Sybreed

Entretien avec Ben (chant) et Drop (guitare) - le 24 novembre 2009

43
Gazus

Une interview de




Sybreed_20091124

Et voici la seconde partie d'un exercice qui se voudrait récurrent, à savoir l'interview fleuve, sinon épique, d'un groupe estampillé «Approved by Les Éternels for roxor quality». Car non contents d'avoir sorti un excellent The Pulse Of Awakening (chronique ici), les membres de Sybreed sont aussi d'insatiables bavards possédant la fâcheuse habitude de dévier de la conversation pour en placer une bien bonne. Fâcheuse ? Pas vraiment, au final, si ce n'est qu'à ce rythme, nous risquons un jour de devoir apposer un bandeau «Parental Advisory» en introduction d'interviews.

Gazus : Pourquoi cette approche «black» du chant ?

Ben : Tout d'abord c'est un peu un «Back to the roots» pour moi, je suis un grand fan de black metal. Quand j'étais gamin... en fait j'ai toujours été partagé entre la scène scène goth, post-punk, électro-indus et la scène metal extrême lorsque j'étais jeune. J'écoutais énormément de black étant ado, Emperor et toutes ces choses-là. Les seules choses les moins extrêmes que j'écoutais à l'époque, c'était les Fear Factory mais parce que j'y trouvais une ambiance goth... je kiffais bien Meshuggah et les trucs du genre parce que c'était super fou à l'époque... Et justement j'ai eu envie de retourner à ce qui était plus mon style du temps où j'étais gamin, ce qui est plus mon style de voix à la base, ado, je jouais dans des groupes de death et de black, soit du black pur soit dans des groupes à la At The Gates, etc. Finalement, vu la sonorité de notre musique actuel, et je sais aussi que Drop est un fan de black (il confirme)... Nous adorons ces sonorités et cela donne un côté très malsain à la musique, ce qui, pour en revenir au concept de l'album, va très bien avec son idée Nietzschéenne de la musique. Ça a un côté très... dégueulé, enfin...

Gazus : Très nihiliste, je vomis, je m'en fous ?

Ben : Exactement. C'était un peu l'idée, revenir à ça. En même temps nous avons fait évoluer notre musique tandis que je suis revenu personnellement à quelque chose qui me correspond mieux. J'aime beaucoup Antares par exemple, mais, avec le recul, en ce qui me concerne, je trouve que j'ai trop voulu faire du metal moderne pour faire du metal moderne, je le dis sans honte.

Gazus : Justement, niveau voix, sur scène, es-tu définitivement passé du côté obscur du chant ou bien conserves-tu ton ancien grain de voix ?

Ben : Il y a toujours des petites poussées de mon ancien grain, notamment les longues notes tenues en hurlé, ce genre de chose, reste un de mes... enfin un des trucs que j'adore faire. Par contre, c'est vrai que je l'utilise de manière plus ponctuelle. Sur le nouvel album, il doit y en avoir deux ou trois, qui sont bien placés mais qui font mal, je trouve; de longues hurlées, bien tenues...

Gazus : Bien placés, qui font mal... C'est un peu sexuel tout ça...

Ben : Ah pardon, ça c'est normal. Le metal c'est tout de même très homo-érotique ! (rires)

Gazus : Une chose qui m'a un peu pris au dépourvu lors de mes écoutes du nouvel album, concernant ton chant clair, notamment le fait que tes lignes ne m'ont pas accroché tout de suite. Elles semblent ne plus chercher la concision qui existait sur Antares et Slave Design, plus comme si tu cherchais un chemin, pour, lors des premières écoutes, ne pas le trouver, et au fur et à mesure, rentrer petit à petit dans la tête.

