Sahona, Charly

Entretien avec Charly Sahona - le 08 mars 2010

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Sebrouxx

Une interview de




Sahona,_Charly_20100308

Rendez-vous pris Place de la Madeleine dans un établissement soooo British pas inadéquat lorsque le guitariste montpelliérain nous confie ses influences pop à l’heure de promouvoir son premier album solo, Naked Thoughts From A Silent Chaos (chronique ici). Pas étonnant alors que notre homme, comme bien des amateurs de métal progressif mélodique, préfère commander un thé plutôt qu’une bière. Et plus parler finalement de ses vocaux que ses parties de guitare sweepées.


Sebrouxx : Bonjour, Charly. Je te laisse commencer par te présenter à ceux qui ne te connaissent pas encore.

Charly : Je suis Charly Sahona, le leader du groupe de métal mélodique, enfin je nous considère plus comme un groupe de métal mélodique que progressif, Venturia. Je suis musicien professionnel et voilà !

Sebrouxx : Musicien professionnel, mais guitariste confirmé. As-tu commencé directement par la guitare ou as-tu joué d’abord d’un autre ou d’autres instruments ?

Charly : Oui, enfin non. En fait j’ai commencé par le piano. J’ai commencé à l’âge de cinq ans et j’ai fait, je crois, onze ou douze ans de piano au Conservatoire parce que mon père est pianiste. Pas professionnel mais d’un bon niveau et il avait de grandes espérances pour moi. Le pauvre : il aurait aimé que je sois pianiste concertiste. Ça n’a pas été lé cas car j’avais beaucoup de pression, il fallait toujours être le meilleur, tout ça, donc bon… À l’adolescence, j’ai commencé à écouter ce qui se passait à la radio. En fait je n’écoutais pas la radio avant : je n’écoutais que de la musique classique et là j’ai découvert d’autres sonorités notamment dans la Variété, la Pop et le Metal. La guitare électrique était un instrument qui me plaisait beaucoup. Je me suis mis alors à travailler et ensuite je me suis mis au chant.

Sebrouxx : Récemment pour le chant ?

Charly : Non, non. J’avais commencé il y a un petit moment, à l’adolescence aussi. A la base, j’aurais voulu être chanteur, mais je n’aimais pas du tout ma voix, c’est un complexe que j’avais et c’est l’une des raisons pour laquelle j’ai beaucoup bossé la guitare. Et petit à petit, j’ai réessayé jusqu’à ce que je prenne un peu plus confiance en moi, notamment dans les groupes de reprises jusqu’à il y a deux ans où je me suis dit :« Allez, j’me lance, je me fais un album solo et chanterai.Comme ça, ça me poussera à aller de l’avant. Y aura pas d’autres issues! »

Sebrouxx : On va parler un peu plus tard de ton album solo si tu veux bien pour tout d’abord aborder deux points essentiels : ton groupe, Venturia, et la formation de reprises dans laquelle tu joues encore, Cocktail de Nuit. J’en avais entendu parler comme bien des personnes ayant vécu dans le sud de la France et surtout de part ton ami Julien Damotte (NDLA: ami de Charly et musicien français sortant tout juste son premier album, Trapped). C’est d’autant plus important qu’une jeune fan t’a consacré un site internet entier…

Charly : (un peu gêné) Oui, je sais.

Sebrouxx : Elle a craqué sur le guitariste qui joue aussi bien le solo de "Beat It" que du Goldman ou du Cabrel. Plus sérieusement, l’expérience Cocktail de Nuit a-t-elle été formatrice lorsque tu as commencé l’aventure Venturia (NDLA : dont le troisième album est en cours d’écriture), puis ce disque solo ?

Charly : De Cocktail de Nuit à Venturia, non. En fait quand on est musicien professionnel aujourd’hui dans le sud de la France, on n’a pas trop le choix. En fait je suis intermittent du spectacle donc il faut qu’on ait des heures, des cachets et Cocktail de Nuit comprend aussi quelques membres d’Adagio. Donc nous faisons ça pour gagner notre vie, c’est de la Variété et c’est une très bonne école professionnelle dans le sens où l’on apprend à gérer tout un set très long sur une grande scène et il faut vraiment être parfait. Ca enchaîne, c’est très calculé. Donc pour Venturia, ça m’a apporté une certaine aisance sur scène. Et Venturia par rapport à mon album solo, j’ai gagné beaucoup en confiance pour sortir cet album-là tel que je le concevais dans ma tête. J’étais prêt à prendre toute la pression sur mes épaules connaissant déjà la responsabilité d’être leader.

