Scorpions

Entretien avec James Kottak (batterie) - le 23 février 2009

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Cosmic Camel Clash

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Kroboy

Une interview de




Scorpions_20090223

La nouvelle est tombée il y a quelques mois : après la tournée de promotion du petit dernier Sting In The Tail (chronique ici), Scorpions splitte. La réponse générale à cette annonce ayant été « mais bien sûr, on y croit à mort », les Éternels ont saisi l'occasion de rencontrer James Kottak à Paris pour en savoir plus. Jugez par vous-mêmes...


Cosmic Camel Clash : Bien ! Avant d'aborder l'actualité, peux-tu nous rappeler dans quelles circonstances tu avais rejoint Scorpions en 1996 ?

James Kottak : Je faisais partie d'un groupe appelé Kingdom Come, et nous avons joué en première partie de Scorpions quatre mois durant aux USA... je pense que c'était en 1988. Je me suis lié d'amitié avec les membres du groupe, j'ai enregistré un album avec Michael Schenker, puis un beau jour de 1995 ils m'ont tout simplement appelé : « Hey, tu veux venir jouer avec nous ?». J'ai donc commencé à enregistrer avec Keith Olsen, qui avait non seulement produit Crazy World mais avait aussi bossé avec Kingdom Come. Nous étions en terrain connu... le monde du rock'n roll est finalement très petit. Bref, nous étions amis à la base jusqu'au jour où ils m'ont appelé pour que je les rejoigne, et tout a très bien fonctionné. C'était dingue.

PhotoCosmic Camel Clash : L'époque à laquelle tu as rejoint le groupe n'était pas facile, en particulier concernant l'opinion des fans. Je pense aux albums Pure Instinct et Eye II Eye qui n'ont été appréciés que par... euh... par personne en fait (James rit). Quel était l'état d'esprit du groupe à ce moment ?

James Kottak : Si tu te souviens bien, les années 90 ont été difficiles pour la plupart des groupes de hard rock, car quand Nirvana est apparu le monde entier a changé. Avant qu'ils n'arrivent le terme « alternatif » n'avait jamais été utilisé par qui que ce soit, ils ont créé ce tout nouveau genre et plus personne ne s'est intéressé aux Scorpions et autres groupes du même type. Donc pour énormément de groupes de hard rock les années 90 ont été consacrées à l'expérimentation, à tenter de ne pas se faire larguer par ce nouveau genre musical. Et ça n'a pas marché. Nous avons essayé, ça a foiré, et nous sommes retournés à ce que nous savions faire.


Cosmic Camel Clash : Ça n'a pas du être évident de remplacer Herman Rarebell, qui avait une sacrée aura en tant que batteur, et pourtant tu t'en es très bien sorti (James me remercie). Tu as une place spéciale dans le cœur de beaucoup de fans, en particulier grâce à ta présence scénique. Tu as toujours eu ce côté showman ?

James Kottak : Tu sais, j'ai commencé ma carrière en jouant dans des bars durant les années 80, et à l'époque l'ambiance aux USA était très compétitive. Tu es dans un groupe, tu crées un show pour un club de petite taille, tu joues tous les soirs, tu essayes de créer quelques chose... puis j'ai rejoint Kingdom Come et c'est passé un cran au-dessus. Le public écoute avec ses yeux et il faut le divertir, car un batteur qui se contente de jouer assis derrière son kit peut rapidement devenir ennuyeux à regarder. J'ai toujours aimé ce côté showman, Buddy Rich qui délirait avec ses baguette ou même John Bonham qui jouait parfois juste avec ses mains, ce genre de trucs. J'avais accumulé toute cette expérience, et quand j'ai eu la chance de jouer dans Scorpions j'ai poussé ça encore plus loin. En plus Rudolf Schenker (guitare) et moi sommes en compétition constante, nous passons notre temps à nous pousser dans nos retranchements et j'adore ça. Il me botte le cul, je botte le sien... c'est super.

Cosmic Camel Clash : Vu ton goût pour le show, être le frontman d'un groupe doit te plaire...

