Aeternam

Entretien avec Alexandre Loignon (guitare) - le 19 mars 2010

17
Lucificum

Une interview de




Aeternam_20100319

Forts d'un premier album plein de talent et de qualités, Disciples Of The Unseen (chronique ici), les Québécois d'Aeternam ont acceptés de répondre à nos question par téléphone. Accent chantant, expressions du cru : pas de doute, c'est bien un de nos lointains cousins francophones qui nous répond.



Lucificum : Allez, l’incontournable question pour commencer, vu que c’est la première fois que l’on vous interviewe : peux-tu nous faire une présentation de Aeternam ?

Alexandre Loignon (guitare) : Oui, pas de problème ! Dans le fond, nous autres nous sommes formés au printemps 2007. Je connaissais déjà Antoine (Guertin, batterie) depuis quelques années, nous jouions dans des projets un peu power metal, des trucs de ce genre. Antoine et moi nous sommes allés dans la région du Québec pour nos études et c’est là que nous avons rencontrés Achraf (Loudiy, guitare et chant), qui était aussi venu pour ses études. Il est marocain, et il avait des problèmes là-bas au Maroc, et comme il voulait un peu plus de liberté d’expression, il est venu ici. Nous avons commencé à travailler ensemble sur quelques pièces et à partir de là, nous avons retrouvé Rémi, un ancien ami, à la basse qui à cette heure ne joue plus avec nous. Nous trouvions qu’il manquait quelque chose, niveau sonorité et un clavier s’est trouvé être le plus approprié pour remplir. Une troisième guitare, ça aurait fait beaucoup… (rires)

PhotoLucificum : Bah, il y a certains groupes de metal à trois guitares… regarde Iron Maiden.

Alex : Oui, il y a toujours moyen d’abuser ! (rires) Nous avons donc trouvé Samuel (Dubois, claviers) et nous avons continué à composer, mais c’était vraiment plus dans un style power metal. Et puis l’été suivant, Achraf est retourné au Maroc pour visiter sa famille, là bas il avait sa guitare et il a commencé à composer un soir pour jouer avec ses anciens amis de là bas, avec son ancien groupe. Ce qu’il a écrit, c’était "Circle in Flames". Quand il est revenu au Canada, il nous a joué ça et nous avons vraiment adoré la toune ! Ça a été le changement de cap et nous avons décidé de se diriger vers ce genre de mélodie, d’ambiance et de changer vraiment pour une musique violente, vu qu’au départ, c’est ce que la majorité des gars écoutait. Nous n’étions pas vraiment power metal, Blind Guardian, tout ça…

Lucificum : Donc l’un d’entre vous s’est mis à faire un peu d’extrême, vous vous êtes tous dit que c’était une bonne idée et vous y êtes allés !

Alex : Oui, c’est ça ! Comme je l’ai dit, nous étions déjà plusieurs à être intéressé par ce style là, mais la première composition d’Achraf nous a vraiment botté les fesses, ça a été le coup d’envoi. Nous étions prêts à nous donner à ce style !


Lucificum : Donc maintenant, Achraf est à nouveau au Québec ?

Alex : Oui, absolument. Il est revenu à l’université en génie physique et il compose dans ses petits temps libres car il est submergé de travaux !

Lucificum : Il est donc à l’origine de l’écriture des titres, ou ça a été un travail partagé ?

Alex : Je te dirais que coté musical, c’est principalement Achraf qui arrive avec une idée et qui retravaille beaucoup ensuite avec Antoine. Et pendant les répétitions, on va écouter, critiquer et refaire certaines parties en groupe. Au niveau des paroles c’est là encore surtout Achraf vu qu’au départ c’est son idée générale. Quant aux arrangements en anglais, là c’est plutôt moi car j’ai une bonne connaissance de la langue, vu que j’ai grandi en Ontario. Ça me permet certaines structures de phrases que les autres gars ne pourraient pas apporter. À partir de là, nous avons donc découvert nos thématiques et nous avons basé le nom de l’album sur cette idée de Dieu, de mythologie…

Lucificum : Oui, j’ai vu que beaucoup de titres parlaient de la mystique, ou de l’ancienne Égypte, avec ses dieux et sa mythologie… c’est le côté marocain d’Achraf qui ressort ?

