Eryn Non Dae.

Entretien avec Franck (guitare +chœurs) - le 04 août 2009

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Cosmic Camel Clash

Une interview de




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Les Eryn Non Dae. nous avaient envoyé leur premier EP il y a quelques mois, et la surprise avait été très bonne. Les voir de retour signés chez Metal Blade avec le costaud Hydra Lernaia (chronique ici) sous le bras nous a donc fait particulièrement plaisir. Un coup de fil plus tard, voilà ce qui fut dit...


Cosmic Camel Clash : C’est notre première interview pour le site, donc j’ai bien peur que tu doives passer par l’épisode pénible de l’historique à la con.

Franck : Alors, l’historique à la con. Nous nous sommes formés en 2001 et nous évoluions dans un métal un peu plus classique, dans la veine de Skinlab ou de Machine Head. Nous avons donné pas mal de concerts durant cette période-là, avec un autre chanteur à l’époque. Nous nous sommes séparés de lui après ces concerts parce que sa profession lui prenait beaucoup de temps et qu’il ne pouvait pas se consacrer à la musique. Nous nous sommes séparés en bons termes donc, nous sommes toujours amis. Pendant un an nous avons donc cherché un chanteur, nous avons fait passer pas mal d’auditions, ça a été assez laborieux... Et j’ai donc trouvé Mathieu, que j’ai découvert alors qu’il répétait avec son ancien groupe et dont j’ai pensé que la voix collerait parfaitement à ce que nous faisions. Il est arrivé début 2004, et entre-temps nous avions exploré les côtés un peu plus sombres de la musique durant cette période sans chanteur. Nous avons tendu vers un truc plus noir, plus oppressant et plus apocalyptique. Six mois après son arrivée nous avons donc repris les concerts dans ce nouveau style car son intégration s’est faite très vite et nous avions déjà composé de nouveaux morceaux. Ça nous a mené en février 2005 où nous avons enregistré l’EP The Neverending Whirl Of Confusion à Bordeaux, chez Mobo. Il nous a permis de faire beaucoup de concerts dont le Hellfest en 2007 et un gros festival en Espagne, ce sont de bons souvenirs. En juillet 2007 nous sommes partis enregistrer l’album Hydra Lernaia, au même endroit et avec les mêmes personnes...

Cosmic Camel Clash : (le coupant) À ce moment-là vous aviez déjà signé avec Metal Blade, ou pas encore ?

Franck : Non, pas encore. Ça s’est fait pas mal de temps après en fait, un an après l’enregistrement. L’album a été enregistré en juillet donc, le temps de le mixer et de le masteriser ça nous a menés jusqu’à la fin de l’année et nous avons envoyé l’album tout prêt aux labels début 2008. Nous avons visé les gros labels au début en nous disant « pas de regrets comme ça, on envoie aux gros et si on n'a que des refus on descendra aux plus petits ». Metal Blade a répondu favorablement en septembre 2008, soit huit mois après les envois de cd. Ce qui est marrant c’est que nous avions envoyé l’album à leurs bureaux US qui n’ont jamais répondu alors que c’est une personne du bureau européen qui nous a découverts pour la signature. Tout ça s’est donc passé en 2008, et ça nous amène donc aujourd’hui en 2009 avec la sortie de l’album dans les bacs.

Cosmic Camel Clash : Du coup vous avez dû financer la totalité de l’enregistrement vous-mêmes...

Franck : Tout à fait, nous nous sommes payés le studio avec nos propres sous... mais comme Mobo est un ami nous avons eu des avantages financiers non négligeables. En plus de ça c’est quelqu’un d’humainement excellent, et qui est musicalement très en phase avec ce que nous faisons. C’est quelqu’un de très important dans le processus d’enregistrement, que ce soit au niveau de l’EP ou de l’album.
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Cosmic Camel Clash : L’EP avait déjà un son solide, mais la production de l’album est effectivement assez monstrueuse. Je pense en particulier au son de basse...

