Sybreed

Entretien avec Ben (chant) et Drope (guitare) - le 24 novembre 2009

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Gazus

Une interview de




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Toutes les bonnes choses ont une fin. Voici donc la dernière partie de l'interview fleuve que les helvètes de Sybreed nous aurons accordé, peu de temps avant de monter sur scène. Une fin en beauté où l'on aborde la question de la couleur musicale, des règles dans le metal, mais surtout où intervieweur et interviewés finissent toujours par craquer dans la joie et la bonne humeur. Et l'humour gras.


Gazus : Parlons de l'artwork. J'ai toujours trouvé une certaine cohésion entre les pochettes de vos albums et les couleurs musicales qu'on y trouvait...

Drope : (m'interrompt) Nous travaillons aussi avec les couleurs en fait... Ce n'est pas que nous allons faire une «chanson rouge» mais si ça doit l'être, ça le sera.

Gazus : Sur le nouvel album, je ne retrouve pas cette cohésion, au contraire, ça contraste pas mal avec la musique.

Ben : Au niveau du concept, c'est pour moi un album gris.

Drope : À la base nous recherchions quelque chose de gris, blanc, rouge...

Ben : Il y a eu trois artistes différents sur chaque pochette. Là en l'occurrence c'est Seth Sotiris de Sceptic Flesh qui s'en occupé et qui avait aussi fait la pochette du dernier album de Moonspell, que je trouve magnifique et qui m'a donné envie d'avoir ce gars. Et... c'est le genre d'artiste auquel tu ne dis pas ce qu'il doit faire. Si tu lui dis «Est-ce qu'on pourrait...» il t'envoie chi... enfin te dit non. Il s'en occupe. En revanche il nous a demandé les morceaux, les paroles, afin de bien s'en imprégner et c'est vrai qu'il ne s'est pas basé sur la couleur du son de l'album, d'autant qu'il ne l'avait pas lorsqu'il a dû bosser, vu que celui-ci n'était pas encore mixé, mais juste des démos, des versions pré-mixées, mais par contre j'ai énormément eu l'impression qu'il s'était basé sur le concept nietzschéen de l'album. Pour moi, cette pochette est l'illustration parfaite de la pulsion de mort. Il y a ce côté blanc et froid et à côté ce crâne... Je sais pas toi, mais si je devais rééditer des bouquins de Nietzsche, c'est ce que je mettrais en couverture. Pour le coup, la pochette suit le concept et la lignée de l'album au niveau des paroles plus que la couleur générale de la musique. Nous avons découvert la couleur finale de l'album quand nous l'avons reçu aux États-Unis, je crois bien...

Drope : Ouaip, avant de partir nous avions des bouts de machins, mais c'est tout.

Gazus : Et entre le moment où vous avez composé et enregistré l'album, fait ce choix de couleurs dominantes, gris, blanc et rouge, et le moment où vous reçu le produit fini, avez-vous trouvé que ça coïncidait ?

Drope : Je sais pas.

Ben : Personnellement, je trouve que ça va bien ensemble. Le puzzle a été fait d'une manière très différente par rapport à d'habitude mais... (il réfléchit) Je sais pas trop ce que t'en penses, Drope ?

Drope : Je ne sais pas trop non plus en fait. C'est venu en composant les chansons. Par exemple Antares a été entièrement composé et mixé avec une pochette rouge...

Ben : Que j'avais fait, à la base.

Drope : Donc nous étions parti dans un trip rouge et tout d'un coup on nous a filé cette pochette bleue... que personnellement, je n'aime pas. Mais je ne fais que le préciser... Enfin j'aime bien la pochette avec la planète, celle qui était sur le slipcase après la première version... Je trouve qu'il y un peu trop de bordel sur l'autre pochette. En même temps elle n'est pas moche mais... je ne l'aime pas. Du coup, lorsque nous avions reçu cette pochette bleue, nous avons carrément dû recommencer le mix et ça m'a foutu dans une autre optique de mixage, vu que j'étais parti pour obtenir un résultat rouge tout chaud et je devais dès lors faire un truc bleu tout froid. Et au final c'est vrai qu'Antares est devenu tout bleu. Mais au départ il devait être rouge ! Celui qui est resté dans les couleurs d'origine, c'est "Ethernity", c'est le seul que je n'ai pas pu entièrement remixer et qui est resté un peu rouge, je sais pas ce que tu en penses...
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Gazus : Au contraire, éthéré et presque glacial comme il est, je trouve qu'il colle bien au bleu de l'artwork...

Drope : Ah ouais. Au départ c'était censé coller avec une énorme éclipse rouge...