Alex : Oui, c’est surtout Achraf. Au Maroc, c’est majoritairement musulman, et c’est donc plus ou moins possible de critiquer la religion… lui, ce qu’il aime faire, c’est parler du côté historique, les légendes, les coutumes des différentes religions pour ensuite les mettre dans le contexte d’une histoire ou bien les critiquer directement.

Lucificum : C’est vrai que je me suis dit qu’un groupe du Québec qui parle des anciennes civilisations, Égypte, Mésopotamie… vu que la culture québécoise n’est pas très ancienne, il vous fallait aller chercher une culture de l’autre bout du monde ?

Alex : C’est ça. Lui, venant d’un pays qui a quand même une origine pas mal plus lointaine que notre pauvre petit Québec… (rires) ça permet d’avoir un intérêt un peu plus grand, et ça s’applique assez bien à notre sonorité.
Photo


Lucificum : Effectivement ! D’ailleurs, quels sont les instruments un peu typiques que vous avez utilisés ?

Alex : Oh là là ! Eh bien… il y a eu beaucoup de percussions, à ce niveau là Antoine pourrait sans doute t’en dire plus que moi ! Il y en a une en particulier que j’ai particulièrement adoré, c’est la Darbouka (ndlr : percussion traditionnelle du monde arabo-musulman). Ça donne un son parfait pour tous les passages plus tribaux comme dans "Iteru", avec cette ambiance un peu tribale, comme des musiciens sur le bord du trottoir en train de taper sur des instruments sur leurs genoux…(rires) Sinon, ça n’était pas nécessairement évident d’avoir accès à des vrais instruments, donc par exemple sur "Goddess of Masr", il y a du sitar que Samuel a programmé…on espère en avoir de vrais sur le deuxième album !

Lucificum : Et quant aux paroles, vous avez surtout utilisé l’anglais, mais il me semble qu’à certains moments, il y a d’autres langues utilisées, non ?

Alex : Oui, comme par exemple sur "Iteru", il y a les deux tiers du titre en Arabe, la langue maternelle d’Achraf. Nous trouvions que c’était assez différent pour mériter d’être ajouté. Ça n’est pas quand même quelque chose de très courant dans le metal, surtout au Québec ! (rires)

PhotoLucificum : Oh, ben pas tellement plus en France, hein… Les paroles, donc, ont été écrites majoritairement par Achraf. Il y a des titres, comme "Esoteric Formulae", "Circle in Flames", ou "Ourobouros" qui parlent clairement de symboles ou d’ésotérisme… peux-tu m’en dire un peu plus ?

Alex : Oh ben… que pourrais-je te dire là-dessus ? C’est vraiment la passion d’Achraf, il va sur Internet ou à la bibliothèque et lit des heures là-dessus, il dévore ce genre d’informations… moi, je ne peux pas dire que j’en connais beaucoup là-dessus, mais lorsqu’il va parler de la religion, ca va m’intéresser car en bout de ligne, ça reste une croyance à laquelle plusieurs personnes se sont adaptées, et je trouve ça tout de même fascinant de penser que des civilisations se sont bâties sur l’idée de quelqu’un que nous ne voyons même pas. N’étant pas vraiment croyant, et aucun des gars du groupe ne l’étant non plus… c’est vraiment très intéressant et fascinant de voir toutes ces histoires, et tous ces pays qui vont se former sur certains croyances qui sont probablement en bout de ligne…


Lucificum : C’est donc plus le côté historique et culturel qui vous intéresse.

Alex : Oui, c’est ça.

Lucificum : Au niveau musical, on ressent certaines influences musicales, comme par moment Orphaned Land, que tu connais certainement…

Alex : Bien sûr. Leur dernier album est d’ailleurs excellent !

Lucificum : C’est ce que tout le monde dit, il va bien falloir que je l’écoute un jour ou l’autre ! Ce qui m’a pas mal rappelé ce groupe, ce sont les guitares acoustiques sur "Goddess of Masr"…

Alex : Oui, bien sûr. Il y a plusieurs groupes qui nous ont vraiment marqué pour composer, comme par exemple Behemoth. Quant aux passages plus acoustiques, il y a bien sûr Orphaned Land, mais aussi Opeth. Nous sommes des passionnés d’Opeth et des différentes transitions qu’ils vont apporter. À un moment ils sont très brutaux, et l’instant d’après ils te sortent le passage acoustique le plus beau du monde ! Nous voudrions plus développer ce genre d’aspect : l’élément de surprise dans la musique.