Franck : Oui, complètement. Dès l’EP il y avait un gros son de basse, c’est un peu son secret. Il faut dire qu’il est bassiste, donc ça aide... il joue dans Plug-in et il assure la basse pour Bumblefoot lors des tournées européennes. C’est vrai que le son de basse est énorme, et nous avons franchi un palier pour Hydra Lernaia au niveau du son car nous avons disposé de plus de temps. L’enregistrement de l’EP s’était fait en trois jours alors que sur l’album nous avons étalé les prises sur un mois, et le mix encore plus. Le son est très bien, mais nous savons qu’il y a encore de la marge pour progresser. Déjà en termes d’acoustique car le studio de Mobo est assez petit, donc si nous pouvons aller avec lui dans un vrai studio un jour nous gagnerons forcément en acoustique. En plus nous avons investi depuis l’album et nous avons de meilleurs instruments aujourd’hui. Il reste encore de la marge... mais ouais, le son est très bon sur l’album. À la fois très gros et vivant ; nous ne l’avons pas masterisé à fond pour garder de la dynamique.

Cosmic Camel Clash : En tous cas ça fait vachement plaisir d’avoir un groupe français chez Metal Blade, je crois que vous êtes les seuls avec One-Way Mirror...

Franck : (me coupant) Ouais, je crois que nous sommes les seconds... juste après nous il y a eu Darkness Dynamite qui a été signé.

Cosmic Camel Clash : Okay. Et au niveau de la manière dont le label vous gère, est-ce que vous vous sentez vraiment poussés, est-ce que la promo est bien faite, ou avez-vous l’impression d’être un groupe de plus sur un label qui en compte déjà beaucoup ?

Franck : Non, pas du tout. Niveau promo ça nous fait bizarre car depuis quatre mois nous n’arrêtons pas de donner des interviews dans le monde entier, aussi bien magazines, webzines, radios aussi... nous avons même un peu du mal à suivre dès fois et pourtant nous nous partageons le travail. Niveau promo ils sont top, nous sommes vraiment partout, on ne peut pas demander mieux à ma connaissance. No soucy.

PhotoCosmic Camel Clash : Dernière question concernant l’historique : vous êtes passés du nom END. à Eryn Non Dae. entre l’EP et l’album. Est-ce que END. signifiait déjà Eryn Non Dae. à l’époque ?

Franck : Non, ça ne voulait pas dire ça. Nous avons dû changer avec l’arrivée chez Metal Blade qui a tiré la sonnette d’alarme à cause des problèmes juridiques qui risquaient de nous arriver : il y a déjà un label qui s’appelle The End Records, un groupe qui s’appelle The End. Il y a un artiste électro qui s’appelle END. avec le point à la fin sur le label de Mike Patton, c’est assez fou. Je sais qu’il y a des milliards de cerveaux mais aller jusqu’à mettre le point... du coup ça ne valait pas le coup de sortir le cd comme ça pour devoir le retirer des bacs quelques mois plus tard. Donc le label nous a fortement conseillé de changer, et il valait mieux le faire sur le moment plutôt que d’être obligé de changer après. Nous étions un peu déçus car même si nous ne sommes pas super connus ce nom nous tenait à coeur et collait à la musique je trouve. Donc nous avons trouvé Eryn Non Dae. car nous voulions absolument garder ces trois lettres et le point à l’arrivée.


Cosmic Camel Clash : Que signifient les trois mots en question pour vous ?

Franck : Rien. On nous le demande souvent, c’est marrant... mais ça n’a pas de signification précise. Il fallait juste que ça fasse « end »... après ça peut évoquer une forêt sombre, une forêt mystique car « eryn » est un mot elfique qui signifie « forêt ». Donc il n’y a pas de signification précise mais on peut le rapprocher de ces mots-là. Nous voulions quelque chose qui colle à la musique, qui soit assez mystique.

Cosmic Camel Clash : Le monstre qui donne son nom à l’album, l’Hydre de Lerne, a trois caractéristiques principales. Déjà c’est un monstre à neuf têtes, en plus il est immortel jusqu’au moment où Hercule s’en charge...

Franck : (me coupant) Oui, à chaque fois que tu coupes une tête deux repoussent.

Cosmic Camel Clash : Voilà. Et troisième aspect important, c’est un monstre venimeux dont le souffle suffit à tuer des gens. Avez-vous choisi ces trois aspects car ils sont en lien avec la musique du groupe ?

