe préféré qui joue, il n'aura mon attention que pour une heure. Après, je commence à ne plus être dedans. Et au bout de quinze à vingt minutes passées l'heure, le groupe m'aura complètement perdu. C'est bizarre comme truc et j'ai bien conscience que ce n'est pas juste comme façon de ressentir les choses... Si même pour ton groupe préféré tu trouves le concert trop long, c'est frustrant... Je ne sais pas comment expliquer ça, mais en tout cas, c'est ce que je ressens.

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Silverbard : Quel rôle donnes-tu aux deux transitions - si ce terme est approprié - "Edelkroone" et "Spijt" ? Que racontent ces titres ?

Colin : Ce sont des poèmes, et l'idée derrière est de condenser tout ce que représente Amenra dans une dizaine de mots dans ces poèmes. Ça a été très compliqué à écrire car ça raconte une part de notre identité et de notre héritage, ça définit qui nous sommes. Et j'aurais du mal à les traduire car je parle avec les mêmes images que celle que j'ai toujours utilisées pour Amenra. Ce sont « des épines... de la souffrance... tu construis ta couronne », ce sont des images comme ça. Je peux traduire ces quelques passage,s mais le titre "Edelkroone" par exemple n'est pas un mot qui existe réellement. C'est un néologisme venant de la fusion de deux mots « edel » (noble ?) et « kroone » (couronne), qui, réunis ensemble, créent pour moi une atmosphère et un monde nouveau. Au final, ce sont des poèmes qui synthétisent vraiment l'idée et l'esthétique d'Amenra. Et au sein de l'album, je les vois comme des points de repères. Tu as dix minutes de musique qui t'explosent à la figure et puis juste après tu as un point de repère où tu as le temps de reprendre ton souffle avec une main sur l'épaule. Et puis tu repars à nouveau pour dix minutes, etc... C'est ça le but derrière ce schéma. On apprend tout le temps au cours de la vie et on essaie de s'améliorer à chaque album. A mes yeux, Mass V était un enchaînement de quatre gros morceaux que je me représente comme une grande vague lourde et lente qui t'envahit pendant quarante minutes et puis c'est fini. Pour Mass VI, je voulais ces points de pause, de même que je voulais à l'intérieur des morceaux des passages acoustiques. Ça a été très intéressant pour nous de travailler sur ces aspects là pour ce nouvel album.

Silverbard : J'ai l'impression que Mass VI n'aurait jamais pu voir le jour sans l'expérience Afterlife / Alive. Je trouve que les nouvelles atmosphères y sont complètement intégrées et digérées. En particulier, chaque chanson a son passage calme et présente une alternance avec du chant clair. Est-ce que tu es d'accord avec ça ?

Colin : Oui bien sûr, c'est juste. Ça m'a pris des années pour oser chanter en voix claire et pour trouver ma voix et me sentir à l'aise avec. Aujourd'hui, c'est devenu une nouvelle voix que j'entends dans ma tête, même pendant les passages électriques. Et c'est vraiment bien d'avoir trouvé cette nouvelle capacité, car ça ouvre un autre registre émotionnel, avec un spectre global plus grand désormais. Par le passé, on a pu utiliser des passages parlés ou chuchotés, mais maintenant, ça nous ouvre des perspectives bien plus larges. D'une certaine façon, les pôles sont plus loin les uns des autres, entre les passages criés et les passages chantés. Les passages puissants sont encore plus forts qu'avant et les passages calmes encore plus profonds. Les contrastes entre ces deux pôles se sont renforcés. Ce n'était pas le but initial, mais c'est la conclusion qu'on a fait ensemble une fois l'album écrit.

Silverbard : Je pense que c'est peut-être l'album où vous avez pris le plus de risques et où vous avez exploré le plus de choses et pour autant, dès ma première écoute de l'album j'ai eu instantanément cette sensation de terrain connu, cette certitude : « c'est Amenra ». Dès la première note arrivant du loin au loin, je serais capable d'authentifier chaque instant de l'album pris aléatoirement comme Amenra. Il y a vraiment un son unique.


Colin : C'est vrai que c'est un son, mais c'est aussi un sentiment. C'est étrange... Il y a des morceaux comme "A Solitary Reign" où tu as cette mélodie au début... (fredonne)

Silverbard : Ça, c'était complètement nouveau par exemple !

Colin : Oui, d'une façon c'est complètement nouveau, mais ce n'est pas nouveau pour Amenra d'exploiter un pattern longtemps pendant tout un morceau. Cependant, ça reste quelque chose de différent et c'est là que le sentiment intervient. Dans ce genre de morceaux, on pourrait dire que ce n'est pas Amenra, car on ne fait pas ça habituellement. Mais tu peux ressentir, avoir ce sentiment que c'est juste, que c'est bien Amenra. Et pour moi, c'est ça qui est fondamental, qu'on puisse parvenir à créer cette émotion.

