Satyricon

Entretien avec Satyr (chant) - le 25 septembre 2008

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Gazus

Une interview de




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C'est une sale époque dans laquelle nous vivons. Une époque où en plus des conflits ou de la nature qui pète les plombs, la technologie nous envahit de toutes parts, où l'on perd les bonnes vieilles valeurs qui faisaient que le monde tournait bien mieux avant. Un monde où votre enregistreur ne vous lâchait pas en pleine interview de Satyricon, vous faisant perdre quelques précieuses minutes de cette intéressante discussion. Non, en guise d'enregistreur, vous aviez droit à une charmante secrétaire... Qu'importe, The Age Of Nero étant sorti depuis près d'un mois, vous aurez droit à ce qui reste de cette interview avec Satyr, le leader de la formation norvégienne.

Gazus : Peux-tu nous parler du nouvel album de Satyricon, le pourquoi de son titre ainsi que son thème ?

Satyr (chant) : The Age Of Nero est un album qui reflète beaucoup les ténèbres qui me sont propres en tant que compositeur. Pour moi, comme pour beaucoup d'autres artistes, si tu écris un livre, peint un tableau ou fait de la musique, ton art reflète ce qui se passe à l'intérieur de toi. Mais ce qui provient de toi vient aussi des expériences de que tu vis et vois dans le monde extérieur. Cet album a été fait d'une manière assez particulière; la plupart de la musique a été écrite dans une cabane dans les montagnes. Un de mes amis possédait cette cabane en haut des montagnes, je lui ai empruntée autant que je le désirais, je m'y suis installé et y ai fait de la musique. Évidemment, il s'agit d'un endroit très calme et apaisant...

Gazus : Très inspirant aussi, j'imagine...

Satyr : Tout à fait. En plus de cela, tu peux imaginer que se retirer de tout; des gens, d'Internet, du téléphone et de la télévision l'est tout autant. J'y suis donc allé plusieurs fois - c'est à trois heures de route d'Oslo, où je vis - parfois durant quelques jours, d'autres fois juste pour une journée. C'est comme ça que j'ai travaillé. Je pense aussi que beaucoup de l'aspect sombre que l'on ressent sur l'album provient du titre : The Age Of Nero. «Nero» est un mot italien, latin qui dans ces langues signifie «noir»... Je pense que nous vivons en plein âge des ténèbres, l'âge du noir, nous vivons une époque où il y a la guerre, ici en Europe, il y a la guerre sur le continent américain, en Asie et en Afrique... Il y a la terreur, des famines, des conflits religieux, culturels, des tremblements de terre, des ouragans... Je sens donc que nous vivons une époque de ténèbres où tout sembler toucher à sa fin. Je ne pense pas que les choses toucheront à leur fin d'ici les cinq prochaines années, mais peut-être durant nos vies ou durant celles de nos enfants. Pour moi, ce n'est pas un gimmick de rock'n roll, je crois réellement tout cela et en tire l'inspiration pour l'atmosphère de ma musique. Le metal est une arène parfaite pour utiliser cette inspiration et en faire de la musique. Voilà donc comment j'ai approché cet album et comment le titre est né.

Gazus : Le dernier titre de l'album, "Den Siste", avec la présence de cuivres, possède une atmosphère qui rappelle les péplums. Est-ce une manière de se référer aussi à l'empereur Néron ?

Satyr : L'empereur Néron est plus une métaphore dans l'album. Néron est l'empereur qui a mené Rome à sa perte tout comme le monde semble y courir aujourd'hui. Les cors créent aussi un sentiment apocalyptique. Ce morceau est assez dépressif, très lourd et il empli de tristesse, ce qui l'oppose au début bien plus violent de l'album , surtout avec "Commando", le titre d'ouverture.

Gazus : Tu désirais un tel contraste ?

Satyr : Oui. En tant que compositeur et producteur du groupe, ce le fait de placer "Den Siste" en fin d'album est totalement ma décision.

Gazus : Cette fin d'album semble très pessimiste.

Satyr : Mmmh, je ne trouve pas. Je trouve plus que c'est réaliste. (rires)
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Gazus : Satyricon est l'un des précurseurs de la scène metal'n roll...

