Samael

Entretien avec Vorph (chant+guitare) - le 19 février 2009

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Flower King

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Lucificum

Une interview de




Samael_20090219

La vie est parfois faite d'accidents de parcours. Ce fut le cas pour votre serviteur, qui a dû s'y reprendre à deux fois afin d'obtenir un enregistrement viable pour cet entretien avec la formation helvète, mais ce le fut aussi pour Samael qui avec Above (chronique ici) nous présente un album qui n'était pas conçu pour sortir au grand jour... Vous avez du mal à suivre? Lisez donc les explications de Vorph pour connaître la belle histoire du petit dernier.


Flower King : Dans une interview récente, Xy affirmait que Solar Soul marquait comme un aboutissement pour Samael et qu’il était temps de rappeler aux gens d’où vous veniez… est-ce que tu voyais aussi la chose comme ça ?

Vorph : Disons que c’est venu après coup, puisqu’en fait, Above ne devait pas être un album de Samael au départ ; c’était un projet parallèle. La démarche était que nous voulions quelque chose de spontané, d’un peu live, de pas trop réfléchi, mais vu le résultat on s’est dit qu’il y avait quelque chose d’intéressant, quelque chose à présenter. Si tu veux, cette phrase, c’était une façon d’expliquer à nous-mêmes ce nouveau projet sous le nom de Samael.
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Flower King : De ton côté, tu as défini cet album comme « le chaînon manquant entre Ceremony of Opposites et Passage ». Est-ce vraiment ton sentiment ou était-ce un moyen d’attirer les fans ?

Vorph : C’était surtout pour présenter l’album à notre label, Nuclear Blast, pour leur expliquer ce qu’on avait fait ; mais est-ce que c’est vraiment le chaînon manquant ? Je n’en sais rien, je ne pense même pas. Là où je vois le rapport, c’est au niveau des influences qui se retrouvent sur nos trois premiers albums, alors que Passage est le premier album sur lequel on a commencé à travailler avec une boîte à rythmes, donc le lien est là : il y a plein d’influences de notre passé, mais c’est fait à la mode d’aujourd’hui. Sur les deux premiers albums par exemple, je faisais paroles et musique, et c’est à partir de Ceremony que Xy et moi nous sommes partagés le travail, lui toute la musique, moi les paroles. Et c’est de cette façon-là que nous avons fait Above. Donc ça participe des deux camps, à la fois l’avant et l’après Passage.

Flower King : Donc Above n’a pas été composé en réaction au virage plus « soft » que vous aviez pu prendre avec des albums comme Era One ?

Vorph : C’est assez intéressant parce que Era One était également un projet à l’origine. C’est sorti sous le catalogue de Samael parce que ça faisait partie du contrat avec Century Media, mais ça a toujours été un projet parallèle pour nous. Et la démarche a été la même pour Above. En même temps, Era One était très axé sur l’expérimentation, on essayait de trouver de nouvelles voies, de s’aventurer dans des paysages musicaux que nous connaissions beaucoup moins, alors qu’avec Above, on était en terrain connu. Donc entre les deux, il y a cet aspect yin/yang qui s’intègre bien dans notre discographie, je trouve.


Flower King : D’où vient la folle énergie qui habite ce disque ? Y a-t-il eu un évènement déclencheur ?

Vorph : C’est Xy qui a déclenché le processus. Il avait trois morceaux, et nous n’avions même pas prévu de faire un album, donc j’ai posé mes voix dessus et pendant ce temps Xy composait d’autres titres… c’a été très vite en fait. Tout s’est enchaîné, et on s’est retrouvé avec suffisamment de matériel pour faire un album. Mais ça nous semblait beaucoup trop radical pour sortir sous le nom de Samael, et en même temps nous n’avions pas envie de les retravailler pour les affiner ou les rendre un peu plus subtiles… et puis finalement, même si c’est brut, on s’est dit qu’il avait quand même sa place dans la discographie du groupe.

Flower King : C’est vrai que par rapport à vos précédents albums, il y a d’énormes différences, notamment par rapport au traitement de ta voix, beaucoup plus en retrait qu’avant…

Vorph : Sur Above, la voix a été faite en vitesse ; elle a été doublée, rien d’autre, alors que sur les trois précédents albums nous l’avions beaucoup plus travaillée notamment sur des titres comme Together. Là c’était beaucoup plus live, on n’a pas perdu de temps. Je pense que j’ai dû faire trois prises maximum pour les morceaux les plus difficiles, c’est tout.

Flower King : C’est marrant que tu dises ça parce que Xy avait aussi évoqué ce côté « précipité » dans l’enregistrement. C’était volontaire ou ça s’est imposé à vous ?

