Hacride

Entretien avec Adrien (guitare), Ben (basse), Sam (chant) - le 24 avril 2009

43
Gazus

Une interview de




Hacride_20090424

«Gazus : (nom masculin) 1- Individu maladroit chroniquant chez les Éternels. Syn. gaffeur. 2- Se dit d'une action malencontreuse (ex : "L'autre jour, en interviewant Hacride pour la sortie de leur nouvel album Lazarus (chronique ici) à l'occasion de leur passage à Paris au Nouveau Casino (live report ici) le lendemain, j'ai fait une Gazus ! J'étais parti pour trente minutes d'interview, j'en ai fait cinquante au final. Et maintenant je dois retranscrire tout ça... Heureusement que je vais pouvoir mettre cette interview en plusieurs parties."»


Gazus : Avant de parler de Lazarus, revenons un peu sur la fin du cycle Amoeba, notamment votre tournée avec Divine Heresy qui s'est déroulée l'année dernière, ainsi que votre dernier concert de cette tournée à Nantes, qui était visiblement un gros truc qui tuait.

Ben : Cette tournée était la première fois où nous partions pour plusieurs dates d'affilée, ça nous a permis de nous confronter à des groupes américains, de voir si nous étions faits pour ça... Nous sommes partis quinze, vingt jours...

Adrien : Vingt jours, oui.

Ben : Voilà, les uns sur les autres, nous nous disions « Bon, est-ce qu'on est fait pour ça ?». Nous avons beaucoup appris. Je crois que c'était l'une des plus grosses expériences que nous avons vécues, notamment avec les festivals qui ont suivi, comme le Graspop, le Summer Breeze et tout ça. Ça nous a... (il cherche ses mots) pas réconforté dans notre...

Adrien : (l'interrompt) Si, nous sommes sortis de ces vingt jours et nous nous sommes dits « On est fait pour ça !». Nous avons fait pas mal de tournées avant, avons joué plusieurs dates d'affilée, mais quand tu pars vingt jours à l'étranger, avec un groupe qui a une expérience monstre... parce que c'était quand même Dino Cazares, enfin bon, c'est pas n'importe qui ! Bref, c'était le test : « Est-ce que ça marche, est-ce que ça ne marche pas ?» Et ben ça a super bien marché, nous avons gagné en expérience et en maturité, puis...

Ben : (l'interrompt) Le fait de jouer tous les soirs, surtout...

Adrien : (continue de parler) Avoir une hygiène de vie...

Gazus : Pas de picole après les concerts ?

Adrien : Si ! Ça dépend, mais tout consiste à ne pas te mettre une mine tous les soirs. Nous ne sommes pas des straight-edges, mais... il faut avoir une hygiène de vie...

Ben : (l'interrompt) C'est aussi faire attention... et nous étions là pour ça aussi, nous voulions quand même nous amuser et nous prouver que tous les soirs nous pouvions y aller. Évidemment, il y avait certains soirs où c'était plus dur, où les conditions n'étaient pas forcément évidentes, mais nous nous sommes très bien entendus avec les deux autres groupes. Il y avait un groupe norvégien, Blood Red Throne...

Adrien : Et puis les mecs de Divine Heresy étaient super sympas ! Disons que ça s'est bien mieux déroulé du point de vue de l'organisation que, par exemple, notre tournée avec Dying Fetus où c'était beaucoup plus dur, il y avait plus de route...

Ben : Aussi le fait que ne n'étions pas en bus avec eux, nous étions dans notre van à côté. Nous aimons bien ce côté où nous gérons tous seuls certains aspects. Pas besoin d'attendre ceci ou machin, on peut partir avant, etc. C'était très bien. Nous avons vraiment beaucoup appris, surtout l'Angleterre, où nous avons découvert un public qui est là pour la musique et pas forcément pour la tête d'affiche uniquement. Ils viennent pour découvrir, si ça ne leur plaît pas, tant pis, mais dès le premier groupe ils sont tous devant à regarder, à soutenir à mort...
Photo


Gazus : Ça doit changer de l'attitude que peut avoir le public français avec les premières parties qu'il ne connaît pas...

