öOoOoOoOoOo

Entretien avec Baptiste Bertrand - le 12 janvier 2017

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Ptilouis

Une interview de




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Alors que öOoOoOoOoOo nous avait carrément tapé dans l’œil en 2016, il était hors de question de ne pas interroger l'un des deux membres du duo pour en savoir d'avantage sur le comment et le pourquoi de Samen, l'origine du groupe et pleins d'autres choses encore. C'est donc Baptiste Bertrand qui s'y est collé un soir de janvier. Deux heures et demi après et quelques pintes dans le gosier, l'interview était bouclée. Et que dire à part que Baptiste est un type passionnant, https://www.youtube.com/watch?v=UDYWqF_IK84mais aussi monstrueusement bavard ! Première partie d'une interview fleuve. Ici on parlera genèse, processus de composition, guests, batterie et amour !

Ptilouis : Bonjour Baptiste ! Peux-tu me présenter ton groupe ? öOoOoOoOoOo ça vient d’où ? Pourquoi ? Comment ? A toi de jouer !

Baptiste : Alors l’histoire de öOoOoOoOoOo. Ce sont deux personnes qui se rencontrent. Je connaissais Asphodel avant qu’elle ne me connaisse car j’étais fan de Pin-Up Went Down. Un jour via un ami commun, Aurélien Fouet-Barak, j’ai eu l’occasion de prendre des cours avec elle. Ça c’est fait via Facebook. Je lui ai dit : « Bonjour, je m’appelle Baptiste Bertrand. On a un ami commun et vu que t’es prof de chant, est-ce que je peux prendre des cours avec toi ? Parce que je chante, j’ai envie d’améliorer mon niveau et d’apprendre de nouvelles techniques ». Elle m’a répondu : « Pas de soucis » et on s’est rencardé car elle préparait une session de stages. Entre temps, on s’envoyait des messages. On déconnait. Je suis descendu à Lyon du coup et on a sympathisé dans la vraie vie. On a bien sûr fait des cours de chant, mais on est surtout devenu très bons potes.

On s’est recroisé ensuite car elle est venue coacher le chanteur de mon ancien groupe Human Vacuum (nda : Aurélien Fouet-Barak) et est venu faire un guest. C’était l’occasion de se voir dans des conditions autre que prof ou élève, ce qui n’avait pas vraiment été le cas avant quand je descendais à Lyon. Ça changeait du coup le rapport qu’on avait, même si le rapport prof-élève disparaît très vite avec elle. Par exemple, la première fois quand je l’ai rencontrée, les trois premières minutes j’avais un peu la merde au cul vu son niveau. Mais passé ces trois minutes, c’était cool, je voyais une pote. Du coup un jour, elle est venu me voir sur Facebook, oui parce qu’elle habite à Lyon, moi dans la région parisienne, c’est pas la porte à côté !

Ptilouis : Oui, j’allais dire qu’il y avait probablement plus pratique pour prendre des cours de chant.

Baptiste : Ouais, mais c’était quelqu’un dont j’aime le chant. Bon… j’aime bien le chant de Nicolas Sirkis, mais ce n’est pas pour autant que je vais prendre des cours de chant avec lui, parce qu’il chante comme une chaussette (rire). En fait, là il y a cet aspect maîtrise et un truc dans sa voix qui n’est pas seulement technique. Par exemple, Devin Townsend : techniquement c’est une brutasse, mais il fait passer énormément de choses avec sa voix.

Donc reprenons. Elle me dit qu'avec Pin-Up Went Down ça bat de l’aile, qu’elle ne s’y retrouvait plus vraiment, notamment sur la tournure qu’avait pris le deuxième album. Donc elle voulait monter un autre groupe à côté. Elle m’a écrit un pavé m’expliquant ses attentes, ce qu’elle voulait en disant en gros « J’ai envie de faire un nouveau projet barré. Je ne peux bosser qu’en duo. J’ai envie de bosser avec quelqu’un dont j’aime l’expression musicale et cette personne c’est toi. Maintenant, tu as dix secondes pour dire oui » . J’ai pris trois minutes pour dire oui et à partir de là, on avait l’idée de monter un projet ensemble. Du coup, je faisais un projet avec ma chanteuse metal préféré. Metal hein, par exemple j’adore Kate Bush, mais bon… Je me suis mis à composer dans mon coin d’une manière dont j’ai l’habitude de composer depuis le départ, y a quinze ans, en me disant « ça c’est moi qui l’ai composé et je l’entends ». Sauf que là, ce n’est pas moi qui fais tout tout seul et, comme dirait King Ju de Stupeflip, « Prends des petits bouts de trucs pour les assembler ensemble ». J’ai un cadre dédié même si le metal barré c’est super vaste. Mais là, c’est pour quelqu’un que je compose et c’est vachement motivant. Pour situer dans le temps, elle est venue me voir début octobre 2014 et elle a annoncé l’existence de öOoOoOoOoOo alors qu’aucun morceau n’était fini, aucune ligne de chant posée. En l’espace de deux mois, j’avais dix morceaux parce que c’était méga inspirant, parce qu’elle me faisait des feedbacks.