Sebrouxx : Donc cela t’a servi d’entrée de jeu au moment de la conception même de l’album.

Charly : Absolument.

Sebrouxx : Comment t’y es-tu pris côté écriture ?

Charly : Tout commence par les influences et pour moi, c’est le Metal, et surtout tout ce qui est mélodique. La pop, la musique électronique et le métal extrême aussi. J’ai essayé de mélanger tout ça. Déjà dans Venturia, j’essaie d’écrire même si, là, je ne suis pas seul à écrire la musique et les paroles. J’essaie aussi d’écrire en fonction des musiciens avec qui je suis. Mais c’est vrai qu’avec cet album, j’ai essayé d’écrire quelque chose, enfin d’exprimer quelque chose que je n’aurais pas pu exprimer avec Venturia. Une sorte de cri du cœur, plus spontané, plus direct, un petit peu plus velu. Non pas que je sois frustré avec Venturia, bien au contraire, mais c’est vrai que ça m’a poussé à avoir un petit plus confiance en moi.

Sebrouxx : Alors comment se fait-il qu’avec ce premier album solo, tu ne te sois pas orienté vers le tout-instrumental, le shred pur et dur, classico-classique et technico-technique ?

Charly : Plusieurs raisons. La première étant que j’avais vite envie de faire le troisième album de Venturia. Alors faire un album instrumental, j’y ai pensé, mais ça n’intéresse personne et ça m’aurait pris beaucoup de temps pour faire quelque chose de spécial et non pas une rythmique simple sur laquelle je ne fais que jouer. Je serais vraiment parti dans un type de compos assez poussées et qui n’aurait peut-être pas plu à tout le monde. Ça aurait été un disque difficile d’accès et en plus si l’on présente quelque chose de tout-instrumental, ça n’intéresse plus. C’est aussi pour ça.

Sebrouxx : Pourquoi ? En tant que guitariste, tu te sens héritier, justement, d’une longue tradition de guitaristes techniques français comme Patrick Rondat ou Christophe Godin, et le poids des comparaisons est trop lourd à porter ?

Charly : Ouais. Mais je conçois vraiment la musique comme art, comme moyen d’expression. Et j’ai besoin de m’exprimer à ma manière et le moyen le plus naturel de m’exprimer, c’était certes de jouer mais surtout de chanter. J’ai eu envie de me retrouver dans la peau du débutant et d’exprimer de nouvelles choses, d’avoir cette excitation du débutant en fait. Donc quelque chose de bien éloigné du passé, de la pure tradition de la guitare métal française.

Sebrouxx : Tu vas finir plus chanteur que guitariste à la longue…

Charly: Sur Cocktail ou Venturia, j’assurais déjà les chœurs. Et pour le chant, je me suis toujours posé mille questions, trop de questions en me disant :« Ouais, j’ai pas le niveau, et ci et ça. Et comment ça va être perçu etc… » En fait, j’ai une voix pop, des influences pop, je n’ai pas une voix de chanteur métal traditionnel. Alors j’appréhendais un peu et finalement lors d’une interview on m’a posé la question de savoir si j’avais des projets. J’ai parlé d’un album solo. On m’a demandé s’il serait instrumental ou chanté. J’ai répondu :« Chanté » et comme ça je n’ai plus eu d’autres choix. J’en ai parlé à la maison de disques (NDLA : Lion Music) et je me suis mis au pied du mur.

Sebrouxx : Donc tu n’as jamais songé à t’offrir les services d’un chanteur pro ?

Charly : Non, je me suis dis :« Allons-y. » C’est LE challenge.

Sebrouxx : Même pas Gus Monsanto (NDLA : ancien chanteur d’Adagio et ami de Charly) ?

Charly : Figure-toi qu’on en a parlé, mais dans ces cas-là, je préfère monter un autre projet à côté.

PhotoSebrouxx : En parlant de projet, comptes-tu mener de front ta carrière solo, Venturia voire d’autres projets, ou te concentrer plus particulièrement sur cet album solo dans les mois à venir ? Ou a contrario, considères-tu Naked comme une simple parenthèse avant de retourner vers Venturia ?