Ben : Voilà, par exemple. Nous avons joué en Hollande, c'était super bien, il y avait des gens qui étaient là pour nous voir. Pareil pour la Belgique...

Adrien : Bon, nous avions déjà pas mal tourné en Belgique et en Hollande auparavant, du coup ça a fructifié.

Ben : Puis avant de rentrer chez nous pour Noël, nous avons fait une petite date à Berlin pour finir, c'était une sorte de petit cadeau pour nous, histoire de bien finir.

Gazus : Parlons un peu de Lazarus, votre dernier album... Pourquoi n'y a-t-il pas de morceau « à la "Zambra" » ? (rire général) Sérieusement, comment s'est déroulé le processus d'écriture, est-ce que comme auparavant, Adrien, tu es resté dans ton coin à composer, sur combien de temps le tout s'est étalé, ainsi que pour l'enregistrement ?

Adrien : Je m'y suis mis pratiquement à la sortie dans les bacs d'Amoeba. Ça a pris pratiquement un an et demi d'écriture. Je m'y suis donc mis tout seul comme les autres fois et nous avons poussé le vice jusqu'au bout, encore plus que sur Amoeba, c'est à dire que j'ai préparé une maquette pratiquement finie de tous les morceaux, avec les samples, la batterie, la basse, etc, de manière à ce que nous ayons un CD que nous pouvions écouter et objectiver, qu'on puisse regarder de loin. Ça nous a permis par la suite de filtrer énormément ou au contraire de retravailler, ou même de ne pas retravailler, tout dépend, mais en tout cas d'avoir une galette finie, comme si tu allais dans un magasin, que tu achetais un CD, que tu l'écoutais et que tu te disais « Tiens, si je l'avais enregistré, je l'aurais fait comme ça ». Et c'est exactement de cette manière que nous avons procédé. Nous avons essayé d'avoir un produit super fini et par la suite nous avons réenregistré ce produit fini de manière à réarranger tout ce qui allait et tout ce qui n'allait pas.

PhotoGazus : Dans cette partie-là, quelle part de production a eu Frank Hueso, notamment au niveau des arrangements. Est-ce qu'il a participé ou bien vous a-t-il laissé le champ libre ?

Adrien : Frank est vachement intervenu en studio. Il intervient sur le côté spontané de la prise. Évidemment il écoutait les maquettes des morceaux et donnait son avis, mais c'est surtout sur la prise directe, la prise de batterie, de basse et de guitare... les prises de chant. (il s'adresse à Sam, qui vient de nous rejoindre) Je pense que de ce côté là il t'a pas mal aidé.

Sam : Il m'a orienté, il avait son mot à dire. Nous avons essayé de chercher le meilleur de l'album, tout le temps, donc à partir de là, il nous orientait aussi. Il me disait ce qui le faisait et ce qui le faisait moins...

Ben : (l'interrompt) Un vrai travail de producteur, quoi, et non pas juste quelqu'un qui enregistre. Il fait partie de Lazarus comme chacun de nous.

Adrien : Le travail de producteur comme nous l'entendons, c'est en fait la « famille Hacride » qui le fait. Frank fait partie d'Hacride.


Gazus : Il s'occupe aussi de votre son en concert.

Adrien : Voilà, nous sommes une petite famille et nous sommes « producteurs » du truc, nous discutons beaucoup. Il n'y a pas une personne seulement qui décide de la trame directrice que l'on aura tout au long du CD.

Sam : Il a écouté les premières maquettes, il a donné son avis... Après, ce n'est pas lui qui dit « Il faut faire ça comme ça ». Déjà en discutant nous avions son impression et cette impression nous a influencé dans la vision que nous avions par la suite, sur comment poser les arrangements, le travail du chant.

