Hail Spirit Noir

Entretien avec Theo - le 23 octobre 2016

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Winter

Une interview de




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Troisième album, troisième interview. Certaines habitudes ont du bon, surtout quand il s'agit d'un groupe aussi intrigant que Hail Spirit Noir. Grâce à cette merveille technologique qu'est Skype, et malgré un son extraordinairement merdique..., j'ai pu contacter le sympathique et toujours très prolixe Theo qui nous donne quelques éclaircissements sur la genèse de leur nouvelle merveille, Mayhem In Blue.

Winter : Salut Theo, merci de me consacrer un moment. Comme préambule, je dois dire que je n’étais pas certain que vous seriez capable de faire mieux que vos précédents albums, et pourtant c’est le cas. Félicitations ! 
 
Theo : Merci ! Ça fait plaisir. Je me rappelle de nos précédentes interviews et je sais que tu es fan de Hail Spirit Noir. Même si l'on ne fait pas trop attention à ça quand on crée l’album, une fois que le travail est terminé, c’est agréable de savoir que les fans pensent que nous nous sommes améliorés. C’est également notre avis ! Donc si tu penses vraiment ce que tu as dit, c’est cool. 
 
Winter : Oui, je le pense. Si l’album avait été pourri, je ne te l’aurais pas dit de manière aussi directe. Disons que je n’aurais rien dit…  
 
Theo : En tant que fan, tu aurais tout à fait le droit de dire que c’est de la merde. Ça n’est pas agréable à entendre, mais si tu n’aimes pas, tu n’aimes pas… 

 
Winter : Ça arrivera peut-être dans le futur… 
 
Theo : J’espère bien que non (rires)
 
Winter : Disons que je ne suis pas certain que vous puissiez maintenir cette qualité pendant toute votre carrière…Parce que là, c’est fort. On sent que vous contrôlez votre création à 100%. Et ce côté ambient…

Theo : Oui, c’est une œuvre assez atmosphérique, même si en même temps on y trouve des titres catchy comme "I Mean You Harm". L’album possède une certaine aura. Quand on l’écoute, on a la sensation que quelque chose va se produire, que tu vas te faire attaquer de manière imminente. C’est en tout cas ce que moi je ressens quand je l’écoute. Il s’agit d’un album moins schizophrénique que Oi Magoi – NdW  prononcez « I Maji », SVP -, moins dispersé. 

 Winter : Oui, l’album exploite surtout un aspect de votre musique…

Theo : Pas vraiment. Je dirais plutôt qu’on a rationalisé notre approche des différents aspects qui sont quand même tous évoqués sur l’album. On a toujours ce son assez unique.

Winter : En parlant de votre son, il est vrai que vous n’avez pas beaucoup de « followers ». Peu de groupes sonnent comme HSN. Simplement, je trouve que maintenant c’est vous qui sonnez un peu comme Oranssi Pazuzu. Tu connais ce groupe ?


Theo : Oui, je les connais. Je suis en permanence à la recherche de nouvelle musique, donc je suis très au fait des groupes existants. C’est vraiment un bon groupe. Tu trouves que nous sonnons pareil ? Nous avons un certain nombre d’influences communes, mais ils les utilisent d’une manière différente.

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Winter : Sur un titre comme "Mayhem In Blue", je trouve que vous vous ressemblez, oui. D’une manière générale, HSN est plus sérieux et plus menaçant qu’avant. Pneuma et Oi Magoi avaient un côté amusant… Bon, je ne sais pas si « amusant » est le bon mot…

Theo : Ironique. Satyrique, non ?

Winter : Oui, exact. Mais maintenant, vous rigolez moins. Mayhem In Blue est plus effrayant. 