Vorph : C’est venu spontanément. Quand nous avons enregistré ces quelques titres au début, c’était vraiment pour s’amuser, se faire plaisir, on n’était vraiment pas dans l’idée de les publier ! Nous n’aurions jamais pu faire un album comme ça en se disant dès le départ que c’était Samael, parce qu’on avait des a priori, des méthodes de travail que nous avions instaurées depuis ces dix dernières années, et auxquelles on se tenait relativement. Là, c’est sûr que c’était plus spontané, moins réfléchi… mais je ne dirais pas « bâclé », parce que nous étions dans le ludique, on voulait quand même faire quelque chose qui nous plaise.

Flower King : Et ce côté plus « live » se sent aussi dans le traitement des percussions, qui sonnent plus réelles que par le passé. Est-ce également un résultat de l’approche plus spontanée, et est-ce qu’à l’avenir vous prévoyez d’engager un batteur, voire de remettre Xy derrière les fûts ?

Vorph : Non, ce ne sont pas des choses que nous avons en tête. Par rapport au traitement de la batterie, c’est peut-être la chose sur laquelle il a passé plus de temps. Étant donné que les morceaux sont assez rapides et carrés, il ne voulait pas que ça sonne trop « machine », il s’est permis de pousser la programmation pour donner cet aspect un peu… organique, du vrai batteur. Mais c’est toujours de la boîte à rythmes, et c’est aussi quelque chose qui nous distingue, donc je ne pense pas qu’on reviendra en arrière. Il ne faut jamais dire jamais, mais je ne pense pas.
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Flower King : Makro (guitare) vous accompagne depuis 2002. Est-il un membre à part entière du groupe, et participe-t-il à l’écriture des titres?

Vorph : Oui, bien sûr qu’il est un membre à part entière de Samael, d’ailleurs c’est la première fois depuis qu’il a rejoint le groupe qu’on se sent 4 membres soudés. Le noyau du groupe étant ce qu’il est, c’est toujours difficile pour le quatrième membre de s’intégrer, et Makro a finalement trouvé le moyen de se fondre parmi nous. C’est vrai qu’il nous connaissait depuis longtemps, du moins musicalement, et il a eu l’intelligence de trouver sa place tout en gardant sa consistance. Il ne participe pas à l’écriture des morceaux, mais définitivement, il apporte quelque chose de plus. Une sorte de symbiose s’est installée entre nous, et rien qu’en tournée c’est beaucoup plus agréable, on sent une réelle unité.

Flower King : C’est un vrai groupe.

Vorph : Voilà. L’année avant qu’il rejoigne le groupe, 2001, avait été assez creuse, nous n’avions rien fait, nous n’avions pas joué de concerts, on se voyait moins. C’était une période de doute. Je travaillais avec Xy sur le projet Era One, et on s’était tourné vers ces expérimentations justement parce qu’on pensait avoir fait le tour de la question. Makro a rejoint le groupe alors que nous avions des propositions de festivals, et vu que nous n’avions rien d’autre à faire, nous nous sommes dit : « pourquoi pas ? » Et ça s’est enchaîné : tournée européenne puis américaine pour Eternal en 2003, soit quatre ans après la sortie de l’album. Ce n’est pas vraiment comme ça que les choses se font d’habitude, mais ça nous a remis le pied à l’étrier. Et c’est lors de la composition de Reign Of Light que le groupe a vraiment repris forme.

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Flower King : Tu parlais tout à l’heure de « symbiose » ; or vos thématiques et visuels présentent souvent un aspect très « mystique ». Est-ce que tous les membres de Samael partagent une certaine philosophie de vie, ou certaines croyances ? Y a-t-il un bagage spirituel commun ?

Vorph : Étant donné que nous sommes sur un terrain d’entente plutôt que de discorde, je te répondrais oui, mais ça se fait sans qu’on ait besoin d’en parler. Nous partageons pas mal de choses, mais sans pour autant les mettre sur table, en tout cas je ne crois pas.

Flower King : D’accord. De même, les references à l’espace sont récurrentes, avec une approche presque scientifique de la chose. Est-ce que ça témoigne d’un véritable attrait pour les sciences spatiales, voire même des connaissances pointues ? Ou est-ce purement ludique ?

Vorph : D’abord, c’était plutôt une métaphore par rapport au monde intérieur. J’essayais d’imaginer ce monde en le représentant à l’échelle de l’univers, c’était aussi un moyen d’élargir son esprit. La connexion entre le micro et le macro, c’était l’idée. Donc ce n’était pas une approche scientifique. Vu que j’ai quelques lectures dans ce domaine, même si ça reste des ouvrages de vulgarisation, peut-être que certains termes viennent plus spontanément pour décrire des choses, mais ça reste imagé. Nous ne voulons pas faire une leçon de sciences.

