Edguy

Entretien avec Dirk Sauer (guitare) - le 08 octobre 2008

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Cosmic Camel Clash

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Dupinguez

Une interview de




Edguy_20081008

Le nouvel album d'Edguy intitulé Tinnitus Sanctus (chronique ici) confirme ce que le The Scarecrow d'Avantasia avait laissé entrevoir : la tendance du moment chez Tobias Sammet est au hard-rock. Pour nous éclairer sur cette évolution du groupe allemand nous avons eu droit à un regard plus inhabituel : plutôt que l'omniprésent leader pré-cité, c'est le discret guitariste Dirk Sauer qui nous a appelés pour faire le point. Discret mais pas timide : découvrez une entretien léger avec un musicien sympathique qui a des choses à dire.


Cosmic Camel Clash : On sent sur le dernier album un rapprochement vers le big rock US à la Skid Row, notamment en début d’album avec "Ministry of Saints" et "Sex Fire Religion". Est-ce une démarche volontaire d’évolution ou est-ce le style qui vous vient naturellement aujourd’hui ?

Dirk Sauer : Oh, c'est ce qui nous est venu cette fois. Nous ne fonctionnons pas en définissant consciemment quel genre de musique nous allons jouer sur un album, c'est juste que ce type de chansons est venu de lui-même. Il se peut qu'une fois les chansons mises à plat nous remarquions que la direction générale sonne plus comme-ci ou comme-ça, mais ça ne se distingue qu'après les chansons composées. En fait je pense que la volonté de ne pas se répéter y est pour quelque chose : nous avons déjà fait beaucoup de chansons speed avec des orchestrations par le passé... donc d'une manière plus ou moins instinctive nous ne composons plus trop de chansons comme ça, car ce n'est pas intéressant pour nous de refaire nos anciennes chansons. C'est sûrement pour ça que nous avons joué surtout des chansons mid-tempo et sans trop de claviers sur cet album.

Cosmic Camel Clash : En parlant de composition, tu n'as jamais été crédité pour l'écriture d'un titre depuis les débuts du groupe. De plus 95% des soli sont exécutés par Jens (Ludwig, guitare). Tu te limites volontairement à un rôle ?

Dirk Sauer : Pour les soli ce n'est pas dur : Jens a toujours été bien meilleur guitariste que moi (rires) ! Il a vraiment perfectionné son jeu autour des soli, et ça n'a jamais été trop mon truc... donc non seulement il est le plus capable pour les faire, mais c'est aussi lui qui le plus envie d'en faire. Donc c'est lui qui les fait ! Concernant la composition, nous avons une mécanique de groupe qui fonctionne très bien depuis des années. Tobias (Sammet, chant) compose systématiquement des chansons entières, il écrit très rarement des plans isolés. Moi c'est le contraire : quand j'écris de la musique c'est du raw, je sors un riff par-ci, un pattern de batterie par là... que des bouts. Ça ne convient par pour Edguy, où le squelette des compos est apporté par Tobias, qui nous les soumet ensuite pour que nous les retravaillions en groupe. Il a vraiment acquis une grande expérience en tant que compositeur au fil des ans, donc nous nous reposons naturellement sur lui.
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Cosmic Camel Clash : Excepté le mini-DVD Superheroes, nous n’avons pas encore eu droit à un DVD présentant un concert complet d’Edguy. Est-ce que le projet est dans les cartons ?

Dirk Sauer : Nous y travaillons en ce moment ! En fait nous voulons sortir un DVD depuis très longtemps, mais nous voulons présenter un produit vraiment léché aux fans... et pour l'instant nous n'avons jamais eu les conditions optimales de son et d'image pour faire LE live que nous avons en tête. Par contre nous avons laissé tourner le caméscope durant nos tournées depuis des années, donc il est sûr qu'en plus du vrai gros concert qu'on trouvera sur le DVD il y aura également des masses de bonus : des scènes de coulisse, des mini-reportages, des extraits de concerts filmés depuis la scène, etc, etc. Vous aurez droit à un DVD live d'Edguy bourré de contenu bientôt !

