Psygnosis

Entretien avec Raphaël Verguin (violoncelle) - le 15 octobre 2017

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Winter

Une interview de




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Chaque fois qu'ils célèbrent la conquête d'un trophée (donc pas très souvent...), les fans de l'Atletico de Madrid se rendent à la place Cánovas del Castillo, plus connue sous le nom de Plaza de Neptuno, pour crier leur bonheur. Avec une album intitulé Neptune, on peut parier que les membres de Psygnosis auront la côte auprès des colchoneros. On peut également parier qu'ils s'en moquent pas mal, notamment Raphaël, le violoncelliste sorti de l'ombre pour ce troisième opus, puisqu'il reconnaît ne pas être sensible aux charmes du ballon rond. En revanche, il est intarissable sur bien d'autres sujets, comme vous pourrez vous en rendre compte, si vous lisez ce bien agréable entretien, où l'on évoque le Mexique, Mika, et Apocalyptica (violoncelle oblige...), entre autres.




Winter : Salut Raphaël, es-tu lyonnais ?
 
Raphaël : Non, je suis parisien.
 
Winter : Et comment fais-tu pour travailler avec tes compères mâconnais de Psygnosis ? Tu prends le train ?
 
Raphaël : Voilà. Je le prends en moyenne tous les deux mois. D’ailleurs, j’y vais le week-end prochain car nous réfléchissons à la possibilité de sortir un clip pour le titre "Mûe".
 
Winter : La chanson courte de l’album, forcément…
 
Raphaël : Disons que les derniers clips étaient très longs…
 
Winter : Et ça serait dans le même esprit rigolo que pour "Psygnosis Is Shit" ?
 
Raphaël : Non. Si finalement, on fait quelque chose, ce sera plus… comment dire… « textureux ».
 
Winter : « Textureux »… J’aime ton esprit novateur (rires). Ceci dit le clip de "Psygnosis Is Shit" avait l’avantage de montrer que vous ne vous prenez pas forcément au sérieux.
 
Raphaël : Oui et puis bon, les gens nous demandaient tout le temps pourquoi nous n’avions pas de batteur. Du coup, nous nous sommes dits que nous allions prendre le contrepied et faire un clip où nous allions chercher un batteur.
 
Winter : Le clip a eu du succès ?
 
Raphaël : Oui, même si on aurait peut-être dû tenir en compte deux facteurs. D’une part, le fait que nous avons sorti l'album le même jour, a enlevé un peu de force à la promo du clip. D’autre part, nous ne l’avons pas sponsorisé du tout. Et aujourd’hui si tu ne sponsorises pas un minimum sur Facebook, si tu ne mets pas un peu de pognon, tu  n’as pas une super visibilité.
 

Winter : C’est quand même ch*** de devoir toujours payer…
 
Raphaël : Oui, mais en même temps, quand tu fais une exposition, tu achètes du papier pour faire tes affiches et tu vas les coller. Donc tu dois forcément investir un peu d’argent pour faire de la com’. Sinon le deuxième point, c’est que je soupçonne FB d’essayer d’enc***** un peu Youtube. Comme ils commencent à avoir du stockage interne de vidéo, ils relayent moins celles de Youtube.
 

Winter : Quel langage…  je vais être obligé de censurer ça au moment de la transcription de l’interview…
   
Raphaël : Ah, parce qu’elle a commencé l’interview ?
 
Winter : Évidemment ! Qu’est-ce que tu crois ? (rires) Sinon, l'album marche bien ?
 
Raphaël : Oui, on a de très bons retours. Ça fait plaisir, sachant que nous ne sommes sans label, que nous faisons tout avec nos petites mains. Nous sommes contents. Alors, évidemment, nous n’avons pas une énorme visibilité, avec un label nous en aurions eu plus. Mais je suis content, les chroniques que nous avons sont globalement positives.
 
Winter : La recherche du label, c’est une priorité ou tant que vous n’avez pas un deal solide, vous restez comme vous êtes ?
 