James Kottak : J'ai mon propre groupe qui s'appelle Kottak et dont le troisième album va sortir en juin. J'y chante, j'y joue de la guitare et ma femme Athena y joue de la batterie. C'est la soeur de Tommy Lee (ndCCC : Mötley Crüe)... nous venons de finir une tournée de trois semaines et demie en Europe et c'était très bien.

Cosmic Camel Clash : Les soli de batterie en concert sont en général plutôt chiants, mais tu as eu l'idée de faire ton solo avec Pawel Maciwoda (basse) pour un résultat plutôt cool...

James Kottak : Nous avons fait ça durant une courte période, ça ressemblait à une jam, mais nous ne l'avons plus fait depuis un certain temps. Nous l'avons fait l'année dernière... mais bon, chaque année ça change.

Cosmic Camel Clash : Humanity : Hour 1 a été bien reçu par les fans, en particulier ceux qui avaient lâché Scorpions depuis un bail et qui sont revenus à ce moment-là (James confirme). Par contre beaucoup de monde a eu peur quand vous avez annoncé que vous alliez co-écrire des titres avec Desmond Child (ndCCC : véritable usine à tubes ayant travaillé aussi bien avec Kiss, Dream Theater, Bon Jovi et Aerosmith qu'avec Bonnie Tyler, Shakira, Ricky Martin ou Cher), la crainte que Scorpions ne revienne à un son pop mainstream était grande. Comment s'est passé cette collaboration et comment considères-tu l'album avec du recul ?

James Kottak : Je suis très fier de cet album, je trouve les chansons phénoménales. Nous avons utilisé les services de plusieurs compositeurs extérieurs au groupe, et dès le premier jour Desmond a... (réfléchit) Nous avions contacté beaucoup de producteurs, et Desmond est le seul qui nous a dit « Je veux enregistrer l'essence de Scorpions et la mettre sur bande ». Les chansons ont été écrites par d'autres, mais elles ont été interprétées par Scorpions ; si un autre groupe avait joué les mêmes chansons le résultat aurait été différent. J'étais très enthousiaste, j'ai adoré l'expérience et j'étais très fier quand l'album est sorti. Je n'ai aucun regret le concernant.

Cosmic Camel Clash : Sauf erreur de ma part, vous avez également fait appel à des compositeurs tiers pour votre nouvel album Sting In The Tail. Ne trouves-tu pas bizarre qu'un groupe avec plusieurs décennies de carrière au compteur ait besoin d'autres personnes pour écrire ses chansons ?

James Kottak : N'oublie pas que les chansons ne sont pas entièrement écrites par d'autres. L'idée de base est souvent un riff de Rudolf ou une ligne mélodique de Klaus (Meine, chant) et tout se construit autour de cette idée. Après tant d'albums, tant d'années, on commence à être à court d'idées. Aerosmith, Bon Jovi... beaucoup de groupes ont eu recours à des collaborations de ce type. Quand on atteint un certain point dans sa carrière, c'est presque une évolution naturelle. Je pense que si ça a un effet, c'est de motiver le groupe d'une manière différente. De libérer plus de créativité.

Cosmic Camel Clash : Comment maintenez-vous l'équilibre ? Vous arrive-t-il de vous dire « Okay, on utilise tant d'idées d'un autre pour cette chanson, mais ensuite on arrête histoire de rester nous-mêmes. » ?

James Kottak : C'est une excellente question, et la frontière est parfois mince. On ne veut pas simplement utiliser la chanson d'un autre telle quelle, d'ailleurs toutes les chansons issues de ce processus sur l'album ont été co-écrites par Klaus et/ou Rudolf. La limite est parfois floue, mais dès que la voix de Klaus arrive sur une chanson, ça devient une chanson de Klaus Meine. Et si tu rajoutes Rudolf Schenker, Matthias Jabs (guitare), nous tous... ça devient une chanson de Scorpions.
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Cosmic Camel Clash : Okay. Passons à la grosse actu : vous avez décidé de dissoudre le groupe après la tournée qui arrive. Ça semble courageux à première vue car la plupart des groupes ne splittent pas volontairement, la plupart du temps c'est un concours de circonstances... mais là, beaucoup de gens sont sceptiques. Parlons franchement : c'est pour de vrai ou c'est juste une manière de générer le buzz et de booster les ventes des places de concert ?