Cosmic Camel Clash : Y verra-t-on Tobias gueuler « Fuck Hellfest ! » sous la pluie ? (ndCCC : référence au concert raté du Hellfest de 2007, live-report ici)

Dirk Sauer : (rires) Je ne pense pas, je ne crois pas que ça ait été filmé. (rires)

Cosmic Camel Clash : Tobias m'a donné sa version de l'histoire quand je l'ai interviewé pour la promo d'Avantasia (interview ici) donc je connais son sentiment sur l'histoire ; comment l'as-tu vécu ? On ne vous a rien expliqué...

Dirk Sauer : Oui, c'était le problème principal. Nous ne sommes pas un groupe de rock-stars typique, nous pouvons généralement nous accommoder de beaucoup de situations. Il faut que nous soyons informés à l'avance. Je sais qu'il y a eu des problèmes liés au temps, etc... mais tu vas quelque part, personne ne te dit rien, tu arrives et tu n'as même pas de pièce où te changer, tu n'as même pas de... je ne sais pas. On nous a demandé de nous changer dans un endroit où d'autres personnes se trouvaient, je ne pouvais déposer aucune de mes affaires car il y avait des gens qui traînaient autour. On ne va pas se changer au milieu d'une gare ! C'était le problème principal, tout le monde était très surpris et personne ne savait ce qui se passait... nous avons eu l'impression d'être mal traités pour tout te dire. Nous sommes venus à ce festival car nous avons reçu une invitation, et nous voulions évidemment en faire partie. La veille nous avions donné un concert mortel en Allemagne au Bang Your Head Festival, en tête d'affiche... le concert était super, tout était bien organisé, bien fait, les gens étaient gentils... Un festival est un partenariat : nous avons bien sûr été payés pour avoir joué, mais de l'autre côté ce sont les groupes qui font venir le public et acheter les billets. Et ce n'est vraiment pas difficile de contenter Edguy sur un festival... il doit y avoir d'autres groupes qui se comportent comme des enculés même si on leur fournit tout ce qu'ils demandent, mais pour nous c'était le strict minimum qui manquait. Quand on fait un long voyage sans avoir beaucoup dormi, tout ce qu'on demande c'est une pièce à part pour pouvoir se changer tranquillement, se poser une heure ou deux avant le set... boire un verre avant le concert en écoutant de la musique ensemble est un rituel pour nous... et là tout était nul (rires). Et une fois sur scène, après vingt minutes un groupe de la scène principale commence son set !

PhotoCosmic Camel Clash : Oui, c'était Megadeth.

Dirk Sauer : C'est incroyable, on se sent vraiment traité comme de la merde. Même si nous ne jouions pas sur la scène principale, il y avait beaucoup de fans présents. Et c'est impossible de faire un bon concert quand Megadeth joue derrière toi. Ce n'est pas comment un festival devrait se passer : ils doivent faire attention à ça, avoir un timing correct et faire en sorte que le festival fonctionne pour les groupes et les fans. Je suis à peu près sûr qu'il y avait beaucoup de monde qui voulait voir Edguy ET Megadeth (ndCCC : je lui dis que oui, moi par exemple) mais c'était impossible, dans le pire des cas certains ont dû choisir entre deux de leurs groupes favoris. C'est vraiment injuste envers tout le monde, groupes et fans... et c'est envers eux que c'est grave, car ils achètent les billets et permettent au festival d'exister. Je me suis senti négligé, mais je pense que du point de vue d'un festivalier c'était bien pire.


Cosmic Camel Clash : En fait chaque groupe avant vous avait joué une chanson en plus de son temps règlementaire, et les organisateurs n'avaient pas eu le cran de couper le son.