Franck : Là c’est sûr que Matthieu répondrait plus précisément à cette question car c’est lui qui s’occupe des paroles, du concept, du titre... Il a voulu faire un lien avec la signification littéraire du mot, et faire une corrélation entre les neuf têtes du monstre et neuf sentiments qu’il a couchés sur l’album, un par chanson en fait.

Cosmic Camel Clash : Je me demandais s’il y avait un lien entre cette respiration venimeuse de l’Hydre et votre obsession pour les atmosphères torturées et suffocantes...

Franck : Je sais pas, il faudrait vraiment lui poser la question. Je sais qu’il a voulu faire un parallèle avec ce monstre à neuf têtes qui se régénère quand tu le combats et appliquer neuf sentiments à ce monstre. Nous on voit juste cette signification, mais c’est vrai que tu as fait de très bonnes recherches et qu’elles sont très pertinentes (rires). Je lui en ferai part.

Cosmic Camel Clash : On lui filera le lien vers l’interview une fois qu’elle sera en ligne... toi, en tant que musicien, les atmosphères torturées et suffocantes sont un truc qui t’inspire particulièrement ?

Franck : Je pense qu’on peut le dire car l’album est très sombre, noir, suffocant, oppressant. Dans l’ensemble du groupe c’est un sentiment qui nous gagne quand nous composons, et pourtant nous sommes des gens normaux et assez joyeux dans la vie de tous les jours. C’est notre côté sombre qui se retranscrit dans la musique et c’est ce sentiment d’oppression qui s’exprime particulièrement. Nous allons tous dans la même direction à ce niveau-là donc ça donne aussi un album compact.

Cosmic Camel Clash : Justement, en parlant d’album compact, j’ai eu l’impression à l’écoute de l’album de me prendre un bloc de musique dans la gueule alors que tu me parles de neuf morceaux basés sur neuf sentiments différents. Est-ce que vous pensez votre musique morceau par morceau ou est-ce que vous percevez l’album comme un tout ?

Franck : Ben tu vois, c’est un peu les deux à la fois. Nous faisons attention à ce que chaque morceau ne ressemble pas aux autres, qu’il y ait plusieurs dynamiques, plusieurs tempos, que ce soit comme un océan avec des vagues. Donc ça c’est pris en compte, mais dans la diversité de ces morceaux nous voulons que le tout fasse un bloc. Que certains morceaux soient reliés, qu’il y ait une atmosphère précise... c’est ce que nous avons voulu restituer dans cet album, différents morceaux qui forment un bloc. Pour nous, c’est très important.
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Cosmic Camel Clash : J’ai pensé à un autre groupe français que tu connais peut-être, Comity, qui a sorti un album de musique extrêmement torturée intitulé As Everything Is A Tragedy. Ils ont carrément poussé l’idée en sortant un seul morceau de 75 minutes. Est-ce que tu penses que c’est le genre de démarche qui pourrait vous tenter un jour ?

Franck : Euh... je ne pense pas. Après ll ne faut jamais dire jamais mais en ce moment encore moins vu que nous composons déjà le second et nous avons plusieurs facettes à utiliser. Je connais Comity, j’ai écouté un petit peu, je ne suis pas du tout un spécialiste... je trouve qu’ils sont encore plus extrêmes que nous dans leur musique. On peut nous trouver indigestes, mais des groupes comme Comity, The Dillinger Escape Plan ou Psyopus sont encore plus difficiles à digérer que nous. Donc bon, je ne sens pas tellement d’affinités... et par rapport à leur concept je ne nous vois pas du tout partir dans ce trip d’un seul morceau. Après tu peux très bien découper des plages... mais non, pas du tout. Nous voulons vraiment traiter plusieurs sentiments, plusieurs émotions.

Cosmic Camel Clash : À part ce côté sombre, une autre caractéristique musicale frappante chez vous est la complexité rythmique, avec des patterns de batterie bien tordus. Êtes-vous allergiques au 4/4 ?