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Mais il nous manquait un nom. Du coup, on communique beaucoup par messages interposés en se posant la question. On a commencé à faire des propositions en se disant « Nan, faut pas que ce soit clichesque. Faut pas que ça sonne metal, ni que ce soit trop barré ou avec un nom à rallonge ». Genre tout plein de groupes avant-gardistes ou expérimentaux qui donnent tout de suite un peu le côté « Aha ! On est différents ! », par exemple Dead Squirrels Commando… Donc on cherchait un nom en un seul mot, et y en a un paquet qui peuvent être vachement bien. Par exemple, Meshuggah, Hacride, Estradasphere… Mais fallait pas non plus que ça sonne franchouillard, ni… Bref, à un moment donné comme on était en clavier interposé et comme j’ai une certaine expérience dans tout ce qui est ASCII art, je lui ai dit : « Eh vas-y on pourrait appeler ça öOoOoOoOoOo (nda : il prononce oooooo), ça fait une chenille ! Et avec les trémas sur le o minuscule du début ça fait les antennes ! », « Ah, mais c’est trop drôle ! Mais ça n’a pas d’antennes une chenille ! ». Bon, j’ai fait des recherches depuis et ça a des antennes ! Et donc voilà, la genèse du groupe où elle annonce qu’elle continue la musique avec Baptiste Bertrand, alors qu’on avait rien ou pas grand-chose encore derrière. C’était une énorme pression ! Même si aujourd’hui on a énormément de répondant via le Facebook etc., mais c’est quand même quelqu’un qui a derrière elle toute la fan-base de Pin-Up Went Down. Ce qui fait que très vite on a créé la page pour se marrer, tout en se disant que ça pourrait servir plus tard, et en fait le compteur augmentait et ça m’a mit la pression ! Je me retrouvé à passer après Alexis Damien, qui a quand même composé, joué et produit les deux premiers Pin-Up Went Down, avec quand même une participation de compo d’Asphodel, et un EP Du coup tu te dis « Est-ce que je vais tenir la comparaison ? » surtout que ce sont deux albums que j’adore et un EP très cool.

Ptilouis : Oui, "Escargot" par exemple est vraiment super !


Baptiste : Ah, mais ça c’est Asphodel ! C’est vraiment des trucs à elle ça ! Et ça lui a été inspiré par la sonnerie du métro lyonnais. Ça lui arrive - à moi aussi - d’entendre une note naturelle comme ça et de chanter par-dessus. Ça m’est arrivé récemment dans mon boulot avec des sons électroniques qui faisaient une nappe harmonique cool. Je l’ai enregistrée sur mon téléphone en me disant que ça pourrait toujours resservir. Sauf que j’ai une approche plus liée à la musique électronique, c’est comme ça que j’ai commencé, avec un ordinateur devant moi. Pour revenir au nom du groupe, le seul problème c’est sur Facebook où on est obligé d’écrire Chenille et pas öOoOoOoOoOo parce qu’il n’accepte pas les caractères spéciaux. Mais on a eu beaucoup de problèmes avec Facebook.

Ptilouis : Bon du coup passons au vif du sujet. Comment composes-tu ? Ou plutôt qui compose quoi ?

Baptiste : En gros les morceaux sur Samen, c’est moi qui suis à la maison dans mon petit home-studio. Je compose beaucoup de bases, même si ça dépend des périodes. Quand je compose, la voie que prend le morceau fait que je vais m’orienter vers une direction ou une autre et pas forcément pour un morceau de öOoOoOoOoOo d’ailleurs. Donc le tout premier morceau que j’ai composé pour öOoOoOoOoOo, donc pour Asphodel car je compose pour elle…

Ptilouis : Oui tu as toujours cette optique là.


Baptiste : Oui, j’ai envie que ça lui plaise. Non pas il faut, parce que si ça lui plait pas c’est pas grave, soit je jette le morceau à la poubelle, soit je l’utiliserai pour autre chose. Le tout premier morceau, c’est ce qui est devenu "No Guts = No Masters" et le tout premier truc c’est ce riff de violoncelle (nda : il chantonne l’air) parce que je voulais essayer une banque de son de violoncelle que j’avais dégotée. Je me dis « Tiens c’est pas mal ! » puis du coup j’ajoute une batterie et puis d’autres parties comme du violon. Bien sûr, tout en programmation. Pour le violon, je sais ce qui est ou ce qui n’est pas jouable car j’ai appris le violon à partir de six ans au conservatoire, même si j’ai arrêté puis repris depuis. C’est d’ailleurs le seul morceau où il y a du violon joué. Il y a d’autres parties de violons à d’autres endroits, mais comme c’est dans un ensemble de cordes, on n’allait pas se faire chier… Il faut savoir qu’on a fait énormément de choses dans le rush lors de l’enregistrement. Mais revenons à notre "Guts = No Masters", qui s’appelait violon_05 (rire). En fait, à un moment donné je me dis « Ok j’ai cette base qui tourne », je branche ma guitare, je rajoute un truc que j’ai en tête ou en jammant par-dessus la boucle que j’ai faite. Puis ça avance petit à petit, puis j’ai un embranchement. Mais ce n’est pas forcément moi qui choisis. Si j’ai la guitare dans les mains et que j’ai un truc instinctif qui vient, j’enregistre et je construis par-dessus. Puis, je me fais une réflexion pour composer avec la batterie le coup d’après et… Du coup aucun morceau n’a été composé sur le même schéma. Très souvent, c’est purement instinctif, mais parce que c’est la ligne directrice qui veut que ce ne soit pas du couplet-refrain, mais du barré, même si barré ça ne veut rien dire. Barré ça peut être le côté clownesque, et je déteste cette imagerie des clowns et du cirque dans le metal, mais ça peut être tout autre chose. Certains ont d’ailleurs ont dit que Samen était du circus metal et je ne suis pas d’accord.

