Belenos

Entretien avec Loïc Cellier - le 15 juin 2012

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Silverbard

Une interview de




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Ce qui est bien à l'espace presse du Hellfest, c'est qu'on croise plein de gens et parfois même des personnes qui ne nous semblent pas totalement inconnues ! Eh oui, il n'est pas toujours évident de reconnaître les artistes, sortis de leur contexte et leur déguisement. C'est le cas de Loïc Cellier, qui a rangé cape et armure au profit d'un t-shirt Belenos, bien reconnaissable des initiés. Et c'est avec sympathie que la tête pensante du groupe breton nous accorde une interview, l'occasion pour lui de nous présenter les actualités du groupe.

Silverbard : Ma première question est sur la prestation d'il y a quelques heures, quelles sont tes premières réactions à chaud ?

Loïc : Globalement, nous sommes à peu près satisfaits. Ce n'était pas parfait pour nous sur scène car nous n'avions pas un bon son sur les retours, c'était vraiment limite. Sur les deux premiers morceaux, mon guitariste et mon bassiste m'ont dit que ce n'était pas génial, mais je pense que sur la fin ça a été. Niveau public par contre, nous ne pensions pas qu'il y allait avoir autant de monde sous le chapiteau ! Sinon, je pense que nous avons plutôt bien joué donc nous étions contents d'avoir participé au festival.

Silverbard : C'est votre première fois au Hellfest, qu'est-ce que ça te fait d'avoir pu jouer dans ce festival à la renommée désormais internationale et pourtant si proche de ta Bretagne natale ?

Loïc: Oui ça fait un peu bizarre parce que d'une part, on est un groupe vraiment local et d'autre part, c'est comme mettre un pied dans la cour des grands. C'est un honneur d'avoir joué ici, surtout que les petits groupes comme nous qui ont la chance de participer ne reviennent pas de sitôt, contrairement aux têtes d'affiche qui sont présentes une année sur deux. A présent, on peut se dire : on peut mourir tranquille, on l'a fait ! (rires)

Silverbard : Mais au vu de votre vaste discographie, je trouve quand même que votre présence apparaît « légitime » !

Loïc : Oui c'est sûr… Belenos a en effet 17 ans d'existence. Je ne compte même plus les albums, il doit y en avoir 6 ou 8 selon si on considère ou pas les démos… C'est vrai que nous ne nous sommes pas formés il y a quinze jours et c'est un long cheminement pour arriver jusqu'ici.

Silverbard : Alors je vais te passer l'affiche du festival et tu va me dire ce qu'en temps que festivalier, tu serais allé voir à ce Hellfest 2012 ? (tu n'as pas le droit à Belenos bien sûr !)

Loïc : Alors… en temps que festivalier je serais allé voir Megadeth et King Diamond pour voir ce que ça donne car je ne connais pas trop finalement. Voilà pour le vendredi. Le samedi, bah Guns N' Roses parce que j'écoutais ça quand j'étais beaucoup plus jeune et que je ne les ai jamais vus sur scène… Pareil pour Machine Head, je les verrais au moins une fois. Après Enslaved et Behemoth, je les ai déjà vus, mais c'est toujours un plaisir. Pour le dimanche, Blood Red Throne parce que ça a l'air de bien tabasser, Suffocation pareil pour voir comme ça. Après je vais malheureusement rater des groupes parce que je serai déjà reparti, comme Arcturus, que j'ai vu il y a quelques années à Rennes et c'était très bien, pareil pour Dimmu Borgir.

Silverbard : Et Ihsahn ?

