Anathema

Entretien avec Danny Cavanagh - le 10 avril 2014

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Ptilouis

Une interview de




Anathema_20140410

Après Weather Systems et un live rempli d'émotion nommé Universal, Anathema s'en est retourné pour créer leur nouvel album Distant Satellites. Chanceux, j'ai eu l'opportunité de rencontrer Danny Cavanagh (guitare), l'un des maîtres à penser du groupe et de lui poser des questions sur ce fameux Distant Satellites. C'est autour d'un café dans un hôtel parisien que le guitariste a bien voulu répondre à mes questions avec gentillesse et sincérité et me dévoiler comment Distant Satellites a été composé.

Ptilouis : Vous avez réalisé un live en novembre, Universal, quel était le but de live ? Officialiser la présence de Lee (ndlr: Lee Douglas, chanteuse officielle depuis Weather Systems) ?

Danny : Non, ce n’est pas pour ça. Ce fut l’idée de quelqu’un d’autre de faire un live album, ce n’était pas mon idée, mais c’était le bon moment pour ce genre de chose et il n’y avait pas vraiment un bon document live du groupe et maintenant nous en avons un. Le groupe va bien mieux en tant que groupe de scène et d’idées. Et tu sais, c’est bien de décrire cela, j’imagine,  c’est bien de sortir cela pour que tout le monde puisse voir le groupe et ce qui le concerne.

Ptilouis : Nous allons maintenant parler de Distant Satellites. J’ai écouté l’album plusieurs fois, ce fut vraiment agréable. Comment s’est déroulé le processus pour créer l’album cette fois-ci ?

Danny : Eh bien, ce fut exactement comme pour le précédent, vraiment. Nous nous sommes réunis, je crois que c’était en mars 2013 et nous avons mis toutes les idées de morceaux dans un ordinateur, fais de petites démos. Nous nous sommes retrouvés en novembre 2013 et avons pris des décisions sur ces démos et fait une tracklist des musiques et avons ajouté une chanson qui est la piste numéro 4 ("Ariel") et ce fut tout. Puis, nous avons commencé le 2 décembre à enregistrer, écrire toutes les paroles et finir les morceaux en studio.

Ptilouis : Je me souviens que pour Weather Systems vous aviez quelques morceaux mis de côté provenant des sessions We’re Because We’re Here. Est-ce que ce fut la même chose pour cet album ?

Danny : Ouais, je pense que ce fut la même chose. Alors que Weather Systems était terminé, quelques morceaux comme la piste 6 ("Anathema") sur l’album commençait à être créée. Mais les pistes 1 et 2 (moment de réflexion puis lentement) et 3… et 4… et 5… Ouais, les pistes 7 à 10 furent toutes des idées venant d’avant Weather Systems. Ce sont des morceaux plutôt anciens. Et les pistes 1 à 6 étaient toutes nouvelles.

Ptilouis : Ah c’est drôle. Car quand j’écoute le nouvel album, je trouve que de "The Lost Song part1" à "The Lost Song part3" les morceaux me rappellent une atmosphère à la Weather Systems et les suivantes des albums plus anciens.

Danny : C’est vrai. Les gens pourraient penser que les six premiers morceaux étaient là depuis longtemps et que les quatre derniers sont nouveaux. Mais c’est l’inverse, je n’avais jamais vraiment pensé à ça. Les quatre derniers morceaux étaient présents depuis longtemps. Des années.

Ptilouis : Dans les quatre derniers morceaux, il y a un côté électronique (il acquiesce). J’avais lu que tu étais intéressé pour mettre de la batterie électronique… C’est rafraîchissant.

Danny : Oui, je pense aussi que c’est rafraîchissant. Et nous en avons besoin, nous devons continuer de nous développer sinon ce serait étrange et le groupe ne resterait pas heureux de cette façon. Je ne pourrais pas garder les gars heureux, si nous restions les mêmes, je ne pourrais pas garder les gars heureux. Donc, je pense que nous avons commencé à emprunter une nouvelle voie et je pense que les deux prochains albums à partir de maintenant seront aussi plutôt différents encore.

Ptilouis : Je pense que l’album est plus sombre, que les voix sont plus tristes et les orchestrations plus subtiles. J’ai lu que tu cherchais à fournir un nouveau propos par rapport à Weather Systems qui ressemble un peu à We’re Here Because We’re Here.

