Marillion

Entretien avec Steve Rothery (guitare) - le 15 octobre 2008

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Cosmic Camel Clash

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Fly

Une interview de




Marillion_20081015

Steve Rothery, t'entends jeune proggeux ? L'ex-prog à son meilleur, la pop-rock qui touche à son pénis. La promotion de Marillion a débarqué sur ce site de merde, rien ne représente plus rien chez les Eternels de la rue. Happiness is The Road, deux albums, han, Essence (chronique ici) et The Hard Shoulder (chronique ici), cours les acheter. C'est devenu vrai à Paris dans un hôtel de luxe t'entends ? Les Eternels : l'oseille, le ghetto, l'élégance.


Cosmic Camel Clash : Corrige-moi si je me trompe, mais il semble que Happiness Is The Road soit le prolongement de Somewhere Else, ou en tout cas que vous saviez au moment de préparer ce dernier que le suivant serait prêt l’année suivante. Qu’en est-il exactement?

Steve Rothery : En fait, certains morceaux de l’album datent des séances d’écriture et d’enregistrement qui ont précédé celles de Somewhere Else et certains datent de l’époque de Somewhere Else. Quand nous avons choisi les morceaux de cet album, nous avons sélectionné ceux qui d’après nous allaient le mieux ensemble, pas forcément les premiers à avoir été composés. Ensuite, nous avions prévu de sortir un autre album simple, mais nous voulions y ajouter de nouveaux morceaux. Nous avons donc recommencé à composer et nous nous sommes rapidement rendu compte que nous écrivions davantage de musique que ce qui pourrait tenir sur un album simple; l’idée nous est donc venue de sortir un album double. Ça nous prend du temps pour trouver notre rythme, mais lorsque ça arrive, les idées ont tendance à sortir rapidement. En fait, la décision la plus difficile à prendre est celle d’arrêter le processus d'écriture, et de passer à la finition. Les derniers morceaux que nous avons écrits sont "The Man from Planet Marzipan" et "Asylum Satellite #1", donc même au moment d’arrêter nous avions encore des idées solides. Nous n’avions pas d’idées préconçues. Je crois que du point de vue du son cet album est assez différent du précédent, en particulier un morceau comme "The Man from Planet Marzipan". Plus vous travaillez avec un producteur, plus votre relation s’approfondit, plus vous comprenez les forces des gens avec lesquels vous travaillez. L’album est donc un chapitre différent de notre relation avec Mike (Hunter, producteur de l’album), qui s’est améliorée à mesure que nous avancions.

Cosmic Camel Clash : Tu viens de dire que vous avez eu du mal à arrêter de composer. Est-ce parce que vous écriviez toujours plus de morceaux ou parce que vous réécriviez les morceaux encore et encore?

Steve Rothery : Non, cela venait vraiment du fait que les idées arrivaient continuellement, jusqu’au point où vous vous rendez compte que vous avez une tournée qui est programmée, et une échéance à respecter. Vous composez plus de deux heures de musique et vous savez que vous devez vous arrêter pour passer aux arrangements, compléter l’enregistrement, parfois réarranger un peu certaines choses ou développer certaines idées plus intéressantes pour en faire de vrais morceaux.

Cosmic Camel Clash : Donc sans date d’échéance, vous seriez toujours en train d’écrire?

Steve Rothery : Oui, ça aurait duré trois mois de plus et l’album aurait sûrement été triple (rires)
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Cosmic Camel Clash : Comment vous y êtes-vous pris pour réunir les morceaux et décider de leur répartition sur les deux disques?

Steve Rothery : En fait, à mesure que nous composions, il était clair que certaines chansons étaient reliées d’un point de vue thématique. En fait, ce sont les chansons du premier disque, Essence, dont les paroles sont très autobiographiques et traitent d’événements de la vie personnelle de Steve (Hogarth, chant). Il était évident qu’elles iraient sur le premier disque. Les autres chansons étaient plus diversifiées, traitaient de différents sujets, racontaient différentes histoires, et composent le deuxième disque, The Hard Shoulder. C’est en gros l’approche que nous avons suivie.

Cosmic Camel Clash : Happiness Is The Road est un album à la fois très varié (peut-être le plus varié à ce jour) et pourtant très marqué par la touche Marillion. Comment faites-vous pour trouver cet équilibre?