Raphaël : Pour Neptune, la question a été posée. Nous avons finalement fait le pari de faire les choses nous-mêmes, en assumant la part de risque. Pour le prochain album, la question sera reposée, et nous verrons ce que nous ferons. Personnellement, je serais bien tenté par une expérience avec un label, mais ce n’est que mon avis. Je pense qu’un label peut nous apporter des choses.
 
Winter : Sinon, pour changer de sujet, grosse surprise sur "Mûe" : il y a des solos de guitares dignes de gens avec des cheveux longs, des vestes à patchs et des pantalons collants rayés rouge et noir…
 
Raphaël : Sur "Mûe" et sur "Storm" aussi. C’est Anthony qui nous a pondu de superbes solos. Celui de "Storm" me fout des frissons. Sur "Mûe", il y a effectivement un solo très rock, qui donne un côté hardrock/débuts du metal/guitares heroes etc.
 
Winter : C’est très déstabilisant… Vous n’avez pas des têtes de vrais metalleux… Z’avez même pas les cheveux longs…
 
Raphaël : Ah moi, je me laisse pousser les cheveux, Rémi a moitié la boule à zéro, moitié les cheveux longs…
 
Winter : Mes repères s’effondrent (rires)
 
Raphaël : De nos jours, il y a combien de musiciens avec des têtes de bobos, des hipsters tatoués, qui font du metal ? Regarde Between The Buried And Me, par exemple… Pour moi, l’apparence des personnes, hein…
 
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Winter : Il y a quand même quelques registres où l’habit fait partie intégrante du style… Le trve black par exemple.
 
Raphaël : Oui, là où il y a besoin de scénarisation. Mais ce n’est pas notre cas.
 
Winter : Sinon, peut-on dire que tu es à Psygnosis ce que Neymar est au PSG ?
 
Raphaël : Ouh là, je suis une brêle en foot…

Winter : Dit autrement, es-tu la star qui a rejoint Psygnosis ?
 
Raphaël : La star, non. En fait, je suis dans l’ombre du groupe depuis un moment déjà, depuis Anti-Sublime, le premier album, où j’avais déjà été contacté, et, à partir de l’EP Sublimation, j’apparaissais en tant que guest. Mais il se trouve que Yohann, qui chante sur Human Be[ing], le deuxième album, a hélas eu des soucis de santé et a dû abandonner le groupe. Jérémy m’a contacté et m’a dit que « la solution n’était pas à l’extérieur, mais à l’intérieur du groupe » et vu qu’il y avait toujours eu, depuis le début, un bon feeling entre nous, il m’a proposé de rejoindre le groupe. Avec du recul, c’était quand même un sacré coup de poker. On se connaissait, j’avais déjà fait des choses pour eux, mais quand même, c’était culotté. Est-ce que ça allait marcher de faire un album instrumental avec du violoncelle ? On n’en savait trop rien… Jérémy avait dû sentir que ça collait, que nous étions en phase…
 
Winter : Et du coup, vous avez trouvé votre créneau définitif ? Psygnosis ne va plus avoir de chanteur, qui sera remplacé par le violoncelliste ?
 
Raphaël : Non, rien n’est immuable, tout est possible. Cela dépendra des nécessités. Si un jour, le titre a besoin d’accordéon, il y en aura. S’il n’y a pas de place pour le violoncelle sur une chanson, il n’y aura pas de violoncelle.
 
Winter : Vous ne vous interdisez pas de revenir à un format plus classique.
 
Raphaël : Non, simplement, nous sommes dans une phase où nous sentons que nous avons encore des choses à dire avec du violoncelle – le quatrième album est d’ailleurs en phase de composition.
 
Winter : Si vous deviez réintroduire du chant, pourrais-tu être le candidat ?
 
Raphaël : Non, je chante juste mais je ne trouve pas que j’aie une belle voix, et d’ailleurs, je ne l’ai jamais travaillée, je ne saurais pas comment la placer. Je peux faire des backing vocals, mais c’est tout.
 