Ben : Ouais. C'est une des choses dont nous avons assez parlé au moment de faire l'album. Quand nous avons commencé les morceaux, j'ai dit «Bon les gars, faites gaffe, il va y avoir de la voix claire à fond la caisse et ça ne va pas être du simple !». C'est plutôt dans des lignes à la Depeche Mode, des choses du genre, et qui sont assez sinueuse au final, ce n'est pas toujours évident au premier abord, certaines chansons ont des voix qui bougent beaucoup. C'est un peu cet état d'esprit que j'avais envie de retrouver. Au final nous avons fait un album qui est mélodique mais qui n'est pas pop pour un rond dans le sens où ce n'est pas du «Allez, on te fait un refrain, il y a trois pauvres notes tenues et gnaaa gnaaa ! Tout le monde est content !», ce qui est un peu quelque chose d'habituel dans le metal aujourd'hui. Non, je voulais quelque chose que l'on peut entendre dans la pop, dans le rock, où tu as des mecs qui commencent à faire des trucs très sinueux et je trouvais beaucoup plus intéressant, même pour moi, car il faut bien comprendre qu'avec cet album nous nous sommes fait plaisir avant tout, même si nous espérions que les gens aimeraient, un petit peu, étant donné que notre idée était «Ah mais la gueule qu'ils vont faire quand ils vont l'entendre, celui-là !», mais bref, j'avais envie de me faire plaisir et d'explorer des lignes de voix plus compliquées, pour lesquelles les gens ont besoin de plus d'écoutes.

Gazus : En gros une approche plus expérimentale que par le passé...

Ben : Totalement, en gros c'est un album expérimental, dans l'absolu. C'est un album catchy, mais expérimental. Quand tu mets la galette, tout au début, les gens vont faire ... (il mime un mélange de grimace et d'étonnement) et c'est vrai que beaucoup de gens m'ont dit avoir pensé «Non mais attends, qu'est-ce qu'ils font, là ? C'est tout bizarre, ça part dans tous les sens...» Mais au final, plus tu t'en imprègnes... De toutes façons, la plupart des réactions que j'ai eu, notamment dans de gros magazines, étaient, en gros «C'est votre meilleur album, mais putain, qu'est-ce qu'on en a mis du temps pour rentrer dedans...». Donc ouais, au niveau des voix, j'ai voulu explorer des choses, me faire plaisir... Ça peut paraître hyper sinueux mais à mon sens il reste quand même des mélodies très directes...

Gazus : Il reste toujours la «patte Sybreed», soit la recette du refrain gay qui marche à tous les coups.

Ben : Ouais, tout à fait ! Et ça restera toujours. En gardant cette idée de synthé/pop à la Depeche Mode, ils y a les couplets alambiqués et paf, le refrain c'est... c'est...
Photo


Gazus : Paf dans ta gueule et tout le monde les bras en l'air et les culottes dehors ?

Ben : Exactement. Bon, je ne sais pas si Drop est d'accord...

Drop : Il est d'accord. Mais ce sera mon caleçon.

Gazus : Bon et bien alors enlève ta culotte, c'est moi qui pilote. (rires) Une nouveauté qui m'a fait tilter est l'ajout de parties symphoniques, qui ont une certaine tendance sur des titres comme "Lucifer Effect" à rappeler Anorexia Nervosa, d'une parce que le timbre de Ben est...

Drop (l'interrompt) : Ah ça me fait plaisir ! Tu n'as pas dit Dimmu Borgir !

Gazus : Non, justement, d'une, le timbre de Ben s'approche un peu de celui de Hreidmar et de deux, les orchestrations sont moins pompeuses et wagnériennes que dans Dimmu Borgir...

Drop : C'est Ben qui s'est chargé des parties symphoniques, c'est lui le chef d'orchestre de l'orchestre symphonique de poche. (rires)

Ben : Tout simplement, vu que nous parlions de black metal juste avant, j'ai un projet black metal à côté de Sybreed qui s'appelle Deathcode Society avec qui j'ai fait des démos et...

Gazus : (l'interrompt) Juste une question, où en est Pavillon Rouge (projet de Ben mélangeant New Wave et Black Metal) ?

Ben : Quand j'aurai le temps, c'est toujours ça le problème. Pour en revenir au symphonique, j'ai commencé à bidouiller chez moi avec des programmes faits pour ça, puis nous avons beaucoup travaillé notre technique musicale, que ce soit sur la théorie, les enchaînements harmoniques... C'est un album où il y a énormément de changements harmoniques... qui passent mais parce que nous les avons construits de manière très précise. Le premier essai est lorsque j'ai déboulé chez Drop avec la mélodie du refrain de "From Zero To Nothing", je lui ai dit «Tiens, j'ai composé ça, on pourrait essayer de partir là-dessus pour le dernier morceau.» C'était donc la première expérience d'ajout de symphonie sur cet album et puis après, nous avons eu des morceaux comme "Lucifer Effect" qui est très black metal et nous nous sommes dit que le début devrait bien taper directement avec du sympho. Pareil pour "Ultra Violence", il y a des parties symphoniques sur le refrain... enfin le refrain... Le truc black metal dans ce morceau est un refrain. L'idée était de pousser un peu ce côté musique de films que nous aimons beaucoup, tu sais le côté... (il cherche ses mots)