Danny : C’est plutôt vrai, tu es assez observateur. Ce n’est pas un processus très conscient, nous choisissons les morceaux et ensuite les morceaux choisissent leur propre direction, si cela a du sens. La musique choisit sa propre direction et nous tentons de la suivre là où elle nous mène. Comme si c’était un animal, mais nous ne le guidons pas, c’est là où l’animal va que nous le suivons. C’est comme suivre son propre bébé (rires). Et c’est comme ça que ça arrive. C’est toujours comme ça, nous avons tendance à laisser les morceaux aller là où ils veulent se diriger. Et cela arrive que les morceaux que nous avons choisis… le désir était que les morceaux soient plus électroniques, mais ils ne furent pas choisis pour cette raison, ils furent choisis car c’était de bons morceaux, tu sais, avec une bonne mélodie. Et ensuite la décision pour le côté électronique a été, presque, prise par la musique. Ce n’était pas vraiment notre décision.

Ptilouis : Vous avez un morceau qui n’est pas divisé en deux mais en trois parties cette fois-ci. Peux-tu expliquer cela ?

Danny : Bien sûr ! Alors, vers 2008-2009 j’ai écrit un morceau, un riff, pour lequel je pensais qu’il deviendrait un classique. Mais le riff que j’ai écrit avait disparu de mon enregistreur et je ne pouvais le retrouver, je n’ai jamais pu m’en souvenir.

Ptilouis : J’ai déjà vécu ça.

Danny : Ah ouais (rires). C’était la merde. Et John m’a dit, « ne te dis pas que le riff tuait, dis-toi qu’il n’était pas si terrible ». Mais je savais qu’il était bien et je ne pouvais m’en souvenir et j’ai essayé de m’en souvenir, j’ai essayé de m’en consciemment, essayé d’y revenir : « Qu’est-ce que je jouais ? A quoi je pensais ? » Et je ne pouvais mettre fin à mes tentatives que j’ai écris ces autres morceaux. Et ils viennent tous de ces tentatives.

Ptilouis : "The Lost song" sont donc bien nommées.

Danny : Ouais. Il y a toujours un morceau perdu et je ne pense pas que je le retrouverai. Mais j’en ai trois nouveaux. (rires)

Ptilouis : Les trois morceaux sont liés.

Danny : Ouais, c’est musicalement différent, mais le rythme reste le même. Ils furent tous en grande partie improvisés en studio, basé sur le rythme et le morceau que j’avais perdu et tenté de me rappeler. Ils furent séparés, parce que ça n’aurait pas été bon de les mettre ensemble, leur rythme était trop proche, trop similaire, on ne pouvait les mettre ensemble.

Ptilouis : J’ai remarqué que Lee Douglas ne chantait que sur la première de l’album. Pourquoi ne chante-t-elle pas ensuite ?

Danny : En réalité, cela n’avait pas été prévu. Les plus vieux morceaux furent créés à la fin, après ce fut fini. Nous avons donc juste fait les morceaux sans penser à ce que Lee pourrait faire. Et c’est seulement quand je les ai rassemblé que j’ai réalisé que tous les morceaux avec Lee étaient au début. Mais ce n’était pas prévu, comme pas mal de choses (rires).

Ptilouis : Votre album a été produit une nouvelle fois par Christer (ndla: Christer André-Cederberg, qui a aussi produit le précédent album). Il fait un peu parti de la famille maintenant ?

Danny : Ouais, vraiment. Il est super. Il était vraiment dedans, depuis le début, dès les démos même en 2013, la préproduction, l’écriture, le choix des morceaux et l’enregistrement de tous les morceaux, le mix… Il n’a pas tout fait, mais c’est essentiellement parce qu’il a du aller à l’hôpital pour une opération. Il n’a pas pu aller pendant une semaine en studio, il n’était vraiment pas en forme. Nous avions besoin d’une aide extérieure pour finir l’album à temps et donc Steven Wilson est venu.

Ptilouis : O.K, Quelle fut la touche de Steven Wilson sur l’album ?

Danny : Steve est venu en urgence. C’est vraiment une très bonne personne.

Ptilouis : Oui, il a mixé We’re Here Because We’re Here.

Danny : Ouais et bien d’autres choses.  J’ai beaucoup aimé cet enregistrement.

Ptilouis : Le groupe a écrit un morceau intitulé « Anathema », c’est plutôt étrange.

Danny : Oui, c’est une déclaration.

Ptilouis : Le morceau parle du groupe ? Je n’ai pas complètement saisi les paroles.

