The Prisoner

Entretien avec Joris Bernard - le 30 janvier 2017

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TheDecline01

Une interview de




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C'est un Joris frais et dispo, tout du moins disposé à répondre que nous avons à faire. Fraîchement auréolé d'un album sanctifié par la critique (en tout cas, au moins sur ces terres éternelles), c'était évidemment une occasion à saisir en plein vol afin d'en savoir un peu plus sur lui-même, sur son groupe, et sur ce qui tourne autour du groupe. Plongé dans l'univers de The Prisoner.

TheDecline01 : Les samples inquiétants à la film d’épouvante (ou Scoubidou) dans "Emptied", qu’y a-t-il derrière ? Ça sonne presque ridicule, sauf que ça s’intègre parfaitement dans la composition, comment est venue une telle idée ?

Joris : Ah ah, je n’avais pas pensé à Scoubidou en le composant, maintenant je vais y penser à chaque fois que je l’entendrai, tu m’as gâché la chanson, merci (NDTheDecline01 : oups). C’est une voix de diva, j’essayais différents trucs et c’est ce qui marchait le mieux pour ce passage, c’est bien angoissant.

TheDecline01 : Les titres poussent encore plus sur la longueur pour certains, simple hasard dicté par l’inspiration ou volonté consciente ?

Joris : Je ne fais jamais attention à la durée des chansons, c’est vraiment un pur hasard. Qu’une chanson fasse 1 minute ou 15 m’indiffère si elle fonctionne comme ça.

TheDecline01 : À l’époque fin 2012 de la sortie de The Silence, and Nothing… tu parlais déjà du nouvel album comme s’il était déjà bien avancé en terme de composition, que s’est-il passé durant ces quatre années ? Galères classiques de groupe ?

Joris : Ouais, éternelles galères de groupe. Le batteur de l’époque n’habitait pas en France, c’était déjà une belle grosse galère. Je suis parti à Beyrouth un peu moins d’un mois pour qu’on puisse travailler dessus à fond. On répétait tous les jours, on a enregistré la drum [sic] là bas dans la foulée. Ensuite il a fallu trouver un nouveau chanteur, ce qui a prit du temps.

TheDecline01 : Tu as donc un peu voyagé pour l’enregistrement de l’album, au vu du lieu et de la situation actuelle dans la région, tires-tu de cette expérience des idées pour la musique (ou ton existence…) ou était-ce purement organisationnel ?

Joris : Les prises batterie se sont faites au « début » de la guerre en Syrie, c’était à quelques centaines de kilomètres seulement, mais je t’avoue que je n’en ai rien tiré du tout et ça n’influencera pas la musique, c’était clairement le hasard, il était plus simple pour nous d’opérer comme ça. On faisait complètement abstraction des bombardements, on se concentrait essentiellement sur les BLASTS !

TheDecline01 : Comme ce que tu avais annoncé après le précédent album, ce nouvel opus semble plus « perché » en osant aller dans plus d’endroits à la fois, tout en sonnant plus extrême par ailleurs : faut-il y voir un fil conducteur dans l’évolution de The Prisoner ?

Joris : Oui, la musique a évolué en devenant plus riche, mon écoute de la musique évolue et a donc un impact sur ce que je compose. Il en sera de même pour le prochain : toujours plus extrême dans chaque aspect.

TheDecline01 : Toujours plus riche, toujours plus extrême… Tu as déjà des idées dans ta tête pour le prochain album ?

Joris : Yes, j’ai commencé à travailler quelques idées. Je suis actuellement en train de monter un clip pour la chanson "Life Of The Mind", ça me prend pas mal de temps mais dès que j’en ai fini je me remets à la composition, il n’y aura pas autant de temps d’écart entre Life Of The Mind et son successeur cette fois-ci.

TheDecline01 : À devenir plus tout, n’as-tu pas peur de devenir fouillis ? De nombreux groupes se sont un peu fourvoyés dans cette voie dans le passé…

Joris : Si c’est fait intelligemment, avec le recul nécessaire, ça ne peut être que bénéfique d’enrichir sa musique et de la pousser toujours plus loin. Je n’ai pas peur, au contraire je suis impatient de voir ce que ça peut donner.

TheDecline01 : Les textes sont en anglais, or tu disais avoir écrit une nouvelle qui devait leur servir de base. Cette nouvelle était-elle en français ? Quelle est l’importance de la langue des textes pour The Prisoner ? Est-il envisageable de voir le français un jour ?

Joris : Les textes du premier album étaient tirés d’une nouvelle écrite en français. L’histoire du second album est simplement la suite. Les textes ont été directement écrits en anglais cette fois-ci. Je ne pense pas qu’on switche [sic] sur le français car il est très difficile d’écrire en français sans que cela ne sonne ridicule et je ne suis pas un songwriter.

TheDecline01 : L’album sonne bien plus agressif que The Silence, and Nothing… Les guitares sont plus stridentes et en avant, la grosse caisse moins proéminente au bénéfice des cymbales, pourquoi ?

