The Project Hate MCMXCIX

Entretien avec Lord K. Philipson (guitare+claviers+basse) - le 23 juillet 2009

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Cosmic Camel Clash

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Wineyard

Une interview de




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The Project Hate MCMXCIX est un de ces rares groupes qui réussissent encore à surprendre après avoir placé la barre très haut. In Hora Mortis Nostrae avait déjà bien traumatisé son monde, mais The Lustrate Process (chronique ici) enfonce le clou et nous dévoile un groupe au sommet de son art. Le grand manitou Lord K ayant accepté avec joie de répondre à nos questions, nous vous livrons ici cet entretien avec un personnage au langage fleuri et à la confiance en lui totale. Forcément, quand on sort des chefs-d'œuvre...


Cosmic Camel Clash : Je voudrais commencer par un retour sur les titres des deux derniers albums. Armageddon March Eternal semble dire que la fin approche, In Hora Mortis Nostrae qu'elle est arrivée, et The Lustrate Process (ndCCC : lustrate signifie purification rituelle) évoquerait un processus de rédemption païenne via le sacrifice. Est-ce l'idée ?

Lord K : Je dirais que The Lustrate Process est un résumé de notre identité, il embrasse tout ce que nous représentons. C'est à la fois une fin et un nouveau départ, il incarne réellement l'essence de The Project Hate, dans tous les sens du terme. Le titre est donc très bien adapté au thème de l'album.

Cosmic Camel Clash : Vue cette évolution et après cette renaissance; as-tu déjà une idée du thème du prochain album ? Où souhaiterais-tu mener The Project Hate ?

Lord K : Nous serons plus brutaux, plus beaux et plus balaises, comme nous le sommes toujours devenus après chaque nouvel album. Personne ne peut nous arrêter à ce stade, nous avons des tonnes d'idées à la seconde... et au vu des chroniques du nouvel album, il semble évident que nous sommes sur la bonne voie. Donc tout ça va devenir phénoménal à partir de désormais, sans aucun doute possible.
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Cosmic Camel Clash : Okay ! Il y a pas mal de guests sur l'album et certains sont assez célèbres; comme Van Drunen (Pestilence, Asphyx, Hail of Bullets...), Johan Hegg (Amon Amarth) ou LG Petrov (Entombed). Comment t'es-tu débrouillé pour les avoir ? Tu les connaissais déjà ?

Lord K : Oui, en gros. Concernant Van Drunen je suis en contact avec lui depuis le début des années 90 car je dirigeais un fanzine à l'époque. Je l'avais interviewé et je l'avais rencontré plusieurs fois ici, en Suède, quand il tournait avec Pestilence et ensuite avec Asphyx. Donc nous étions en contact... ce qui est marrant c'est qu'il y a trois ans j'assurais la guitare live pour Grave, nous étions en Belgique je crois, j'étais sorti fumer une cigarette après le show et là je vois ce géant venir vers moi et me dire « Super concert, mec !». Je le remercie, et là j'ajoute « Tu ressembles énormément à Van Drunen...» c'était lui ! Je lui ai demandé s'il me reconnaissait, sachant que notre dernière conversation remontait à plus de 10 ans en arrière... il me regarde et me dit « Kenth ?» « Fuck yeah !». Nous nous sommes donc raconté pas mal de conneries, puis je lui ai demandé par mail s'il voulait poser son hurlement si caractéristique sur l'album. Il a accepté et ça a rendu grave, donc ce coup-là a été facile à arranger. Je n'avais pas prévu à la base de l'avoir sur tant de chansons mais bon, quand on peut avoir un de ses héros d'enfance sur son album, pourquoi ne pas l'utiliser autant que possible ? Putain, ce mec est phénoménal. Concernant Hegg, je le connais également depuis un paquet d'années. Nous nous sommes croisés à plusieurs festivals et Torture Division a partagé quelques fois l'affiche avec Amon Amarth. Ça a été hyper facile de lui demander de participer car ils ont enregistré leur dernier album dans la ville où je vis. Ça a été un jeu d'enfant de lui refiler des fichiers audio et de lui demander d'enregistrer ses voix dessus quand Amon Amarth n'avait pas besoin de lui. Pour LG, par contre, ça a été complètement différent (rires). Nous avons joué un concert avec Torture Division sur un bateau, lors d'une croisière en Norvège. Nous avons bu quelques bières... je connais LG depuis le début des années 90 aussi, c'est un putain de type en or... et je lui ai juste dit « Fuck, on devrait monter sur le pont et enregistrer des voix pour The Project Hate ». Et nous l'avons fait sur mon téléphone portable (rires) ! Sans musique, sans paroles, sans rien, il a chanté ce qui lui passait par la tête. Nous l'avons fait sur place et c'était un putain de moment magique, nous deux sur ce bateau avec lui qui hurlait à pleins poumons et moi qui enregistrait le tout avec mon téléphone à la main. C'était magnifique.

