Thy Catafalque

Entretien avec Tamás Kátai - le 28 février 2012

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Silverbard

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Winter

Une interview de




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Depuis 2004 et l'album Tûnõ idõ tárlat, Thy Catafalque produit des albums aussi originaux que de grande qualité. Si le groupe était à la base un duo, il s'agit maintenant d'un "one-man band", puisqu'il ne reste plus que le seul Tamás Kátai à bord. Ce sympathique Hongrois aux multiples facettes (il est également photographe) et résidant en Ecosse, a accepté de répondre à quelques questions avec sa simplicité et son intelligence coutumières. Amateurs de déclarations grandiloquentes et provocatrices s'abstenir. Amoureux de la musique, soyez les bienvenus dans le monde de Thy Catafalque.

Winter : Salut Tamás. Maintenant que vous êtes sur un plus gros label (Season of Mist), les choses ont l’air d’aller pour vous. Aimes-tu être une rock-star ? (sourire)

Tamás Kátai : En fait, il n’y a hélas pas de changement dans ma vie si l’on excepte le fait de devoir répondre à plus d’interviews. Mais je vais bien, merci.

Winter : Plus sérieusement, qu’est-ce que le fait d’avoir un deal avec Season of Mist change de ta vie musicale ? Les choses sont-elles plus faciles maintenant ?

Tamás Kátai : Il n’y a pas vraiment eu de changement. Mais bon, le fait que Season of Mist étudiera probablement la possibilité de produire l’album suivant procure une sensation de sécurité, et ça, c’est une bonne chose. Mais tout le reste est comme avant.

Silverbard : Vous avez fait le buzz avec Róka Hasa Rádió, l’enthousiasme des fans est encore présent avec votre nouvel album Rengeteg, qui est loué de manière unanime. Comment vis-tu cette reconnaissance et est-ce que cela te donne envie de te surpasser ?

Tamás Kátai : Franchement, il y a des moments où je me sens un peu submergé et cela m’effraie d’une certaine manière. Après Rengeteg, l’album suivant sera attendu au tournant. Alors ce que je fais, c’est me rappeler que je dois faire ce que j’ai envie de faire sans prendre rien d’extérieur en considération. Je dois juste avoir en confiance en moi, le reste importe peu.

Winter : Si tu avais plus de moyens pour tes projets musicaux, dans quoi les investirais-tu ? Dans le marketing, la vidéo, la production… ?

Tamás Kátai : Je m’achèterais des instruments qui tiennent la route, et aussi un bon ordinateur. Je recruterais également des musiciens professionnels pour jouer des instruments que je ne sais pas jouer. Je pourrais dépenser beaucoup d’argent pour avoir de bons musiciens.
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Winter : Tout comme Bathory ou Summoning, Thy Catafalque ne joue jamais en live. Est-ce que c’est le choix que vous avez fait dès le départ ? Cela permet-il d’être plus créatif ?

Tamás Kátai : Quand nous avons commence en 1998, nous n’avions pas d’autres choix. Nous avons toujours été seulement deux, et donc nous n’avons jamais envisagé de jouer les morceaux sur scène. Et en plus maintenant, je suis tout seul. Oui, cela donne une certaine liberté de création, tu n’as pas à t’occuper de savoir comment reproduire les choses en live, c’est quelque chose sur lequel il n’y a pas à s’attarder. Jouer en live, c’est autre chose et il y a aussi un temps pour ça. Souvent il y a une énergie qu’il est impossible de créer sur un album. Il y a des avantages et des inconvénients à la situation, mais de toute façon, au jour d’aujourd’hui je n’ai pas la possibilité de jouer sur scène avec un groupe. Je pourrais m’efforcer plus en ce sens, mais après tout, je n’ai jamais eu cette ambition, ni cette capacité, donc je préfère me centrer sur la composition plus que sur la prestation musicale.

Silverbard : Ta musique est très visuelle, elle évoque beaucoup d’images. Comment suggérerais-tu à tes fans de vivre ta musique ? Par exemple, est-ce que la forêt (qui est le sujet central de Rengeteg) pourrait être l’endroit idéal pour apprécier ta musique ?

Tamás Kátai : Mesdames et messieurs, faîtes ce qu’il vous plaît ! Faites usage de la musique pour votre plaisir et votre édification de la manière dont vous le souhaitez.

Photo_thy_catafalque_2_578h_300w Winter : En ce qui concerne le nouvel album Rengeteg, les chansons longues et complexes ont disparu. Les nouveaux morceaux sont plutôt courts, plus orientés métal. Etait-ce planifié ? Ton évolution artistique suit-elle un chemin prédéterminé ?

Tamás Kátai : C’est comme ça que les morceaux sont sortis cette fois-ci, ça n’a jamais été planifié. Parfois un poème de quatre lignes en dit plus qu’un roman. Il y avait des morceaux que je n’avais pas envie d’allonger juste pour le fait d’avoir des chansons longues, elles étaient pleines et parfaitement abouties sans en rajouter. Ceci dit, il y a encore un morceau de presque dix minutes et un autre de quatorze minutes et de plus, le sujet de ces chansons aurait demandé une exposition encore plus tortueuse. Tout dépend du sujet traité.