Joris : Mon écoute évolue ainsi que mes skills [sic] de mixeur ! Je ne voulais pas avoir le même son que le premier, je le voulais plus massif. J’aime le son de The Silence, And Nothing… mais depuis j’ai amélioré mes prises de sons et mes mixages. Pour ce qui est de la grosse caisse, sur le premier album elle était triggée, pour Life Of The Mind tout est naturel, plus authentique, les cymbales s’insèrent mieux dans le mix car la prise était meilleure, j’avais pas mal de matos à disposition donc j’ai vraiment pu me faire plaisir.

TheDecline01 : La bio parle de Emperor et Gorguts, si je te parle de Infestus et Morbid Angel cela te paraît-il pertinent ?

Joris : J’ai beaucoup moins écouté Morbid Angel qu’Emperor ou Gorguts, j’aime bien mais je ne pense pas que ce groupe m’ait beaucoup influencé. Infestus je ne connais pas, je suis en train de checker et ça m’a l’air pas mal du tout ! (NDTheDecline01 : petite fierté personnelle)

TheDecline01 : Le line-up du groupe est-il stabilisé cette fois ? Avez-vous beaucoup tourné ? Quels retours avez-vous eu des concerts de la part des fans, et vous en tant que groupe qu’en avez-vous retiré ?

Joris : Ah j’aimerais bien qu’il soit stabilisé, mais après toutes ces années, j’ai appris à toujours m’attendre au pire ah ah ! On a une bonne team là, j’espère que ça va durer. On n’a fait que deux concerts, ils se sont super bien passés, on a eu d’excellents retours, la musique de The Prisoner marche assez bien en live. On était assez content après toutes ces années de pouvoir enfin jouer en live, c’est vraiment un aboutissement. Le prochain concert sera le samedi 18 mars au Cirque Électrique à Paris avec Cowards et Lord Humungus. Je conseille aux Parisiens et banlieusards de se ramener, ça va être cool.
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TheDecline01 : Qu’est-ce qui te motive le plus, composer des albums ou donner des concerts ?

Joris : Ce sont vraiment deux trips différents et complémentaires, les deux me motivent autant. Quand on écoute ton album c’est un partage plutôt cérébral, en live le partage est plus physique et palpable. Un mec qui me dit qu’il a kiffé l’album me fait autant plaisir qu’un mec qui me dit qu’il a kiffé le concert.

TheDecline01 : Le line-up étant changeant, les autres membres du groupe apportent-ils des idées ou se contentent-ils d’arranger leurs différentes parties ?

Joris : Je compose le principal de mon côté et on arrange ensemble, ils apportent un autre regard et des idées qui enrichissent le tout.

TheDecline01 : Dans quel mode de fonctionnement te sentirais-tu le plus à l’aise s’il n’y avait aucune problématique de moyens : seul à tout faire ou en collectif ?

Joris : Je préfèrerais assurément avoir un line-up beaucoup plus dispo et stable, ça permettrait un travail de fond plus important, d’avoir une meilleure cohésion de groupe et d’avancer beaucoup plus vite. On n’a pas toujours ce qu’on veut !

TheDecline01 : En parlant de moyen, comme ceux de The Prisoner évoluent, cela doit t’ouvrir de nouvelles possibilités musicales : y’a-t-il encore des choses dont tu rêves mais que tu ne peux intégrer pour une quelconque raison ? Et si oui, quoi évidemment ?

Joris : Oui, dans l’absolu un mec aux claviers pour le live serait cool. J’arrive à me démerder pour jouer quelques passages de synthé avec un pédalier midi en même temps que mes parties guitare mais il y a pas mal de passages que je ne peux pas jouer et je trouve ça dommage, ils apporteraient vraiment quelque chose. Un gars qui s’occupe de la vidéo projection aussi serait une bonne chose, dès que j’ai fini le clip je me mets à bosser sur cette partie-là.

TheDecline01 : Du coup, avec l’évolution de The Prisoner, comment vois-tu l’avenir du groupe ?

Joris : Des albums de plus en plus travaillés, de plus en plus riches et des shows light/vidéo bien ficelés.

TheDecline01 : Pour toi, qu’apporte l’évolution des supports et des moyens de communication ou d’enregistrement ? Penses-tu qu’il est plus ou moins aisé en 2017 de faire un album et le distribuer que dans le passé, par rapport à tes anciennes expériences ?

Joris : Il est beaucoup plus simple et abordable de s’enregistrer soi-même maintenant. Il est possible de s’offrir du matériel très correct à des prix très intéressants. Côté distribution je t’avoue que cet aspect est un peu ésotérique pour moi, mais je pense qu’on se dirige de plus en plus vers un mode de fonctionnement qui rendra obsolètes les labels. Avec l’évolution des réseaux sociaux il est plus simple de vendre sa musique directement au public.

TheDecline01 : Te vois-tu vivre de ta musique ? Que ferais-tu si ton art te permettait de t’affranchir d’un travail alimentaire (peut-être as-tu déjà un travail alimentaire, remarque) ?

Joris : Je ne me vois pas vivre grâce au metal non ! Si je pouvais en vivre j’en ferais encore plus et j’irais bien plus loin dans mes idées.

TheDecline01 : As-tu eu des échos de l’étranger ? The Prisoner perce-t-il sur la scène metal internationale ?

Joris : On a de très bonnes critiques étrangères mais on ne peut pas dire qu’on perce non, la musique plaît beaucoup mais pour l’instant rien de grand ne se profile.


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