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Silverbard : En règle générale, je trouve que toutes les chansons d'Amenra sonnent très « live », dans le sens où quand j'écoute les albums je me dis que je pourrais avoir le groupe face à moi. Et sur "A Solitary Reign", il y a pour la première fois, il me semble, la superposition du chant clair et du chant hurlé...

Colin : Oui, on a osé faire ça !

Silverbard : Et tout de suite je me suis demandé comment vous allez faire ça en live !

Colin : Aucune idée, ce n'est pas une chanson à faire en live en fait. Je n'ai pas envie d'avoir un câble sur mon dos avec un retour par oreillette. Alors bon, on va quand même essayer de trouver s'il n'y a pas un autre moyen, mais c'est techniquement presque impossible. Le volume est déjà tellement fort que je ne m'entends pas chanter en voix claire sur scène. Et j'ai vraiment besoin de m'entendre pour ça, je ne suis pas doué au point de pouvoir chanter les notes que je veux aveuglément. Ce qui est également problématique sur ce nouvel album - même si ça s'entend moins - c'est qu'il y a plusieurs couches de guitares. Jusqu'à présent, il n'y avait toujours eu que deux guitares enregistrées car ça a toujours été notre configuration live. Et cette fois-ci, pour avoir plus de grandeur et une valeur épique peut-être, on a superposés beaucoup de pistes de guitares. Mais en live, il n'y en aura que deux, donc ça va être une autre difficulté à gérer. On pourrait utiliser des samples comme beaucoup d'autres groupes, mais on n'a pas envie de ça non plus. Ça va être une bataille à mener pour les concerts à venir, on est justement en train de commencer à s'entraîner à jouer les nouveaux morceaux en vue des prochaines dates.

Silverbard : Je reviens sur le chant. Il y a plusieurs langues utilisées sur l'album : français, anglais, néerlandais... Ça n'est pas propre à Mass VI, car ça a déjà été le cas par le passé. Comment fais-tu le choix des langues ? Comment arrives-tu à transcrire ton sentiment, ton idée au travers d'une langue plutôt qu'une autre ?

Colin : Il n'y a pas vraiment de règle ni d'étude approfondie, mais quand tu compares la traduction dans une langue ou dans une autre pour une même phrase, il va toujours y en avoir une qui aura plus de profondeur, qui sonne juste pour toi. Tu prends celle-là et tout s'articule autour de ça ensuite. Je pense aussi - parce que beaucoup de gens m'ont posé cette question, alors j'y ai réfléchi plusieurs fois - que comme c'est le sixième album et comme mon vocabulaire anglais est limité, j'utilise toujours les mêmes images et les mêmes métaphores. En fait, j'ai toujours le même vocabulaire qui revient, par exemple, « la nuit », « la lumière », etc... Mais quand tu le dis dans une autre langue, tu as un nouvel élan, il y a une sorte de pouvoir. Pour moi « Plus Près De Toi » ça sonne bien et juste, mais quand je le traduis en anglais « Closer To You », ça ne veut plus rien dire à mon oreille car je pense que j'ai trop entendu cette formulation. C'est ma supposition, je ne sais pas vraiment en fait, mais c'est intéressant en tout cas de travailler sur ces éléments. Pour le néerlandais, c'est pareil. S'il y a quelques années tu m'avais demandé si je chanterais en néerlandais ou si j'écrirais des poèmes en néerlandais, je t'aurais répondu que tu es fou !

Silverbard : Je trouve que la chanson "Diaken" est très proche de "Nowena" en terme d'intensité. Elle clôture parfaitement l'album.

Colin : Je ne me rappelle même pas si "Nowena" est la dernière piste de Mass V... (rires) C'est fou ça aussi, car "Nowena" a une fin ouverte, avec un fade-out et c'est très particulier pour nous...

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Silverbard : Il y a beaucoup de raison d'écouter de la musique, et même dans la musique extrême, beaucoup de gens écoutent pour le plaisir ou la distraction. Pour moi, Amenra c'est tout l'inverse, on ne peut écouter sans « vivre » cette musique. Je pense que beaucoup de gens qui écoutent Amenra ne le font pas par distraction, mais parce qu'ils en ont besoin d'une certaine façon. Est-ce que tu réalises parfois qu'au delà de ton statut d'artiste, tu as une forme de responsabilité envers tes fans ?

