Dioramic

Entretien avec Anton Zaslavski (batterie) - le 18 janvier 2010

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Arroway's

Une interview de




Dioramic_20100118

C'est en ce début d'année 2010 que Dioramic pointe le bout de son nez hors des terres germaniques avec son premier album Technicolor (chronique ici). Une entrée en matière réussie pour ce groupe tout fraichement révélé et qui compte bien, un jour certain, dominer le monde. Nous voilà donc partis pour un échange de mails qui se sera finalement étalé sur une quinzaine de jours avec Anton, porte-parole anglophone principal du groupe, épaulé par Arkadi Zaslavski (guitare+chant) et Jochen Mueller (basse+chant) en voix off.


Arroway's: Le groupe s'est formé en 2002. Et votre premier album sort seulement maintenant, c'est-à-dire huit ans plus tard. Donc tu vas devoir nous résumer ces huit longues années! Mais commençons par le commencement: comment vous êtes-vous mis à jouer ensemble?

Anton: A la base ça a commencé avec Arkadi – qui avait un spectacle mais pas de groupe. C'était pour un concours musical dans notre ancienne école. Il a vu Jochen qui jouait de la guitare dans un autre groupe et lui a demandé de jouer de la basse pour le «Arkadi's Project». Au début il n'était pas très enthousiaste à l'idée de jouer de la basse mais il s'y est quand même essayé et a commencé à s'y sentir à l'aise. Comme ils répétaient dans la chambre d'Arkadi, qui est juste à côté de la mienne, j'ai bien été forcé d'écouter ce qu'ils étaient en train de jouer. Bien que je faisais alors du piano, j'ai pensé que ça ne devait pas être trop dur de jouer de la batterie. Alors je suis rentré dans sa chambre et je les ai obligé à me laisser jouer la batterie pour que je puisse participer au lieu de seulement écouter. A partir de ce moment, nous avons joué ensemble sans aucun changement de line-up sauf depuis environ un an, nous avons Max qui est notre claviériste sur scène. C'est un de nos amis depuis que nous avons créé le groupe et il a toujours réalisé pour nous tout ce qui concerne notre environnement visuel. Pendant ces années, nous avons enregistré quelques démos, des EPs et un album mais ils ont été sortis seulement au niveau local, donc nous sommes très contents de voir bientôt sortir notre première production concrète.

PhotoArroway's: Vous avez gagné le Local Heroes Contest en 2004. Peux-tu nous en dire plus à ce sujet: qu'est-ce que cette compétition? Cela a-t-il joué un rôle quelconque dans l'évolution du groupe? Et la chose la plus importante: avez-vous gagné facilement?

Anton: Chaque Land a ses propres concours avec de nouveaux groupes. Après quelques tours, le jury décide qui est le gagnant. Celui-ci est alors autorisé à jouer au Local Heroes contest pour représenter leur province. Puisque tu gagnes le titre de «Meilleur Nouveau Groupe» (pour une année), cela aide toujours le groupe à évoluer. Ca a été difficile pour nous de gagner ce concours car ça s'est passé de l'autre côté de l'Allemagne, donc nos fans n'ont pas pu nous accompagner, alors que le public contribue au verdict final. Mais finalement, il a semblé nous aimer donc nous avons pu gagner.

Arroway's: Tu as déjà répondu en partie, mais avez-vous enregistré quelque chose pendant cette période?

Anton: Oui. Nous avons enregistré un album mais nous ne l'avons pas officiellement sorti. En part ça, nous avons seulement de petites démos et des EPs, mais rien qui ne vaille la peine d'être mentionné. En 2008 nous avons enregistréTechnicolor qui va sortir bientôt. Donc c'est vraiment notre premier album.


Arroway's: Le producteur est Kurt Ebelhäuser, le guitariste du groupe d'indie rock Blackmail. Comment l'avez-vous rencontré et comment en est-il venu à produire Technicolor?

Anton: Une fois nous avons donné un concert à Worms où nous avons rencontré Sascha Hoffman qui est maintenant notre ingénieur du son en live. Il travaille aussi pour Blackmail et avec Kurt Ebelhäuser dans son studio. Sascha a adoré notre musique et l'a fait écouter aux gars de Blackmail, et Kurt a accroché. Après l'avoir rencontré, Kurt nous a demandé d'enregistrer une démo dans son studio. Le résultat nous a paru assez incroyable et nous sommes devenus des amis très proches. Donc nous avons décidé que Kurt était celui qu'il nous fallait pour produire Technicolor.

Arroway's: Quel type de son recherchez-vous? Et en particulier sur Technicolor

Anton: Nous aimons que le son soit chaud, naturel et puissant. Souvent le son des productions dans le métal est grêle et tranchant au lieu d'apporter la profondeur nécessaire à la musique. Donc à la base, on a voulu avoir Kurt aux manettes pour le son parce que sa production sone toujours de manière très puissante sans être trop «métal».

Arroway's: Oui. Mais à vrai dire, ce qui m'a d'abord surprise, c'est à quel point votre musique paraît « colorée », exactement comme votre artwork en fait. C'est un résultat que vous recherchiez?