Winter : La dernière chanson du nouvel album, "Minden Test Fu", est un peu atypique. On dirait du black metal scandinave classique. Peut-on le considérer comme un hommageà la scène scandinave ?

Tamás Kátai : Ouais, j’ai dû écouter trop d’Emperor et de Dissection jadis, mais si tu écoutes nos premiers albums, tu y trouveras plus de titres comme celui-là. Cette scène a été la raison principale pour laquelle nous avons créer le groupe et je continue à aimer ce monde. Et j’ai pas mal de trucs comme ça en réserve.


Silverbard : Sur les parties les plus agressives de l’album, le son de la guitare est très spécial, comme sur-compressé et saturé. Les riffs sont, par conséquent, énormes et ils contribuent vraiment à l’ambiance de l’œuvre. Cependant, n’as-tu pas peur qu’un tel son soit moins naturel et organique ?   

Tamás Kátai : C’est une bonne question. Tout d’abord, je ne considère pas du tout ma musique comme étant agressive . L’agression est quelque chose qui ne m‘intéresse pas. Cette musique est parfois lourde, pesante, compacte, massive, mais jamais agressive. J’ai cherché à obtenir un son obscur et pesant, et, quand j’en avais besoin, un son de guitare bruyant, surchargédense et rugeux. Définir ce qui est naturel et ce qui ne l’est pas est une histoire de point de vue. On peut même penser que le son de n’importe quelle guitare électrique ou n’importe quel instrument électronique n’est absolument pas naturel. C’est juste que nous y sommes habitués de nos jours, ce qui n’était pas le cas dans les années 60 ou avant. Mais je peux comprendre que l’on trouve notre son inorganique et, dans certains cas, je suis même d’accord. Tu sais, même la batterie est programmée. Mais laisse-moi ajouter qu’il y a des sujets qui requièrent un mode d’expression froid et austère.

Silverbard : Le metal mis à part, quelle sorte de musique considères-tu comme une source d’inspiration majeure ? Ta musique contient des éléments acoustiques et folkloriques, mais aussi des passages d’ambient ou d’électro, comment réussis-tu à combiner ces éléments si opposés ? 

Tamás Kátai : Je fais simplement ce que je sens être juste, sans faire attention aux genres car cela ne m’intéresse pas. De nos jours, nous avons à notre disposition plein de musique bonne et variée et j’aime vraiment en écouter, tout comme je refuse de cataloguer ma musique.

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Silverbard : Toutes les paroles des chansons sont écrites dans ta langue maternelle. Cette pratique est de plus en plus commune parmi les groupes de metal de nos jours (par exemple, les Islandais de Sólstafir). Comment interprètes-tu cette tendance et qu’en penses-tu ?

Tamás Kátai : Je n’appellerais pas le fait de chanter dans sa langue maternelle une tendance. C’est la manière la plus naturelle et instinctive de s’exprimer. Ça devient de plus en plus fréquent dans certains cercles, il y a et il y aura toujours des exemples de ce phénomène dans le black metal et la musique liée d’une manière ou d’une autre au folklore. Mais tu n’as pas tant de groupes très connus de death metal, de metalcore, de thrash ou de heavy metal qui chantent dans une langue qui ne soit pas l’anglais. J’aime des groupes comme Sólstafir, Negura Bunget, Drudkh ou les anciens albums de Ulver parce qu’ils utilisent leur langue maternelle et quand tu écoutes ces groupes tu comprends immédiatement pourquoi ils le font – parce que leur musique est également nourrie par leur patrie. Ce qui leur donne véritablement de la profondeur, du caractère et de la singularité. 

Winter : Votre inspiration semble, justement, venir de ton pays d’origine, la Hongrie. Comme tu vis en Ecosse, ce dernier pays a-t-il également une influence sur ton œuvre ? Si c’est le cas, est-ce une influence croissante ?

Tamás Kátai : L’influence est certaine. J’aime l’Ecosse, c’est très different de la Hongrie, de la mentalité des gens, au climat, en passant par la géographie. Sans l’Ecosse, je n’aurai jamais écrit de morceaux comme "Vashegyek" ("Les Montagnes de Fer"). Ceci dit, la musique folk écossaise avec ses cornemuses, c’est quelque chose qui ne m’intéresse pas! (rires) Mais le pays est une merveille.

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Winter :  En ce qui concerne la musique en général, si tu pouvais faire partie d’un groupe  « célèbre » , lequel choisirais-tu ?

Tamás Kátai : Ce serait VHK, un groupe hongrois, pas de métal, l’un de mes « all time favourites ».

Winter :  Le groupe le plus sous-estimé que tu connaisses ?

Tamás Kátai : VHK.

Winter : Une dernière question : certains musiciens disent qu’ils voient le black metal comme un mode de vie. D’autres se considèrent comme des « gens normaux ». Où te situes-tu ?

Tamás Kátai : Je n’ai jamais été un vrai  « metalhead » , je n’ai jamais porté, par exemple, de T-shirts avec des logos, des crânes ou des trucs dans ce genre. J’aime le metal, mais sincèrement, je ne fais pas attention aux paroles de la plupart des groupes, car elles sont vraiment stupides en général. Mon mode de vie est très différent et n’a rien à voir avec un quelconque « style de vie metal ». En fait, c’est même l’opposé de ce style, sur bien des domaines.



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