Cosmic Camel Clash : Effectivement, sacrée histoire. Tu n'as pas eu de problème de qualité de son ?

Lord K : Non... on peut vraiment tout faire aujourd'hui. Bien sûr ce n'est pas comme s'il avait enregistré ça dans un studio hors de prix, la bande initiale sonnait comme de la merde... mais la technologie actuelle permet vraiment de faire des miracles. Ça n'a vraiment posé aucun problème d'insérer ça dans la chanson et de lui donner un son correct. Ça a roulé tout seul.

Cosmic Camel Clash : Pour LG c'était donc de l'impro totale, mais pour les autres guests, avais-tu déjà une idée précise de ce qu'ils allaient chanter, et où ? La musique était déjà écrite ?

Lord K : J'avais déjà tout écrit, ça a juste été une histoire de sélection des passages qui conviendraient le mieux à chaque guest. Ça n'a posé aucun problème, j'ai l'habitude d'avoir toute la musique composée avant même de penser à quels invités je pourrais faire appel.

Cosmic Camel Clash : Penses-tu qu'ils voudront remettre le couvert pour le prochain album ? Penses-tu inviter d'autres personnes ?

Lord K : J'ai toujours utilisé beaucoup de musiciens / amis pour The Project Hate donc je ne serais pas surpris que certains de ces mecs acceptent de revenir... mais peut-être que non. Je ne sais pas, c'est trop tôt pour le dire. Je n'utilise que des gens dont je sens qu'ils peuvent coller sur les chansons d'un album, ça dépend aussi de leurs disponibilités... mon objectif principal est de les avoir tous sur l'album d'après, mais je ne sais pas si ça sera possible.

PhotoCosmic Camel Clash : Quel est l'apport de Dan Swäno au groupe d'après toi ?

Lord K : Oooh, man... je ne sais même pas comment te dire à quel point j'adore cet enculé. Il nous apporte évidemment un son fantastique, mais par contre il ne participe pas du tout à la musique. Je ne fais pas du tout appel à lui en tant que directeur artistique ou quoi que ce soit du genre, il est seulement là pour nous donner un putain de son. Il a carte blanche à ce niveau, je lui ai dit : « Expérimente autant que tu veux, tant que je trouve que ça sonne bien tu peux te lâcher ». Ce type représente une énorme part de notre identité, au niveau de notre son en tous cas. C'est un mec phénoménal.

Cosmic Camel Clash : J'imagine donc qu'il n'y a personne d'autre avec qui tu aimerais travailler...

Lord K : À ce moment précis, absolument pas. Il me comprend parfaitement, je veux dire, nous nous connaissons depuis vingt ans... il sait exactement comment The Project Hate doit sonner, il connaît parfaitement ma vision concernant ce groupe. Donc non, je ne l'échangerais avec personne. Pas si je peux l'éviter.


Cosmic Camel Clash : Okay. Il est toujours difficile de définir le style de The Project Hate. Si quelqu'un te le demandait, comment répondrais-tu ?

Lord K : Je dirais que nous jouons un death metal au-délà du death. Il n'y a aucun groupe qui sonne comme nous, c'est un fait, nous sommes une force unique. Je pense que c'est à la fois notre plus grand avantage et notre principal point faible, car la plupart des labels sont complètement paumés quand il s'agit de nous gérer. C'est comme ça, c'est notre son... notre label précédent, StormVox, n'avait pas la moindre idée de ce qu'ils devaient faire avec nous. Vic Records nous comprend de toute évidence beaucoup mieux, c'est le meilleur label avec lequel j'ai signé et je fais de la musique depuis 1987 et des poussières.

Cosmic Camel Clash : Dans toutes les chansons on trouve des passages où le groupe se lâche totalement, d'une intensité extrême... mais ils sont toujours assez courts. Est-ce un fait exprès, afin que l'auditeur ait envie d'y revenir ?

Lord K : Ouais, en gros c'est ça. C'est très important de balancer ces passages courts qui ont un énorme impact sur l'auditeur et de ne pas les répéter la plupart du temps. Ne les balancer qu'une seule fois histoire que tu te les prennes dans la gueule, que tu ne comprennes même pas ce qui t'arrive, et que tu sois obligé de faire retour rapide si tu veux les réécouter. En faisant ça tu comprendras un peu mieux l'idée derrière le morceau. Donc oui, c'est vraiment fait pour maintenir l'envie de l'auditeur.

Cosmic Camel Clash : Depuis In Hora Mortis Nostrae, la batterie est entrée dans le paysage musical et j'ai remarqué une amélioration notable du son de The Project Hate. Qu'est-ce que ce changement a modifié dans ton appréciation de ta musique ?

Lord K : Je ne sais pas vraiment, l'évolution de ma musique se déroule d'une manière plutôt naturelle. J'écris en permanence ; je ne sais pas d'où tout ça vient ou pourquoi ça me vient, mais d'une manière ou d'une autre je suis censé faire ça. J'imagine qu'avoir Satan à ses côtés aide pas mal (rires).