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Ptilouis : Du coup tu ne composes pas vraiment en te basant sur un riff de guitare et hop tu crées le morceau.


Baptiste : C’est très rare que ça vienne d’un riff de guitare.

Ptilouis : Mais tu es guitariste à la base ?


Baptiste : Non, moi c’est le violon d’abord. La guitare c’est autre-chose. La guitare c’est ma femme en quelque sorte. Je suis en couple avec elle, mais ma maîtresse et qui est aussi mon grand amour de toute la vie, c’est le violon. J’adore les instruments à cordes en fait. Pour moi, le violon c’est le son de la mélodie, c’est-à-dire que je vais penser mes mélodies comme avec du violon.

Ptilouis : Ah c’est super intéressant ça !

Baptiste : En fait tu me files une partition, je vais savoir comment la jouer au violon. En revanche à la guitare… (nda : il gesticule) « Nan, mais t’as pas une tablature ? Ou alors passe le moi en boucle et je le trouve à l’oreille, ce sera plus rapide qu’avec la tablature… ». Donc oui, je suis guitariste et il y a des riffs qui viennent comme ça. Parfois, ils viennent sur le vif ou parfois je les ai travaillés chez moi. Tiens, par exemple "Chairleg Thesis", un morceau qui a été composé très vite en cinq heures, y a eu pas mal de récupération de riffs d’Human Vacuum entre autres que j’ai repris et réadaptés. C’est d’ailleurs un des seuls cas de recyclage de riffs car c’est souvent très spontané. Par exemple sur "Purple Tastes Like White", ça c’est un morceau qui est parti d’une requête d’Asphodel qui voulait un titre à la Florence & The Machine. Pour elle, je pense que c’est plus en rapport avec l’intention de chant qu’elle pourrait y mettre. Du coup, moi je cherche et la base harmonique de ce morceau c’est fondamentale-tierce, fondamentale-tierce tout du long. C’est juste un balancier entre les deux et instinctivement je me suis mis à taper les cordes avec le plat des doigts. Et à chaque fois des trucs instinctifs viennent. "Hemn Be Rho Ðie Samen" a vraiment été construit riff par riff. J’étais extrêmement vénère, y avait des trucs dans ma vie que je devais extérioriser musicalement, parce que je ne sais pas écrire des textes, mais en musique je sais ce que j’arrive à retranscrire. Avec le recul, j’arrive en plus à trouver des couleurs nouvelles, tout en gardant celles originales. Donc, j’avais beaucoup de pensées noires pour "Hemn" et je me souvenais de quelque chose que j’avais fait y a un paquet de temps où j’étais très inspiré par le groupe Céleste. Du coup, je voulais retrouver cette noirceur, parce que j’avais besoin de l’évacuer, ou du moins de la canaliser. J’ai programmé un blast, le truc le plus raffiné qui soit, et puis j’ai trouvé très vite. Mais j’ai de la chance d’avoir été éduqué dans la musique très tôt, que mes parents m’aient fait bouffer plein de musiques sans le savoir. J’ai aussi été en école de musique tout petit. J’étais entouré de musique et donc les choses me viennent très naturellement. Derrière y a quand même de l’écrémage et de la retape en se disant : « ça c’est téléphoné. Ça ce n’est pas très bon… ». Mais donc pour résumer, je n’ai pas composé la guitare, puis la basse, mais je vais plutôt sauter d’un instrument à l’autre. Et c’est dans cette optique que le côté metal barré me donne un cadre : j’ai le droit de composer absolument tout, mais dans le sens où j’ai le droit de composer d’un instrument avec lequel on est pas habitué comme le kazoo sur "No Guts = No Masters" ou des synthés que j’ai trifouillés. Par exemple, sur "Fumigène", le riff de guitare vient du synthé à la base, ce n’est pas que l’arrangement. Et c’est là où c’est extrêmement plaisant par rapport à un groupe où les gens composent en répètes, c’est que n’importe quoi, que ce soit un instrument ou un son, a une place aussi légitime qu’un instrument classique d’un groupe de rock. Le synthé peut être tout autant lead que la guitare, du coup c’est bordélique. D’ailleurs de temps en temps je me dis « Rien à foutre de la transition, on verra plus tard » et Asphodel trouve une transition parce qu’elle a apporté beaucoup de liant par son chant et ses idées, par exemple en  proposant un lead de guitare. Je ne lui donne absolument pas le morceau tout fait, car j’ai envie de lui donner un terrain où elle peut s’exprimer, un tableau où elle met les personnages et en même temps, si elle a envie de rajouter des décors des couleurs, des teintes ou des filtres elle a le droit et elle le fait. Mais ça c’était jusqu’à l’événement de novembre 2014 !

