Human Vacuum

Entretien avec Human Vacuum - le 31 janvier 2015

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Dimebag

Une interview de




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Le vide existentiel auquel est confronté tout être humain à un moment ou à un autre de sa vie est-il soluble dans la fusion néo-metal de forte inspiration 90’s ? Peut-on mélanger heavy metal épique avec surf-rock et hip-hop ? Les tremplins, est-ce le Bien ? Les bassistes sont-ils des êtres majoritairement composés de frisotis et d’ondulations ? Pourquoi devriez-vous tous aller enregistrer des albums chez Zoé Von H et devenir amis avec une chanteuse d’exception ? Pourquoi Human Vacuum déchire-t-il à ce point  l’hymen rétif de vos oreilles formatées? Toutes ces questions et bien d’autres verront leurs réponses enfin dévoilées, au terme de l’écoulement des éons d’une attente insoutenable, quand s’achèvera LA VRAIMENT GROSSE INTERVIEW de Human Vacuum. Première partie et premiers éléments de réponse : immédiatement. Attention : ils sont un peu fous, même s’ils font les sympas au début. Ne vous laissez pas abuser, lisez. Lisez pour vivre, lisez pour comprendre. Lisez, pour lire. MAGNETO POWERZZZ, ACTIVATE !

Dimebag : Salut les Human Vacuum ! C'est un plaisir de vous rencontrer, d'autant que chez Les Éternels nous aimons vraiment beaucoup ce que vous faites (cf. chro du 1er album ici), même si nous ne vous connaissons finalement qu'assez peu ! Je vous propose donc assez classiquement de commencer par vous présenter en nous faisant une petite bio du groupe.

Aurélien (chant)
: Salut ! Nous sommes Human Vacuum, nous existons depuis 2009 et tu as autour de toi trois des membres historiques du groupe : Wojtek, notre batteur, Baptiste, qui s'occupe des guitares, des backing vocaux et de la programmation des samples, et moi-même, chanteur/hurleur de la bande. Est présent également le petit nouveau, Alex notre bassiste, qui comme tu peux le voir est très frisé. Le groupe a donc été fondé en 2009 par notre première bassiste, Alexandra, et moi-même. Nous avions monté un groupe acoustique ensemble, mais nous avons assez vite cherché des gens avec qui monter un groupe plus bourrin. J'ai tout d'abord recruté Baptiste par le biais de forums Internet de musiciens et de passionnés de musique que nous fréquentions tous les deux, puis, par un heureux concours de circonstances, j'ai rencontré Wojtek, qui se trouvait être le compagnon d'une collègue de boulot et un batteur accompli. La proposition initiale du groupe était vraiment de faire de la fusion, un mix de nos influences respectives et communes. Il s'est assez vite avéré que le groupe était composé de deux bourrins, Baptiste et moi-même, et de deux membres aux influences un peu plus sages, style groove, rap, reggae et autres styles musicaux assez rythmiques, Alexandra et Wojtek. Et que te dire d’autre, nous avons commencé par faire des reprises des Red Hot, de Muse, de SOAD, ce genre de trucs... Mais ça, c'était avant.

Dimebag : Parfait merci, nous voilà accointés ! Maintenant, parlons musique : votre premier album est sorti en autoproduction à la toute fin de l'année 2014, il est désormais disponible sur votre Bandcamp, et je me suis laissé dire que sa gestation avait été assez longue, et non-dénuée de quelques embûches. Vous pouvez nous dire quelques mots du processus d'enregistrement de ce joli Enter The Playground ?

Baptiste (guitare / chœurs / programmation)
: Alors pour cet album nous sommes allés bosser dans le studio de Zoé Von Herrschaft (NDLR : Herrschaft, The CNK), qui possède son propre studio tout près de chez Aurélien, et qui en plus est un pote depuis quelques années. Nous avions déjà enregistré chez lui nos tous premiers morceaux, à l'époque où les gens allaient encore sur Myspace, c'est dire si ça date (rires) ! Il nous avait déjà fait un super boulot à ce moment-là, et c'est pareil pour l'album, une fois encore nous sommes vraiment contents du résultat global...

Dimebag : ...C'est vrai que pour une autoproduction c'est assez excellemment produit !