Danny : No Comment. Je ne le dirai à personne, c’est un secret (rire)

Ptilouis : Distant Satellites a un tempo très lent qui me fait penser aux anciens Anathema (ndla: quand je dis ça je pense à A Natural Disaster, d'où l'incompréhension)…

Danny : Tu veux dire le morceau électronique ? Il n’a rien à voir, pas du tout metal (rires). Il est loin d’être lié aux vieux Anathema. C’est le morceau le plus éloigné de l’ancien Anathema. Pas nécessairement dans la construction (l’agencement), les paroles ou les mélodies, mais dans l’approche, dans l’approche électronique.

Ptilouis : Il n’y a pas beaucoup de solos de guitares dans l’album…

Danny : Il y en a un au moins !

Ptilouis : Oui sur "Anathema", il ne peut pas se rater. Mais sinon, l’album est moins orienté sur les guitares (électriques, acoustiques).

Danny : Pour les solos, c’est vrai que j’oublie, j’oublie souvent de faire des solos de guitares. Sinon, l’album est plus piano. Le piano remplace la guitare acoustique. Nous avons juste voulu mettre plus de piano et c’est arrivé comme ça. Tu sais, j’écris plus de piano ces derniers jours, mais ce n’est pas vraiment un choix. Et John fait aussi plus de piano, il s’y sent plus épanoui.

Ptilouis : Peux-tu me parler du titre "Distant Satellites" ?

Danny : Oh, il vient de John Douglas. Il a écrit le morceau et m’a donné son titre et tout à propos de l’idée. J’ai juste pensé que c’était magnifique et plein de compassion et refléter bien son histoire et notre histoire et immédiatement, en moins de 5 minutes, j’ai pensé que ce devait être le titre de notre album. J’ai demandé à tout le monde ce qu’ils en pensaient, ils ont tous dis oui , le manager aussi et nous avons gardé le titre. Je suis très content qu’ils aient accepté.

Ptilouis : En parlant de John (ndla: Douglas, le batteur), quel est son rôle dans le processus de création ?

Danny : Il est très central. John fait partie de la colonne vertébrale du groupe, du noyau du groupe depuis ses débuts. Et il a fait véritablement parti de l’écriture des morceaux à partir de The Silent Enigma, mais il était déjà très présent dans Judgement. Il a toujours été un très bon soutien pour écrire et a une bonne imagination musicale expliquant quelle musique est bonne et pourquoi. Ce qui est cool car nous avons notre héritage en commun. Il fait partie de l’équipe depuis aussi longtemps que Vincent au fait. Il est au cœur du songwritting depuis plus depuis 10 ans.

Ptilouis : Et Lee a participé…

Danny : Pas vraiment à l’écriture, non. Elle n’est pas loin et ça lui va ainsi qu’à nous. Elle est plus une interprète pour nous et je pense qu’elle est plutôt heureuse comme cela.

Ptilouis : Peux-tu parler un peu de l’artwork de Distant Satellites qui semble plus simple.

Danny : Ouais, il est plus simple comme l’album est plus simple et les harmonies sont plus simples aussi. J’ai juste tapé Distant Satellites et Distant Light sur Google et trouvé cette œuvre provenant d’une installation d’un artiste à New York (ndla: Sang Jun Yoo, un artiste coréen). Je lui ai envoyé un mail le même jour, il m’a répondu tout de suite et a accepté. C’est aussi simple que ça.

Ptilouis : Vous allez faire des show acoustiques en mai pour promouvoir Distant Satellites. Tu aimes ce genre de concerts ?

Danny : J’aime ça oui.

Ptilouis : Et comparé aux show électriques ?

Danny : J’aime les deux. L’un est plus calme tandis que l’autre est plus bruyant. L’ambiance n’est pas la même. Le public est plus proche en acoustique, plus posé en accordant plus d’importance aux beaux arrangements et au piano, c’est super. J’aime ça. Et j’aime ça aussi parce que c’est plus calme et contrôlé. Le groupe est différent, il a une culture plus énergique. J’aime les deux.

Ptilouis : En parlant influence, tu as quelques musiques récemment qui t’inspirent ?

Danny : Oui, le nouveau morceau de Coldplay intitulé "Midnight", je l’ai écouté hier soir pour la première fois. Et j’ai été vraiment transporté et impressionné. C’est brillant, je pense que c’est la meilleure chose qu’ils aient écrite. C’est vraiment, vraiment, vraiment bon, c’est fantastique. Je suis vraiment soufflé par ce morceau.

Ptilouis : C’est la fin de l’interview, tu as quelque chose à rajouter ?

Danny : Non, juste Merci (ndla: en français dans le texte) et à bientôt Paris. C’est cool d’être à Paris, j’aime être ici et jouer ici. Alors merci. Merci la France, merci beaucoup (ndla: en français aussi) !


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