Charly : Absolument. Je le prends comme une parenthèse avant Venturia. Je suis en train de composer le nouvel album, j’en suis à sept ou huit démos. Donc je vais bientôt entrer en studio, en Suisse, pour re-bosser avec Diego (NDLA : Rapacchietti, batteur de Venturia et sur Naked) avec qui on co-écrit et on arrange. Là, à ce jour, c’est bien avancé. Venturia est ma priorité première, mais j’ai aussi envie de faire un volume 2 pour cet album solo. Je mets quand même toutes mes espérances pour le prochain album de Venturia et puis sur scène, ce sera plus facile avec un chanteur et quand je n’aurai plus que mes parties de guitare de assurer, même si je compte bien tenir le micro sur une paire de titres de l’album solo avec Venturia !


Sebrouxx : Tu ne comptes pas défendre Naked sur scène indépendamment de Venturia ?

Charly : Écoute, si l’occasion se présente et si les chiffres de vente suivent, pourquoi pas ? Mais je cherche surtout à promouvoir, à faire des dates avec Venturia et à faire un ou deux titres de Naked pendant le set.

Sebrouxx : Quel a été l’élément le plus difficile à concrétiser sur Naked ?

Charly : Clairement le chant. Le chant dans le sens où je voulais que les titres soient très directs. Je voulais les écrire très rapidement dans une approche plus spontanée, plus basée sur les riffs et sur la mélodie. Mais le plus compliqué, ça a été le chant, même si maintenant je prends des cours et j’ai un coach.

Sebrouxx : Tu nous a parlé du piano que tu as longuement pratiqué et bien sûr tu as assuré les claviers sur l'album. Il a fallu t’y remettre ou tu n’avais jamais arrêté ?

Charly : J’ai un certain acquis avec douze ans de claviers derrière moi. Mais ce n’est pas un instrument que je pratique comme la guitare, c’est-à-dire continuellement. Je ne fais du piano que quand je dois composer ou pour Venturia.

Sebrouxx : Pour maquetter en fait…

Charly : Oui. Ce n’est pas un instrument avec lequel j’ai essayé de développer contrairement au chant ou à la guitare que je travaille quotidiennement pour entretenir le niveau et essayer d’évoluer et d’assimiler de nouvelles influences.

Sebrouxx : C’est sûrement pour ça que Naked, au final, il y a autant d’effets sur les voix que les guitares ? C’est ton influence Muse/Matthew Bellamy ?

Charly: Alors ça aussi, c’est dû au fait que je suis très influencé par la pop. Et comme j’avais un petit peur qu’une voix Pop se marie mal avec du Metal, j’ai demandé à Fabien Paraillac (NDLA : ingénieur du son, responsable du mixage de Naked) d’ajouter de la distorsion sur tous les titres. C’est ce que l’on met habituellement sur la guitare, et là, on en a mis sur les voix, la guitare et même les claviers. J’ai voulu ça pour masquer et je me suis dit :« Si ma voix est maquillée, ca va mieux passer. » Mais le challenge sur le prochain album, ce sera une voix claire.

Sebrouxx : Juste un peu de reverb et de chorus…

Charly : Absolument. Mais là je me suis dit que je m’accepterais mieux si ma voix était salie, maquillée avec l’effet de distorsion. En plus ici, les rythmiques sont plus simples qu’avec Venturia où les parties de guitare sont plus ardues, plus syncopées. Puis dans le sens où je me suis dit que si j’étais amené à faire ces titres sur scène, il y aurait eu trop de boulot entre des parties de gratte complexes et un chant difficile. Donc les rythmiques sont ici plus simples de façon à pouvoir jouer de la guitare et chanter en même temps. Il y a une fluidité au niveau du groove qui me facilitait la tâche. Par contre j’ai abordé les solos de la même façon que pour Venturia.

Sebrouxx : Dans l’esprit, tu as un peu la même démarche qu’un Georges Lynch, lui aussi artiste Lion Music, sauf que lui inverse ta problématique : il se facilite le boulot lorsqu’il joue en formation groupe et rend les choses plus compliquées quand il œuvre en solo.

Charly : Tout à fait, mais perso, tout a été plus instinctif du moins au niveau des rythmiques et des mélodies. En fait, j’aime sentir la détresse, la passion, la fougue chez un artiste, enfin chez un chanteur. Et je suis moins touché par le chant métal. J’apprécie énormément, je suis totalement admiratif. Mais si j’avais dû m’exprimer, ce n’est pas par ce genre-là du moins et le chanteur de Muse m’a beaucoup influencé : ses voix avec cette sensibilité à fleur de peau et sa sensibilité.

Sebrouxx : Allez, je te pose la question Guitarist Magazine. As-tu un conseil, un seul à prodiguer à nos lecteurs guitaristes, amateurs comme confirmés ?