Gazus : Michael Bay ? (rires)

Ben : Plutôt Hans Zimmer, Goldsmith ou de vieux compositeurs romantiques, j'ai plutôt un gros éventail niveau classique et je pense que nous allons continuer à en inclure, pas pour qu'il y en ait de gros pâtés dans tous les morceaux, mais plus des petites pointes à certains endroits, parce que ça apporte quelque chose de très étrange, je trouve, pour un groupe de metal moderne, que de foutre du symphonique... mais pas du symphonique wagnérien mauvais goût «pouin pouin pouette pouette».

PhotoGazus : De ce côté, je suis assez d'accord, étant donné que je ne trouve pas les parties symphoniques de The Pulse Of Awakening vraiment pompeuses.

Ben : Personnellement, point de vue metal extrême symphonique, Anorexia Nervosa ont été les meilleurs à un moment, notamment sur New Obscurantis Order. Ce sont les premiers à avoir fait du symphonique qui sonne vrai et pas «pouette» ou fanfare. C'est plutôt le genre de chose qui m'influence... par exemple, le final de "From Zero To Nothing" est autant inspiré de Hans Zimmer que de Phil Glass, compositeur qui a tendance à amener des sonorités des pays de l'Est, j'ai donc utilisé des sonorités de ce genre-là et je trouve plus intéressant de faire ça que, bon, j'aime bien Dimmu Borgir hein, mais justement, on parlait de Michael Bay, c'est vrai que là c'est Transformers, quoi. Il ne manque plus que Megan Fox maquillée façon black metal et on est bons.


Gazus : Ce serait pas mal sur scène.

Drop : Ouais ce serait bien.

Ben : Je dis pas non, je vais voir Dimmu Borgir à chaque fois s'ils font ça.

Gazus : Il lui faudra par contre un clavier pour justifier la présence d'une femme à forte poitrine sur scène dans un groupe de metal extrême.

Ben : Non, même pas, elle enlève son soutif et on est bons !

Gazus : Elle fera le pied de micro façon Jonathan Davis.

Ben : Exactement ! (rires)

Gazus : Plus sérieusement, Burn votre ancien bassiste vous a quitté...

Ben : Ouais, il a eu un accident de caddie, en fait...

Drop : (à Ben) C'est marrant, j'allais dire chute dans un supermarché.

Ben : Ça prouve que finalement, les vieux couples... quelle horreur !

Gazus : Et comment Burn vit-il le fait qu'une vieille dame lui a fait une queue de poisson qui a entraîné cet accident dans ce supermarché ?

Ben : Il a arrêté toute velléité de composition, quelle qu'elle soit et étant d'origine portugaise il est revenu au réglage de base, il est donc concierge. (rires) Bon, on va être sérieux, le pauvre... Tout simplement, il ne pouvait plus suivre le mode de vie que nous avions, être musicien c'est beaucoup de sacrifices, il a quand même un gamin... Ça fait tout de suite mal en fait. Le jour où nous avons appris qu'il allait être père, nous nous sommes dit «Ouh, ça va être chaud...»...

Gazus : D'où votre vasectomie collective ?

Ben et Drop : Exactement.

Ben : Nous nous sommes tous faits couper les testicules et nous allons tous chanter avec une voix de castrat, ça va être génial ! Plus sérieusement, Burn ne pouvait pas suivre, financièrement, sur le mode de vie, vu que nous bossons et à côté nous faisons de la musique, c'est du sacrifice sur sacrifice et il faut pouvoir tenir ce mode de vie.

Gazus : Vous avez engagé Steph en guise de remplaçant. Comment s'est faite l'intégration ? Sans jeu de mots, pour une fois, s'il vous plaît.

Drop : Ça s'est fait sans problème aucun et sans...

Ben : (l'interrompt) Et sans vaseline, ha ha !