Steve Rothery : En fait nous sonnons toujours de la même façon, car c'est nous cinq qui jouons. La plupart des morceaux nous viennent naturellement parce qu'il y a une alchimie fantastique entre nous cinq. C'est unique. En même temps, nous essayons toujours d’expérimenter un peu, en particulier avec cet album. Généralement, nous écrivons beaucoup en improvisant, nous enregistrons les jams et nous les écoutons pour en retenir les meilleurs moments, et essayer de les recréer. Grâce à la technologie, nous pouvons tout enregistrer et saisir chaque instant. Et souvent, pas toujours mais souvent, il y a ce petit instant magique que nous pouvons réutiliser pour l’intégrer au morceau final. C’est très pratique! Dans 99 % des cas, il est impossible de recréer exactement cet instant, vous perdez certaines nuances, qui découlent de l’état d’esprit des membres au moment de sa création. Donc en étant en mesure de capter cette étincelle créatrice d’origine, vous pouvez conserver une certaine spontanéité que vous n’auriez pas forcément en essayant de les réenregistrer.

PhotoCosmic Camel Clash : Sentez-vous que vous avez encore des choses à prouver à vous-même?

Steve Rothery : C’est difficile à dire, ce n’est pas vraiment une question de prouver quelque chose, c’est une question de…

Cosmic Camel Clash : D’impressionner les autres membres ?

Steve Rothery : Pas vraiment... C’est difficile à décrire. Dans un groupe comme Marillion, travailler ensemble devient aussi naturel que de respirer. Tout ce que nous créons fait partie intégrante de notre identité et il serait totalement impensable de faire autre chose. En tant qu’artiste, tout ce à quoi vous aspirez, c’est cette liberté de créer, de suivre le chemin qui vous chante, c’est tout ce qui compte. Ce qui compte, ce n’est pas d’être riche ou d’avoir du succès, c’est d’avoir la liberté de créer l’art que vous voulez créer.


Cosmic Camel Clash : Vous avez adopté une autre approche pour la distribution. Pourquoi avoir décidé de ne vendre le double que sur votre site et de vendre chaque disque séparément dans le commerce?

Steve Rothery : En fait, dans la plupart des régions du monde, vous ne trouverez même pas les albums en magasin. Ils ne seront disponibles en magasin qu’aux États-Unis et en Pologne. La raison, c’est que nous avons constaté avec les albums précédents (Marbles, Somewhere Else) que les coûts reliés à la promotion, à la mise en marché des albums, ne nous rapportaient rien du tout. Nous avons donc pris une décision audacieuse avec cet album, celle de le vendre uniquement sur notre site Web. Nous le vendrons également pendant la tournée, tout de même. L’idée, c’est d’encourager tous les gens qui aiment vraiment le groupe à visiter le site et à acheter l’album. Maintenant vous pouvez acheter des choses sur Internet sans problème et sans danger, notre site Web est très bien protégé et nous n’avons jamais eu de problèmes de fraude ou quoi que ce soit. La différence, c’est qu’au lieu de récolter 0,5 € ou 2 € par album, nous récoltons 12 €. Ce n’est pas une question d’être plus riche, c’est une question de survie. Les ventes de CD ont chuté de 20 % au cours de la dernière année. Seulement 5 % de la musique téléchargée sur Internet est payée. Tous les artistes sont touchés par cette situation. On voit toutes les maisons de disques paniquer et essayer différentes façons de contrôler la situation. Mais la boîte de Pandore est ouverte, pour le meilleur et pour le pire, que ce soit une bénédiction ou une malédiction il faut faire avec. Notre stratégie pour pouvoir continuer à vivre en tant que groupe est d’offrir une version en précommande, une édition spéciale collector (avec un superbe livret de 96 pages) payée avant l’enregistrement par les fans les plus dévoués. Nous récoltons ainsi plus d’argent que si nous avions signé un contrat avec une importante maison de disques, ça nous donne plus de liberté. Et en vendant la musique en ligne, ça nous donne de quoi vivre pour les années à venir. Le problème c’est que, quel que soit l’artiste, si vous envoyez des CD promos pour que l’album soit chroniqué, il se retrouve immanquablement sur les sites de partage dans les 24 heures qui suivent. Souvent, ça arrive deux mois avant la sortie de l’album! C’est clairement préjudiciable pour n’importe quel artiste. Nous avons donc décidé d’essayer de garder un certain contrôle sur la situation, en utilisant le site de partage MusicGlue et encodant les morceaux de telle sorte que, pour les écouter, les gens doivent entrer leur adresse électronique et ainsi faire apparaître une petite vidéo dans laquelle le groupe leur demande d’aller sur le site Web, de regarder s’ils pourraient être intéressés à acheter des billets de concert ou des t-shirts. De toute façon, l’album se retrouvera en téléchargement. Il y a donc moyen d’essayer de profiter de cette situation et de pousser les gens à aller un peu plus loin, même à leur faire acheter l’album. De plus, grâce à l’adresse, vous pouvez voir où vivent les personnes qui ont téléchargé l’album. Donc si 2 000 personnes ont téléchargé l’album au Portugal, ça vaut peut-être le coup d’aller y faire des concerts. C’est une façon de profiter d’une situation défavorable. Nous essayons plusieurs choses avec cet album, mais l’idée fondamentale, c’est que nous avons quelques milliers de fans dévoués dans le monde entier, qui croient vraiment passionnément à ce que nous faisons, et s’ils sont prêts à nous appuyer et à nous permettre de continuer, tant mieux. J’aimerais pouvoir continuer de faire des albums de Marillion pendant encore 10 ans. Avec la rapidité avec laquelle l’industrie perd du terrain, nous sommes plus ou moins des pionniers du point de vue de notre utilisation d’Internet et de notre relation avec nos fans, ce sens de la communauté, de famille que nous avons avec nos fans. Cela nous donne un avantage considérable par rapport à d’autres artistes.