Ben : C'est un peu la pochette de base que j'avais fait qui était quelque chose de pas très éloigné de ce qu'a fait l'artiste ensuite. Il y avait une sorte de couronne solaire rouge avec un truc noir, des sortes de designs aussi... Mais uniquement du noir et rouge, quelque chose de très sombre. Listenable nous a dit «Non non ! On a un gars qui s'occupe des pochettes !», le mec est arrivé avec un truc bleu et nous étions là à nous dire «Merde merde merde merde... Faut refaire le mix...» Mais au final, les pièces s'assemblent au fur et à mesure et tu ne connais la substance finale d'un album qu'au dernier moment. Par chance ça coïncidence et bien sûr, certains trouveront à y redire, mais dans l'absolu et selon mon point de vue perso, c'est l'album qui est le plus abouti que nous ayons pu faire. Il n'est pas parfait, étant donné qu'il contient 20 à 30% de trucs que j'aimerais bien refaire, comme toujours...

Gazus : (l'interrompt) Lesquelles, par exemple ?

Ben : Certaines parties de voix que je rechanterais pour obtenir plus de densité, des choses comme ça... Il y a des morceaux qui sont vraiment excellents à mes yeux puis d'autres qui sont seulement biens. Et ceux-là j'aimerais bien pouvoir les refaire afin qu'ils atteignent l'excellence mais... (il réfléchit) c'est le genre de chose que tu ne vois qu'après coup. Durant l'enregistrement, tu fais du mieux que tu peux à un moment donné, chaque jour d'enregistrement est différent et ainsi de suite... Faire de la musique est une démarche à long terme, tu avances. Faire un album n'est pas une fin en soit, c'est juste une étape. Dans ce cas précis, The Pulse Of Awakening est une étape qui pour nous, personnellement, a été très marquante. Pas forcément pour les personnes qui écouteront l'album, mais en ce qui nous concerne, cet album s'est avéré être très libérateur au final, par rapport à Antares qui était pour beaucoup un très bon album mais qui à notre sens est trop timoré. Il y a encore trop cette marque du metal moderne qui nous pèse dessus, tandis que pour le dernier, c'est enfin l'idée du «On fait vraiment ce dont on a envie... On se crée un son à nous.» C'était un peu l'idée.

Gazus : Comparé aux deux précédents, cet album est justement hyper varié. On commence avec un "Nomenklatura" qui fait comme le lien avec les événements précédents, "A.E.O.N." apporte la sauce un peu black... puis "I Am Ultraviolence" et ainsi de suite... Chaque morceau a sa particularité et la diversité qui en résulte donne l'impression que vous vous retrouvez avec une sorte de boite à riffs où piocher...

Ben : (l'interrompt) Tu parles de "I Am Ultraviolence", par exemple, ce morceau est une blague. Pour nous c'est ça. Je suis arrivé avec ce titre, du genre «Ouais, j'ai un super titre "I Am Ultraviolence" ! Il faut qu'on fasse un morceau... SUPER BOURRIN !» Et nous en avons discuté et décidé d'en faire un morceau bête...

PhotoGazus : Et méchant ?

Ben : Ouaip, dans le sens extrême de ce qu'il peut y avoir de plus extrême dans l'extrême.

Drope : Ça été fait avec un gros coup de bol au final. C'était un peu «Tiens je vais faire ça comme ça, on essaye ça et puis ça...».

Ben : C'est un peu comme Devin Townsend composait avec Strapping Young Lad. Les morceaux sont composés en une heure et demie parce qu'il faut que ce soit bas de plafond. Toutes les influences extrêmes que nous avons, nous les avons foutues dans ce morceau. Tu as des gros riffs à la Strapping, tu as la partie black qui va à fond, l'industriel à la KMFDM et Ministry qui bourre à fond la caisse... Mais c'est une blague, pas dans le genre «On a fait ça n'importe comment», c'est un morceau qui est tout de même construit et joué, mais c'est un peu l'idée... C'est comme si nous soldions nos comptes avec le metal extrême. Voici peut-être le maximum de l'extrême que les gens entendront chez Sybreed. C'est peut-être pour nous l'extrême dans un seul morceau et nous ne ferons sûrement plus de morceaux, enfin peut-être, je ne sais pas, aussi courts avec autant d'extrême condensé. Nous allons sûrement plus partir vers des mélanges de passages plus calmes et de passages plus violents. En même temps, tu dis que le nouvel album a ce côté très »boite à riffs», presque jukebox...


Gazus : Je me suis mal exprimé. Je pensais plus à une sorte de boite à outils avec laquelle repartir de zéro. Vous arrivez à une telle diversité que vous vous ouvrez vous-mêmes un paquet de portes.

Ben : Tout à fait. Là je suis d'accord. Nous limiter à quelques outils typiques du metal ne nous branche pas. Nous avons une possibilité gigantesque, entre la pop, l'électro, le sympho comme nous en parlions tout à l'heure... Et nous n'avons pas envie de... C'est comme faire de la peinture : pourquoi faire du noir et blanc quand tu as une chiée de couleurs disponibles à côté ? Nous sommes vraiment du genre à ne plus nous mettre de limites, nous faisons du metal parce que nous aimons les grosses guitares, mais dans l'absolu nous faisons avant tout de la musique. Je me fiche qu'on vienne me dire «Ouais, c'est du power-thrash-polka tendance schizo-core slovène avec quelques couches d'Ukraine...». Non, ça n'est pas notre but. Du tout...