Loïc : Oh oui j'aimerais, mais je risque de le rater aussi… Et puis, en temps que groupe français, il y a Alcest qui n'est pas inintéressant non plus. Et j'allais oublier nos potes d'Aosoth que j'irai voir. Ce qui est bien cette année au niveau de la programmation, c'est qu'entre groupes de black français, on se connaît à peu près tous donc on est solidaire entre nous. J'aurais pu citer Glorior Belli ou Merrimack aussi…
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Silverbard : Finalement au niveau du black metal, est-ce que tu te sens vraiment appartenir à la scène en temps que telle ? Il y a quand même un fort aspect pagan / folk chez Belenos…

Loïc : Oui… mais pas tant que ça finalement. C'est vrai que notre musique est partagée entre black metal et folk metal. Et visiblement, il y a très peu de groupes partagés à ce point entre les deux, ce n'est pas vraiment à la mode. Mais malgré tout, on arrive à se faire apprécier et connaître. Plus généralement, je pense que si les gens ne sont pas trop élitistes sur les styles black ou folk, ils ont des chances d'aimer plus ou moins ce que nous jouons.

Photo_belenos_hellfest_2_298h_300w Silverbard : Toutefois pour une partie des fans, le black metal est un style qui exige une certaine intégrité vis-à-vis des débuts du genre. Est-ce que tu penses que c'est logique qu'il y ait cependant une évolution vis-à-vis du style établi dans les années 1990s ? Prenons Moonsorrow jouant aujourd'hui, étiqueté « pagan », qui va piocher dans de nombreuses influences – folk entres autres – et qui semble illustrer une tendance actuelle à la mixité.

Loïc : Il est clair que le style a aujourd'hui bien évolué, il y a de multiples sous-branches… Mais je pense que Belenos demeure musicalement plus black que folk, tandis que c'est l'inverse dans l'imagerie et l'état d'esprit, on est plus folk que black. Ca résume bien l'affaire.

Silverbard : Pour prolonger le débat, je remarque que dans les « expérimentations » vis-à-vis du black metal, les côtés médiéval et folk sont généralement mieux appréciés que les touches electro ou fantaisistes, ne serait-ce que par le saxophone utilisé dans le projet solo d'Ihsahn… Quel est ton avis là-dessus ?

Loïc : Pour Ihsahn, tu prends tout de même un exemple de musique très expérimentale à la base alors que chez Belenos, nous sommes loin de ce stade-là ! Finalement, c'est vrai que nous sonnons plutôt « old school » et notre particularité est le côté celtique que nous y avons intégré, plutôt peu repris dans le metal, comparé aux influences vikings de beaucoup de groupes scandinaves. Ils sont nombreux à jouer là-dessus et c'est légitime. On essaie de faire l'équivalent avec notre culture locale, même si au fond cela reste des histoires de mode.

Silverbard : Parlons à présent des activités de ta formation. Quelles ont été les actualités de Belenos ces dernières années ?

Loïc : Le dernier album est sorti il y a bientôt deux ans et nous n'avons pas vraiment fait de prestations scéniques pour le promouvoir. Les concerts n'ont repris que début 2012, en guise d'entraînement pour le Hellfest. A présent, nous allons essayer de donner des shows plus régulièrement, même s'il n'y en aura peu au total, nous n'avons pas envie de laisser trois ans filer sans aucun concert.

Silverbard : Les festivals sont donc de belles opportunités pour toucher un public qui n'aurait pas forcément été présent sur des dates plus isolées, surtout dans un style comme le black qui ne bénéficie pas souvent de salles très exposées ?

Loïc : Oui, bien sûr. Le Hellfest permet non seulement de jouer devant un grand nombre de Français, qui pour beaucoup nous ont déjà vus, comme nous avons tourné surtout en France jusqu'à présent. Mais c'est aussi l'occasion de jouer devant pas mal d'étrangers, pour qui c'est l'occasion rêvée de voir des groupes qui ne passeront jamais chez eux. Je viens par exemple de croiser des Ukrainiens qui connaissent Belenos et ça m'étonnerait qu'on puisse un jour aller jouer dans leur pays. C'est vraiment génial sur ce point ! Et d'autre part, c'est tellement grand et il y a tellement de monde que ça te fait le même effet que la première fois où tu as une interview dans Metallian sur ton groupe. Au lieu de « Whouah ! Je suis dans Metallian ! » , tu te dis « Whouah ! Je suis au Hellfest ! ». (rires)
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Silverbard : Est-ce que le groupe a des objectifs à présent, étant donné que vous existez depuis assez longtemps ? Est-ce que ce serait plutôt tourner en tête d'affiche, réussir à mieux s'exporter à l'étranger ou est-ce que vous préférez vous contenter du succès actuel et tendre vers un équilibre ?