James Kottak : Non. Il y a beaucoup d'artistes qui font ça, qui annoncent qu'ils se retirent juste pour remplir les salles... mais là, c'est pour de vrai. C'est mieux de tout arrêter au faîte de notre carrière, au moment où nous jouons dans des stades sold-out... que de commencer à régresser année après année, de redescendre au niveau des petites salles pour finir dans des clubs. Il n'y a rien de pire que ça, c'est juste très triste (rires). De cette manière nous contrôlons notre destin, et c'est mieux de s'en aller alors que nous sommes au top. Et cette tournée... nous faisons une tournée mondiale après chaque album, et ça dure deux ans et demi en moyenne. Notre tournée n'atteindra l'Asie qu'en 2011, c'est dire le temps que ça prend ! Nous venons de jouer à Moscou et c'est très dur de nous dire que c'était la dernière fois, que nous n'y retournerons pas l'année prochaine, car sur toutes nos dernières tournées nous avons joué deux fois dans chaque ville. Cette fois-ci quand ce sera fini, ce sera fini. Il y aura peut-être un ou deux trucs par-ci par-là, mais c'est terminé.

Cosmic Camel Clash : « Peut-être un ou deux trucs par-ci par-là » ?

James Kottak : Nous allons enregistrer un DVD live, tout ça... mais sinon c'est vraiment la fin.

Cosmic Camel Clash : Rudolf a dit dans la presse que l'idée provenait de votre manager, et qu'après 2-3 jours de réflexion vous avez adhéré. Comment une décision aussi importante peut-elle avoir été prise aussi vite ?

James Kottak : Ça ne s'est pas passé comme ça. Peut-être que l'interview de Rudolf a été mal retranscrite... ça faisait six mois que nous en parlions. Ça nous a été suggéré, nous avons pris ça très au sérieux, nous en avons parlé encore, encore et encore... et voilà. A un moment donné il faut aussi réfléchir deux minutes : n'importe qui s'y connaissant un minimum en rock sait que tourner est dur. C'est un énorme boulot, nous donnons cent concerts cette année... et l'âge entre en compte désormais, nous ne rajeunissons pas. Je voudrais ne jamais m'arrêter, regarde les Stones, ils continuent... mais un jour il faut être réaliste et se dire « Okay, ça suffit. ».

Cosmic Camel Clash : Étiez-vous tous d'accord ou est-ce que ça a donné lieu à des polémiques au sein du groupe ?

James Kottak : C'est principalement la décision de Klaus et Rudolf, car ce sont eux les membres fondateurs du groupe. Ils veulent que les gens se rappellent d'eux comme ils sont aujourd'hui, pas de la manière dont ils auront fini.

Cosmic Camel Clash : Et quelle a été ta première réaction quand ils t'en ont parlé ?

James Kottak : Je m'y attendais plus ou moins.

Cosmic Camel Clash : Tu l'avais vu venir ?

James Kottak : Oui, je le sentais. Rien n'est éternel tu sais, et j'ai été membre de Scorpions pendant quinze ans, le groupe lui-même a existé pendant plus de trente ans... dans le monde du rock'n roll c'est une éternité ! On ne trouve pas beaucoup de groupe ayant existé aussi longtemps en maintenant ce niveau de succès. Et ça représente une grosse responsabilité, c'est très difficile.

PhotoCosmic Camel Clash : As-tu déjà une idée de ce que tu vas faire ensuite ? Vas-tu te concentrer sur Kottak, vas-tu devenir batteur dans un autre groupe ?

James Kottak : À ce stade je n'ai pas vraiment envie de jouer avec qui que ce soit d'autre, ça serait une régression. Je veux continuer à développer mon groupe, nous allons jouer cet été et notre album va sortir... en fait dès que Scorpions me laisse un peu de temps libre, je me consacre à Kottak. Déjà parce que c'est fun, parce que c'est un challenge... et parce que je m'éclate à mort. Sorti de mes enfants, ma vie... mon hobby, c'est le rock. J'adore ça, et c'est ça que je veux faire.


Cosmic Camel Clash : Il est de notoriété publique que Scorpions a joué un peu partout dans le monde, en particulier dans des endroits rarement fréquentés par des groupes occidentaux (James confirme). Y'a-t-il des pays où tu as vraiment hâte de revenir jouer ?