Drop : Et sans audition. Officielle en plus. Il faut dire que nous le connaissons depuis un bon moment, en tant que pote, puis en tant que guitare tech, voire carrément en tech tout court, soit un homme à tout faire. J'ai un autre groupe qui s'appelle MXD et vu qu'avec Sybreed nous commençons à avoir pas mal de dates, il fallait un remplaçant pour quand je ne suis pas là parce que ça fait con de ne pas avoir de guitare quand t'as des guitares à abouler derrière. J'ai donc demandé à Steph, qui est venu et il a appris en même pas une semaine les quinze morceaux qu'il devait jouer en plus de me bluffer complètement en sachant mieux que moi ce qu'il devait faire. Donc ça m'a m'a un peu travaillé et c'est lorsque nous étions aux États-Unis que nous nous sommes dits «Bon, quand on rentre, on a six jours et après une date, mais plus de bassiste. Comment on fait ?» Il faut dire que Burn n'est pas venu avec nous là-bas, nous avons pris quelqu'un sur place. Ce n'est pas qu'il était déjà parti du groupe, c'est qu'il n'a pas eu son visa en fait, mais vu qu'il nous avait annoncé auparavant qu'il comptait faire la tournée aux États-Unis et ensuite partir... Bref, nous avons appelé Steph et je lui ai dit «Si t'es partant pour faire la basse chez nous, ben c'est parfait...» Du coup il a appris les morceaux pour le concert six jours après notre retour et comme d'habitude, il nous a bluffés. De toutes façons, sur les albums, c'est moi qui à chaque fois, faisait les basses, donc nous cherchions un guitariste qui joue de la basse, ce qui tombe bien vu que Steph est un guitariste qui joue de la basse. Par contre, du coup ça risque de ne plus être moi qui enregistrerait la basse sur les prochains albums. Il va pouvoir bosser ses lignes plus comme un bassiste. Ça devrait bien aller...

Ben : Comme Papa dans Maman.
Photo


(s'en suit un débat sur les différentes combinaisons possibles incluant tous les membres d'une famille ainsi que des blagues que la décence m'interdit de divulguer.)

Gazus : Concernant Steph... Bizutage ?

Drop : (manque de s'étrangler) Tu l'as vu ? rires

Ben : Ce gars te fait un câlin et tu as la colonne vertébrale qui se détache de ton dos tandis que ta tête saute.

Drop : Donc non, pas de bizutage.

Ben : Nous l'appelons notre gorille à dos gris, il est arrivé dans le studio, il a écrasé ses bambous, a fait son lit et c'était bon. (rires)

Gazus : Retour à la musique. Le résultat de votre reprise des Killing Jokes est très pop, presque plus doux que l'original, plus dansant... Pour tout vous avouer, ça m'a fait penser par moments à l'Indochine de Paradize.

Ben : Ce qui pour moi est un compliment.

Drop : Ce n'est pas une insulte.

Ben : Disons que nous avons voulu absolument rester fidèles à cette chanson, qui, pour une chanson new wave, a un côté très rock qui est assez marqué. Au lieu de vouloir totalement transformer le truc et de complètement déchiqueter la chanson, comme ça peut arriver souvent, nous voulions faire un hommage sans pourrir le morceau. Dans l'absolu, nous avons surtout fait une version surboostée aux grosses guitares à la Sybreed, mais pour le reste, c'est extrêmement fidèle. Pour les voix par exemple, je voulais m'approcher de l'ambiance, de ce que Jaz Coleman avait fait sur ce morceau qui est au final pour nous est pop, metal mais assumée à 100%. Le refrain est plus dansant mais ce n'est pas une première pour nous...

Gazus : Il n'y a que du chant clair sur ce titre...

Ben : Il n'y aura jamais de disparition du chant hurlé dans Sybreed mais je n'ai plus envie que nous soyons pris comme un groupe «couplet hurlé / refrain chanté». Ça me gonfle, d'autant plus que j'ai écouté beaucoup de metal moderne où tout le monde quasiment continue de faire la même chose, personne ne bouge, rien n'évolue, personne n'a les couilles, justement, de sortir des standards, du genre «Ah non mais si c'est un groupe de metal, il ne faut pas qu'il y ait trop de voix claire, hein». Donc cette chanson a été vue dans une optique pop/metal, ce qui fait que le résultat est proche de l'original mais avec du gros riff à la Drop derrière.


À suivre


©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 2 polaroid milieu 2 polaroid gauche 2