Winter : Et sur scène, trouves-tu ta place ?
 
Raphaël : Ah sur scène, mes collègues font du bruit, les coquins (rires)… Point de vue espace physique, dès que la scène n’est pas trop petite, il y a de la place. Nous ne sommes que quatre, après tout. Nous savons gérer notre espace. Musicalement par contre, c’est à chaque fois un challenge pour notre ingénieur du son : il y a deux guitares, une basse, des nappes de clavier, une batterie et un violoncelle. Le fait que la batterie soit synthétique aide, ceci dit. En termes de dB, contrairement à un vrai batteur, l’ingé peut baisser le volume s’il le faut. Et personnellement, mon gros souci, c’est d’arriver à m’entendre, parce que si je ne m’entends pas, je joue faux.
 
Winter : Physiquement, tu te places comme un chanteur ?
 
Raphaël : Non. Nous sommes quatre de front, je ne suis pas spécialement centré. C’est très bien comme ça, parce que nous avons tous quelque chose à apporter. Le violoncelle n’est pas l’élément de base de la musique de Psygnosis.
 
Winter : Pour moi, il remplace vraiment le chant.
 
Raphaël : Oui, d’ailleurs, en termes de composition, la partie du violoncelle est composée à la fin. Sur Neptune, Rémy a tout composé et j’ai dû intégrer les parties de violoncelles, et tâcher qu’il soit mélodique, sans donner l’impression d’avoir été rajouté sur la musique.
 
Winter : Mais… ils t’ont laissé de la « place » dans les compos pour que tu l’intègres, non ?
 
Raphaël : En fait, Rémi compose comme ça vient, c’est sa manière de faire. Il ne cherche pas à savoir ce qui va être mis par-dessus, que ce soit chant ou violoncelle. Il n’a pas d’avance une idée de la mélodie que va devoir jouer mon instrument, c’est à moi de la créer. Ceci dit, il avait quand même en tête le fait que je devais intégrer le violoncelle et m'a laissé de la place pour que j’intègre mes parties, oui. D’ailleurs, c’est amusant d’écouter Neptune sans et avec le violoncelle, il y a vraiment une grosse différence. Il est devenu moins bourrin, moins agressif, plus mélodique. Il s’est rapproché d’une musique de film, en approfondissant des ambiances.
 
Winter : Il accentue vraiment le côté post-rock.
 
Raphaël : C’est amusant que tu parles de post-rock, parce que tu n’es pas le seul, et pourtant, au début, je n’y ai pas du tout pensé…
 
Winter : En l’écoutant j’ai vraiment pensé à Godspeed You! Black Emperor, en version metal. Ce côté mélancolique m’a beaucoup touché. Du coup, je te pose la question: la mélancolie est-elle quelque chose d’inhérent au violoncelle ?

Raphaël : Non, pas forcément. Quand tu écoutes des œuvres classiques, tu te rends compte que le violoncelle peut être lumineux, vivant, joyeux, sautillant, mais pour ma part, je pense qu’il est particulièrement bien adapté pour exprimer la mélancolie. Ma musique de prédilection c’est la musique romantique, slave. J’aime les cris du cœur.
 

Winter : Sinon, je trouve que le groupe a beaucoup évolué entre Human Be[ing] et Neptune. Il y a toujours les influences Gojira et Hypno5e, mais elles ont été mieux assimilées…
 
Raphaël : Disons qu’elles étaient peut-être plus lisibles sur Human Be[ing]. Nous sommes tous fans de ces deux groupes mais, oui, au niveau de la composition, Rémi a mûri par rapport à l’album précédent. L’album est plus ambient également. Tout est plus complexe, sans être compliqué, plus fin. Comme tout le monde, Rémi affine son style et va plus loin dans l’émotion.
 
Winter : Rémi, c’est le chef du groupe ?
 