Baptiste :
merci pour lui ! Donc nous avons enregistré cet album entre octobre 2012 et mars 2013. Ensuite il y a eu la phase de mix, de petits essais et expérimentations de-ci de-là, bref grossièrement cela a pris six bons mois en fonction des agendas et des disponibilités de chacun. Nous n'avons pas encore la possibilité de nous dire « allez on s'enferme tous en studio pendant une semaine ». Ce serait bien sûr l'idéal mais il faut faire avec. Après ça, l'album en soi était fini à la mi-2013, mais pendant encore environ un an, nous avons eu, disons...

Aurélien : … Des péripéties (approbation collective) ! Et même d'authentiques péripéties !

Baptiste : Effectivement. Olivier - notre bassiste de l'époque - est parti pour des raisons personnelles : vie de famille, petite baisse de foi dans la pratique de la musique, etc. Et l'artwork a pris pas mal de temps à se dessiner et à se décider...

Aurélien : (le coupant) ...ça c'est un peu de ma faute, je tiens à le dire !

Dimebag : Tu prends la faute sur toi, c'est beau.

Baptiste : Enfin, les gens sauront (rire général) ! Au-delà de ces soucis, nous nous sommes également mis à démarcher des labels, voir si ça pouvait intéresser des gens du milieu, malheureusement sans grand succès...

Aurélien : ... C'est à dire que ça aurait intéressé des gens, mais en 1996, donc c'est difficile (rires). Ce qui est marrant c'est que ça commence à intéresser des gens, maintenant que c'est sorti !

Dimebag : C'est bien ceci dit, c'est déjà un point positif !

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Baptiste : ... Enfin bref au bout de quelques mois de démarches infructueuses nous nous sommes dit que ça faisait un poil chier d'attendre en espérant que « peut-être un jour un label qui sait ». Donc nous nous sommes sortis les doigts du cul comme tout un tas de jeunes groupes, avec la création d'un Bandcamp, d'un artwork sur une idée d'Aurélien, et puis voilà, l'album est sorti et l'histoire ensuite est connue : immense succès, je crois qu'il s'en est vendu une vingtaine, un truc du genre (rire général), et d'ailleurs nous avons été plus téléchargés par des Russes que des Français, je pense. Et ça, c'est vraiment la classe.

Aurélien : Pour résumer les péripéties du groupe, imagine que Human Vacuum c'est un groupe qui veut faire un truc... Et là, son bassiste s'en va. Donc depuis nous avons récupéré Alexandre et l'avons enchaîné, il porte des boulets aux pieds, un bracelet électronique, bref j'espère qu'il nous aime bien parce que de toute façon il ne peut plus partir (rires).

Dimebag : Si on rentre un peu dans l'album, il y a quelques influences relativement évidentes : le néo-métal 90's, la fusion, la puissance du lol - c'est important de le préciser - et la scène french metal du début des années 2000. Mais d'autres sont beaucoup moins évidentes, notamment sur les morceaux plus sérieux et ambiancés, comme "Tout s'efface" par exemple. Vous nous faites un petit état des lieux de vos influences respectives et collectives sur cet album ?

Baptiste :
Le côté années quatre-vingt dix est très présent c'est certain, mais ça vient vraiment plus de la création du groupe que de cet album en particulier. Human Vacuum s'est fondé autour de cette idée, de cette envie commune de faire de la fusion. C'est un peu le mélange de deux gros bœufs et de deux personnes qui préféraient la musique un peu plus chamarrée et ensoleillée, et sur ce dernier aspect je pense que Wojtek développera mieux que moi.

Wojtek : Eh bien en termes d’influences je pense à des groupes comme les Red Hot Chili Peppers, 311, Sublime, même si au début j'étais encore bien plus sage que tout ça ! J'avais plutôt des influences funk, reggae, ce genre de choses, donc j'ai déjà pris une bonne claque à la fin des années 90 et au début des années 2000 quand des potes m'ont fait découvrir la scène néo-fusion... Notamment la fusion rap d'un Rage Against The Machine, que je ne connaissais pas ou si peu. Mais très clairement j'ai du mal à aller au-delà en termes d'intensité, après ça me fait mal aux oreilles (rires). C'est pour ça que cette scène m'a parlé, ça groove encore un peu donc je reste en terrain connu, mais avec plus d'énergie, d'intensité.

Baptiste : (à Wojtek) T'aimes bien Incubus aussi, non ?

