One-Way Mirror

Entretien avec Guillaume Bideau (chant) - le 14 août 2008

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Cosmic Camel Clash

Une interview de




One-Way_Mirror_20080814

One-Way Mirror, c'est la formation française qu'on n'attendait pas. Mené par Guillaume Bideau (ex-Scarve, Mnemic) et rassemblant des membres de Scarve et Lyzanxia (et ex-Watcha pour Loïc Colin), ce all-star band pratique un métal moderne et catchy. Alors même si l'album du même nom (cliquez ici pour lire la chronique) n'est pas la révélation de l'année, ça valait quand même le coup de contacter le sympathique vocaliste pour connaître les détails de l'aventure.


Cosmic Camel Clash : Comment est venu cette idée de supergroupe à la française ?

Guillaume : Oh, ça n'a pas été pensé comme ça. Je connais ces mecs depuis longtemps, on s'éclate comme des chiens depuis des années nous étions séduits par l'idée de faire un groupe ensemble. Nous n'avions pas vraiment parlé de style d'ailleurs : nous avions déjà partagé la scène dans des festivals et tout donc nous nous sommes dit que ça serait cool.

Cosmic Camel Clash : Même s'ils ne sont pas tous aussi surbookés que toi, les autres membres ont beaucoup de choses à faire... comment avez-vous réussi à faire concorder vos emplois du temps ?

Guillaume : Au niveau de la composition ça a été surtout David, Franck (ndCCC : les frères Potvin de Lyzanxia) et moi. Pour ce qui est de partager les emploi du temps ça a été facile pour moi à cause de la manière dont fonctionne Mnemic, où ce sont les autres qui écrivent les chansons en amont. Il fallait quand même que nous nous mettions d'accord sur la direction musicale à prendre donc avec David et Franck nous nous sommes donnés rencard, nous avons loué un studio et nous avons composé l'album comme ça. En fait l'album est parti du titre "Deprived of Connection" et ensuite le reste est venu comme sur des roulettes. Les idées générales sont venus en moins de quarante minutes, c'était super rapide : nous avons trouvé très vite le style général, nous étions tous d'accord et nous avons envoyé ça aux autres qui nous ont dit « c'est bon, on y va ». Les autres membres du groupes ont seulement participé aux arrangements finaux en studio car c'était impossible de nous rassembler tous les cinq car les autres étaient sur la route. Comme Franck, David et moi habitons au même endroit nous avons pu faire ça tous les trois.
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Cosmic Camel Clash : Donc à la base, quand vous vous êtes retrouvés dans la même salle vous n'aviez aucune idée de ce que vous alliez faire ?

Guillaume : Perso je suis beaucoup plus rock metal que heavy metal : mes groupes préférés sont les Guns, Midnight Oil, Pantera, les Rage, les trucs comme ça. Je n'avais pas envie de refaire les trucs que j'avais déjà faits auparavant, j'avais envie de faire la musique que j'ai envie d'écouter. Donc ouais, nous sommes arrivés avec aucune compo pour laisser libre court à l'impro... c'est clair que j'avais une direction en tête mais je ne voulais pas forcer les gens à la prendre, je voulais que ça se fasse naturellement.

Cosmic Camel Clash : Au niveau du son de l'album, l'accent est pas mal mis sur les sons synthétiques. C'est quelque chose qui te manquait ?

Guillaume : Non, non. Nous avons déjà composé les morceaux, puis ensuite nous nous sommes demandé ce que nous pouvions faire niveau arrangements. Parfois il y a des cordes par exemple mais c'est vachement discret... et pour le côté indus c'est David qui s'est chargé des samples : c'est lui qui fait ça chez Lyzanxia et il n'est pas mauvais là-dedans. Nous avons trouvé ça super sympa quand on l'a essayé donc on l'a gardé. Il y avait pas mal d'idées qui fusaient donc c'était pas vraiment prévu au début, c'est venu comme le reste, un peu comme ça. Je faisais déjà pas mal de voix parlées dans Scarve, très graves et hypercompressées... là j'ai voulu pousser le truc et obtenir un résultat vraiment très froid et robotique. Ca donne un aspect indus, donc il y a ça aussi. On m'a sorti depuis que Vorph de Samael fait des voix un petit peu comme ça, moi je ne savais pas... ben tant pis, voilà. Pour moi c'est un gimmick de l'album, un truc qui donne des couleurs. Nous avons fait quelque chose qui s'appelle de l'entertaining metal parce que tu mets ça sur la platine et c'est parti, c'est pas compliqué. T'as plein de guitares métal qui bourrent sa mère, mais tu as les refrains catchy qui mettent tout le monde d'accord. Les gens qui écoutent autant la radio que le métal vont... bon après c'est rhédibitoire, les gens qui n'écoutent que du black ou des trucs comme ça vont cracher sur ce qui passe à la radio. Moi je suis quelqu'un qui écoute la radio, j'aime bien ce qui passe à la radio, je bosse en studio donc les arrangements... j'aime bien tous les côtés en fait. Donc c'est pour certaines personnes qui sont plus ouvertes que les métalleux assez fermés. C'est du fun métal en fait : ce n'est pas une révolution, c'est simplement bien fait, catchy, puissant et puis voilà. Ca rapproche un peu Linkin Park et Pantera.