Theo : Eh bien, c’était notre intention, d’une certaine manière. Bien sûr, il y aura toujours une partie de jeu dans notre musique. Je ne sais pas si tu as lu les paroles de la plupart des titres. Si c’est le cas, tu as dû te demander ce qu’elles signifient… Des mots comme « In Love »… qu’est-ce qu’ils fichent sur un album de black metal ? On utilise donc toujours pour certaines chansons des expressions dont le sens est ironique, mais, comme tu l’as souligné, l’album est plus effrayant, nous sommes plus menaçants. Comme je disais avant, Mayhem In Blue donne constamment la sensation que quelque chose de sauvage est sur le point de se produire. Pour créer cette sensation, c’est l’environnement de tous les jours qui nous inspire : pas seulement l'environnement musical, celui du travail, de la vie en général. Vie qui n’est pas particulièrement facile en Grèce... et partout dans le monde, des pans entiers de ce qui a été construit sont en train de tomber. Tout cela influence notre jugement, notre psyché et tout ce que nous produisons, consciemment ou non. Ce que nous essayons de faire, c’est d’exprimer ce que nous ressentons intérieurement, d’une manière personnelle et honnête – c’est très important d’être honnête ! On a mis notre âme dans ce qu’on a fait, on en est fier et on espère que cela va plaire, mais si ça n’est pas le cas, on ne peut rien y faire… Mais pour en revenir à ta question, on peut dire qu’il y a encore une part de jeu dans cet album, moins que dans les précédents, mais elle est là. On a toujours envie de se moquer de certaines choses, on a toujours envie de critiquer certaines choses. Le jeu est là, nous n’avons pas tant changé que ça, malgré tout. 
 
Winter : Si l'on parlait un peu de la couverture de l’album ? Elle est très différente des deux autres. Quel a été le processus créatif pour y aboutir ? Cette espèce de mix entre une esthétique de film américain des 60s et de film d’horreurs… 
 
Theo : Cette pochette a été créée par Olia Pishchanska. Elle a fait un travail incroyable. Dès que nous avons vu l’artwork, nous nous sommes dits : « C’est la couverture pour notre prochain album ! ». C’est le design parfait pour MIB. Il représente tout ce que contient l’album. Il y a bien sûr les vautours noirs qui surgissent de la mer, c’est la connexion la plus évidente… 
 
Winter : Avec "The Cannibal Tribe Came from the Sea"…  
 
Theo : Oui voilà, mais tous les détails de la couverture trouvent leur écho sur une des chansons de MIB. Si ça t’amuse, tu peux jouer à un petit jeu : lis les paroles et cherche la partie de la couverture en rapport avec elles (rires) !  Ce que nous aimons beaucoup de cette pochette, c’est qu’elle évite les clichés. La mer est calme, il y a plein de lumière, et pourtant… tu ne te sens pas très à l’aise quand tu la vois. Non, c’est vraiment du super boulot, elle illustre si bien le titre de l'album... 
 
Winter : A propos du titre, je suppose que c’est un clin d’œil à Rhapsody in Blue de Gershwin… 
 
Theo : Haha, tu n’es pas le premier à faire le rapprochement, mais en fait, ça n’a pas été un choix conscient. C’était du domaine de l’inconscient. C’est Haris qui a trouvé le titre. Je lui ai dit que c’était parfait, mais cinq minutes plus tard il m’a rappelé pour me dire qu’il y avait un lien évident avec Rhapsody in Blue… De toute façon, nous n’avons pas de problème avec cette sorte de « tribute »… 
 
Winter : Plus de deux ans se sont écoulés depuis Oi Magoi. Que s’est-il passé durant cette période ? 
 
Theo : Plein de choses. Si tu te rappelles de notre précédente interview au moment de la sortie de Oi Magoi, je te disais que nous étions à la recherche de musiciens pour pouvoir jouer en live. Malheureusement à l'époque nous n’avions pas pu aller jusqu’au bout de l’idée pour différentes raisons. Nous avons également fait la promo d’Oi Magoi, notamment via un coffret en édition limitée dont nous sommes fiers. La composition nous a aussi pris plus de temps que prévu. Nous voulions une musique moins « dispersée », nous voulions utiliser différents effets et aussi éviter de nous répéter. Le fait que nous n’habitons pas à côté l’un de l’autre a aussi compliqué les choses, mais ce qui nous a pris le plus de temps c’est de pouvoir enfin former un groupe et jouer en live. Nous avons repris la recherche de musiciens et c'est chose faite, nous allons pouvoir jouer en concert, ça fait si longtemps que nous attendons ce moment ! Comme tu as pu t’en rendre compte, MIB n’est pas forcément évident à jouer. Nous avons dû donc beaucoup répéter, afin d’acquérir de la spontanéité dans notre jeu live, d’autant plus qu’il n’y aura pas de pré-enregistrements dans nos shows. Ce sera du « full live ». 
 