Ben : Nous lui faisons beaucoup confiance, nous écoutons ce qu'il a à dire comme nous le ferions pour chaque membre du groupe.

Gazus : Une petite question pour Sam, tant que tu es encore là. Sur Lazarus, il y a beaucoup plus de chant clair que sur Amoeba (il acquiesce), qui était déjà présent par petites touches, notamment sur "Perturbed" ou "On the Threshold of Death". Qu'est-ce qui a fait que ton chant clair ait pris une place bien plus importante sur cet album, notamment sur "To Walk Among Them", par exemple ?

Sam : Bon, je pense que ça ne représente pas encore 50% des chants non plus, nous n'en sommes pas encore là et ce n'était pas mon but à la base. Le fait est que la musique, quand je l'ai écoutée, dès les premières écoutes des maquettes d'Adrien, j'ai senti que ma vision sur Amoeba ne pouvait pas être la même que je devais poser sur Lazarus. Cet album devait avoir une vision plus personnelle. Ce sont donc ces ambiances musicales qui m'ont poussé à me dire « Bon ben voilà, faut pas rester dans ce que tu as déjà fait, il va falloir que tu expérimentes de nouveaux univers.» Après, je ne voulais pas tomber dans le cliché du chant clair parce que j'ai l'impression qu'il y a trop de groupes qui en usent, à savoir le refrain mélodique et le couplet beuglé. J'ai donc essayé de trouver des subterfuges, on va dire. C'est-à-dire poser ce chant dans des moments où il me paraissait essentiel. Je me suis un peu lancé dans l'inconnu, c'était flippant au début, je ne savais pas si ma voix allait rendre ce que j'avais en tête, ça semblait dur à retranscrire réellement, et je suis assez satisfait du résultat au final, je pense que j'ai ouvert une porte et nous verrons ce que ça donnera dans l'avenir. C'est une matière de plus pour moi dans mon chant, qui m'a permis de m'ouvrir de nouveaux horizons, mais je crois que ça a aussi permis à Lazarus de mieux vivre, de mieux respirer sur certains passages. Mais ce n'était en tout cas pas une volonté directe de dire « Allez, sur cet album, je vais mettre du chant clair ». C'est la musique qui m'a parlé et poussé dans ce sens là. C'est important, je trouve, de faire ce distingo.

Gazus : D'ailleurs, si on écoute l'évolution depuis Deviant Current Signal, on peut se rendre compte que ton chant devient de plus en plus mélodique. Sur cet album, c'était quand même assez brutal, certains passages étaient growlés et sur Amoeba, tu commençais à avoir un grain plus mélodique, qui explose sur Lazarus. C'est quelque chose de conscient ?

Sam : Pas vraiment. Ce n'est pas une volonté...

Adrien : Notre musique est devenue de plus en plus mélodique, aussi.

Sam : La musique est de plus en plus orientée vers cet univers-là et je ne pouvais pas... Je viens d'un chant plus hardcore à la base, je chantais plus dans ce registre au début, tout en étant fan de groupes comme Deftones ou d'autres trucs comme ça, hein, quand j'étais beaucoup plus jeune, je veux dire, mais maintenant, je pense qu'il fallait rajouter cet univers-là dans Hacride, qui a permis d'élargir le panel de chants et aussi mieux s'adapter à la musique.

Ben : Nous voyons aussi le chant comme un instrument donc son évolution s'inscrit bien dans celle de la musique.

Sam : Mais je vois où tu veux en venir. Dès Deviant Current Signal, il y avait des aspects mélodiques dans la musique, que l'on ne retrouvait pas dans le chant. Et ces aspects mélodiques le sont aujourd'hui sur Lazarus. C'est aussi une prise de conscience et j'ai peut-être un peu plus perfectionné mes techniques de chant. Je n'aime pas faire des choses que j'ai déjà faites. Je déteste ça. Cela m'a donc permis d'aller un peu vers l'inconnu et j'aime bien me poser des défis, comme sur l'album.