Ptilouis : Et il s’est passé quoi alors ?


Baptiste : En fait, j’avais ce côté composition tout seul jusqu’en novembre 2014. Avant, ça avait déjà un peu changé car une fois j’étais descendu quelques jours à Lyon et avec Asphodel on a essayé de faire du quatre mains. On était tous les deux chez elle, dans un environnement  où il n’y avait pas un bon système d’écoute, c’est-à-dire, seulement les petites enceintes pourries de mon ordinateur portable. C’était un peu galère, mais y avait des idées. Par exemple sur "I Hope You Sleep Well", l’espèce de break débile de guitare acoustique à l’intro (nda : il fredonne), ça c’est une idée qu’elle a eu sur le moment et qu’on a gardée. Ou alors sur "Bark City", les enregistrements de ronflements de chien sur l’intro, c’est son clébard, mais que j’ai passé en reverse. Et c’est aussi à ce moment que je lui ai dit : « Eh ! Chiche, tu écris un texte sur un chien qui rêve qu’il sauve le monde ! ». Et c’est de ça dont parle "Bark City" !

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Ptilouis : Ah d’ailleurs, j’adore vraiment ce morceau ! Particulièrement le twist, on a l’impression d’entrer dans un bar un peu pourri avec un groupe de jazz qui joue etc.

Baptiste : Ah, donc tu as l’ambiance  un peu nocturne avec les rues et tout ça avec le côté film noir des années 30 ?

Ptilouis : Exactement !

Baptiste : Bah merci beaucoup ! Et du coup, ça me fait arriver à novembre 2014 où Asphodel me dit « J’ai un pote qui a son studio d’enregistrement et qui nous propose de venir passer quelques jours si on veut pour pouvoir composer ».

Ptilouis : Donc le fameux Germain Aubert ?

Baptiste :
Oui, le fameux Germain Aubert qui, si Dieu existe, est une des meilleures personnes qu’il a créée. Une des personnes que je suis le plus heureux d’avoir rencontrée par ce qu’il m’a apporté, par ce que j’ai appris… Et en plus de ça, c’est quelqu’un qui sait se mettre au service des autres, tout en ouvrant sa gueule.

Ptilouis : Donc novembre 2014.


Baptiste : Oui, donc on se retrouve dans un chalet situé à Saint-Jeoire à sept-cents mètres d’altitude avec vue sur le Mont-Blanc. Tous les paysages du making-of sont dans ce coin-là. C’est donc le Black Bear Studio en Haute-Savoie. Du coup, on s’est retrouvé à être entre potes, ce qu’on avait jamais eu avant, avec une ambiance colo ou un truc comme ça. On dormait chacun à l’autre bout du salon sur des matelas, elle avait ramené Zombie, sa bulldog française. Tous les matins, on se réveillait, prenait le petit-dej, regardait des dessins-animés puis « Bon du coup on va bosser ».

Ptilouis : Ce qui explique le coup de l’aspirateur dans le making-of.


Baptiste : Oui, c’était après l’enregistrement. Mais ça montre un peu l’ambiance avec l’idée de filmer des trucs, ce que j’aime bien faire même si je ne suis pas pro du tout. Mais du coup, il est arrivé que je fasse des petites vidéos pour alimenter le compte Facebook parce qu’il y avait des gens qui demandaient « Il arrive quand l’album ? » et toi tu lui réponds « Bah quand il sera fini » et il réplique « Nan mais, parce qu’on attend ». Et c’est fatigant, du coup tu as envie de lui répondre « Écoute-moi bien petit malin, l’album je l’ai dans ma tête depuis bien plus longtemps et c’est beaucoup plus chiant pour nous qu’il ne sorte toujours pas ! ».