Wojtek : Ah oui j'adore, excellent groupe, surtout sur les premiers bien entendu (approbation générale dans un concert de louanges pour les premiers Incubus).

Aurélien : Et dans ton groupe précédent (NDLR : Newborn Division) il y avait quand même des moments un peu punk où ça beuglait et où tu jouais plus violemment !

Wojtek : Oui mais ce n'était pas de ma faute (rires) ! C'était à mon corps défendant... Comme dans ce groupe d'ailleurs (rires) ! Et voilà, je passe pour une balance ! Non mais il est clair que dans chaque groupe il y a un équilibre à trouver, et moi je suis plutôt du genre sage dans mon jeu, c'est comme ça.

Baptiste : (imitant Wojtek) « Mais enfin vous êtes violents tout de même, tapez-vous avec des oreillers, je sais pas moi ! »

Wojtek : Non mais au final je tape un peu quand même dans Human Vacuum, hein !

Aurélien : De toute façon, tu es obligé ! Pour le motiver nous lui disons des choses un peu méchantes...

Baptiste : ... Du genre « imagine que tu es un bûcheron dans la forêt, et là, ce pin vient d'insulter ta mère ! Sanctionne-le ! » (rires).

Wojtek : Et puis j'ai appris plein de trucs ! (à Baptiste) Comment tu dis déjà ? Le roulement allemand (rires) ?

Aurélien : Ah oui, nous lui avons appris la fameuse technique dite du « batteur de thrash allemand » (mime général du poum-tac poum-tac poum-tac ô combien typique des batteurs de groupes comme Sodom, Kreator ou encore Destruction).

Baptiste : (plus sérieux) Ensuite en termes d'influences plus posées, Aurélien avait établi un postulat de base pour le groupe consistant à dire que pour qu'un morceau soit validé, il fallait qu'il plaise à tout le monde. Mais au-delà de ça le champ des possibles est quasiment infini, en tout cas extrêmement vaste. Du coup nous ne nous interdisons jamais de rajouter des éléments tranchant totalement avec ce qui a pu être fait sur de précédents morceaux, voire donnant le sentiment de tomber comme un cheveu sur la soupe...

Aurélien : Si cela nous plaît nous le faisons, sans autres considérations.

Tous : Ouais voilà, c'est ça.

Aurélien : Après si tu devais trouver un dénominateur commun à tout ce que nous faisons, clairement, c'est le groove (approbation générale). Il n'y a pas à notre sens un seul morceau sur cet album qui ne groove pas. C'est notre cahier des charges : il y a une case cochée en permanence, et qui dit « il faut que ça groove ». Pour le reste...

Wojtek : Mais attends si ça se trouve il va dire que ça ne groove pas (rires) !

Dimebag : Ah mais au contraire, je trouve que ça groove assez bien rassurez-vous !

Baptiste :
Soyons sérieux, même sur nos morceaux bourrins, si un type écoute et s'adresse ensuite à Wojtek par exemple, je suis persuadé qu'il lui dira « ah tiens, toi tu grooves trop pour être allemand ! » rires)

Aurélien : De plus Wojtek, de par son ethnicité et son héritage, ne peut que fuir le côté allemand (rires) (NDLR : Wojtek est d'origine polonaise) ! C'est dans ses gènes, un réel traumatisme, d'ailleurs nous avons à ce titre pas mal manqué de tact et de sensibilité envers lui à nos débuts (l'intéressé acquiesce avec le sourire).

Dimebag : On va passer à des questions plus individuelles et commencer par Aurélien. Sur cet opus on t'entend tour à tour gueuler avec un timbre proche de Poun de Black Bomb A, chanter en voix claire, rapper, et tu t'essaies même aux spoken words. Ça fait pas mal de registres, d'où ça te vient ?