PhotoCosmic Camel Clash : Comment vous êtes-vous retrouvés signés chez Metal Blade, qui n'est pas n'importe quel label ?

Guillaume : Mmmhh... ben nous avons envoyé les cds aux labels qui nous intéressaient, donc forcément Nuclear Blast car je suis chez eux avec Mnemic et Dirk (Verbeuren, batterie) aussi avec Soilwork. Et aussi Metal Blade, Century Media, Roadrunner, tout ça... tous ont eu des accroches assez sympatoches, et Metal Blade c'est vraiment celui qui a répondu le plus à nos attentes en terme d'investissement sur le groupe, d'avances financière car nous avons eu quelques frais même si nous avons produit la majorité de l'album dans nos studios : j'ai fait le mix avec toutes les batteries chez Fredrik Nördström, ça coûte un petit peu d'argent tout ça donc il fallait se rembourser. Metal Blade a vraiment voulu signer le truc et bien le travailler, et ce sont vraiment des gens qui sont super sympas. En général ils font un style beaucoup plus bourrin que ce que nous faisons donc nous avons un peu ouvert une brèche avec One-Way, et nous savions que nous n'allions pas nous retrouver en bas du catalogue de Metal Blade comme nous aurions pu l'être chez Roadrunner, mais qu'ils voulaient vraiment pousser le produit et travailler le truc à fond. Donc pour nous c'est cool : autant ne pas rentrer dans le moule mais avoir un label qui nous soutient beaucoup et être en haut du catalogue pour cette sortie. Ce sont vraiment des gens super sérieux et qui vivent à fond la musique, donc c'est cool.


Cosmic Camel Clash : Quel est le statut de One-Way Mirror pour ses membres ? Est-ce le groupe d'un album, un side-project ? Allez-vous tourner ?

Guillaume : Ah ben c'est un groupe. Nous allons nous arranger avec les emplois du temps de nos groupes respectifs pour tourner, sauf Dirk qui fera certainement très peu de dates avec nous, sauf si on tourne avec Soilwork et dans ce cas là il fera des concerts avec les deux groupes (ndCCC : c'est justement ce qui va se passer). Nous avons fait un album, nous comptons en faire un autre, c'est un groupe quoi. Bon après ça va dépendre des emplois du temps car on ne sait jamais ce qui peut se passer, genre un groupe qui explose soudainement. Mais non, l'objectif c'est de faire plusieurs albums et de tourner, comme un groupe normal. Comme tout se passe super bien nous avons envie d'aller voir plus loin. Nous avons déjà douze-treize dates confirmées avec Dagoba en France.

Cosmic Camel Clash : Avec tous tes groupes qui tournent en même temps, quand trouves-tu le temps de vivre ?

Guillaume : Oh, j'ai le temps, il suffit d'avoir de bonne méthodes de travail. Dans One-Way nous sommes trois à bosser, dans Mnemic c'est surtout Mircea (Eftemie, guitare et claviers) qui fait tout le travail et ensuite je le seconde avec Tomas, le bassiste. C'est clair que pour tourner ce n'est pas évident mais après je trouve le temps : j'ai un studio, je vais produire des groupes, je fais de la photo, je sors pas beaucoup... Non, je sais pas, je trouve le temps. Tout le monde me demande comment je fais mais j'en trouve beaucoup. J'ai le temps de dormir quand même donc bon. Quand on aime ce qu'on fait on le fait beaucoup.