James Kottak : Déjà, nous n'avons jamais joué en Australie, pas une seule fois, et nous voulons vraiment y aller avant que tout ça soit terminé. J'adore tourner en Angleterre... la France est un de mes lieux préférés, et je ne dis pas seulement ça parce que nous sommes en France. Il y a toujours un super feeling. Nous voudrions retourner en Afrique du Sud... nous jouerions sur la Lune si nous pouvions (rires) ! C'est une telle chance d'avoir pu jouer dans tellement d'endroits différents... les deux seuls états américains où je n'ai jamais joué sont Hawaï et l'Alaska et ce serait cool d'y mettre les pieds, je devrai faire ça avec mon groupe.

Cosmic Camel Clash : Vu le contexte de la tournée, devons-nous nous attendre à des apparitions spéciales comme Herman Rarebell, Uli Jon Roth ou Michael Schenker ?

James Kottak : Bien sûr ! Nous avons déjà donné quelques shows en France avec Uli Jon Roth et les autres... c'était en été, à Colmar je crois, je ne suis pas sûr. Il est évident que ce genre d'évènement aura lieu ici et là, et je suis sûr qu'il faudra organiser un grand concert final je ne sais où.

Cosmic Camel Clash : Rien d'arrêté pour le moment, donc ?

James Kottak : Je crois que nous avons déjà prévu un concert avec Uli, mais pas de plans précis à part ça. Nous savons juste que nous devrons forcément le faire, c'est obligatoire (rires).

Cosmic Camel Clash : Quand un grand groupe splitte, son héritage est généralement assuré par des tribute-bands, comme Australian Pink Floyd qui joue du Pink Floyd depuis des années (James indique qu'il connaît). Ça te ferait quoi qu'un tribute band « officiel » de Scorpions continue là où vous serez arrêtés ?

James Kottak : Je pense que ce serait un immense honneur. Je pense beaucoup à Kiss, le groupe existe depuis des décennies alors que Paul Stanley a déjà été remplacé deux fois. Le groupe ne pourra pas vivre éternellement, mais les personnages qu'ils ont créé pourront, eux. Bon, eux ils ont le maquillage et tout... Pour nous il y a déjà plusieurs très bons tribute-bands en France, au Canada... En tous cas ce serait super.

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Cosmic Camel Clash : En plus tu pourrais voir les chansons jouées depuis le public...

James Kottak : Ouais ! S'ils trouvent quelqu'un capable de chanter comme Klaus j'irai les voir. Bonne chance par contre, car il n'y a pas beaucoup de voix comme celle-ci.

Cosmic Camel Clash : Comme tu l'as déjà dit, tu es le beau-frère de Tommy Lee. Comment l'avais-tu rencontré ?

James Kottak : Nous avons joué aux Monsters of Rock à Los Angeles. J'étais avec Kingdom Come, c'était un dimanche après-midi... c'était une tournée avec Kingdom Come, Metallica, Dokken, Scorpions et Van Halen sur la même affiche. C'était génial. Après le concert un type se pointe vers moi « Hey, dude ! Dude ! » et je me dis « Putain, c'est Tommy Lee ! ». Et il me dit « Dude, man, j'adore le nouveau Kingdom Come, qui est le producteur ? ». Il voulait savoir qui avait produit l'album, il aurait pu juste regarder dans le livret... bref nous avons commencé à discuter et il m'a dit « Dude, tu dois venir voir ma sœur jouer ! ». J'y suis allé ce soir-là et le reste appartient à l'histoire (rires). C'est aussi simple que ça.

Cosmic Camel Clash : Fin d'interview classique : si tu veux ajouter quelque chose tu peux, mais tu n'es pas obligé.

James Kottak : Merci à tous les fans pour tout ce soutien pendant toutes ces années. Et si on ne se voit pas pendant la tournée de Scorpions, on se verra avec mon groupe Kottak ! K-O-T-T-A-K (rires).




Crédits photo :
www.myspace.com/officialscorpions
www.the-scorpions.com
www.myspace.com/kottak




Questions : Kroboy
Traduction / transcription : CCC


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