Photo_2_864h_300w Mais pour revenir à la question, ça nous a véritablement donné un second souffle et ça nous a confirmé que ça matchait entre nous. Hormis, "Meow, Meow Frrru" où toutes les parties musicales et vocales étaient intégralement composées, c’est-à-dire qu’il n’y a rien qui a changé entre la version démo qu’on a sortie histoire de dire « Voilà, ce qu’on fait » et celle du disque, il y a eu pas mal de changements. D’ailleurs, "Meow, Meow Frrru" n’était peut-être pas le meilleur morceau à présenter. Je veux dire, à l’époque c’était le bon morceau parce que ça montrait que c’était barré et ça tenait la route par rapport aux fans d’Asphodel qui étaient les gens qui aimaient la page Facebook… C’est atroce la façon dont Facebook est imbriqué dans l’histoire du groupe. Mais même si ça rassurait les gens qui avaient l’habitude de ce que peux faire Asphodel au chant, nous ça nous a un peu énervés le côté « Tu chantes comme dans Pin-Up Went Down » ou pire « ça ressemble à du Pin-Up Went Down ». Pour moi, ça me donnait un gros coup dans la gueule parce que pendant toute la période de composition, je n’ai rien écouté en metal barré, sauf California de Mr Bungle - parce qu’il faut que je l’écoute au moins une fois par mois. Mais sinon, je ne voulais pas être influencé par ça et surtout pas par Pin-Up Went Down. C’était un peu relou et du coup, de tout l’album, "Meow, Meow Frrru" est le morceau pour lequel je suis le moins content et ce à cause de pleins de trucs. Par exemple y a le côté « Eh y a du 8-bit ! Vous aimez Pryapisme ! Et puis c’est le même batteur ! ». Oui, mais à l’époque, je ne connaissais pas le groupe et du 8-bit j’en fais depuis quinze ans. Ce n’est pas une question de fautes, mais ça va m’obliger à me justifier. Et d’un autre côté, je ne vais pas en vouloir aux gens de chercher des influences et des références, parce qu’à une époque j’ai chroniqué sur un webzine (nda : ce webzine-là d’ailleurs) et c’est rassurant. Ça permet de s’y retrouver soi-même, de trouver des références, de pouvoir conseiller la personne en disant « ça se retrouve dans le giron de tel machin ou de tel truc… » ou même pour en parler à quelqu’un en lui disant « Eh, ça va peut-être te plaire ! ». Et de même quand on me fait écouter un truc je fais « Ah ouais, ça me rappelle ça ! ». C’est un tic qu’on a tous, mais quand tu es de l’autre côté tu réponds : « Quoi ? Je ne connais pas » ou simplement non. Mais pour finir, sur cette question interminable, ce tournant de novembre 2014 a apporté beaucoup de changements et un nouveau souffle (rire).


Ptilouis : Ok. Pour en revenir à la composition, qu’est-ce que ton expérience pour Human Vacuum t’a apporté pour öOoOoOoOoOo ?

Baptiste : Ah ! (nda : prends un peu de temps) C’est une très bonne question. Human Vacuum c’est un processus qui était complètement différent, disons classique, où tous les musiciens sont là et de manière récurrente on se retrouve, on joue de la musique ensemble. On compose, on a des idées, certains les ont préparées avant. Majoritairement, c’était moi et le chanteur, Aurélien Fouet-Barak, qui amenions des idées. Parfois, il y avait des riffs que je préparais à l’avance. J’adore jouer de la musique depuis tout petit donc chez moi je joue de la guitare, comme n’importe quel type qui a une guitare, qui la prend en colo pour jouer "Wonderwall" lors d’un feu de camps pour séduire Mauricette. Bon, moi je n’ai jamais fait de colo et je ne sais pas jouer "Wonderwall" parce que ça me fait chier. Mais de mon côté, l’enseignement classique que j’ai eu au violon, m’a donné des attitudes pour improviser, trouver des trucs et suivre le fils de mes idées. À ça, on peut ajouter ce que mes parents m’ont apporté, chacun différemment. Et du coup, Human Vacuum pour ça musicalement c’était à la fois le côté chez moi, j’ai trouvé un truc pas mal et je le propose en disant « Tiens j’ai ce plan là qui est sympa » ; ou alors, et c’est là où c’est super cool d’avoir un groupe vivant où tu composes in situ, c’est que ton morceau il s’arrête à tel endroit parce que le reste il faut l’écrire… Et, en répète, tu le joues depuis le début et là on se disait ensemble « On continue » et ça marchait instrumentalement parlant. Au niveau de la composition le chant n’était pas là, parce qu’Aurélien faisait office de chef d’orchestre. Ça marchait aussi parce qu’il y avait un batteur avec lequel c’était un bonheur de jouer. Avant Human Vacuum, j’étais dans un petit groupe en MJC où on faisait plus ou moins du death, du hardcore et j’avais rapporté des plans postcore et post-rock, mais y avait pas de répondant, là où dans Human Vacuum il y en avait. Donc, le groupe m’a apporté une certaine confiance dans le fait que j’étais capable de faire des riffs de guitares qui tiennent la route et dans un style très particulier. Human Vacuum avait un style très défouloir. C’était clairement du neo-metal, que ce soit dans la sonorité ou la composition. D’ailleurs, mon péché mignon c’est Limp Bizkit et je suis un énorme fan du jeu de guitare de Wes Borland. J’adore ses riffs, son approche du delay, de l’écho qui va rebondir et créer avec cet effet un jeu de questions-réponses. Human Vacuum m’a apporté ça, c’est-à-dire qu’en tant que guitariste j’ai fait mes armes et pris confiance en moi. Ça veut dire que tu me balances sur scène, si les morceaux ont été répétés à 95% du temps ça va tenir la route. Les cinq autres pourcents c’était au début parce que je stressais trop. Human Vacuum m’a appris à grandir, à être plus sûr de moi et à saisir ce qu’était vraiment un groupe.

Ptilouis : Et dans ta manière de composer, comment comptais-tu être différent de Pin-Up Went Down ?