Charly : Arrêtez, c’est trop difficile (rires). C’est trop chiant. Non, non, je plaisante. Je pense qu’il suffit, pour un jeune qui serait motivé par l’instrument, qu’il continue à savoir recevoir ce que lui apporte la musique. Et s’il a envie de s’exprimer avec cet instrument-là, qu’il prenne confiance en lui : il trouvera de lui-même avec la passion, le temps, la curiosité afin de pouvoir exprimer sa sensibilité. Mais c’est vrai qu’il faut énormément de temps, de persévérance. Alors un conseil simple : continuez. Parce que c’est un peu dommage : il y a énormément de talents en France et il y a énormément de talents qui sont assassinés, des Mozart assassinés dans le sens où c’est difficile d’être musicien. Je sais que parmi mes élèves, j’ai pu parfois percevoir une aura artistique en devenir et les aléas de la vie font qu’il faut trouver un boulot, on a la copine, on fonde une famille, enfin j’exagère mais, allez, persévérez et continuez de nous faire rêver.
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Sebrouxx : Allez, je te pose maintenant la question Ron Thal et je suis Ron. Demain, je me casse de Guns’n Roses. Je t’offre ma place, enfin Axl t’offre mon job, tu prends ?

Charly : Ah ouais, je signe direct. Ouais, ouais, je prends !

Sebrouxx : Financièrement ?

Charly : En partie. Avant tout pour le challenge, mais s'il y a des sous à la clé, super! Puis faire des reprises, j'ai un peu l'habitude alors c’est jouable.

Sebrouxx : Deux questions Julien Damotte.

Charly: (coupe) Aïe…

Sebrouxx : La première. Est-ce que le fait de chanter du Jean-Jacques Goldman chez Cocktail de Nuit t’a filé envie de chanter sur ton premier album ?

Charly : Écoute, oui, dans le sens où est assez frustré de faire de la variété et de chanter des choses qui ne seraient pas forcément ce que l’on aurait envie de chanter. Donc quelque part, oui, ça frustre d’être limité artistiquement dans les groupes de reprises. (rires)

Sebrouxx : Seconde question et plus sérieusement à quand une tournée Charly Sahona/Julien Damotte. Tu peux constater qu’il te met en premier et donc en tête d’affiche…

Charly : Putain, quand il veut! Pardon pour le putain! Enlève-le. Non, quand il veut, et avec grand plaisir. Faudrait qu’on en parle, pourquoi pas ?

Sebrouxx : Ce serait forcément dur à mettre en place, ne serait-ce que pour quelques dates sur de petites scènes ?

Charly : Oui, je pense. En fait ce qui est dur pour un groupe, pour un artiste en France, c’est de tourner s’il n’est pas hyper-médiatisé et s’il ne vend pas beaucoup. En l’occurrence, on est des artistes underground et je pense que ce serait difficile. Cependant on pourrait essayer de se trouver quelques dates, on se motiverait entre artistes qui sortent leur premier album solo.

Sebrouxx : En fait pour Julien, c’est son second album vu qu’il a déjà sorti un album instrumental Deep Inside.

Charly : Ah oui, tu as raison, mais c’est aussi son premier album en tant que chanteur. Il a un univers certain, les compos sont super et en plus il a en avant des gens qu’il admire. J’ai trouvé ça très touchant en fait. Y a sa pâte, c’est très personnel : c’est très beau ce qu’il a fait. Je suis admiratif niveau réalisation, niveau compos et surtout au niveau de ce qu’il se dégage dans sa voix. Il y a une belle homogénéité, une bonne sincérité. Chapeau.

Sebrouxx : Je te laisse traditionnellement le mot de la fin si tant est qu’il te reste quelque chose à dire sur quelque sujet que ce soit aux lecteurs des Éternels.

Charly : Aux lecteurs des Éternels, mais aussi à vous les mecs qui faites ces magazines sur le Web. C’est génial que des mecs comme toi, comme vous, qui sont des passionnés, des enragés de musique fassent l’effort de découvrir et de faire découvrir de nouveaux styles de musique. Merci de mettre en avant, de mettre en vitrine vos coups de cœur parce que je trouve qu’aujourd’hui, médiatiquement, c’est difficile parce qu’on est bombardé de standards au niveau de la variété, de la pop et même du métal. Donc merci aux gens comme toi de faire découvrir et de consacrer de ton temps à la scène un peu underground et donc à nous. Maintenant aux lecteurs des Éternels, continuez de découvrir d’autres musiques par le biais de ce magazine et partagez le mot avec vos amis de ce qui vous a touché. Continuez à être passionnés de musiques et à être curieux.




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