Colin : Oui absolument. Je me sens très responsable pour les gens qui nous aiment et pour tous ceux qui se tatouent des symboles en rapport avec Amenra. J'espère que jamais nous les décevrons. Et je veux vraiment faire de tout mon mieux pour jamais ça n'arrive. Parce que par le passé, j'ai vraiment vécu ça. Quand j'aimais un groupe, un disque en particulier et que trois disques plus loin, le groupe avait tellement changé que je ne ressentais plus rien... C'est une vraie désillusion, ça a beau ne pas être ta musique car tu ne l'as pas écrite, quand ça a beaucoup de valeur pour toi, ça devient d'une façon aussi « ta » musique. Et franchement, je ne veux pas faire cette faute. On est Amenra et on fait ce que l'on fait. Et on essaie de le faire aussi honnêtement et bien que l'on peut. Mais on reste humains, et il y a un plafond à ça. Si on a envie de faire autre chose, on commence des autres projets. Amenra ne va pas devenir un groupe de black metal ou un groupe de post-rock par exemple.

Silverbard : Par exemple, c'est à titre personnel ce que tu as pu faire avec ton projet solo (CHVE) qui n'a vraiment rien à voir avec Amenra...

Colin : Oui c'est ça, il y a des choses dans ce projet qui s'intègre dans l'univers d'Amenra. Mais pour autant, Amenra restera toujours Amenra, ça c'est une certitude. On va y mettre nos tripes, et rien ne pourra nous arrêter de continuer comme ça. Mon souhait intime, c'est de garder tous les gens qui nous ont suivis et qui nous suivent jusqu'à la fin, et de pouvoir embrasser ceux qui étaient là dès le début. On ne peut jamais être sûr de ça, mais on peut essayer ! (rires)

Silverbard : Envisagez-vous de jouer le nouvel album en entier ? 

Colin : Peut-être un jour ou l'autre, je ne sais pas. A vrai dire, on n'en est pas encore là, on n'a jamais fait cet exercice de jouer un album en entier. Mais dans l'idée, pourquoi pas. On ne le fera pas maintenant, ni dans l'année à venir, mais un jour oui, probablement. C'est marrant car c'est une formule qui est à la mode depuis cinq ans, avant ça quasiment aucun groupe ne jouait un album en entier. Mais c'est cool que ça soit le cas maintenant, surtout pour des groupes plus anciens qui reprennent des vieux albums, ça me permet d'écouter la musique que j'aime sans avoir les trucs récents dont je me fiche (rires). Je suis content de cette nouvelle vague.

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Silverbard : La question suivante fait le lien avec un point que nous avons abordé tout à l'heure sur la durée des vos concerts. Plus le temps passe, plus vous avez potentiellement de chansons à jouer et plus il est difficile de faire des choix de setlist, pas vrai ?

Colin : On a eu de la chance jusqu'à présent, car nos albums ne sont pas très longs, du coup à chaque nouvelle sortie on pouvait presque tout jouer sans avoir à faire de choix compliqués. En gros, chaque album a deux morceaux « tubes » qui passent bien en live, que les gens aiment entendre et qui sont faciles à sélectionner pour nous. Ça va être une première cette fois-ci de devoir faire des choix avec les nouveaux morceaux... En général on choisit les titres pour une setlist, puis on les répète jusqu'au point où on peut presque les jouer les yeux fermés. Car c'est à ce moment là que la magie opère chez nous. Ce moment où on n'est plus obligé de se regarder pour se dire « c'est là que ça va changer ou c'est dans deux mesures ? ». C'est le genre de truc qui casse la magie du moment. Donc il nous faut vraiment un set bien appris, et qu'on va jouer ensuite pour deux ans par exemple. Car mieux on le maîtrisera, meilleure sera l'expérience.

Silverbard : Entre acoustique et électrique : quel avenir pour Amenra ?

Colin : Ces sont deux spectres qui vont continuer à vivre. Surtout le monde acoustique, où il reste encore beaucoup à découvrir pour nous, on sent qu'il y a un fort potentiel et on a hâte de s'y remettre à nouveau. Ma conviction est que ça sera le prochain gros truc pour Amenra. À vrai dire, ce qui me préoccupe aussi, c’est que je ne sais pas si je vais continuer à pouvoir gérer physiquement le live pour la partie électrique d’Amenra. Je ne me vois pas être là à cinquante cinq ans et faire ce que je fais maintenant, et je ne veux surtout pas non plus m’arrêter de bouger et rester statique pendant quarantes minutes sur la scène. Peut-être que le moment venu je le ferai, mais à l’heure actuelle j’avoue ne pas aimer du tout cette idée. Je n’arrive pas à m’imaginer Amenra en version électrique sans être à fond face au public. Alors que la partie acoustique, c’est sûr qu’on pourra la faire jusqu’à la mort.