Baptiste : Je crois sans me planter, et si jamais je me suis trompé je te demande pardon Asphodel, que l’idée c’était de faire quelque chose de différent de Pin-Up Went Down. Et honnêtement, je pense qu’on y est arrivé. Il y a certains aspects qui vont faire que c’est la même chanteuse, c’est normal, qu’il y ait des moments foufous… Mais ce qui change vraiment ce sont les couleurs. Ce qui nous différencie déjà de base, c’est que je ne m’appelle pas Alexis Damien et je ne compose pas de la même manière. Personnellement, je pense que je compose moins bien que lui parce qu’il a un niveau bien bien bien élevé. Il a fait des études pour. Moi j’ai juste fait une dizaine d’années de conservatoire seulement et je suis une quiche en solfège. Ce que j’ai pour moi, c’est une bonne oreille et une certaine affinité avec les instruments à corde. Le reste c’est très punk dans l’approche, même si quand tu écoutes l’album, tu te dis que ça n’a rien de punk. Et pour Asphodel, quand on a monté öOoOoOoOoOo, elle était encore dans Pin-Up Went Down. Du peu que je sache, ça n’avançait pas plus, mais ça existait toujours. Raison de plus pour ne pas faire un truc pareil. Elle attendait qu’au niveau de la composition ce soit personnel. Donc j’ai sorti de l’équation l’aspect Pin-Up et j’ai composé comme si je composais normalement, sauf qu’il y avait cette dimension « Je compose pour elle ». Et donc se poser la question « Est-ce qu’on voulait que ça ressemble à Pin-Up Went Down ? », c’est débile parce que je ne suis pas la même personne et je n’ai pas les mêmes schémas musicaux de pensées, les mêmes gimmicks de composition… Par exemple, j’adore la tierce. Donc au final le seul élément qui rapproche, c’est le style qui va voltiger d’un genre à l’autre, sauf que tu prends "Meow, Meow Frrru" où les gens disaient « Eh ça ressemble à Pin-Up Went Down ». Eh bien non, parce que c’est très cohérent dans le genre. Il n’y a pas de ruptures nettes au niveau du style musical, alors que dans Pin-Up tu avais vraiment ça. Tu démarrais sur un gros riff et ensuite ça part sur autre chose, puis un chœur gospel et la musique qui va avec.

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Ptilouis : Oui, enfin y a quand même des moments comme ça dans öOoOoOoOoOo.

Baptiste : Oui, mais c’est aussi la manière dont Asphodel se sent bien dans la période où on fait ce disque.

Ptilouis : Est-ce que c’est dans cette logique là que tu as ajouté du chiptune, ce qu’il n’y a pas dans Pin-Up Went Down, et des instruments classiques ?

Baptiste : Alors le chiptune, on écoutait tous les jours Pryapisme et les instruments classique c’est parce qu’on est tous les deux fans de metal symphonique à chanteuse ! Non, c’est complètement faux (rires). Le chiptune c’est un truc qui fait partie de mon bagage musical. J’en fais même à mon propre compte (nda : sous le nom de Zus).

Ptilouis : D’ailleurs, ça fait un petit moment que tu n’as rien sorti ?

Baptiste : J’ai un EP qui est masterisé et qui devait sortir chez Apathia Records et en fait ça ne s’est pas fait parce qu’il fallait un clip. Et le pote qui devait faire le clip m’a envoyé le scénario du clip la veille de mon retour à Paris, et le jour où je suis revenu c’était le 13 novembre 2015… Et du coup j’ai eu peur d’aller à Paris pendant un moment. Mais Zus ça continue (nda : d'ailleurs son dernier EP vient juste de sortir). D’ailleurs, j’ai un soundcloud où je balance plein de merdes.

Ptilouis : Bref, le chiptune ?


Baptiste : Donc le chiptune, c’est un genre que j’adore que ce soit au niveau des sonorités ou des aspects techniques. En fait, tu bosses avec des signaux qui sont très pauvres en harmoniques, avec des ondes carrées, triangulaires, en dent de scie et d’autres trucs chiadés… Mais, ce qui est cool, c’est que tu as énormément de place pour construire des arrangements et c’est plus facile d’écrire un truc qui va sonner aussi riche que du Devin Townsend en chiptune, qu’avec la même config que Devin Townsend. Parce que tu vas trouver plus facilement la place et l’espace entre les différentes notes pour placer les autres. Et puis y a le côté nostalgique que j’aime bien aussi, bon même si je n’ai jamais eu de Commodore 64 alors que j’adore les sonorités de cette bécane. J’ai grandi avec un 386 sur MS DOS et du coup très tôt j’ai apprécié ces sonorités. C’est notamment grâce à Déhà (nda : un paquet de groupes dont Sources of I, We All Die (laughing), Maladie) qui m’a énormément aidé là-dessus. Le type fait des chiptunes de malade ! Du coup, c’est un genre avec lequel j’ai beaucoup d’affinités, mais je compose essentiellement pour moi-même. Et pour finir, y a un côté nostalgique car les premiers morceaux où j’étais content de moi, c’était dans ce style-là, il y a 13-15 ans.

Ptilouis : Et du coup c’est pour ça qu’on en retrouve sur l’album.

Baptiste : Oui oui. D’ailleurs, scoop, nous n’étions pas encore partis en enregistrement encore. On avait eu l’idée pour le fun de faire une reprise d’un morceau de Devin Townsend dans un style plus shoegaze et instinctivement j’avais mis du 8-bit dessus.