 Winter : Vous n’avez pas encore commencé à jouer en concert… 
 
Theo : Non. Nous commençons vendredi et samedi prochains – NdW : 28-29 octobre , nous allons jouer en ouverture de Virus, ce seront nos deux premiers shows, nous sommes donc assez nerveux ! Nous avons reçu énormément de propositions de gigs et nous les avons toutes déclinées. Les gars doivent vraiment penser que nous sommes des trous du cul, mais c’est juste que nous n’étions pas encore prêts, nous voulions être à 100% pour nos débuts ! 
 
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 Winter : J’espère qu’il y aura des vidéos des concerts…. 
 
Theo : Je l’espère encore plus que toi (rires) ! Nous voulons voir notre performance et l’analyser pour savoir ce qu’il nous faut travailler, voir la réaction du public aux différentes chansons... C’est comme ça qu’on pourra progresser vers de meilleurs et plus longs shows. Si je pouvais faire en sorte que ça soit toi qui joues et que je puisse t’analyser, ça serait parfait (rires)
 
Winter : Ouh je ne te le conseille pas (rires) ! Sinon, lors de notre dernière interview, tu m’avais laissé entendre que vous travailliez sur une chanson intitulée "Manos Hadjidakis Ist Krieg"  - NdW : M. Hadjidakis est la grosse influence déclarée de HSN. Je ne la trouve pas sur Mayhem In Blue… 
 
Theo: (assez gêné) Je ne sais pas de quoi tu parles… Qui est Manos Hadjidakis (rires) ? Qui est-ce type ? Hélas, cette chanson n’existe pas encore… 
 
Winter : Bon, changeons de sujet (rires) ! Passons au son de la batterie du nouvel album. Il est différent, plus puissant que sur les autres albums. Les blast-beats sonnent comme des blast-beats « modernes ». C’est une décision consciente je suppose ? A album plus dense, batterie plus dense ? 
 
Theo : Oui. Pour cet album, nous avions besoin d’avoir un son un peu plus moderne et plus agressif, moins « relax » que pour les albums précédents, et le son obtenu convient parfaitement à l’album. C’est vraiment dû au travail de Douvras, notre producteur, qui a mixé l’album. Il a pris beaucoup de temps pour explorer différentes options, différents mix des parties de la batterie, de la basse, etc. Il nous a envoyé des dizaines et des dizaines de fichiers avec chaque fois une amélioration par rapport au précédent. Et une fois que nous avons obtenu le mix idéal, nous avons décidé d’aborder la masterisation de l’album avec une approche différente de celle employée pour les précédents albums, et c’est là qu’Alan Douches entre en jeu. Connais-tu les albums de Chelsea Wolfe ? – NdW : Alan Douches a masterisé Abyss, le dernier album de la chanteuse   Sa musique est totalement différente de la nôtre, mais cette manière qu’il avait de masteriser, de produire un son « rampant », qui se glisse en toi… nous avons pensé que ça collerait parfaitement avec MIB et nous avions raison, il a fait un boulot magnifique. 
 

Winter : Pourquoi avez-vous changé de label ? Pourquoi Dark Essence ? 
 
Theo : D’abord, je dois dire que nous serons toujours reconnaissant à Code666 et Aural Music, qui nous ont fait confiance à une époque ou personne d’autre ne l’aurait fait : nous avons toujours su que nous avions quelque chose de spécial, mais nous avons souvent pensé que c’était quelque chose de spécialement repoussant ! (rires) Notre musique provoque des réactions très extrêmes, c’est vraiment de l’ordre du « Love it or hate it. » Toi tu adores, d’autres vont trouver que c’est de la merde, et c’est très bien comme ça. Donc nous sommes reconnaissants à Code666 mais nous avions besoin de progresser. Nous connaissions des gens et des groupes chez Dark Essence, comme Taake, Virus ou Vulture Industries, par le passé, ou encore Madder Mortem dont le prochain album va sortir chez eux. Nous aimons leur manière de travailler : les conditions de notre contrat sont bonnes et elles nous donnent l’opportunité de jouer en live, notamment en Grèce, ce qui pour nous est très important. Nous avons pensé que c’était maintenant ou jamais, qu’il s’agissait de l’occasion de faire en sorte que le groupe existe vraiment. Nous avons un travail à côté du groupe, mais la formule de mini tournée d’une dizaine de dates que nous propose Dark Essence nous convient et nous permet de progresser dans la bonne direction. Ce changement de label a été aussi un des facteurs qui a retardé la sortie de l’album. Trouver un label n’est pas si facile, tu dois savoir à qui tu as à faire, et tu dois également savoir ce que toi tu veux et ce dont tu as besoin. 
 