Dirk Sauer : C'est qu'il n'y avait pas de stage manager pour gérer la situation. Il en faut un. Nous avions joué au Bang Your Head la veille et également quelques années auparavant, et quand un groupe était en retard le manager venait nous prévenir : « il va falloir enchaîner rapidement, ou bien supprimer une chanson ou deux ». Il y a beaucoup de groupes qui défilent sur une journée et il y une responsabilité à avoir : on t'indique un créneau précis, tu dois ramener les roadies, que tu payes... s'il y a un décalage de vingt minutes ce n'est pas si énorme. Normalement on s'en sort.

Cosmic Camel Clash : Reparlons de Tinnitus Sanctus maintenant que tu as pu exprimer ton mécontement. Tobias a déclaré sur votre site officiel qu'on y trouve beaucoup d'éléments ne ressemblant à rien que vous ayez fait auparavant. En dehors du caractère promotionnel évident de ce genre d'annonce, quels éléments musicaux choisirais-tu pour la justifier ?

Dirk Sauer : Je choisirais les éléments qui rendent cet album un peu plus sombre, avec des accordages plus graves. Nous l'avions fait un tout petit peu sur Rocket Ride mais cette fois-ci c'est plus prononcé. Ca apporte plus de puissance à certains riffs comme sur "Ministry of Saints", et nous avons aussi mis les claviers en retrait. Nous avons essayé de baser un maximum de choses sur les guitares et de nous débarrasser de ces parties de clavier typiques que nous utilisions par le passé. C'était en partie du remplissage : nous écoutions un morceau, trouvions que quelque chose manquait et donc nous ajoutions des claviers en arrière-fond. Cette fois-ci nous avons essayé d'éviter ça, il y a donc beaucoup de plans qui respirent plus, sur lesquels il n'y a pas de claviers mis là par principe. Nous avons aussi essayé de faire quelque chose de plus cru, plus aéré... et il y a aussi une histoire de son. Moins il y a de couches d'instruments et de séquenceurs sur un disque, plus on a de place pour faire un son ouvert et transparent. Et je pense que nous avons fait du bon boulot à ce niveau, personnellement je suis très content du son. Nous avons utilisé une batterie non triggée cette fois-ci, ce qui nous fait d'autant plus plaisir que tout le monde utilise des séquenceurs et des triggers pour la batterie en ce moment. Si on écoute tous nos albums mixés aux studios Finnvox (ndCCC : célèbres studios scandinaves utilisés par énormément de groupes de métal depuis des années), ils ont tous le même son de batterie. A l'époque c'était un son pertinent, mais aujourd'hui nous ne voulons plus ça, nous voulons un kit de batterie acoustique. Ca donne un son spécial au tout.

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Cosmic Camel Clash : À ton avis, quel est l'écueil à éviter si on ne veut pas que le son d'un album vieillisse trop vite ?

Dirk Sauer : Comme dit auparavant j'essaierais d'éviter l'abus de claviers. Il y a des claviers dans notre musique et il y en aura toujours, mais... Techniquement nous faisons les choses de la même manière qu'avant, nous travaillons sur les chansons en répétitions sur une base chant / guitares / basse / batterie dans notre salle de répétition... et c'est la manière dont une chanson doit fonctionner à la base. Ça, ça ne vieillit jamais, c'est la recette classique du rock. Ça n'a pas changé depuis des décennies, donc ça devrait fonctionner (rires). En tous cas pour nous c'est ça : si une chanson est sur ce mode on peut toujours l'améliorer en studio, trouver des trucs... mais à la base il faut se concentrer sur le coeur du truc. C'est comme quand nous jouons live : nous avons des bandes qui jouent les claviers en arrière-plan, mais ça ne représente qu'une petite partie des chansons et le reste doit fonctionner grâce au groupe.

Cosmic Camel Clash : Vous partez demain pour une tournée américaine avec Kamelot. Tourner aux USA quand on est un musicien européen, est-ce que ça revêt une importance particulière ?