Ptilouis : Et pour les instruments classique ? J’imagine qu’il y a des guests.

Baptiste : Il y a effectivement des guests. Tout d’abord, Raphaël Verguin, du groupe Psygnosis, au violoncelle. Je lui ai demandé d’en jouer sur l’album, il a dit oui et on s’est retrouvé chez moi à poser ses parties. C’est une crème de bosser avec lui. Tu lui fais écouter le morceau et il va bien improviser dessus avec la bonne note de départ. Il a la formation pour ça. En trois-quatre heures on avait tout enquillé. L’autre guest c’est un ami d’Aymeric (nda : Aymeric Thomas de Pryapisme), Adrien, qui est saxophoniste. Et en fait, j’avais demandé à Aymeric s’il ne connaissait pas un musicien de jazz. Il m’a dit oui. Je lui ai envoyé les parties. Le mec a joué dessus et en plus de ça a ajouté des petits arrangements à lui, des impros dans lesquels on a découpé, tout en gardant la partie lead principale. Et enfin, Germain Aubert, qui a enregistré et mixé l’album, qui nous aidé à faire des choix, à tailler dans des compositions qui étaient trop chargées. Il nous a aidés à éviter certaines erreurs. Et donc, il joue un solo de guitare que je trouve merveilleux sur "LVI" entre Jeff Beck et Mars Volta.

Ptilouis : Et sinon pour le reste des instruments classique ?

Baptiste : Ben en fait, je ne sais pas.  Je vais employer un terme avec beaucoup de pincettes. Quand je compose, je suis dans un genre d’autisme, mais ce n’est pas le bon mot.

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Ptilouis : Dans ta bulle ?

Baptiste : Ouais c’est ça. Et ça revient au côté naturel où j’aime bien expérimenter. Et comme je le disais, je ne vais pas forcément composer en termes de mélodies, car ce que je compose harmoniquement c’est souvent assez bas du front, avec peu de modulations, avec toujours les mêmes accords. Ce qui change c’est plutôt en termes d’arrangements, car je pense en termes d’arrangements. J’ai appris à composer avec des outils informatiques et du coup je peux prendre n’importe quel son pour peu que je l’aie sous la main. Mais il n’y a pas cet aspect : « Là, il faut un violoncelle ou tel synthé ». Il y a toujours cette part d’instinctif, d’aléatoire ou parfois du pur réflexe en me disant : « Je vais lancer ce synthé que je connais bien ou cette bande de percussions ». Par exemple, je me suis beaucoup amusé niveau percussions. En m’inspirant, j’avais l’image mentale d’Ephel Duath, même si je me forçais à ne pas en écouter. Alors pour ceux qui ne connaissent pas, c’est [ndlr : c'était] un groupe de black postcore avant-gardiste avec un percussionniste de cinquante ans qui joue du bongo etc. Et c’est un peu ça, quand je compose j’ai énormément d’images mentales dans la tête, c’est-à-dire que à la fin de Human Vacuum, je composais pour la personne. Donc dans ce cas-là, c’était  le batteur d’ Human Vacuum parce que c’était lui l’assise des zicos, hormis le chanteur, mais comme il n’y avait pas le chant, je ne pouvais pas l’imaginer dans la boucle. J’avais l’image mentale de lui en train de jouer le morceau, en me figurant la salle de répète et tout. Et c’est pareil pour öOoOoOoOoOo au niveau de la compo où j’ai simplifié certains trucs, parce que je me disais : « Il faut qu’il y ait des concerts, Asphodel veut qu’il y en ait ». Elle était frustrée parce qu’il n’y en a pas eu avec Pin-Up Went Down. Du coup, je me disais « Cette partie-là elle va être simple parce qu’il faudra faire les backings tout en la jouant ». Et aussi, je me faisais des images mentales de décors, de gens et c’est comme ça que je fonctionne. Enfin, si ça se trouve c’est une surcouche de branlette intellectuelle et je pourrais très bien faire la même chose sans y penser. (rire).

Ptilouis : Donc on a parlé des guests, mais pas de l’ultra-guest, Aymeric de Pryapisme ! Du coup deux questions : comment est-il venu ? Et une autre, avant que lui n'arrive, souvent quand on compose une batterie, on se dit que ce n’est pas forcément réalisable, comment ça s’est fait avec lui.

Baptiste : Pour la première partie de la question, ça s’est fait par le biais de Jehan d’Apathia Records. A l’époque, on n’était pas signé chez Apathia.

Ptilouis : D’ailleurs, comment s’est fait la signature ?

Baptiste : Il nous voulait et on s’est dit à un moment qu’on avait envie de sortir l’album, et que « Jehan est un garçon adorable. On a confiance en lui alors allons-y ! ». Pour Apathia, c’est un label qui a des choix avec lesquels je me sens assez raccord. Disons que c’est le label avant-gardiste en France. Ils ont le culot de sortir des trucs comme Pryapisme et ça marche, aussi parce que la musique de Pryapisme fait que ça marche. Eux aussi sont culottés de faire ce qu’ils font. Ils arrivent à trouver un public et c’est vraiment cool.