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Aurélien : Ça ne m'est pas venu tout de suite du tout ! J'ai trente-cinq ans, je chante depuis que j'en ai douze... D'une manière générale j'ai toujours chanté, j'ai toujours emmerdé le monde autour de moi à ce niveau-là. Et imagine-toi que quand j'ai découvert les musiques extrêmes, je n'ai pas du tout commencé par le néo, la fusion ou le hardcore ! Au contraire, j'ai commencé par des trucs super gay du style Angra, Stratovarius, bref le speed mélodique et les genres attenants. Je reste aujourd'hui encore un immense fan des deux premiers Angra, de Visions de Stratovarius, ou de trucs totalement atroces comme Symphony of the Enchanted Lands de Rhapsody (Of Fire)... Et donc moi, à la base, je voulais être André Matos (ndlr : chanteur d'Angra) ! Sauf qu'il s'est assez rapidement avéré que ce n'était juste pas possible, en termes de tessiture il n'y avait absolument pas moyen. Heureusement, et comme très souvent en musique, une rencontre est venue chambouler tout ça : j'ai rencontré un type qui dans la même soirée m'a fait découvrir Korn, Machine Head et System Of A Down. Ça m'a fait des choses, ne serait-ce qu'en m'ouvrant les oreilles sur une musique que je n'écoutais pas du tout à la base. Après, il y a cette anecdote qui me reste toujours. J'écoutais un vieux live de Metallica, à l'époque où James Hetfield n'arrivait pas du tout à mettre du grain dans sa voix en concert. C'était sur "Wherever I May Roam", et il ne chantait pas du tout comme sur album (il chante les premiers mots de la chanson à la manière d'un Hetfield très clair et théâtral dans son chant). Et moi j'enrageais un peu, je me disais « Mais bordel ! Il est censé gueuler un peu plus ! » Ça devrait sonner comme... (il rechante la même chose, mais en beaucoup plus rocailleux), et là je me suis arrêté, assez stupéfait, parce que ce chant rocailleux était sorti et bien sorti. J'ai en quelque sorte compris à cet instant que je pouvais le faire. À partir de là, j'ai complètement laissé tomber mes velléités homosexuelles (rires) et je me suis concentré sur le fait de réussir à chanter avec du grain, à rapper... Les hurlements ont été maîtrisés plus tard, au début je n'y arrivais pas du tout et puis c'est venu progressivement, en me faisant la voix sur des albums tels que The Burning Red de Machine Head – énormément - ou encore Follow The Leader de Korn. Et juste après ça, j'ai découvert deux groupes d'ici qui m'ont marqué : Psykup et Black Bomb A. C'est là que j'ai chopé ce chant hurlé aigu assez caractéristique. Mais je t'avoue que je ne saurais pas te dire exactement quand j'ai réussi à le maîtriser, celui-là. Par le passé j'avais un groupe qui s'appelait Krawn où je faisais du chant hurlé medium-grave, mais quand je le réécoute maintenant je me rends compte que je n'avais absolument pas la technique pour. Au final j'ai commencé à vraiment travailler ce chant hurlé aigu avec Human Vacuum parce que je voulais le faire à fond et le maîtriser. Et au fur et à mesure, c'est venu. Après il y a beaucoup d'émulation : quand j'entends Devin Townsend j'ai envie d'essayer de faire ce qu'il fait, pareil avec Ju (NDLR : Julien Cassarino, Psykup, Manimal, Rufus Bellefleur, Simone Choule, etc.) dont j'ai vu le chant évoluer... Et quand il a chopé ce chant suraigu saturé, je me suis dit « si il peut le faire, je dois pouvoir aussi ». Pareil avec Lofofora dont je me suis beaucoup inspiré pour le chant râpeux. Mais à la base je ne suis pas du tout un hurleur, je suis un chanteur assez classique, d'ailleurs les premiers morceaux sur lesquels je me suis usé la voix c'était du Placebo, donc des choses complètement aux antipodes de tout ce que je viens d'évoquer. Voilà un peu mon histoire en la matière !

Dimebag : Merci ! On enchaîne avec Baptiste : sur l'album tu varies également beaucoup les plaisirs entre des riffs directs mais groovy, des séquences plus post-rock voire post-core, mais aussi des éléments indie rock et shoegaze, des arpèges, du delay... Bref une variété qui me semble commune à vous tous. Est-ce que cette variété de ton et d'expression est propre à l'enregistrement de cette galette ou est-ce quelque chose de commun à tes différents projets ?