Dirk Sauer : En fait oui, car l'Amérique est un pays qui renferme un potentiel incroyable... mais d'un autre côté il y a tellement de groupes là-bas que ça représente aussi un challenge. C'est un marché tellement énorme, il y a tellement de fans de rock... quand on va jouer là-bas on le voit, il y a des concerts pratiquement tous les soirs, toute l'année. Il y a tant de groupes... je ne sais pas, pour un groupe européen c'est un peu plus dur d'y construire quelque chose car tout est énorme. Les distances sont énormes, les villes sont énormes... le problème principal est d'obtenir une distribution correcte. En Europe tout est plus compact, tout est plus proche et quand on tourne, on ne fait jamais de trajets immenses... le plus grand va être par exemple de rallier Lyon à Barcelone alors qu'aux USA on fait 2500 kilomètres pour aller d'une ville à une autre. Des heures et des heures à conduire sans pouvoir jouer car il n'y a nulle part où jouer dans cet intervalle (rires). C'est assez amusant. C'est un pays génial en général et j'espère que nous pourrons y jouer davantage à l'avenir et avec de la chance ramener un peu le métal européen aux États-Unis. C'est un marché qui monte en puissance car beaucoup de groupes tournent en ce moment. J'espère qu'on assiste à un genre de renouveau des 80s, quand le rock était dominant aux USA.

Cosmic Camel Clash : Edguy est un groupe respecté et établi, et j'imagine que vous vivez de votre musique. À part un succès aux États-Unis, avez-vous encore des rêves non accomplis?

Dirk Sauer : Honnêtement, ce que je vis en ce moment relève du rêve. C'est ce que j'ai toujours voulu faire : quand on monte un groupe, tout ce qu'on veut faire c'est sortir des albums et partir en tournée. Le rêve ultime pour moi, ce serait de pouvoir continuer à faire ça aussi longtemps que possible. J'adore vraiment ce que je fais et je voudrais vraiment pouvoir continuer car on ne sait jamais ce qui pourrait arriver d'ici quelques années. Si ça doit s'arrêter dans cinq ans j'en profiterai jusqu'à la dernière seconde afin de n'avoir aucun regret.
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Cosmic Camel Clash : L'interview s'achève : nous pouvons nous arrêter là, ou bien tu peux ajouter quelque chose que tu n'as pas eu l'occasion de dire avant.

Dirk Sauer : En fait tu as posé de très bonnes questions, donc il n'y a rien à ajouter (ndCCC : merci bien). Je finis toujours mes interviews par un grand merci aux fans, surtout en France. Nous reviendrons en janvier, et... je ne sais pas si tu es courant de l'invité spécial qui va nous accompagner à cette occasion ?

Cosmic Camel Clash : Non, dis-moi.

Dirk Sauer : Nous amenons un groupe suédois, Heat, qui va ouvrir les soirées. C'est un groupe de hard-rock / AOR de très grande qualité. Ils ont 20-22 ans de moyenne d'âge et ils sonnent comme les bons vieux groupes des années 80 comme Treat, Giant, Europe, ce genre de choses... et en France nous aurons Andre Matos en première partie.

Cosmic Camel Clash : C'est pas vrai ?

Dirk Sauer : Si ! (j'exprime la joie profonde que me procure cette nouvelle) Tu es un des premiers à qui je le dis, ce n'est pas encore paru officiellement sur notre page web. Je pense que c'est un bon choix, surtout pour la France.

Cosmic Camel Clash : Oh que oui, il est culte ici.

Dirk Sauer : Je sais ! C'est cool que nous puissions le faire. Angra est le premier groupe qui nous a amenés en France en 1999, donc c'est cool d'avoir Andre sur la tournée. Il fait la moitié de la tournée européenne avec nous : la France, l'Espagne, l'Italie... et l'autre moitié de la tournée c'est un autre groupe suédois. C'est cool et j'espère que les fans français vont apprécier, car je pense que c'était une bonne décision.



Questions : Dupinguez & CCC
Traduction / transcription : CCC



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