The Algorithm

Entretien avec Rémi Gallego (programmation), Jean Ferry (batteur) - le 26 octobre 2014

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Ptilouis

Une interview de




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C'est lors du Damage Festival que nous avons pu nous entretenir avec Rémi Gallego et sa nouvelle recrue live, Jean Ferry, après un concert de feu au sein du Cabaret Sauvage. Nous sommes revenus sur la sortie et la réception de son dernier album OCTOPUS4,  sur une année 2014 de folie pour The Algorithm et sur ses futurs projets libérés de son contrat avec Basick Records. Une interview pleine de blips blips électros et de rythmiques perverses. Bonne lecture !

Ptilouis : Pour commencer, 2014 fut quand même une putain d’année pour toi, non ?

Rémi : C’était ouf, ouais, plein de choses se sont passées. On a commencé par le Big Day Out en Australie, un très gros festival, on a joué avec Deftones, Snoop Dogg... C’était ouf. On a joué en Australie une deuxième fois, puis on est parti au Japon, ensuite en Russie, mais cette fois avec Jean. Donc ouais, plein de choses se sont passées… Beaucoup de tournées… Un changement de batteur…

Ptilouis : D’ailleurs tu peux m’expliquer pourquoi ? Le batteur de Monuments n’avait plus assez de temps ?

Rémi : Je crois qu’à partir de juillet, les gars de Monuments sont partis en tournée aux USA et ils y sont restés deux-trois mois, en gros jusqu’à maintenant, vu qu’ils sont revenus il n'y a pas très longtemps. J’avais des concerts entre-temps. Il fallait vraiment que je trouve un autre batteur. Jean s’était proposé il y a très longtemps. On est resté en contact et je lui ai, du coup, reproposé. C’est comme ça que ça s’est passé. 

Ptilouis : Du coup, Jean, tu ne pètes pas trop un câble à reprendre les parties de batterie.

Jean : Non, ça va. C’est pas facile de bosser les morceaux, mais bon, c’est tellement cool à jouer que ça vaut le coup de passer des heures et des nuits blanches à travailler !

Ptilouis : Donc, pas mal de festivals, en plus tu as sorti un album, OCTOPUS4. Tu peux en parler un petit peu? J’ai l’impression qu’il a été plutôt bien reçu.

Rémi : Alors… C’est un album qui au final quand il est sorti, a eu un accueil assez mitigé, surtout de la part de la communauté metal, parce que le disque est beaucoup plus électronique. Il y a moins de guitares,  de boom-booms etc. De mon côté j’ai vu l’album comme une sorte de fusion électronique-metal mais vu d’un point de vue électronique. Tandis que pour Polymorphic Code c’était plus d’un point de vue metal. Cette fois-ci j’ai voulu voir ça d’une façon inverse et je pense que l’album a mis du temps à se développer, les gens ont mis du temps à le comprendre, mais au fil des mois, de plus en plus de personnes comprennent vraiment  l’album. Je trouve qu’il y a une très bonne réception, surtout en France, et je le mentionne à chaque fois, mais vraiment ça m’a limite choqué de voir à quel point il a été si bien reçu par rapport à Polymorphic Code. Il y a de plus en plus de français qui sont actifs sur internet, à communiquer avec moi. C’est vraiment impressionnant, je ne sais pas exactement pourquoi. Je trouve ça vraiment cool.

Ptilouis : D’ailleurs, concernant les nouvelles personnes qui ont découvert le groupe, penses-tu qu'elles n'étaient peut-être pas du tout dans le metal et qu'elles ont découvert l'album par le bouche-à-oreille ?

Rémi : Je pense que ça s’est fait comme ça. Alors, c’est très difficile de dire, de deviner comment ça se passe. Tu vois les gens commenter ton album sur internet, tu ne sais pas exactement comment ils ont découvert le truc, si c’est par rapport à la scène ou juste parce que leurs potes écoutent. Disons qu’il y a beaucoup de choses qui se sont passées. Le fait de tourner avec After The Burial ça aide, j’ai fait aussi quelques musiques pour des jeux-vidéos. C’est encore très petit, c’est encore en train de se développer, mais ça permet de faire parler du projet. Je reste vraiment dans l’idée que j’ai envie de me diversifier, de toucher un grand nombre de domaines. Y a toujours une limite tu vois…

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Ptilouis : L’album est très varié, il y a même un passage rappé. Je crois que tu dois en faire un pour un prochain morceau, c’est peut-être celui que tu as joué juste là.

Rémi : J’en ai joué un, "Neotokyo" (ndla : le morceau est fini et écoutable ici), mais c’est encore en développement.

Ptilouis : Tu as sorti il y a un mois un nouveau morceau, "Terminal". Tu comptes sortir un morceau comme ça de temps en temps ?