Lucificum : C’est vrai que l’élément Behemoth m’avait plus marqué, et j’ai même trouvé que la voix d’Achraf faisait penser à celle de Nergal…

Alex : Là encore, c’est une de ses grandes inspirations. C’est un groupe que nous écoutons depuis des années et nous adorons leur évolution. Nous avons eu la chance d’ouvrir pour eux, ce qui nous a donne encore d’autres points pour apprendre d’eux, également en les voyant en dehors de la scène ! (rires)

Lucificum : Et d’ailleurs, au niveau scénique, ça tourne bien au Québec ?

Alex : Tu veux dire pour nous autre personnellement, ou la scène Québécoise en général ?


Lucificum : Oh, ben disons pour les deux ?

Alex : Pour nous, ça va de mieux en mieux. Bien sûr nous sommes un groupe assez jeune et nous n’avons donc pas encore vraiment fait de tournée mais nous commençons à faire des trois-quatre soirs d’affilée un peu partout, ce qui nous donne une idée plus générale de comment ça pourrait se passer. Car pour nous c’est une assez grosse adaptation, comme un mariage à cinq ! (rires) Et côté performance, nous sommes de plus en plus habitués à jouer nos morceaux, ce qui fait que nous sommes un peu meilleurs à chaque spectacle et de plus en plus à l’aise vis-à-vis de la foule et de notre façon d’y réagir. Quant à la scène au Québec en général, il y a beaucoup de groupes – de bons groupes, d’ailleurs – mais le problème est surtout l’accès aux salles. Il n’y a pas vraiment d’entre-deux : soit tu vas jouer dans un petit bar devant 120-125 personnes, et l’étape suivant c’est 1500-2000 personnes. C’est, à ce niveau là, un peu déplorable. Toutes les salles de 700-800 personnes sont en train de fermer ou refusent le metal car il y a eu du grabuge. Ce qui est un peu ridicule, car il ne faut pas non plus mettre tout le monde dans le même panier.
Photo


Lucificum : C’est vrai que depuis la France, il y a quelques groupes québécois qui arrivent chez nous, comme Cryptopsy, Despised Icon, Neuraxis… mais nous n’avons qu’une vision assez floue de la scène qui doit exister derrière tout ça.

Alex : Oui, comme je te dis, il y a une grosse abondance de groupes, donc nous avons eu une certaine chance d’avoir percé et de pouvoir jouer. Mais exporter notre musique, ça n’est pas évident, comme aller jouer à l’extérieur…

Lucificum : Vous avez tout de même décroché un deal avec Metal Blade… comment ça s’est passé ?

Alex : Ah ben en fait, c’est plus une surprise qu’autre chose. Nous avons tout enregistré nous même, nous n’avions parlé avec aucune compagnie de disques donc tout l’argent sortait de nos poches. Nous avons pris un assez long moment pour tout finaliser. Jeff Fortin, guitariste d’Anonymus, a tout enregistré. Il a été très sympathique, même si nous avons demandé plusieurs corrections assez différentes au mastering. Au printemps de 2009, il nous a finalement envoyé la conversion finale, nous avons écouté et nous avons décidé de mettre quelques morceaux en ligne sur notre myspace mais nous en avons également envoyé à certains médias locaux, comme par exemple Capitale du Metal, je ne sais pas si tu connais ?

Lucificum : Si, si, bien sûr ! (ndlr : Capitale du Metal est le plus gros webzine metal francophone au Québec)

Alex : Nous avons eu de très très bonnes critiques de leur part, que nous avons affiché sur notre myspace. Et – si je ne me trompe pas – c’est directement sur notre myspace que la représentante canadienne de Metal Blade nous a écouté. Elle nous a contactés via myspace et je pense qu’elle a tellement aimé ça qu’elle a voulu le faire écouter à la décision Européenne puis à la décision Américaine de Metal Blade. Nous avons donc, dans les quelques jours qui ont suivi, été contactés par Metal Blade USA. Ça n’était pas une opportunité que nous allions rejeter ! Nous avons donc fait un deal avec eux, et nous sommes fiers de faire partie de leur équipe.