Photo


Gazus : J'ai toujours trouvé, en écoutant Amoeba qu'il y avait pas mal d'affinités entre ton chant et celui de Yann Lignier de Klone (il sourit), je pense que c'est parce que vous avez pas mal d'expériences en commun. On sent quand même que tu t'en détaches un peu sur cet album, que tu commences à avoir ton grain particulier et tes propres gimmicks, tandis que lui aussi part dans une autre voix. Ma question est quelle influence avez-vous eu l'un pour l'autre ?

Sam : Nous travaillons, Yann et moi, sur Mistaken Element depuis très longtemps, donc nous nous sommes influencés mutuellement, je pense. Yann est quelqu'un qui avait plus une tessiture de chant en son clair, à la base, tandis que j'avais plus une tessiture de chant gueulé, crié... Petit à petit c'est vrai qu'on se retrouve sur certaines choses, moi sur le fait de travailler sur l'album de Mistaken Element, où j'essaye de l'orienter au niveau du chant, de lui donner des idées, même s'il est complètement autonome. Ça revient à la question du Klonosphere en fait. « Oui, vous avez tous évolué ensemble à un moment donné, tatati tatata, est-ce que vous vous êtes influencés les uns les autres ?» De fait, oui, mais nous essayons tous de garder notre identité et de la créer, de nous trouver nous-mêmes. Je pense que Yann a son chant, qu'il le défend très bien et que moi j'essaye de faire de même avec le mien. Nous n'avons pas les mêmes atouts. Mais c'est sûr que nous avons beaucoup de discussions par Klone et Hacride, mais aussi par Mistaken, où nous travaillons ensemble, nous nous influençons mutuellement, nous parlons beaucoup des visions de chant, là-dessus il m'a apporté des choses, tout comme je lui en ai apporté. Ta question est tout à fait légitime, tu es peut-être un des premiers à me la poser et ... j'attendais qu'elle tombe un jour. (rires)

Gazus : Retour à Lazarus. Il me semble que cet album a un concept, une histoire. Quelle est-elle, étant donné que je n'ai pas eu de livret avec le beau CD promo que m'a envoyé Listenable ?

Adrien : Raah, ça veut dire que tu ne l'as pas acheté ? (rires)

Gazus : Je ne suis qu'un pauvre petit étudiant ! (re-rires)

Adrien : Le concept de l'album est tiré du concept du syndrome de Lazare, un cas de mort clinique qui ressuscite mais qui une fois ressuscité, ne voit pas la réalité telle qu'elle est. Nous avons voulu partir de l'histoire d'un personnage qui est complètement déconnecté de la réalité et qui au fur et à mesure des chapitres, c'est à dire les morceaux, réalise que quelque chose à changé, que c'est lui qui n'est pas normal et qui commence à se réveiller, pour enfin voir la réalité telle qu'elle est sur le morceau "My Enemy". C'est une espèce de fil conducteur. La musique a été créée comme une musique de film, donc en fait, tu peux écouter Lazarus comme si tu regardais un film. Si tu regardes chaque chapitre, en fonction des paroles, tu as une étape de ce personnage, une étape d'éveil psychologique...

Gazus : (l'interrompt) "Awakening" ?

Adrien : Exactement. "My Enemy" est notre final. "To Walk Among Them" est notre prologue, notre grande introduction et chaque titre correspond à une étape psychologique du personnage.

Gazus : Mais qui sont ces fameux «Them» ?

Adrien : Ah ! Les gens, le monde... Soit les gens de la réalité réelle, j'ai envie de dire, soit les personnes dans sa tête. C'est assez biscornu, nous avons pas mal trippé, surtout Sam au niveau des paroles...