Satyr : Tu sais, j'ai une petite objection à émettre sur cela. Le metal est une part du rock'n roll. J'ai l'impression que certaines personnes pensent que... (il cherche ses mots) Tu vois, ces groupes de power metal qui ressemblent plus à de la musique classique jouée à la guitare... ça semble peu naturel pour moi. Le metal est né du rock'n roll. Même si tu écoutes d'anciens groupes comme les parrains du genre, je parle évidemment de Black Sabbath, tu peux reconnaître une grosse part de blues dans cette musique. Il n'y a pas de règles. La seule règle que nous avons est de faire la meilleure musique que nous pouvons faire, qu'importe ce que devons faire, ou incorporer dans notre musique, comme par exemple du folk... Tout et n'importe quoi. Tout ce qui pourra faire au final ce que les chansons et l'album sont.

Gazus : Vous avez une sacrée réputation en tant que groupe de scène. Ce dernier album a-t-il été composé dans l'optique d'être joué sur scène ?

Satyr : Pas vraiment, ça ne fonctionne pas comme ça pour nous. Avec notre précédent album Now, Diabolical, nous avons connu la tournée la plus excitante qu'avec n'importe quel autre album. Quand nous étions en Europe, je me rappelle qu'environ 70% des concerts étaient complets. Nous avons aussi joué dans de très très gros festivals... Nous avons élevé le groupe à un autre niveau, concernant les concerts. Quand j'ai commencé l'écriture du nouvel album, certaines de choses que j'ai vécu durant cette tournée, ont été intégrées au sein de l'album. Cela dit, je suis plus quelqu'un qui fait de la musique en studio que sur scène. J'aime évidemment faire des concerts, mais pour moi, le studio est plus mon truc. Ma musique est composée pour le disque, ce qui n'empêche pas ce dernier disque d'avoir... euh...

PhotoGazus : Du potentiel ?

Satyr : Oui, le potentiel d'être quelque chose de très puissant en live. Nous avons fait beaucoup de concerts en France, d'ailleurs... Nous sommes passés à Paris, Lyon, Lilles... et je crois qu'une date à Nancy a été ajoutée à notre tournée.

Gazus : Vous avez aussi joué au Hellfest...

Satyr : Oui, le Hellfest, évidemment. Nous avons joué dans d'autres endroits comme Avignon... C'est bien cette ville qui est aux alentours de Marseille, hein ? (je confirme) Et aussi Bordeaux... Nous avons une fanbase assez forte en France et les choses vont de mieux en mieux. Certains de nos meilleurs fans sont d'ailleurs en France.

Gazus : En parlant du Hellfest, que penses-tu de ce festival ?

Satyr : Nous y avons joué pour la première fois en 2006... et c'était très cool, d'autant que le set était filmé par MTV France, il y avait en plus une bonne atmosphère avec le public. Cependant, 2008 était d'un autre niveau, il s'agit du plus gros concert que nous ayons fait...


Gazus : (l'interrompt) Tu veux dire en France ?

Satyr : Non, autant pour le Hellfest que pour n'importe quel autre festival. Je me rappelle que je regardais le concert de Ministry, une des têtes d'affiche. Je les considère comme un très bon groupe, mais je me souviens qu'il y avait plus de monde lorsque Satyricon a joué que lorsqu'eux ont joué. J'ai remarqué la même chose pendant le passage de Candlemass. Cétait une chose importante que de jouer là-bas et nous sommes très contents du show que nous avons fait, le plus fou d'ailleurs, car nous arrivions d'un autre festival en Finlande. Nous sommes arrivés au Hellfest 40 minutes avant de monter sur scène ! (rires) En général, nous n'aimons pas trop cela, il arrive rarement de bonnes choses. Nous préférons prendre le temps de bien tout installer, nous relaxer et nous préparer, mais parfois... l'adrénaline et le stress peuvent être canalisés en quelque chose de positif sur scène. Et ça a marché. Je pense que la prochaine fois que nous reviendrons au Hellfest ou sur n'importe quel festival français, nous serons mieux placés sur l'affiche. Nous avons prouvons que nous avons un fanbase très forte ici. Les nombres parlent plus que n'importe quelle discussion dans ces cas-là, avec les organisateurs, je veux dire. Notre position en France est désormais assez confortable, nous ne jouons plus dans l'underground.

Gazus : Connais-tu un peu la scène metal française ?

Satyr : Non. Je commence à connaître de plus en plus de vins français (rires), mais pas la scène metal française. L'un des guitaristes du groupe sur scène... Tu sais, Satyricon est principalement constitué de moi et Frost, le batteur, en studio, et nous jouons avec quatre autres musiciens sur scène. Bref, Gildas, le guitariste, vient de Bretagne. C'est le premier français avec qui j'ai joué dans Satyricon, mais je n'ai jamais vraiment parlé des groupes de metal français. Je devrais peut-être... Il y avait bien un groupe que je trouvais très bien quand j'étais jeune... Agressor, un groupe de thrash.


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