Burst

Entretien avec Jesper Liveröd (basse) - 1ère partie - le 24 septembre 2008

2
Cosmic Camel Clash

Une interview de




Burst_20080924

Lazarus Bird (chronique ici) est plus qu'une poutrerie nucléaire, plus qu'une boucherie sanglante, plus que n'importe quelle métaphore de métalleux amateur d'imagerie destructrice. C'est une oeuvre d'art, un album intemporel qui élève Burst au rang de groupe majeur de son temps. Et à l'image des compos de son groupe, les réponses de Jesper Liveröd sont passionnantes au possible, transpirent l'honnêteté... et sont longues. TRES longues. Tellements longues que cette conversation téléphonique à bâtons rompus est coupée en deux, car une demi-heure d'interview c'est énorme. Comme Lazarus Bird. Goûtez.


Cosmic Camel Clash : Beaucoup de temps s'est écoulé entre la sortie d'Origo et celle de Lazarus Bird. Je sais que la première moitié de ce temps a été occupée par la tournée en première patie d'Opeth, qu'est-ce qui vous a pris si longtemps ensuite ?

Jesper Liveröd : Je ne sais pas... Après cette année 2005 où nous avons sorti Origo en automne et où nous avons tourné avec Opeth, nous sommes partis en tournée en tant que tête d'affiche. Puis nous avons encore tourné, et ensuite nous avons tourné un peu. Puis nous avons joué dans des festivals, et ensuite nous avons tourné un peu. Tu sais, Burst n'est pas un de ces groupes qui sortent un album et ensuite partent en tournée pendant deux ans. Nous avons pris la décison il y a quelques années, quand le groupe a commencé a prendre du galon... devions-nous faire ça à plein temps, ou juste le faire de temps en temps tout en gardant nos boulots et nos vies normales à côté ? Pour un groupe qui veut grandir, tourner beaucoup est une condition sine qua non... mais nous avons décidé que nous ne voulions pas faire de Burst notre métier. Nous voulions continuer à en faire une aventure, quelque chose que continuerait à nous inspirer et à représenter un objectif plutôt qu'une simple obligation. Nous avons eu peur de perdre notre inspiration si nous en faisions notre mpyen de subsistance. Je ne pense pas que faire de la musique pour travailler soit fun. Je veux que Burst soit plein de créavtivité et d'inspiration, plutôt que de devenir quelque chose qu'il faut faire pour gagner sa vie. C'est pour ça que nous n'avons pas beaucoup tourné d'affilée, mais par bouts... nous avons déjà beaucoup tourné pour Burst. Nous sommes allés partout, et après ça nous avons juste pris du repos et nous sommes partis une semaine par-ci, une semaine par-là. Puis nous avons eu une année vraiment affreuse en 2007, avec beaucoup de problèmes internes. Des problèmes personnels, le père d'un des membres est mort, d'autres ont eu des soucis dans leur vie... Nous avons connu beaucoup de tensions, nous étions fatigués d'être les uns sur les autres à ce point. Nous avons ressenti le besoin de faire un break loin du groupe, chacun avait besoin de temps pour régler les problèmes qu'il avait dans sa vie, dans ses relations amoureuses, etc... comme tout le monde en fait, mais ça devient spécial quand on fait partie d'un groupe. Nous sommes des gens comme les autres (rires), nous avons notre vie à vivre et nos propres choses à régler. Nous avons fait ça pendant un an en gros, sans nous occuper vraiment de Burst. Puis nous avons commencé à ressentir le besoin de nous retrouver et de faire de la musique à nouveau... et nous voici.

Cosmic Camel Clash : C'est intéressant ça : penses-tu qu'un groupe qui vit de sa musique perd automatiquement son inspiration ?