Winter : J’ai interviewé récemment Tamás, l’homme derrière Thy Catafalque. Il me disait qu’il pensait avoir atteint son pic de créativité avec son dernier album (Meta) et qu’il devrait certainement changer un peu de direction musicale s’il ne voulait pas stagner. Penses-tu que HSN va devoir aussi se réinventer un peu ? 
 
Theo : Je ne peux pas te répondre pour l’instant. On vient de finir cet album, on va se produire sur scène, c’est une situation nouvelle pour nous, très excitante… 
 
Winter : Il se sentait épuisé, il faut dire qu’il avait sorti beaucoup d’albums en peu de temps. Vous, vous ne vous sentez pas fatigués… 
 
Theo : Certainement que quand il se remettra à composer, la machine repartira. De toute façon, personne ne t’impose de sortir beaucoup d’albums en peu de temps, surtout de nos jours avec la quantité de musique disponible. Dans notre cas, nous prendrons le temps qu’il faudra pour arriver à sortir des titres qui nous plaisent, en espérant qu’ils vous plaisent aussi. Ceci dit, je peux comprendre l’épuisement, puisque dans notre cas aussi, enregistrer cet album nous a demandé beaucoup d’énergie, régler les détails, de mixage entre autres, consomme beaucoup de temps et d’énergie. Et ce qui est amusant, c’est que ce n’est qu’une fois que tout le travail est fini que tu te rends compte de ce que va représenter pour toi. Le produit fini peut être très différent de l’idée initiale. 
 

Winter : A ce sujet, comment trouves-tu Pneuma et Oi Magoi avec le recul ? En es-tu toujours satisfait ? 
 
Theo : Oui. Je ne crois pas que je changerais quoi que ce soit sur ces deux albums. Ce sont deux photos de nous à deux moments donnés. Ils ont représenté le meilleur de nous-mêmes à ces moments-là. Mais bon, repose-moi la question dans dix ans. J’ose penser qu’ils auront gardé leur qualité. Je pense que ce sont deux albums bien différenciés, qui donnent des sensations distinctes à celui qui les écoute. 

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Winter : Vous avez presque supprimé l’art-rock très présent sur Oi Magoi, mais vous l’introduisez quand même, soudainement, au beau milieu de "Lost In Satan’s Charms". Vous aimez bien créer des effets de surprise… 
 
Theo : Disons qu’on aime bien rendre les choses intéressantes. C’est d’ailleurs pour ça que je te disais qu’on a mis du temps à composer MIB et à créer ce genre de surprises qui maintiennent l’attention de l’auditeur. MIB est notre troisième album et le troisième album est clairement un album charnière. Rappelle-toi les années 80, des groupes qui avaient sorti trois albums commençaient vraiment à avoir des « followers » et pouvaient prétendre à avoir un certain succès, au moins relatif. Avec cet album, nous essayons d’envoyer un message : « Nous sommes là, maintenant et probablement pour un moment ! » C’est pour ça qu’on a essayé de le rendre vraiment intéressant. 
 
Winter : Et vous y êtes arrivés. A ce titre, le coup de mettre comme premier extrait "I Mean You Harm", un titre qui n’a aucun autre équivalent sur l’album, c’est assez bien vu… même si, forcément, les premières écoutes sont un peu frustrantes, puisqu’on attend d’autres chansons « catchy »... 
 
Theo : C’était effectivement fait exprès, oui. Les titres « catchy » permettent de faire rentrer l’auditeur dans l’album, mais on ne peut pas s’en contenter, ils doivent permettre au fan d’être attentif et de profiter des morceaux plus sérieux, comme peuvent l’être sur cet album "Mayhem in Blue" ou "Lost In Satan’s Charms".
 
Winter : Il est temps de te laisser partir… Bonne chance pour la suite ! 
 
Theo : Merci à toi !


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