Cosmic Camel Clash : Il est sûrement trop tôt pour répondre à cette question, mais le fait d’avoir proposé l’album en téléchargement gratuit avant sa sortie « officielle » a-t-il eu des effets jusqu’à maintenant? Ces effets sont-ils plutôt positifs ou négatifs?

Steve Rothery : Oui, c’est trop tôt pour le dire, mais les premiers signes semblent indiquer que c’est positif. Si les ventes de tous les artistes baissent de 30 % entre chaque album, il faut prendre en compte cet aspect pour juger du succès de n’importe lequel d’entre eux. Nous gagnerons probablement plus d’argent avec cet album qu’avec le précédent, et nous pourrons ainsi avancer, préparer le prochain album et continuer le cycle. C’est le plus important.

Cosmic Camel Clash : Cela fera bientôt 20 ans que Steve Hogarth s’est joint au groupe. Quel bilan faites-vous de cette période? Regrettez-vous toujours de n’avoir jamais pu renouer avec un succès commercial durable?

Steve Rothery : Je suis très heureux de la façon dont les choses ont évolué au cours des années. Le fait que nous sortions un onzième album avec lui prouve à quel point la chimie entre nous est plus présente que jamais. Pour ce qui est du succès commercial, on peut penser que c'était génial... en fait nous avons fait quelques gros concerts avec Steve, devant des milliers de personnes. Mais à l’époque où nous avions beaucoup de succès et que nous faisions de gros concerts, dans les années 1986-87, ce n’était pas une période rose pour le groupe, ça n’allait pas bien.
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Cosmic Camel Clash : Pourquoi?

Steve Rothery : Parce que l’atmosphère était horrible. Fish (ex-chant) était très malheureux et il blâmait tout le monde pour cette situation. Vous pouvez dire que c’est la faute du management, dire qu’ils n’ont pas géré les choses de la bonne façon, mais bref il était malheureux et ça se manifestait par l’impression d’isolement qu’il ressentait… C’est allé jusqu’à un point où nous n’avions plus rien à nous dire en tant que personnes.

Cosmic Camel Clash : Je termine toujours mes interviews de la même façon. On peut s’arrêter maintenant si tu n'as rien à ajouter, mais si tu veux parler de quelque chose dont nous n’avons pas discuté, vas-y.

Steve Rothery : Et bien nous avons lancé un concours. Les gens peuvent télécharger une des morceaux de l’album "Whatever Is Wrong With You" (à l’adresse www.whateveriswrongwithyou.com, créer un clip pour le morceau et l’afficher sur YouTube. La personne qui aura réalisé le clip le plus visionné sur le site remportera 5 000 £ (environ 7 500 €) et celle qui aura réalisé le clip préféré par le groupe gagnera également ce montant. Les gens penvent ainsi envoyer le lien à leur famille et à leurs amis pour augmenter le nombre de visionnements. C’est une façon de faire écouter la musique de Marillion à des gens qui ne l’auraient pas forcément fait normalement, c’est cool.

Cosmic Camel Clash : Y a-t-il une échéance?

Steve Rothery : La fin de l’année je crois.



Crédit photos :
www.myspace.com/marillion
Anne Makaske

Questions, traduction et transcription : Fly


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