Silverbard : En quelque sorte, quand l’électrique ne sera plus possible, c’est l’acoustique qui prendra le relais ?

Colin : Oui peut-être. Après, l’électrique ça reste vraiment notre force et c’est ça que les gens voudront toujours continuer à voir… Mais il faut que ça puisse rester possible physiquement, aujourd’hui on sent déjà que nos dos et nos cous sont complètement foutus, en tournée on est obligé de prendre des médicaments pour nous soigner. C’est le risque à prendre quand on veut tout donner à chaque concert…

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Silverbard : J’avais eu la chance de vous voir au Doom Over Leipzig en 2015 où vous aviez fait les deux sets : acoustique puis électrique, enchaînés à la suite. Je ne sais pas si vous l’avez refait depuis d’ailleurs.

Colin : C’était un peu un test en fait cette fois-là. C’était cool, mais très difficile à gérer pour nous, il y a eu trop de choses qui se sont passé (rires). Et puis il y avait Mark (Little Swastika) qui était avec nous, donc ça a aussi ajouté un autre élément à prendre en compte. C’était vraiment beaucoup de choses à gérer pour cette date-là.

Silverbard : Le show du Doom Over Leipzig incluait justement une performance avec des suspensions, quelle signification donnes-tu à cette démonstration ? J’avoue avoir été très surpris car je ne m’attendais pas du tout à ça à ce concert…

Colin : Ce que Mark avait fait, c’était vraiment la suspension originelle, la suspension des suspensions. Je ne l’ai jamais faite personnellement, et je ne crois toujours pas que je serais capable de la faire un jour, mais ça fait des choses incroyables. À l’origine, c’était le shaman qui se levait lui-même, donc la performance était encore plus dure. Quand tu as mal en tant qu’humain, tu as un réflexe d’arrêt. Alors que là, tu dois vraiment surpasser tout ça. C’est une pratique qui m’a toujours beaucoup intéressé parce que c’est un ultime sacrifice où tu vas au-delà de tes propres capacités d’être humain. Tu n’as pas été créé pour faire cela, mais tu le fais quand même. Physiquement, tu transgresses une barrière, et ça fait aussi quelque chose dans ta tête à ce moment-là. Car désormais, tu sais que tu es capable de faire des choses que tu n’aurais jamais pensé possibles. C’est une expérience où tu vas avoir l’impression de sortir de ton corps, un peu comme quand tu perds connaissance. Mais le résultat, c’est que quand tu te réveilles, tu es complètement différent. C’est comme si tu avais dormi pendant des milliers d’années, mais quand tu te lèves tu te sens… mauvais, il y a une véritable sensation négative. C’est quelque chose de vraiment étrange à vivre, mais qui me fascine. Quant aux thématiques de « sacrifice » et de « barrière », ce sont des idées qui ont un lien fort avec Amenra et ce qu’on fait avec le groupe.

Silverbard : Est-ce que tu peux expliquer ce que représente l’artwork de Mass VI ?

Colin : L’artwork présente un cygne mort. On a coupé la tête au cadrage pour ne pas que ça soit évident au premier coup d’œil, et pour détacher la représentation de ce que c’est réellement. L’idée était de le rendre abstrait à nouveau. Le cygne, un animal gracieux, fort et avec un caractère agressif. Il a une force qui demande un respect dans sa vie… mais il est mort. Et même dans sa fin, il garde sa beauté et sa grâce. C’était l’image parfaite à mes yeux pour visualiser la musique de Mass VI, les deux pôles ensemble dont je parlais tout à l’heure. Tu as la preuve qu’il y a de la beauté aussi dans la noirceur. C’est le trépas, il peut dormir pour toujours, c’est fini. Et tout cela, c’est vraiment l’incarnation de ce qu’on fait avec Amenra. Quant à son origine, l’image est extraite d’une série de photos d’animaux morts de notre région, avec chacun sa valeur symbolique. C’est une image qui m’a parlé dès la première fois où je l’ai vue et j’espère qu’elle parlera aux autres gens aussi.

Silverbard : Pour conclure, vous avez une soirée prévue à la fin du mois à Bruxelles avec plusieurs groupes de la Church of Ra. C'était important de célébrer « en famille » ce nouvel album ?

Colin : Oui bien sûr c’est sympa pour nous, car on connaît tout le monde là-bas et on sait à quoi s’attendre. On avait fait le même événement il y a cinq ans, donc ce sera bien de tous se retrouver.


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