Gazus : Du Nietzschecore ?

Ben : Ouais, voilà ! (rires) Je conceptualise ça de manière très rationnelle mais c'est l'état d'esprit du groupe. Nous avons un côté très punk. Très... enfin les codes... surtout dans le metal, pour moi en fait, qui ai un style de musique assez alternatif, donc «en dehors des règles»... Quand tu commences à suivre des règles, parce qu'il faut faire comme si et comma ça, parce que la tradition le veut, c'est encore pire que tout...

Gazus : Chaque courant naît plus ou moins du désir de se débarrasser de ces règles, comme la musique sérielle qui voulait se libérer du carcan du solfège classique pour se retrouver bloquée dans un nouveau solfège avec de nouvelles règles...

Ben : Justement, quelque chose devient pourri à partir du moment où tu dis «Je veux briser les règles !» suivi juste après de »Oui mais alors pour briser les règles il faut suivre telle tradition, et patati...». Je rigole toujours lorsque je vois des mecs sortir que le black metal doit être fait d'une certaine manière et pas d'une autre, alors que je suis moi-même fan de black... surtout quand ce sont des gamins de 17 ans et que toi tu en as 30... Je crois que les premiers qui se sont mis à faire du black, mis à part les deux ou trois farfelus de service, n'en avaient vraiment rien à battre. Ils ont surtout voulu faire de la musique très méchante qui faisait très peur.

Gazus : Darkthrone par exemple, qui se fout du monde autour d'eux...

Ben : Ouais, même s'ils ont toujours eu leur son... ils ont toujours évolué dans leur trip et n'ont jamais eu rien à foutre des modes. Emperor a créé le black metal sympho, parce qu'Ihsahn avait ses idées ou je sais pas, ce côté «Putain, j'ai envie de changer plein de trucs !». Y a pas eu un mec qui est arrivé pour lui dire : «Alors coco, le black metal sympho c'est comme ça, toi Darkthrone, là, faut que ce soit comme ça...» Ce genre de truc me fait rire. On m'a justement posé une question lors d'une interview qui était «Quelle serait votre réponse à ceux qui trouvent que mettre des voix claires dans du metal extrême mériterait la peine de mort ?» J'ai répondu justement que les personnes qui se disaient de telles trucs, à vouloir ériger des règles dans un genre pourtant «fuck the rules» à la base...

Drope : Même n'importe où ça doit être «fuck the rules» ! Si tu veux jouer avec ta bite en chiant sur ta batterie, tu peux le faire !

Ben : Exactement ! Et bref, c'est ce genre de personnes qui pourrait mériter la peine de mort. Après, je ne parle pas des règles qui visent à bien faire de la musique. Tu ne vas pas dire que Bach faisait de la merde, que ce qu'il a formaté est à chier...

Drope : (l'interrompt) En fait j'ai peut-être dit une connerie... Jouer de la guitare avec ta bite et chier sur ta batterie c'est mieux.

Ben : Il y a quand même des limites...

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Gazus : Ça dépend de la consistance, le son de ta batterie va changer selon...

Drope : Ouaip puis il va falloir compresser, gater...

Ben : Sinon, il y a un mec de l'équipe d'In Flames qui m'a sorti «CILM». J'ai adoré, je vais l'utiliser pour le prochain album.

Drope : C'est quoi ?

Ben : «Child I'd Like to Molest !» (rires honteux)

Gazus : L'interview touche à sa fin. Soit nous nous arrêtons là, soit vous ajoutez quelque chose, ce que vous voulez.

Drope : Yeah yeah, in the innatch !

Ben : C'est l'hymne de Sybred. Je suis désolé pour la grosse private joke. Autrement... (prend une voix distinguée) Nous espérons que les lecteurs apprécieront l'album...

Drope : Venez nous voir ce soir ! Ah non, c'est trop tard...

Ben : Achetez nos albums, il faut qu'on rembourse nos prêts auto ! Surtout moi... Lui-aussi... On est dans la dèche... (rires) Plus sérieusement, j'espère que les gens apprécieront l'album et s'ils ne l'aiment pas ça n'est pas grave.

Drope : Vu que nous avons plusieurs portes devant nous, nous n'allons pas nous gêner pour le suivant, sachant qu'il y aura trois ou quatre portes derrière chaque porte... Ce sera encore plus la merde, je pense.

Ben : Sybreed va être encore plus une poupée russe... (il me regarde) Je vois d'ailleurs que ça t'effraye déjà !

Gazus : Au contraire, j'en ai une demi-molle. (rires)




Fin


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