Jesper Liveröd : Je ne pense pas que ce soit automatique, mais je pense que le risque est grand. Ca ne concerne pas que les membres de groupe, je vois beaucoup de gens dans l'industrie musicale qui travaillent pour des labels, des magazines, des agences de booking... Quand ils commencent leur carrière ce sont encore de gros fans de musique, très enthousiastes et excités, et après quelques années il deviennent ternes, ils n'écoutent plus de la musique de la même façon, ils ne s'amusent plus autant qu'avant dans les concerts. Parce que c'est devenu leur métier et qu'ils le font tous les jours. L'excitation n'est plus la même. Nous avons réussi à vivre grâce à Burst durant certaines périodes, et nous avons remarqué que ce n'est plus aussi amusant quand on a l'obligation de le faire. Il faut aller au boulot car on doit gagner sa vie... ton groupe devient ta carrière et tu le fais car tu dois le faire. Il n'y a rien de pire -à mes yeux en tous cas- que l'obligation pour tuer l'inspiration. Surtout quand on parle d'art et de musique. Mais d'un autre côté je connais aussi beaucoup de gens dans l'industrie de la musique qui s'éclatent et ont l'impression de faire le meilleur métier du monde. J'imagine que ça dépend des gens.
Photo


Cosmic Camel Clash : Avez-vous commencé à composer seulement une fois réunis, ou bien aviez-vous tout de même écrit de la musique chacun de votre côté durant cette période de break ?

Jesper Liveröd : Oh, certaines chansons de Lazarus Bird remontent à l'époque ayant suivi la sortie d'Origo. J'ai des souvenirs de moments durant la tournée où je m'asseyais avec Jonas (Rydberg, guitare) et Robert (Reinholdz, guitare+chant) backstage, et nous jammions sur des idées avec nos instruments. Certaines idées sont vieilles, mais le véritable processus de composition a commencé il y a environ un an. Nous avons composé l'album sur une période allant d'août 2007 jusqu'à notre entrée en studio. Je crois que "Cripple God" a été la première chanson à être finien ça devait être fin 2006. Mais nous n'avons pas mis la touche finale à l'album avant l'automne dernier. Mais nous écrivons des bouts ça et là, puis tout le monde amène des idées. Quelqu'un va entendre un rythme dans sa tête qu'il va beaucoup aimer, ou une mélodie, ou juste une phrase de texte... il y a ce côté "bribes au fur et à mesure", mais la vraie composition ne commence pas avant que nous soyons tous réunis dans une pièce pour écrire les chansons.

Photo


Cosmic Camel Clash : Quand avez-vous réalisé que le nouveau matériel s'annonçait beaucoup plus mélodique qu'Origo ?

Jesper Liveröd : Hmm... je ne sais pas, mec, je ne suis pas sûr que je suis d'accord avec toi ! C'est assez intéressant que tu penses ça car pour nous Lazarus Bird est un peu plus rêche, plus métallique, plus basé que les riffs qu'Origo. Origo était massif, mélodique... du moins c'est ce que nous en pensions. Je l'adore, mais nous avions le sentiment d'avoir tout dit dans l'approche mélodique et psychédélique, avec ces soudscapes presque ambient. Nous avions l'impression d'être allé aussi loin que possible dans cette direction et nous nous sentions plus d'écrire des trucs plus métal. Je ne sais pas... c'est la seule direction consciente que nous avions à l'esprit, le fait que nous voulions faire un album plus heavy. Nous voulions aussi qu'il reflète l'histoire récente de notre groupe. Le fait que chacun d'entre nous ait dû faire face à des difficultés individuelles, mais aussi que nous ayions eu toutes ces tensions entre nous, au sein du groupe. Faire partie d'un groupe pendant dix ans, mec... c'est pas facile. C'est quelque chose qui manque dans le journalisme musical. On part toujours du principe qu'un groupe est composé d'amis pour la vie et que tout le monde reste exactement le même dix ans après les débuts. Ce n'est pas comme ça que ça se passe. Imagine cinq adultes faisant partie du même groupe pendant dix ans... chacun d'entre eux évolue sur sa propre voie, comme tout le monde. Nous avons tous suivi des chemins différents, chacun d'entre nous a développé ses propres goûts musicaux, a déménagé, s'est fait de nouveaux amis... comme tout le monde. Ca signifie qu'il y a eu beaucoup de clashes, en partie concernant notre degré d'investissement dans Burst, mais aussi ce que nous voulions faire comme musique. A l'évidence il y a des choses sur lesquelles nous tombons d'accord musicalement, mais il y a beaucoup de choses sur lesquelles nous ne sommes pas d'accord du tout. Tout ça a formé la base de beaucoup de disputes à l'intérieur du groupe qui ont vriament pris le dessus et ont fait que nous ne pouvions plus vraiment nous entendre. Il y avait ça, etle fait que quand ton groupe commence à avoir du succès ce n'est plus seulement ton groupe mec, ça devient un business. Tu deviens un avocat, un designer, un producteur, un économiste, un responsable logistique, un booker, un agent, un manager... tu joues tous les rôles, et parfois tu as l'impression que la musique arrive en seconde position, loin derrière. Ce n'est qu'un fois atteint le point où nous avons cessé de répondre aux mails et aux coups de téléphone des gens qui voulaient nous poser des dates ou nous proposer des plans de carrièresi intelligents que... quand nous avons cessé de nous préoccuper de tout ça, c'est seulementà ce moment-là que c'est redevenu fun et que nous avons retrouvé l'envie de faire de la musique.C'est aussi à ce moment-là que nous avons cessé de nous disputer, car nous étions enfin en train de faire ce que nous censés faire plutôt que de débattre sur notre carrière. Désolé, tout ça est super long mais je pense que c'est important car c'est aussi ce qui a créé les ingrédients qui ont fait de Lazarus Bird ce qu'il est : ce sentiment que tous ces trucs pesants étaient derrière nous. Ca nous a poussé à faire un album plus amer, un véritable disque de catharsis. Mais en même temps je pense que nous sommes tous d'accord sur le fait que la mélodie est une grande partie ce ce que notre groupe est. C'est ce qui arrive quand nous faisons de la musique à cinq : ça donne un résultat plus ou moins mélodique... je ne sais pas.