Ptilouis : En même temps je pense que ça aurait moins fonctionné, si Jehan n’avait pas fait le clip de "Un druide est giboyeux quand il se prend pour un neutrino" pour eux.

Baptiste : Mais c’est ça ! Apathia, c’est un label qui s’implique, qui grossit, qui signe des artistes internationaux comme Amiensus. Et du coup, c’est cool d’être chez eux. Apparemment, Jehan était très intéressé par öOoOoOoOoOo alors qu’il n’avait pas entendu l’album. On lui a envoyé quelques morceaux comme ça de temps en temps, histoire de le tenir au courant. On savait qu’il y avait quelqu’un qui aimait notre musique au point de vouloir l’intégrer dans sa structure et la diffuser. Et à un moment donné on s’est dit « Allez, vas-y ! ». On l’a contacté via Facebook en lui disant « Quand-est-ce qu’on signe les contrats pour öOoOoOoOoOo ? Enfin d’abord on t’envoie l’album et tu nous diras ». Je me suis déplacé à Lyon pour signer le contrat avec Asphodel. À la base, on était allés le voir pour discuter sur ce que eux avaient à nous proposer et en fait, on a proposé de signer le contrat. Lui ne s’y attendait pas ! Il avait rien préparé et du coup on s’est fait une bonne pause clope, un bro fist avec Asphodel. On s’est éclaté la main tellement on était heureux et quand on est revenu le contrat était imprimé. Voilà, c’est ça signer avec un label. Et du coup, il a fait un sacré taf. Il était capable de diffuser Samen, apporter un plus. Je suis super ravi et je tombe toujours des nues quand je pense que ce qui devait être cinq-cents exemplaires est devenu mille exemplaires actuellement (nda : on est en janvier) parce qu’ils ont été assez vite en rupture de stock. Samen est sorti le 21 octobre, on est à trois mois et demi, là !

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Ptilouis : Et donc Aymeric ?


Baptiste : Pour Aymeric, j’avais envoyé un bout de morceau à Jehan avant que l’on signe et il m’avait posé la question : « Vous avez un batteur ou ce sera programmé ? ». Je lui ai répondu « J’aimerais. J’aimerais vraiment » ; « Je pourrais te rencarder avec Aymeric de Pryapisme » ; « Why not !» Et donc je rentre en contact avec Aymeric au niveau de la compo qui me dit : « Ah bah ouais, j’ai bien envie ! » Je lui réponds que je le tiens au courant et il a poireauté, le pauvre, avec les mails et les trucs de la vie qui font que ça peut prendre du temps. Surtout avec des gens à distance qui ne communiquent que par mails. Au final, Aymeric a joué sur l’album, à la partition parce que c’est comme ça qu’on voulait.

Ptilouis : Il a adapté quelques trucs ?

Baptiste : Il a adapté quelques blasts pour qu’ils soient plus facile niveau endurance. Sinon le reste c’est stricto senso à la partition. Et c’est ce que tu me disais au niveau de la composition de la batterie, mais ça c’est une question que j’ai comprise très tôt, parce que j’ai été à bonne école.

Ptilouis : Avec Human Vacuum ?


Baptiste : Avant Human Vacuum. C’est une base toute conne que j’ai eu très tôt, c’est-à-dire qu’un batteur ça a deux pieds et deux bras. Donc tu ne peux pas jouer de la double et faire des variations au charley ou alors t’es un tueur technique qui fait de la double avec un seul pied. Ça existe, mais faut pas rêver. Donc, c’est un aspect sur lequel j’ai essayé d’apporter le plus de soin possible. Peut-être au point où, des retours que j’ai eu des gens qui jouent de la batterie, Samen c’est un album qui plaît beaucoup au batteur. Mais je ne suis pas batteur ! En revanche, je sais composer un truc qui est jouable. Et ça c’est un des aspects où quand je compose c’est toujours du domaine du rationnel, c’est la cohérence au niveau de la batterie pour qu’elle soit humainement faisable. Du coup, j’ai envoyé les parties à Aymeric en lui disant « Garde le plus possible au niveau de la partition » tout en précisant qu’à tel ou tel endroit il pouvait un peu changer. Ensuite lui a joué et il a tout enregistré en cinq jours, je crois. Il s’est enregistré lui-même. Après, on l’aurait eu avant, il aurait eu plus de temps de préparation… On aurait fait un meilleur son de batterie. Parce qu’en fait, la batterie a été enregistrée après les guitares, la basse et le chant. Du coup c’est vraiment du bric et du broc total et l’album aurait sûrement mieux sonné. Mais voilà, c’est comme ça. Aymeric a vraiment fait un travail de ouf car en plus il a déchiffré les partitions à l’oreille ! C’est vraiment un excellent batteur et c’est le compositeur principal de Pryapisme ! Si j’avais un utérus, j’aimerais passer une nuit folle avec lui et porter au moins un de ses enfants ! (rires)

Pour en savoir plus sur la track-list, les anecdotes croustillantes des différents morceaux, la préparation de futurs et pleins d'autres choses, il vous faudra lire la suite de notre entretien en juin !


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