Cosmic Camel Clash : Le groupe a demandé à ses fans d'arrêter de réclamer des concerts. Pourquoi ce refus si ferme ?

Lord K : Le problème aujourd'hui est que nous ne pouvons pas jouer live, pas avec cinq musiciens dans le groupe. C'est impossible, il y a beaucoup trop de pistes de guitare dans ce que notre musique est devenue. Et ce n'est pas un hasard : quand nous avons donné notre dernier concert en Suède il y a plusieurs années, nous avons décidé de ne plus jouer live car nous avions une impression de merde, il y avait trop d'éléments qui manquaient. Et quand nous avons pris cette décision, nous nous sommes dit « Hey, mettons nos burnes sur la table avec le prochain, rendons-le impossible à retranscrire sur scène ». C'est impossible de le jouer si tu n'as pas cinq guitaristes sur scène (rires). Nous avons pris une décision très claire, et notre musique est également devenue beaucoup plus complexe histoire de justifier le fait que nous ne pouvons plus donner de concert. Il nous faudrait une putain de foule sur scène si nous voulions balancer ce son aujourd'hui, ça c'est sûr ! Sur certaines chansons il y a huit ou dix guitares qui jouent chacune quelque chose de différent… okay, je suis salement doué à la gratte, mais je ne peux pas jouer les parties de dix personnes (rires).

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Cosmic Camel Clash : D'autres groupes surmontent cette difficulté en utilisant des boucles et des samples... tu es contre ça ?

Lord K : Absolument pas, je suis juste contre le fait d'utiliser des guitares samplées. Il y a des tonnes de boucles; de beats, de parties programmées de merdes comme ça dans notre musique... bien évidemment, ces choses-là devraient être jouées sur bande si nous donnions un concert. Aucun problème à ce niveau là. Par contre l'idée d'avoir des guitares sur bande me déplaît... (réfléchit) nan ! Les guitares doivent être jouées par de vraies personnes, elles constituent le coeur de notre musique, si nous utilisions des bandes pour ça j'aurais l'impression d'être un enculé de tricheur. Ce n'est pas pour nous.

Cosmic Camel Clash : Tu as déjà mentionné ton autre groupe Torture Division, qui donne dans un death metal pur et dur. Les riffs sonnent parfois comme du The Project Hate, est-ce que tu penses que les deux groupes s'influencent l'un-l'autre ?

Lord K : Mmmh... on va dire ça comme ça : c'est le même mec qui écrit la majorité de la musique, et je suis guitariste dans les deux groupes. J'ai un style d'écriture précis en ce qui concerne la guitare, donc certains riffs... il y a beaucoup d'éléments death dans The Project Hate, et comme Torture Division est un groupe de death à 120% ces éléments death font forcément le pont entre les deux groupes.

Cosmic Camel Clash : J'ai interviewé plusieurs musiciens de death, et ils sont généralement d'accord pour dire que de tous les sous-genres du métal, le death est celui qui se prête le plus à l'expérimentation. Tu es d'accord ?

Lord K : Mmh... je ne pense pas qu'on puisse expérimenter tant que ça avec le death, je pense que c'est une forme musicale assez monolithique en tant que telle. Avec The Project Hate nous pouvons expérimenter autant que nous voulons car nous n'avons aucune limite, mais concernant le death en général... tu ne peux pas balancer un riff à la AC/DC ou un autre truc du genre, tu es obligé de conserver une orientation death profonde. Ça ne fait aucun doute, c'est un genre musical très particulier et on ne peut pas trop déconner avec.

Cosmic Camel Clash : Mais il y a beaucoup de groupes qui utilisent le death comme une base et y incorporent des éléments n'ayant rien à voir...

Lord K : Ouais... la plupart de ces groupes sont à chier, à part The Project Hate (rires).

Cosmic Camel Clash : (rires) Une question à la con maintenant : quelle est la longueur de ta barbe et combien de temps cela t'a-t-il pris pour qu'elle soit si longue ?

Lord K : Voilà une question qu'on ne m'avait jamais posée avant... ou peut-être que si en fait (rires). Ca doit faire dix ou douze ans que je me laisse pousser la barbe, et elle doit faire cinquante centimètres de long maintenant. Elle est beaucoup plus longue que ma queue, ça c'est sûr.
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Cosmic Camel Clash : Ooookay. Fin d'interview rituelle : tu peux ajouter quelque chose si tu le souhaites, sinon on s'arrête ici.

Lord K : Le seul truc que je veux dire, et j'espère vraiment que les gens vont comprendre; c'est que je leur demande... je les supplie même d'acheter l'album plutôt que de le télécharger, car en écoutant notre musique en format mp3 soi-disant haute fidélité, ils perdent énormément de contenu. Notre musique est faite pour être écoutée sur CD, on ne peut même pas en découvrir la moitié en écoutant des mp3.



Crédit photos : Vic Records


Questions : Wineyard
Traduction / transcription : CCC


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