Baptiste :
Dans un premier temps cette variété est, assez étonnamment, une pure affaire de technique : j'aime beaucoup les pédales d'effet ! Sans être un geek de technologie ou de matériel musical, je dois bien reconnaître que la première fois que j'ai essayé une pédale de delay, j'ai trouvé ça... Eh bien un peu comme quand tu es ado, que tu regardes La Fille de d'Artagnan et que tu vois pour la première fois les seins nus de Sophie Marceau attachée dans une cave. C'est comme avoir un gros spot lumineux braqué sur toi dans une pièce toute noire, et quand la lumière se rallume les murs sont tout blancs (rire général) ! Plus sérieusement mon amour pour le delay me vient aussi et surtout de Wes Borland et de l'utilisation qu'il en fait sur Chocolate Starfish...

Dimebag : Bon album au passage.

Baptiste :
Alors ce n'est pas mon préféré mais...

Aurélien : (chuchotant) Moi je l'aime bien, attends (approbation générale).... Haha je déconne, c'est le seul album que j'ai acheté et revendu dans la même journée !

Dimebag : Quelle honte ! Ce sera dit dans l'interview.

Baptiste :
Non mais il est bien quand même cet album ! Plus sérieusement, jouer des choses variées c'est très important pour moi. Déjà je ne suis pas guitariste à la base, je suis violoniste et je me suis toujours intéressé de près ou de loin à une grande variété d'instruments. J'ai toujours progressé en autodidacte - sauf pour le violon - et quand j'étais ado je faisais tourner un CD et je m'amusais à jammer par dessus, c'est ainsi que j'apprenais. Je pouvais prendre mon violon pour rajouter des parties sur "Flying Whales" de Gojira par exemple, ou alors j'ajoutais des arrangements et des mélodies à des morceaux de cet album de Limp Bizkit sur lequel nous venons de polémiquer. Bref ce serait très chiant pour moi de me cantonner à un seul style. D'ailleurs sur Enter The Playground je sens déjà des gimmicks, des séquences où je suis vraiment en terrain connu, et j'essaie de ne pas trop me conforter là-dedans. Après au niveau de la composition pure des riffs, je ne suis pas le seul à en produire. Aurélien (NDLR: qui est également bassiste de formation mais pas au sein du groupe, bien qu'il ait enregistré la plupart des parties de cet opus) en soumet, arrive avec des idées. Par exemple, le riff d'ouverture de "Bienvenue", qui d'ailleurs ferme l'album, il faut le préciser, est de lui.

Aurélien: Nous terminons d'ailleurs aussi certains concerts avec "Bienvenue", lors de notre dernière date au Klub c'était le cas. Nous sommes contrariants.

Baptiste : J'ai vraiment besoin que les deux mains vivent quand je joue en fait. Je pourrais difficilement jouer dans Meshuggah par exemple, déjà parce que je suis pas une brute en solos - loin de là - mais également parce que leur musique est très monolithique au niveau du jeu de guitare. Et puis comme j'ai plein de projets différents, cette variété me semble indispensable. Je ne me fixe pas de limites aux styles que je pourrais pratiquer, le seul truc que je ne me vois pas du tout faire c'est de l'ambiant, m'endormir sur un clavier et tourner la tête toutes les deux minutes, j'aurais du mal (rires).

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Dimebag : Ah tu ne voudrais pas faire de Sigur Rós donc.

Baptiste :
Ah mais non attends ! Sigur Rós c'est bien plus que ça, c'est mortel !

Dimebag : On en vient à la section rythmique, qui dans un groupe comme le vôtre a toute son importance. On commence avec Wojtek dont la patte sur l'album m'a fait penser à peu près à tout sauf à un batteur metal. Pas de double pédale, pas de gros breaks, pas de grande vélocité, mais de la finesse et du groove, une sobriété de métronome, qui rappelle un peu Dolmayan de SOAD ou Mercier de Mass Hysteria. C'est un constat que tu partages, notamment aux niveaux des influences précitées ?

Wojtek :
Alors je ne suis pas trop le genre de musicien qui s'apparente à un guide vivant de son propre instrument, j'aurais du mal à te citer des noms précis, tel ou tel batteur... La batterie est un instrument que j'ai appris en autodidacte depuis une vingtaine d'années, presque par hasard en fait, puisque au début je faisais du piano.

Aurélien: Ah ouais ? Eh bien tu vois c'est pour ça que j'aime les interviews aussi, t'apprends des trucs sur ton propre groupe !