Cosmic Camel Clash : A l'époque où tu as intégré Mnemic, tu gagnais encore en partie ta vie en enregistrant des jingles pour la télé. Est-ce que tu as pu laisser tomber ça ?

Guillaume : Oh, c'est surtout que j'ai plus trop le temps. Là j'ai décidé de me consacrer à produire des groupes français et les faire sortir du lot. Avec mon expérience j'estime que mes conseils valent quelque chose et y'a plein de gens qui me sollicitent donc mon objectif est de produire des groupes français à super potentiel et les produire du mieux possible pour montrer qu'on n'est pas non plus des pédés.

Cosmic Camel Clash : Quand on fait un groupe pour le fun, sans message précis à la base, de quoi parle-t-ton dans les textes ?

Guillaume : De la vie. Parfois sur un ton super dérisoire, parfois sur un ton un peu grave. Sur cet album c'est David et moi qui avons écrit les textes et parfois quand nous écrivons ensemble ça devient du grand n'importe quoi (rires). De toutes façons je n'ai pas de message à faire passer, j'estime que ce n'est pas mon rôle... ça va parler de cul, ça va parler d'un meurtre à la façon d'un feuilleton genre Les Experts, y'a vraiment tout et n'importe quoi dans les thèmes.
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Cosmic Camel Clash : Tu es un chanteur plutôt technique chez Scarve et Mnemic, et j'ai l'impression que chez One-Way Mirror tu as décidé de ne pas mettre cet aspect en avant et de composer des lignes de chant qu'on pourrait reprendre sous sa douche...

Guillaume : Disons que quand tu fais un truc super aigu comme je pouvais faire pour Scarve, que tu commences à tourner beaucoup, que tu fais la fête à côté... tu te prends trente dates dans la gueule et à la fin tu te dis que c'est bien de pouvoir aller super aigu en studio, mais que si t'en chies après pour faire tes parties c'est un peu emmerdant. Dans One-Way je chante comme je dois chanter : si tu veux écouter Guillaume< Bideau chanter il faut écouter cet album-là car je trouve que les autres me ressemblent moins. En fait les trucs super aigus sont relégués au rang d'arrangement, ils ne sont plus vraiment en avant pour que la mélodie principale ce soit le truc qui soit catchy. Parfois on n'arrive pas à trouver une super partie donc on enrichit au niveau des arrangements, des choeurs et tout, pour donner un truc sympa. Avant ça m'arrivait de faire ça mais depuis j'ai réalisé qu'il faut d'abord trouver la ligne de balle, celle qui est carton et que après tu peux étoffer un petit peu. Là ça devient intéressant et du coup les gens peuvent chanter, alors qu'avant ils ne savaient pas quoi chanter tellement il y avait de mélodies et d'arrangements. Je fais des trucs tout aussi aigus sur l'album voire plus que ce que je faisais dans Scarve à l'époque. Il y a moins de gros arrangements de voix, ça d'accord, et peut-être que ça changera sur le prochain, mais moins technique je ne trouve pas. De toutes façons ce n'est pas la hauteur de note qui fait la qualité, pour moi le chant c'est là pour donner un feeling agressif ou mélodique, ce n'est pas forcément une démonstration technique.

Cosmic Camel Clash : C'est étrange que tu dises que les autres albums te ressemblent moins : tu m'avais décrit l'enregistrement de tes voix chez Mnemic et tu étais seul dans ton studio, sans patron, à faire ce que tu voulais. Comment enregistrer quelque chose qui ne te ressemble pas dans ces conditions ?

Guillaume : Parce qu'on ma donné les morceaux comme ça, et que les morceaux m'ont dicté ce que j'ai fait. Si je devais réenregistrer Passenger de Mnemic maintenant, je ne sais pas si je referais la même chose. J'essaierais de simplifier parfois, ou d'aller plus à l'essentiel... mais ce sont les morceaux qui demandaient ce genre d'approche selon moi. J'ai enregistré One-Way dans les mêmes conditions, j'étais chez moi... mais la musique est plus simple, donc le chant est plus simple peut-être. Je ne sais pas. Je suis content de ce que j'ai fait dans Mnemic mais je trouve ça un petit peu trop avec le recul, je trouve ça un petit peu trop chargé... après on ne peut pas être super content à chaque fois.



Crédits photo : www.myspace.com/onewaymirrorband


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