Sam : (l'interrompt) Comme image, sur "To Walk Among Them", je vois un personnage qui marche au milieu d'une foule, qui a cette conscience d'être un peu isolé parmi plein d'autres gens... C'est marrant, nous sommes à Paris en ce moment et je me retrouve tout à fait dans ces paroles quand je suis à Paname. (rire général)

Adrien : C'est vrai que c'était ça dans le métro, tout à l'heure. "To Walk Among Them" c'est exactement ça. C'est un délire assez individualiste, tu es là tout seul et tout le monde autour de toi est comme une espèce de masse qui t'agresse...

Sam : Tu as l'impression que c'est un ensemble, mais en fait au fond tu sais que...

Adrien : Chaque personne...

Gazus : Est seule dans cette foule.

Sam : Voilà. Et tu ne sais pas ce que chacun a en tête.
Photo


Gazus : Il y a un côté un peu agoraphobe là-dedans.

Adrien : Complètement.

Sam : Ouais, un peu...

Adrien : Assez intimiste, individualiste...

Sam : Et puis qu'est-ce qui se passe dans la tête de chaque personne quand tu es dans une foule, tu te dis « Mais lui, c'est quoi sa vie ?» Toutes ces questions-là... Nous sommes tous uniques quoi...

Gazus : Au niveau des textes, tu t'en es chargé tout seul ou bien Adrien en a-t-il écrit certains ?

Sam : J'ai écrit les textes. Après Adrien m'a beaucoup aidé sur l'orientation par rapport aux morceaux, parce que j'ai travaillé dans l'optique d'écrire une histoire complète. Je n'ai pas cherché à faire un morceau, puis un autre et ainsi de suite. J'ai écris un texte entier qui déclinait toute cette démarche et ensuite, en fonction des morceaux, à partir des caractéristiques de chaque morceau, des ambiances, des atmosphères que l'on y retrouvait, "Act of God" pour le côté le plus violent, "Awakening" pour le côté plus calme, le réveil, etc, "To Walk Among Them" qui s'est mis en premier, qui faisait un très bel interlude et une très belle intro... J'ai alors sectionné tout le texte et j'ai orienté le tout en fonction des ambiances de chaque morceau. Ça rejoint la méthode de composition d'Adrien, soit d'avoir quelque chose de global, comme une histoire complète et pas quelque chose de fait morceau par morceau.

Gazus : En réécoutant Amoeba, puis Lazarus, j'ai remarqué, si je ne me trompe pas, que c'est la première fois que tu t'exprimes à la première personne.

Sam : Exactement. J'y avais pensé au début, car quand j'avais écrit ce texte entier, je ne savais pas trop à quelle personne je voulais le parler. Tu peux très bien réorienter les pronoms, pour parler de quelqu'un et en fait, j'ai un peu tout gardé, ce qui donne plusieurs visions et qui m'a intéressé. Parler du personne lui-même, parler de quelqu'un qui le regarde ou bien parler de quelqu'un d'omniscient, au dessus de tout et qui regarde l'ensemble. J'ai bien aimé les changements de personnalité que cela permettait...

Adrien : Comme des changements de caméra...

Sam : Un peu schizophrénique dans les paroles, étant donné que je me mets à dire « Je, tu, vous, nous » sur un même morceau, mais en fait il s'agit d'ambiances différentes où le personnage va se mettre à parler de lui, va se remettre en question puis tout d'un coup quelqu'un va le regarder, le juger ou va le décrire, puis le « nous » va arriver, qui représente plus une conscience collective... J'aimais bien ce changement de point de vue. Très bonne remarque.

Gazus : Merci. (rires)

Sam : Non non mais j'apprécie.

Gazus : Oh, je... je... ah tu m'as niqué ma question suivante, je ne sais plus ce que je voulais dire. (rire général)


Seconde partie






Crédits Photos:
Myspace


©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 6 polaroid milieu 6 polaroid gauche 6