Anton: Tout à fait! Notre infographiste est Max Nicklas, qui est aussi un de nos amis depuis pas mal de temps. Depuis un an il est notre claviériste live, donc il est aussi «dans la musique». Le environnement graphique est très important pour nous. Nous aimons les couvertures et les visuels qui ressemblent à la musique. Quand nous composons, nous utilisons souvent des couleurs, des formes et des émotions comme moyen de comparaison pour atteindre les impressions que nous voulons communiquer.

Arroway's: Alors y a-t-il un quelconque concept, au sens habituel du terme, derrière Technicolor? Je veux dire, dans la manière dont vous l'avez composé, dans les paroles…?

Anton: Non, il n'y a pas vraiment de concept pour cet album. Nous avons composé les morceaux juste de la manière qui nous semblait faire sens. Cependant, les morceaux font partie d'un ensemble sans que nous ayons voulu pour autant les faire rentrer dans le cadre d'un concept. Les paroles sont pour la plupart inspirées de films et des sentiments et des impressions qu'ils font ressentir. Il y a aussi toujours plusieurs niveaux d'interprétation. Il y a un point de vue visuel (métaphorique) et un autre plus personnel.
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Arroway's: Peux-tu donner un exemple?

Anton: Sur "Lukewarm Remains", par exemple, on s'est inspiré du film "28 Days Later". La sensation que tu as quand tu te lèves le matin et que tout est calme et que tu réalises petit à petit que tu es le seul être humain survivant. Ce morceau est plus ou moins à propos de ce sentiment. Les paroles décrivent les images et l'émotion qui sont liées à cette situation. Donc avec la musique, cela donne une vision très cinématographique pour ce morceau.

Arroway's: Ce serait vraiment intéressant de connaître les différentes idées ou références qui ont inspirées vos morceaux… au moins pour certaines peut-être: je pense en particulier à "Ghosts In The Machine", "Black Screen Goodbye", "Arms of Poseidon", "Doom"...

Arkadi: Certains morceaux sont inspirés par des films comme "I, robots" ("Ghosts In The Machine"), "Identity ("The Antagonist"), "X-Files" ("The Lone Gunman"), "28 Days Later" ("Lukewarm Remains") et "Lost In The Space" ("Debris"). D'autres par des sentiments, des images, de la musique ou l'art. Par exemple, "Arms of Poseidon" est une métaphore marine à propos de l’erreur. Les paroles de "Black Screen Goodbye" sont intentionnellement éclatées. Tu devrais vraiment chercher des interprétation ou des sens cachés parce que les chansons et les paroles en sont remplies (… même l'artwork!).

Arroway's: Votre musique peut être décrite comme un mélange de prog métal, de postcore, de musique alternative… Vous utilisez plutôt l'expression «Art-Core» (ou en tout cas pour ce qui concerne les communications de la presse). Pourquoi selon vous cela définit-il mieux votre musique? Vous refusez exprès tout autre étiquette?

PhotoAnton: Art-Core est un terme artistique que nous avons inventé pour faire passer aux gens l'impression que peut créer notre musique. Le mot "art" dans l'expression fait référence à l'Art-Rock des années 70s avec lequel nous avons grandi, et que nous continuons d'écouter. Genesis, King Crimson, Yes. Ce sont de grandes influences pour nous. Le mot «core» s'est introduit dans un tas de genres, mais pour nous il s'agit de décrire nos influences post-hardcore. D'un autre côté «Art-Core» veut aussi dire que ce qui est au « cœur » de notre travail de création, c'est l'art. Pour nous faire de l'art signifie s'affranchir de toute limite. C'est pourquoi nous avons choisi ce terme. Le problème avec les genres c'est que beaucoup de groupes écrivent de la musique uniquement dans le but de correspondre à l'une de ces catégories. Mais en général, on peut dire que ce n'est pas seulement naturel mais aussi nécessaire pour les gens d'utiliser des catégories. Toute analyse a besoin de catégories, même en science. Et si quelqu'un veut décrire notre musique, il va utiliser des catégories pour l'analyser.


Arroway's: D'après votre biographie sur votre page Myspace: «Ce que [vous] recherchez, c'est faire une musique intéressante avec un élément de surprise.» Pour vous, c'est quoi de la «musique intéressante»? Plutôt intéressante à jouer ou à écouter?

Anton: Une «musique intéressante», pour nous, cela comporte deux aspects. D'un côté, en tant que musiciens, nous voulons créer une musique qui ne soit pas trop ennuyeuse à jouer. Donc quelque part l'aspect joué (ou technique) est important pour nous, bien que nous faisions toujours attention à ne pas faire de morceaux compacts qui ne vivent toujours que par leur virtuosité. D'un autre côté, nous sommes aussi des auditeurs et l'aspect émotionnel de la musique est aussi important. La musique ne doit pas nécessairement comporter ces deux aspects pour que nous la trouvions intéressante. Donc il y a des musiques intéressantes qui ne sont pas si techniques mais qui ont quand même une grande valeur grâce aux associations personnelles que l'on peut faire et aux émotions qu’elles font ressentir.