Franck : Allergiques, non... mais c’est vrai que nous avons un peu fait l’impasse sur ça. Après Julien a un jeu vraiment à lui à la batterie, même si tu trouves à la limite des riffs moins complexes il va t’amener des patterns de batterie qui vont amener la complexité. Niveau guitaristique l’album n’est pas super complexe je pense, mais le jeu de Julien apporte cette complexité.

Cosmic Camel Clash : En plus du sentiment de malaise propre à la musique, est-ce que cette complexité permanente n’est pas un autre moyen pour vous de faire perdre leurs repères à vos auditeurs ?

Franck : Ben... oui, mais ce n’est pas volontaire. Nous prenons plaisir à faire ça, à nous perdre aussi nous-mêmes. On t’attrape, on t’emmène à un moment donné sur une plage un peu ambient, on te fait basculer sur quelque chose de complexe... avant toute chose ça nous plaît, ce genre de feeling musical. Après les gens sont aussi amenés à nous suivre et ça nous fait aussi plaisir, mais avant tout c’est complètement égoïste. C’est notre manière de composer.

Cosmic Camel Clash : Maintenant quelques questions que j’ai rangé sous l’étiquette « va-t-il le prendre mal ? »... si je dis que vous faites du postcore, est-ce que tu le prends mal ?

Franck : Pas du tout. Euh... je n’écoute pas trop de musique donc pour moi le postcore c’est plutôt Cult of Luna, c’est ça ?

Cosmic Camel Clash : Entre autres... ils font partie des fondateurs du genre mais ça a beaucoup évolué depuis.

Franck : Je le prends pas mal... nous avons peut-être une touche infime de cette scène via les ambiances que nous installons... nous pouvons être affiliés à cette scène, y’a pas de souci.

PhotoCosmic Camel Clash : Si je te dis qu’en écoutant l’album j’ai pensé à Hacride, tu le prends mal ?

Franck : Pas du tout (rires) ! Je prends pas ce genre de choses mal... en plus nous adorons tous ce groupe, y’a aucun souci là-dessus. Par contre je trouve que nous avons un style différent. Ça fait plusieurs fois que je lis ça dans des chroniques d’album, j’imagine que c’est lié au côté rythmique des deux groupes, des ambiances... Je pense que nous sommes assez différents, nous sommes plus bruts. En tous cas je ne le prends pas du tout mal, Hacride est un excellent groupe et leur dernier album est excellent, c’est une belle œuvre d’art qu’ils ont composé là. Chapeau bas.

Cosmic Camel Clash : Pour l’anecdote il y a un moment précis qui m’y a fait penser : j’imagine que tu connais bien l’album Amoeba (Franck acquiesce), et votre morceau d’ambiance "Lam-Tsol Oua" m’a pas mal fait penser à "Ultima Necat", le morceau qui introduit "On the Threshold of Death".

Franck : Ah ouais... (fredonne l’air), c’est vrai. Et pourtant... je ne me souviens pas trop de leur date de sortie d’album, mais ce morceau a au moins deux ans et demi. On ne va pas chercher, je ne sais pas de quand date leur album... pure coïncidence. Belle coïncidence, car c’est un très bon groupe.


Cosmic Camel Clash : Et ça nous amène naturellement à ma question suivante : « Lam-Tsol Oua », ça veut dire quoi ?

Franck : Alors c’est un mot tibétain qui veut dire « chercher sa voie », et ça me fait plaisir car tu es le premier à me poser la question. Souvent ce genre de détail est rarement souligné dans les chroniques et les interviews alors que c’est très important pour nous, et nous avons l’impression que les gens survolent vraiment le groupe des fois. Donc ça signifie « chercher sa voie » en tibétain car je suis passionné par le bouddhisme. Au début la chanson avait un titre en anglais et je trouvais ça un peu bateau, je voulais apporter une touche mystique donc je l’ai traduit en tibétain.

Cosmic Camel Clash : Je finis toujours mes interviews de la même façon : si tu veux rajouter quelque chose tu peux le faire, mais ce n’est pas obligatoire.

Franck : Merci à toi pour cette interview, et je dirai au gens « s’il-vous-plaît, continuez à acheter des cds » car c’est vital pour les groupes.


Crédit photos : Metal Blade


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