Rémi : D’un point de vue « business », mon contrat avec Basick Records vient de se terminer. Enfin, il y a encore une petite période à attendre avant que le contrat ne se termine officiellement, mais je serai libre de vraiment poster les morceaux que je veux, de pas forcément passer par un label ou itunes et compagnie. Si je veux sortir un truc je le sors, je n'ai pas besoin de poser la question. Ça va se développer plus dans ce sens là dans le futur. C’est comme ça que j’ai commencé, je postais des trucs de temps en temps (ndla : les premiers E.P par exemple). J’aime bien l’idée d’être indépendant, on va voir comment ça se déroule dans le futur, mais c’est vraiment un truc qui me plaît.

Ptilouis : Comme ça t’oublieras le contrat que t’as signé bourré !

Rémi : C’est ça ! (rire)

Ptilouis : Pour l’album ton matos a évolué ?

Rémi : Ça a pas tant évolué que ça, j’ai changé d’enceinte de monitoring. J’ai changé de lieu puisque j’ai écrit l’album à Cologne en Allemagne, Polymorphic Code c’était à Perpignan en France. Je pense que ça a plus ou moins une influence sur l’album. Après au niveau du matos, je pense pas que ça ai vraiment changé. J’aime bien  faire vraiment tout sur logiciel, je suis vraiment à l’aise avec ça. Il y a beaucoup de choses à découvrir. A la fois je suis à l’aise avec ça et c’est un monde vraiment passionnant à explorer.

Ptilouis : Tu avais aussi un projet de jeu pour OCTOPUS4 qui semble ne pas s’être réalisé.

Rémi : On est parti au début sur l’idée de faire un kick-starter pour faire un jeu vidéo dont l’idée serait basée sur l’album. Ça ne s’est pas réellement fait parce qu’il n’y a pas eu assez d’argents. Donc, le concept du jeu on l’a un peu abandonné, ce qui est dommage, mais au final ça n'a pas tellement influencé la composition de l’album.

Ptilouis : Il était déjà plus ou moins fait ?

Rémi : C’est un peu ça. Après, il faut vraiment considérer que j’ai construit l’album sur la base du fait que je voulais en faire un jeu vidéo. Donc c’est une chose  à vraiment comprendre. C’est difficile à voir parce que justement le jeu n’est pas là pour appuyer l’album, mais j’espère pouvoir dans le futur, avec plus de moyens, une plus grosse fan-base, peut-être plus de publicités, pouvoir réaliser ça. Parce que je pense que c’est un concept que peu de monde réalise. Et ce serait assez intéressant à faire.

Ptilouis : D’ailleurs quand tu composes, vu que tout est très lié (ndla: c’est le cas pour Polymorphic Code aussi), d’où vient ta première idée ?

Rémi : Alors j’ai pas vraiment d'idée de base, je ne pars pas avec une idée principale que je développe. Je pars vraiment de rien et la façon dont je compose les morceaux c’est très souvent à la réécoute, c’est-à-dire que je commence avec un riff, je réécoute le plus possible et je modifie petit à petit. C’est un peu de la réécoute obsessionnelle au final. Et à force d’écouter le truc, ça va me gaver, parce que je le connais par cœur, et je vais vouloir tout changer. Donc voilà, c’est comme ça que ça se passe.

Ptilouis : C’est pour ça aussi qu’en concert tu as tendance à vouloir changer les morceaux, à rajouter des parties…

Rémi : C’est ça.

Ptilouis : Mike Malyan (batteur de Monuments) t’avait aidé pour le dernier album. Il te donne des idées ou c’est juste un exécutant ?

Rémi : En général, les batteurs, donc Mike et Jean, ce sont plus des exécutants. Alors il y a eu une exception. Mike a participé à la composition d’un morceau qui s’appelle "_Mos" sur OCTOPUS4. C’est vraiment une exception parce qu’on avait tripé sur le concept de la commodore 64, le son etc. Il voulait vraiment avoir sa petite patte sur l’album. On a un peu parlé de ça et ça s’est produit. Après en général, c’est pas du tout comme ça qu’on travaille. Mais ça n’empêche pas le fait qu’en live que ce soit Jean ou Mike, ils vont vraiment ajouter leur patte au morceau. Et ça se passe réellement en live plus que sur CD. En règle général pour le CD c’est vraiment moi qui fait absolument tout.

Jean : Oui c’est ça, The Algorithm c’est vraiment Rémi le cerveau. Il compose et le batteur amène sa touche perso, mais vraiment pour le côté live. Parce qu’il a tellement un truc à lui, quand tu l’écoutes tu le ressens. Après, un batteur peut très bien se greffer et apporter sa touche sans que ça dénature la chose et personnellement je trouve que c’est vraiment quelque chose de bien. Moi je ne suis pas un compositeur, mais par contre voilà, j’ai mon oreille, j’ai mon idée de musicien sans pour autant être un compositeur. Du coup, je trouve que ça fonctionne très bien comme ça. Et ça donne une certaine différence au live.

Rémi : Le live est vu vraiment d’une façon un peu plus humaine et c’est pour ça que la présence d’un batteur est importante, parce que ça rajoute ce côté organique.

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Ptilouis : C’est vrai que l’an dernier avec le guitariste en plus (Max Michel), ça rajoutait quelque chose de très vivant. Alors que là la guitare est là, puis disparaît c’est un peu différent.