Raphaël : Pas vraiment. Nous avons chacun notre rôle. Je n’ai pas le sentiment qu’il y ait un leader dans Psygnosis. Rémi compose tout, et j’essaye de fusionner ma sensibilité avec la sienne, tout comme Jérémy à la basse. Point de vue composition, Rémi occupe le premier plan, et moi le second, à mon avis. Pour tout ce qui a à voir avec les concerts, Jérémy prend un rôle plus important : c’est l’organisateur du groupe. Il a organisé notre concert à l’Opéra, la tournée au Mexique, etc. etc. La philosophie du groupe, c’est un peu « les as à leur place » : tu t’occupes des choses pour lesquelles tu es doué. Jérémy excelle dans l’organisation, du coup il s’en occupe. Rémi, c’est la musique et pour ma part, mon point fort, c’est de me greffer sur une idée originale, aussi basique qu’elle soit, et composer dessus, alors que j’ai plus de mal avec une feuille blanche.
 
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Winter : Le Mexique, ça s’est bien passé ?
 
Raphaël : Oui, très bien. Mais ça a été le bordel ! (rires) Notre organisateur sur place n’est jamais venu… Il devait venir nous chercher à l’aéroport et nous suivre sur les trois semaines et il ne s’est jamais présenté… Il nous a donné différents motifs. Réels ou bidons ? On ne saura jamais, mais il ne nous a pas totalement bernés, puisque les dates existaient bien. On a fait tous les concerts sauf deux. Mystère…  Sinon, la tournée a été éprouvante, nous avons eu des soucis de van, de savoir comment se rendre aux différentes dates, etc. Toute la logistique, tout ce travail que, normalement, un groupe n’a pas à faire, nous avons dû nous le taper. Et le Mexique, c’est le bordel. Les gens en revanche sont très sympas, nous avons rarement été aussi bien accueillis. Les gars de Zayuz, le groupe avec qui nous avons fait la tournée, sont des crèmes, ils nous ont beaucoup aidé. Mais là-bas c’est un peu le chaos : il y a des tensions, pas forcément beaucoup d’argent, il n’y a du coup pas de structures…  Pour jouer un concert là-bas, tu arrives, tu branches ta guitare et tu joues. Faire une balance, ça ne se voit pas, en tout cas pour beaucoup de groupes. Christian, notre ingé, se débrouillait comme il pouvait pour mixer, et les gens étaient très emballés par ses bidouillages. Bref, décalage total avec la France.
 

Winter : Une expérience qui marque, en somme.
   
Raphaël : Oui. Là-bas, ils ont peu de moyens, comme je l‘ai dit, mais du coup, il y a l’essentiel. Nous avons ressenti un vrai enthousiasme. Quand nous arrivions pour jouer, les mecs avaient souvent une lueur dans les yeux… Je me souviens d’un concert vers Guadalajara, c’étaient la première fois qu’ils recevaient un groupe étranger. Il devait y avoir entre cinquante et cent personnes, pas plus, et si ça se trouve, la musique que nous jouions était loin d’être leur préférée, mais ils avaient la flamme. Ça nous a fait chaud au cœur. Du coup, tu te dis qu’en France, on est peut-être un peu pourri gâté.

Winter : Et sinon, le futur, tu peux m’en parler un peu, sans trahir de grands secrets ?

 
Raphaël : Nous avons déjà quarante minutes du prochain album pour la partie de Rémi, sur lequel je devrais incorporer les parties de violoncelles. Il y aura également des parties que nous composerons directement tous les deux.
 
Winter : Allez-vous suivre le chemin tracé par Neptune ?
 
Raphaël : Je ne peux pas te dire parce que je ne sais pas où la compo va nous emmener. Pour l’instant, je trouve ça plus violent que Neptune, mais comme Neptune avant violoncelle était violent… Bref, je ne sais pas ce que ça va donner. Rémi a tendance à dire que c’est dans la continuité de Neptune, mais… nous serons sûrement les premiers surpris par le résultat !
 
Winter : Vu votre style un peu « polymorphe », vous pouvez jouer avec différents types de groupes, non ?
 