Lucificum : Et visiblement, les critiques ont l’air assez unanimes sur la qualité de Disciples Of The Unseen, j’imagine que vous êtes conscients de ces retours ?

Alex : Oh oui, nous sommes plus que satisfaits de tout le feedback que nous recevons. Nous ne pensions pas lire que notre album sonne comme celui d’un groupe déjà bien établi. C’est vraiment flatteur.

Lucificum : Il y a des groupes avec lesquels vous aimeriez particulièrement tourné ? Tu vas sans doute me citer Opeth…

Alex : En ce qui me concerne, de façon un peu égoïste… j’ai toujours été du coté un peu plus death metal…
Photo

Lucificum : …et tu vas me parler de Nile ?

Alex : Exactement ! Ou encore de Dying Fetus, que personnellement, j’adore. Je les ai vus en spectacle à l’automne passé, lors de leur tournée pour leur dernier album (ndlr : qui est très bon, voir chronique ici). Ils ne sont que trois sur scène, mais c’est époustouflant l’énergie qu’ils dégagent. Sinon, rejouer pour Behemoth ou ouvrir encore pour Suffocation, ça serait à nouveau un honneur. Ce sont des groupes que j’écoute depuis des années.

Lucificum : Allez, petite question un peu chauvine, mais…quels sont les groupes venant de France que tu connais ?

Alex : Oh là là ! C’est une très bonne question…Il y en a un, si je ne me trompe pas qui s’appelle Arkan, quelque chose comme ça ? Un peu dans le même style que nous, et si je ne me trompe pas c’est français (ndlr : exactement, bravo !). A part ça, un groupe français – du moins, j’en suis pas mal certain… - que j’ai adoré voir en show, c’est Tagada Jones.


Lucificum : Ah oui, un peu dans un style délirant, punk…

Alex : Oui, mais ils sont tellement bons en spectacle ! Je les ai vus à un concert de fin d’année, pour le nouvel an… et ça passait vraiment très bien ! Sinon, côté français… pfiou… je ne peux pas vraiment en nommer d’autre ! (rires) Disons que je ne me base pas vraiment sur le pays d’origine du groupe, si c’est bon…c’est bon.

Lucificum : Et donc le futur d’Aeternam, comment ça se présente ?

Alex : Eh bien à court terme, le plus de spectacles possibles ! Notre gros effort à faire, c’est aller plus à l’ouest du Canada ainsi que jouer de l’autre bord de la frontière, pour les Américains. Nous commençons à avoir petit à petit de la demande mais en tant que jeune groupe, il y a encore peu de personnes qui veulent te voir. Ça n’est donc pas nécessairement évident de se greffer sur une tournée. Donc jouer le plus possible, et commencer à composer car il ne faut pas se faire d’idée, on ne fera pas une carrière sur un album. D’ici un an, des tas d’autres choses seront sorties et notre album commencera à tomber dans l’oubli, il faut toujours sortir quelque chose de nouveau. Nous voulons donc arriver avec quelque chose d’un niveau encore supérieur.

Lucificum : Ah ben on espère vous voir en France un de ces jours ?

Alex : Oui, ça devrait. Je pense même que ça sera plus facile d’aller jouer en Europe qu’au États-Unis. L’Union Européenne simplifie les histoires de visa, donc…peut-être que nous nous rendrons en Europe plus rapidement qu’on ne le pense ! C’est quelque chose que je veux vraiment faire, j’ai hâte de voir la différence au niveau de la foule. Il parait que jouer pour les Européens, c’est vraiment hallucinant et je veux le vivre personnellement.

Lucificum : Eh bien merci pour cette interview ! Comme toujours chez nous, nous te laissons le mot de la fin, si tu souhaites ajouter quelque chose, vas-y !

Alex : (Réfléchit) A part de surveiller tout ce qui nous concerne, niveau enregistrement et autres… je dirais, continuez d’aller à des spectacles car c’est vraiment ça qui peut supporter les groupes. La musique, ça aide, mais c’est vraiment le live qui nous permet de continuer. Et nous serons en France le plus tôt possible !






©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 6 polaroid milieu 6 polaroid gauche 6