PhotoFlower King : Ça fait une vingtaine d’années que le groupe existe maintenant. Par rapport à la longévité des groupes de fratrie, Noel Gallagher, d’Oasis, disait qu’ils duraient si longtemps parce qu’il est impossible de virer son frère du groupe. Tu partages ce sentiment ? (rappelons que Vorph et Xy sont frères)

Vorph : En fait, je crois que nous n’avons jamais eu de discorde vraiment importante. Plus jeunes, quand on cherchait ce que nous voulions faire, c’est vrai que nous ne voulions pas forcément le faire ensemble. J’avais commencé à jouer avec un ami, lui allait jouer avec différents gars, et je pense qu’au décès de notre père on a commencé à se rapprocher et on s’est dit que nous allions faire des choses ensemble. Ça allait être plus simple, et peut-être que nous avions besoin l’un de l’autre, d’une certaine manière. Et depuis, nous n’avons jamais eu l’idée de nous séparer. Aujourd’hui, il y a trop de choses qui nous retiennent, on a trop mis de nous-mêmes dans Samael pour finir par laisser ça comme ça.


Flower King : En vingt ans, tu as certainement eu l’occasion de voir le milieu metal évoluer, que ce soit dans la variété des supports, peut-être la diversité de la scène… si tu devais faire le bilan dans les grandes lignes du milieu actuel par rapport à il y a vingt ans, qu’est-ce que tu dirais ?

Vorph : Comme tu l’as mentionné, le changement des supports et l’arrivée d’Internet ont changé les règles, il faut se les approprier, et voilà. Il n’y a pas vraiment de leçons à en tirer. Je crois qu’il faut rester flexible dans la vie, pour pouvoir intégrer les choses.

Flower King : Et est-ce que ça te semble plus facile ou plus difficile pour un groupe de metal de démarrer aujourd’hui ?

Vorph : On m’a souvent posé cette question, et je pense que ça ne change rien. À l’époque c’était beaucoup plus difficile de faire un CD, il y avait moins de possibilités pour faire écouter ta musique, il fallait commencer par faire une K7, la faire circuler… Le processus était beaucoup plus compliqué, mais il y avait aussi beaucoup moins de groupes. Aujourd’hui, après une semaine de répet tu peux déjà proposer des morceaux sur ton myspace, tu peux burner toi-même ton CD, et il y a beaucoup plus de groupes. Il y a le pour et le contre, et grosso modo c’est pareil, seules les règles ont changé.

Flower King : Et pour toi les groupes, ou leur situation, restent identiques ?

Vorph : Je n’ai pas vraiment vu de différence. Avant que je commence à faire de la musique, j’étais beaucoup moins ouvert d’esprit, je n’écoutais que du heavy metal, plutôt noir car j’ai toujours été attiré par ça. Et c’était encore assez… marginal comme style. Aujourd’hui on a pas mal de groupes qui sont carrément passés dans le mainstream. Des gars qui vont voir Iron Maiden avec leurs enfants, ça a l’air normal, d’ailleurs ça l’est ! Je pense que c’est mieux accepté, mais il y a quand même une scission entre une branche plus traditionnaliste, et une autre qui se permet plus de crossovers. Je ne sais même pas si on peut se situer sur l’une ou l’autre. Je pense que nous avons des racines assez profondes, mais on ne s’est jamais privé d’expérimenter de nouvelles choses.

Flower King : Une dernière question sur le futur du groupe ; avez-vous des projets extra-Samael en préparation, qui peut-être finiront en albums de Samael comme pour Above ?

Vorph : (rires) On ne va pas en faire une règle non plus! Mais je ne pense pas, non. Nous n’avons pas encore de nouveaux morceaux pour le prochain album, mais nous en avons déjà parlé entre nous, et je pense que nous avons réussi à avoir un cadre assez large et qu’on peut se contenter de remplir les cases. Je pense que nous n’avons pas besoin d’élargir ce cadre pour le moment.
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Flower King : Très bien ! L’interview se termine, la tradition des Éternels exige de te laisser le mot de la fin, donc si tu as quelque chose à ajouter, c’est le moment !

Vorph : Eh bien j’aurai bien laissé quelque chose d’éternel, mais là je n’en suis pas sûr (rires) Je vais être aussi « traditionnel » que toi, je vais remercier tous les gens pour leur soutien, c’est grâce à ça que nous pouvons continuer à faire ce qu’on aime. Peut-être une tournée à la rentrée, et si ça se fait, je pense que nous passerons par la France, et j’espère que ce sera l’occasion de rencontrer tout le monde.





Questions & Mise en page: Lucificum
Interview & Transcription : Flower King


Crédits photos : www.myspace.com/samael



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