Raphaël : Oui. En plus, à la base, j’aime les affiches éclectiques. On va jouer avec Aborted à Paris. A l’Opéra, la tête d’affiche c’était Empyrium. Il y avait Igorrr également… Et ça fonctionnait.
 
Winter : Et le public accepte cette diversité ?
 
Raphaël : Il y a des gens éclectiques et d’autres qui ne le sont pas. Du coup, dans les concerts, quand nous jouons, en général, il y a des personnes qui partent, mais celle qui restent accrochent vraiment. C’est en tout cas notre sensation. Ils sont surpris et certains viennent nous féliciter à la fin du concert. Donc, c’est un peu quitte ou double, mais on aime ça. Par principe, j’aime les affiches éclectiques et il y a des choses que j’ai du mal à comprendre, comme le fait de siffler Linkin Park, comme ça s’est produit au Hellfest. D’accord, c’est plus pop, mais le metal brasse tellement de genres… On a tout à gagner à s’ouvrir.
 
Winter : En parlant du Hellfest, ça serait un joli challenge…
 
Raphaël : Ah oui, on va essayer d’y jouer. Le fait que nous n’ayons pas de label rend la chose plus compliquée, mais rien n’est impossible.
 
Winter : Parlons de tes side-projects. Tu joues sur le premier album de öOoOoOoOoOo
 
Raphaël :  Oui, j’ai rencontré Baptiste depuis pas mal de temps, grâce à des amis communs du groupe Paerish (qui a fait la première partie de Sum 41 en France). Quand il a commencé ce projet de « partouze d’instruments » qu’est Chenille, il a pensé à moi et j’ai dit oui. J’apprécie beaucoup Asphödel. Voix incroyable et super personne.  J’ai vraiment aimé participer à l’album. Sinon, j’ai également posé du violoncelle sur l’album de Spectrale, de Jeff Grimal. J’ai aussi enregistré du violoncelle pour l’album de Rïcïnn, le projet de Laure Le Prunenec, qui chante également pour Igorrr.  J’aime bien être invité sur des albums, ça me fait toujours plaisir de jouer. D’ailleurs, je n’hésite pas à dire aux groupes qu’ils peuvent faire appel à mes services.
 
Winter : Que penses-tu d’Apocalyptica ?
 
Raphaël : J’aime beaucoup. Je les ai vus pour la première fois au Download de l’année dernière et j’ai pris une claque. Ce sont vraiment de super musiciens. J’aime moins ce qu’ils font récemment. J’ai découvert avec Cult et j’adore cet album, tout comme Reflections ou Apocalyptica. Leurs reprises de Metallica m’intéressent moins. Chaque fois que je les entends, je me dis « Ouh, il va falloir que tu travailles ton violoncelle ! » (rires)
 
Winter : Ils ont un gros niveau ?
 
Raphäel : Ah oui. C’est leur métier. Ils ne font que ça. Moi, je ne suis pas professionnel, j’ai acquis un niveau honorable que j’arrive à conserver, mais bon, la différence est importante.
 
Winter : Tu sens une évolution quant à la perception du violoncelle par le public ?
 
Raphaël : Non. Ça ne fait que six ans que je suis dans la scène…
 
Winter : Tu es jeune…
 
Raphaël : Oui, mais de toute façon, le metal explore beaucoup et cherche toujours à intégrer de nouvelles choses, donc qu’il y ait du violoncelle, c’est normal.
 
Winter : Le metal n’a pas toujours exploré. Dans les 80s par exemple…
  
Raphaël : Oui, mais à partir des années 90, le metal s’est mis à explorer. Avant, il avait certainement besoin de se consolider.
 
Winter : Joues-tu également du violoncelle de manière plus classique ?
 
Raphaël : Oui. J’ai un cursus assez classique et j’ai pu jouer des pièces plus classiques – Chostakovitch, Dvorak, etc.
 
Winter : Cette approche classique est-elle fondamentale ?
 