Wojtek : Hé oui ! Bref vers quatorze ans je me demandais ce que je pourrais bien trouver pour faire un peu chier mes parents, du coup j'ai commencé à jouer de la batterie dans la cave, totalement en autodidacte, en me passant à peu près tout ce qui me tombait sous la main au casque et en jouant par dessus... Sauf que tu vois, la plupart du temps au final je ne savais même pas quel batteur j'essayais de copier ! J'essayais surtout de rentrer dans la musique, de la sentir, donc je confesse bien volontiers que je n'ai pas vraiment de références ultimes en termes de batteurs. Et effectivement je n'utilise pas de double pédale !

Aurélien: Pourtant ce n'est pas faute d'avoir essayé ! Pour son anniversaire nous nous étions tous cotisés avec des potes et nous lui en avons offert une, mais très franchement je crois qu'il ne l'a jamais utilisée ! Il a du la ramener une fois en répète mais c'était plus pour nous prouver que ça n'allait pas le faire je crois... (rires)

Wojtek : Il doit bien y avoir un centimètre de poussière dessus (sourire)...

Aurélien: Mais c'est un investissement aussi hein, si un jour tu es dans la merde financièrement, tu la revendras sur eBay !

Wojtek : Je reste persuadé que ce type d'éléments, soit tu t'y mets très jeune ou très intensivement et tu le maîtrises à la perfection, soit tu n'en fais pas, je ne tiens pas à faire de la double pour faire de la double et avoir un résultat qui ne soit pas carré.

Baptiste : Ah ! Donc dans 10-15 ans, on aura peut-être bien de la double dans Human Vacuum (rires) !

Aurélien: J'en profite pour intervenir puisque Wojtek vient de parler de perfectionnisme. (à Wojtek) Tu as combien d'heures d’enregistrement à peu près pour Enter The Playground ?

Wojtek : (visiblement pris en flagrant délit de perfectionnisme) Non mais... Oh... Quelques heures quoi (rires).

Aurélien: Ouais, une centaine d'heures (rires) !

Dimebag ; D'ailleurs Wojtek puisqu'on parle d'enregistrement, comment ça s'est déroulé concrètement pour toi ?

Wojtek :
À l’instant on parlait de perfectionnisme, eh bien de ce point de vue là cela a été assez compliqué pour moi car j'ai été le premier à enregistrer des pistes, tout seul avec le métronome. Pas évident d'avoir énormément de feeling quand ton seul accompagnement est un click et que tu enregistres en solo sur une batterie électronique. Néanmoins j'aime tout de même assez les fioritures, les ghost notes, ce genre de choses qui demandent de la finesse, et c'est vrai que j'ai été un poil déçu de voir certaines de ces subtilités disparaître un peu dans le mix final de l'album.

Baptiste : Je suis d'accord avec lui, et d’ailleurs on y fera nettement plus attention pour le second album.

Wojtek : À ce titre j'attends avec impatience les prochaines sessions studios, que je ferais sur une vraie batterie cette-fois ci. C'est quand même beaucoup mieux en termes de rendu final et de confort de jeu.

Baptiste : D'ailleurs en parlant de sessions studios, un jour j'étais en pleine session de travail sur l'album avec Zoé (NDLR pour rappel: Zoé de The CNK, Herrschaft, également ingé son/producteur dans son propre studio à Vanves, Zoé Von H) concernant les arrangements et les samples, et nous regardions les pistes de batterie enregistrées par Wojtek... Eh bien figure-toi que nous avons un peu halluciné de voir à quel point l'ensemble était carré et linéaire alors que pourtant, le groove était bien présent ! Son décalage par rapport au tempo est toujours exactement le même, il a son propre template de groove le bougre (NDLR: un template est un modèle de pré-réglages qu'on trouve sur des logiciels type Protools). C'est très agréable pour moi quand j'enregistre des parties de guitare, je n'ai qu'à lancer mon petit template « Wojtek groove 2014 » et ça roule tout seul (rires) !

Aurélien: Normalement il faut vraiment une machine pour enregistrer des trucs aussi carrés, mais lui il y arrive juste avec son petit cerveau (rires) !

FIN DE LA PREMIÈRE GROSSE PARTIE. LA DEUXIÈME GROSSE PARTIE LORS DE LA PROCHAINE MISE A JOUR. SERAS-TU LA. OH, LE SERAS TU. T'AS PLUTÔT INTÉRÊT.


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