Loïc : Disons qu'avoir un gain de succès, nous ne sommes clairement pas contre. Mais je préfère que ce soit progressif que d'un coup brusque parce que dans ce cas, ce n'est pas évident à encaisser. C'est mieux de pouvoir sentir les choses évoluer tranquillement. Sinon jusqu'à présent, nous n'avons jamais vraiment joué à l'étranger, excepté deux concerts en Belgique il y a très longtemps qui étaient pourris donc je n'en tiens pas compte. Cependant à partir de cette année, nous allons un peu jouer en Allemagne même si nous ne pouvons pas planifier de tournée comme nous avons tous un travail respectif à côté du groupe. Mais il est clair que nous allons tenter l'expérience à l'étranger sur des festivals.

Photo_belenos_hellfest_4_458h_300w Silverbard : Vous êtes actuellement sur le label allemand Northern Silence, est-ce que vous envisagez de passer sur un label de plus grande envergure afin de mieux promouvoir le groupe ?

Loïc : Ce n'est pour l'instant pas prévu. Si on grossit encore, peut-être le groupe se rendra compte, et le label aussi, qu'il faudra passer à autre chose. Mais nous n'en sommes pas à ce stade là. Le problème de notre label actuel est qu'il ne s'occupe pas du tout de nous trouver des concerts, donc c'est à nous de nous débrouiller. Cependant, comme nous sommes quand même connus, ce sont plutôt les gens directement qui viennent nous démarcher et nous faisons ensuite le tri dans les propositions. Toutefois, j'avoue avoir toujours été plus attiré par l'aspect studio et faire des albums. Mais il est clair qu'aujourd'hui, de par la multitude de groupes, le seul moyen d'exister et de survivre, c'est la scène. C'est pour cela qu'on veut essayer d'être plus régulier sur ce point, car les débouchés ne se font pas avec les albums mais les concerts. On essaie donc de viser plus haut à notre rythme. Par exemple, sur les 18 prochains mois, on a prévu 3 sorties : deux rééditions et un nouvel album.

Silverbard : Comme tu abordes ce sujet, en terme de musique simplement, est-ce que tu penses que Belenos est un groupe plus adapté pour le studio, le live ou est-ce que finalement les deux se complètent ?

Loïc : Disons qu'en studio, c'est toujours « facile » d'enregistrer ce que tu as à l'esprit. Si un jour tu veux mettre de la harpe par exemple ou faire des morceaux plus compliqués, tu peux très bien te le permettre. Sur scène, c'est tout l'inverse. Tu ne peux faire que des compromis et simplifier au maximum, sinon tu ne peux pas t'en sortir. Par exemple, les morceaux que nous avons joué tout à l'heure n'ont pas été choisis par hasard. Nous savons qu'à la base, ils vont bien passer sur scène. Concernant les voix claires, je mets souvent en studio 3 ou 4 pistes en même temps, tandis que sur scène, il n'y en a qu'une ! Forcément, le rendu n'est pas le même, sans parler des effets de reverb… En live, il faut considérer  une nouvelle facette qu'on ne peut pas montrer en studio. Il faut un peu oublier le groupe qu'on connaît pour la forme et ne garder que le fond. Ce fond, nous l'avons sur scène et nous lui apportons une nouvelle forme.

Silverbard : Très bien, on arrive à la fin de l'interview. Tradition du webzine, tu as le mot de la fin, si tu veux ajouter quelque chose tu peux, sinon on peut s'arrêter là.

Loïc : Niveau concert, nous jouerons normalement l'an prochain au Motocultor pour l'édition 2013. Nous ferons aussi deux concerts en fin d'année 2012, à Bressuire vers Niort avec Angmar et à Limoges pour un festival de Noël. Et puis en septembre un festival pagan en Allemagne, le Fimbul Festival. Cet été, je vais préparer des rééditions, et cet hiver j'enregistre le nouvel album. Donc une actualité bien chargée ! (rires)


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