Raphaël : Le violoncelliste de Qlay est autodidacte, et ce qu’il fait, c’est superbe. Mais je pense qu’à partir d’un certain niveau, il faut avoir cette formation.
 
Winter : Écoutes-tu autre chose que du metal, aussi varié qu’il soit ?
 
Raphaël : Oui, j’écoute de la pop, je dois même avouer que j’aime bien l’album qu’a sorti Mika. J’écoute aussi de l’électro, tendance IDM.
 
Winter : Cette composante électro se retrouve chez Psygnosis.
 
Raphaël : Tout à fait. Rémi est dingue d’électro, il aime ça au moins autant que le metal. Il a d’ailleurs un projet électro qui s’appelle The Omniscient.
 
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Winter : Fan d’électro peut-être, mais Rémi compose des lignes de guitare rythmiques assez dingues…
 
Raphaël : Oui, il a un don pour le riffing. Bien sûr, il y a des influences : Hypno5e, Gojira, que tu cites, mais aussi Vidhjarta. C’est sûrement de ce dernier groupe dont il se rapproche le plus, les riffs d’Hypno5e étant plus saccadés, ils sont moins dans la stridence. Ils créent en revanche des instants de vide dans leurs breaks, qui sont assez impactants. Quant à Gojira, ils ont un énorme sens du groove. Après, Remi s'inspire également de groupes comme Led Zeppelin ou PNL.
 
Winter : Je vous remercie aussi d’avoir réduit le nombre de voix off. Ça m’avait un peu lassé sur Human Be[ing]
 
Raphaël : Je suis d’accord. Ceci dit, on a reçu des feedbacks où les gens se plaignaient du manque de voix-off…
 
Winter : Les fans d’électro adorent ça…
 
Raphaël : Les samples, c’est bien, mais je pense qu’il faut savoir s’en passer. Maintenant, Psygnosis serait capable de faire un album sans samples, ce qui me paraît une bonne chose. Ça n’est pas l’identité de Psygnosis. Leur utilisation peut confiner au remplissage. Les quelques voix-off présentes sur Neptune servent le propos. Celui de "Sünyatã" est assez long, mais il est très poignant. Son contenu est très fort. Aux premières écoutes, j’en avais des frissons.
 
Winter : Comme quoi, Psygnosis fait passer un message politique…
 
Raphaël : Non, pas vraiment, mais nous avons tous une idée sur la société telle qu’elle est aujourd’hui. Forcément, ça sort. Chez nous, c’est par le biais de ce genre de samples.
 
Winter : Les samples d’Hypno5e, eux, versent dans un autre registre.
 
Raphaël : Hypno5e est plus poétique que Psygnosis. Notre musique vient des tripes et elle dit forcément quelque chose du monde d’aujourd’hui, de l’injustice excessive et croissante qu’il véhicule. Ça transparaît dans notre musique. C’est Rémi qui choisit les samples, et lui aussi est très sensible à tout ce qu’on se prend dans la gueule en ce moment. On n’a pas vocation à être leaders d’un mouvement politique, mais on a quand même envie de dire que nous sommes touchés et attristés par ce qu’il se passe.
 
Winter : Cette grisaille que vous exprimez, vous l‘exprimez d’une manière assez française, non ?
 
Raphaël : Peut-être, je ne saurais pas vraiment le dire. Il y a un metal français, ceci dit, ça c’est sûr. Un metal de qualité. Gojira bien sûr, mais Klone, Hacride, Eryn Non Dae, Hypno5e... Nous ne sommes pas de pâles copies de groupes d’autres pays…
 
Winter : C’est clair. D’ailleurs le metal extrême français a ouvert une succursale en Islande…
 
Raphaël : Oui, ils sont influencés par Deathspell Omega. Misþyrming, par exemple. Ils se passent pas mal de choses là-bas, musicalement parlant…
 
Winter : Merci d’avoir pris le temps de bavarder !
 
Raphaël : Merci à toi !



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