Arroway's: A ce propos, comment composez-vous dans le groupe?

Anton: Eh bien, d'habitude Arkadi vient avec une trame de base pour un morceau. Ensuite Jochen ajoute la basse et moi la batterie. Après ça on essaye de combiner chaque partie jusqu'à ce que cela nous paraisse parfait.

Arroway's: Tu as cité Genesis, King Crimson et Yes dans vos influences. Peux-tu me dire quels autres groupes ont eu un impact sur votre musique?

Anton: C'est toujours une question très difficile. Nous écoutons une très grande variété de musiques, sans nous préoccuper des frontières entre les genres. Nous aimons des groupes et des artistes tels que Mew, Jeff Buckley et Poison The Well ainsi que beaucoup de musique classique. Dès qu'une musique nous inspire, elle nous plaît.

Arroway's: As-tu écouté récemment un album qui t'as particulièrement surpris?

Anton: Pour être honnête, non. De manière générale il y a eu très peu de choses qui m'ont impressionnés dans le métal ces derniers temps parce que cela semble être limité à une compétition, à qui peut sortir l'album le plus heavy ou jouer les blast beats les plus rapides. Le metalcore n'est pas très innovateur non plus, donc nous devons dire que d'un point de vue musical nous sommes un peu déçus de l'année 2009. Heureusement, il y a de meilleures choses à venir pour 2010!
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Arroway's: Hum… comme quelque chose qui viendrait d'Allemagne peut-être? C'est surprenant que tu me dises avoir été déçu cette année. Par exemple (et à mon avis), on a eu les très bons derniers albums de Dredg et Karnivool dans un genre rock/métal alternatif, le retour réussi de Devin Townsend. Et pour ce qui est de a scène française, on a eu l'excellent Lazarus d'Hacride, je ne sais pas si vous les connaissez en Allemagne… Et comme nous parlons de la scène métal française, comment la perçois-tu depuis l'Allemagne?

Anton: Absolument, l'Allemagne va avoir une superbe année 2010! Dredg a sorti un très bon album – c'est vrai. Mais je trouve que Catch Without Arms est un album absolument extraordinaire et je ne crois pas que le nouveau puisse atteindre cette qualité, bien que la production de cet album soit excellente. A propos de la scène française, je dois admettre que je ne connais pas grand’ chose. Je n'ai encore rien entendu de Lazarus. J'ai juste écouté quelques morceaux sur Myspace et je dois dire qu'ils semblent vraiment intéressants. La scène française paraît bonne cependant. Peut-être que certains groupes devraient visiter l'Allemagne plus souvent.

PhotoArroway's: La propagande pour Hacride est en marche! A propos de visiter des pays, vous allez commencer à la fin du mois une tournée en Allemagne. Est-ce que vous prévoyez quelques dates ailleurs en Europe?

Anton: Oui. On a pensé donner quelques concerts en France, en Espagne, au Portugal et surement au Danemark. Cela reste encore indéfini mais on y a vraiment déjà pensé.

Arroway's: Une autre question d'un intérêt égocentriquement français! Pourquoi peut-on entendre quelques mots en français au début de "Eluding The Focus", qui sont assez bizarre («Complexe 19, derrière…»)?

Anton: Je crois que je devrais plutôt te demander pourquoi tu entends ça alors que Arkadi chante «Complexity is not dead yet» ! Peut-être cela relève-t-il d’un patriotisme tout à fait sain? C'est vraiment bizarre!!!

Arroway's: (explication – non, justification ! - de ma question en détaillant mon hallucination auditive. Cela dit, j’encourage toute personne à aller écouter le passage en question !) Donc… hum, maintenant je dois me rattraper avec une question exceptionnellement intelligente et pertinente! Voyons… Superman, c'est pour vous un idéal à atteindre ou quelque chose comme un symbole du pouvoir et de la (future) suprématie du groupe dans le monde?

Anton: Je pense que tu fait allusion au costume de Superman d'Arkadi sur l'une de nos anciennes photos de groupe… Eh bien, en fait c'était juste une coïncidence assez amusante. Cela se trouvait là en vente et il l'a eu pour quelques euros ce qui l'a rendu extrêmement adorable pour nous! Le costume est fait pour un enfant de 7 ans, il est gonflable et il est super ! C’est à peu près tout.

Arroway's: Tu as déclaré après que vous ayez signé avec Lifeforce Records que vous pouviez difficilement « attendre de dominer le monde». Est-ce à cause de la frustration et de la période difficile que vous avez eu avant de signer avec un label ou à cause de la «grande» ambition du groupe (qui pourrait avantageusement être mise en relation, à mon avis, avec une sorte de «complexe de Superman»)?

Anton: Eh bien, pour être honnête avec toi, c'était juste une blague et notre façon de montrer notre sens de l'humour. On ne s'est jamais pris trop au sérieux; on ne pensait pas grand' chose en disant ça. Je ne crois pas que cela soit une sorte de «complexe de Superman».
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Crédits photos:

www.myspace.com/dioramic







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