Rémi : Après j’essaye à chaque fois de garder l’esprit musicien. C’est pas de la musique électronique froide, j’ai vraiment pas envie de me lancer dans ce côté-là.

Ptilouis : J’ai encore quelques questions rapides. Tu peux me parler de ton projet post-rock à la TRON, "Fall of the Command Ship", c'est ça ?

Rémi : C’est un morceau  que j’ai écrit cet été. Alors c’est une idée que je commence à développer. C’est encore la jeunesse du truc et j’ai pas encore le temps de trop réfléchir dessus. Mais j’aimerais vraiment créer quelques side-projects en fait, parce que je trouve qu’il y a beaucoup de choses à développer un peu partout en musique. Alors pourquoi pas faire de la musique post-rock, un peu eighties dans l’esprit et un peu IDM, un espèce de mélange de tout ça qui se rapproche plus du post-rock que du metal. C’est encore en réflexion mais j’ai plusieurs projets dans ce genre-là.

Ptilouis : Ok ça marche. Et une question très générale pour finir, il y a des artistes qui t’ont marqué cette année que ce soit metal ou autre ?

Rémi : C’est une bonne question. J’ai découvert, je connaissais, mais j’ai vraiment découvert cette année Perturbator, un artiste français qui fait de la techno eighties. Il monte de plus en plus et il est à la fois très sympa et très bon. Je recommande vraiment de suivre ce gars-là. Il fait ça tout seul et c’est vraiment cool. Sinon quoi d’autres… Je pense pas qu’il y ai d’autres artistes qui m’aient vraiment marqués. J’ai découvert Triphonic, mais c’est un truc vieux, de 2009 je crois. Enfin, j’ai découvert que cette année et ça a eu une énorme influence sur ma façon de travailler.

Silverbard : J’ai une petite question de synthèse du coup. Quand tu vois ton évolution, le fait qu’au début tu bidouillais chez toi et que tu continues à le faire pour créer tes albums, mais qu'à côté tu as de plus en plus de live et que tu sois souvent en tournée. Du coup, ça devient un monde différent avec Jean, Mike, Max, une sorte de groupe, alors qu’à la base c’est vraiment toi seul chez toi. Est-ce que tu trouves ton équilibre là-dedans avec d’une part le côté « je compose, c’est moi » et l’autre « je joue, on est plusieurs et j’essaye de varier au maximum en jouant la guitare et tout » ? Est-ce que tu vas tendre vers cette forme de groupe ou est-ce que ce sera toi aux manettes ?

Rémi : Alors c’est une bonne question. Au fait, je me suis posé cette question pendant très longtemps et ça a abouti, au final, à l’expérimentation que j’ai faite avec Max Michel à la guitare. On était trois sur scène. Ce que j’ai ressenti c’est que la formule batteur/électronique c’est la formule qui marche le mieux. Parce que c’est simple, c’est très visuel avec deux personnes qui font vraiment un truc très différent. Y a un espèce de conflit entre deux choses. C’est binaire en fait. Et donc pour répondre à ta question, l’équilibre je le trouve vraiment dans cette formule là : batteur-moi. Après ça ne veut pas dire que je n’ai pas la liberté de faire ce que je veux de mon côté. Par exemple je prends une guitare. J’ai envie d’évoluer avec ça, j’ai envie de me mettre un clavier. J’ai envie d’aller un peu plus loin, d’avoir plus d’interactions avec la musique elle-même et de jouer vraiment de la musique plus que de la mixer. Mais justement, moi ça me donne beaucoup de liberté et ça donne au concert un aspect humain et puissant grâce à la batterie. Je pense que c’est la formule parfaite et c’est pratique : on voyage dans une voiture. On n'a pas besoin de van, on n’est pas un groupe. C’est vraiment très pratique. 

Jean: Ça c’est le côté pratique comme tu dis, mais c’est vrai que côté live quand tu as un guitariste, lui sur scène plus un batteur derrière, ça commence déjà à avoir la gueule d’un groupe. Alors que là on est dans un truc hybride. Moi avant de jouer en live avec Rémi je les ai vus plein de fois, d’abord à deux puis à trois. Max Michel c’est un excellent guitariste, mais pour The Algorithm dès qu’il y a un groupe ça devient moins spécial.

Rémi : En fait, quand tu nous vois en live tu te dis « C’est deux gars ». L’idée du projet c’est vraiment la fusion entre l’électronique et le metal, c’est pas un groupe de metal qui fait de l’électro. Donc c’est aussi important visuellement d’avoir quelque chose qui est cohérent avec ce projet là. Et puis même au niveau du son, avoir un guitariste qui joue absolument tout tout le temps, c’est très difficile à mixer. Avec tous les synthès, tout ce qui se passe dans la musique... c’est super difficile. Et très souvent, il y a une partie guitare qui va durer 10 secondes puis ça va partir sur de l’électro. Donc avoir un guitariste tout le temps ça n'a pas trop de sens non plus. Tandis que prendre une guitare, faire un riff et la ranger ça a plus de sens.


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