Photo


Cosmic Camel Clash : Je t'avais interviewé en face à face en 2005, lors de la promotion d'Origo. A ce moment-là tu m'avais dit que ce qui définissait Burst était justement cette différence très marquée entre vos cinq personnalités, que c'était ce qui faisait la force de votre musique. Penses-tu que d'un autre côté, ces différences rendent le groupe fragile ?

Jesper Liveröd : Ouais. J'imagine que c'est le cas, que l'inspiration doit venir de différentes sources pour qu'un groupe évolue et se renouvelle. Je pense que s'intéresser à d'autres choses que ce à quoi on s'intéresse en général est un pré-requis. Je pense que les groupes et les artistes les plus intéressants sont justement ceux qui s'intéresse à des centres d'intérêts différents de ceux dont ils ont l'habitude. Si nous étions toujours fans des mêmes groupes de métal qu'il y a quinze ans, je pense que notre musique serait devenue beaucoup plus ennuyeuse.Pour nous il est vraiment nécessaire de renouveler l'intérêt sans cesse pour maintenir le tout en vie. Si nous faisons du sur-place l'ennui va s'installer, et si l'ennui s'installe le groupe va cesser d'exister. Nous voulons conserver ce côté frais, et même si parfois je me sens fatigué et usé par les membres du groupes et leurs goûts... je veux dire, certains des trucs que les autres écoutent sont juste incroyablement mauvais à mes oreilles, et je ne comprends pas comment ils peuvent écouter ça. Et ils pensent probablement la même chose des trucs que j'écoute. Mais en même temps je peux voir à quel point cet état de fait est positif pour le groupe en fait, et comment les gens en retirent de nouvelles sources d'inspiration.Pour répondre à ta question, je vais faire court à partir de maintenant, désolé...

Cosmic Camel Clash : Oh, ne t'embête pas. J'espère juste que tu ne payes pas l'appel.

Jesper Liveröd : Non, c'est bon, c'est gratuit pour moi.

Cosmic Camel Clash : Parle autant que tu veux dans ce cas !

Jesper Liveröd : (rires) Donc en fait... où en étais-je ?




Jesper saura-t-il retrouver où il en était ?
Fera-t-il des réponses de moins de 1500 caractères ?
Arriverons-nous à parler de la musique elle-même un jour ?

Vous le saurez dans deux semaines...





Crédits photo :
www.burst.nu
www.myspace.com/burstrelapse


©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 7 polaroid milieu 7 polaroid gauche 7