Psykup

Entretien avec Ju (chant+guitare) - le 27 mars 2008

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Cosmic Camel Clash

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Flower King

Une interview de




Psykup_20080327

Ils nous aiment tous, mais si on prenait feu ils ne nous pisseraient même pas dessus pour l'éteindre. Tel est le paradoxe régissant les rapports entre Pskyup et son public, un public qui en grande majorité est tombé amoureux de ce groupe hors-normes mais qui est mine de rien en train de le tuer à petit feu. En attendant le très massif We Love You All (chronique ici) vient de sortir, et le chanteur/guitariste surdoué Julien Cassarino est là pour nous en parler. Ecoutons-le...


Cosmic Camel Clash: Quand on regarde l’activité des membres du groupe entre L’Ombre et la Proie et We Love You All, il y a Vidda et toi qui avez fait Manimal, de son côté MiLKa a participé à My Own Private Alaska et Agora Fidelio… bref, on a l’impression que vous ne vous arrêtez jamais. Dans cette optique, quand avez-vous eu le temps de composer l’album ?

Ju : Pendant cette période. C’est-à-dire que nous avions des emplois du temps très chargés, tout le temps obligés de bosser comme des bœufs, et ça nous a obligé à avoir l’œil constamment sur la montre et l’agenda. C’était très compliqué, et donc We Love You All a été écrit sur la fin de la tournée Manimal. Comme j’écris tous les riffs et les structures, ça m’a demandé un travail personnel assez énorme en amont ; en gros, il y a eu un an et demi d’écriture peut-être ! Le temps de rassembler tout ça, de le faire écouter aux autres, et vu que nous avions des dates le week-end, ça nous a obligé à bosser en début de semaine, le soir, ensemble… moi déjà je bosse tout seul dans mon coin, je le leur ramène et on met ça en place en répète, en pré-prod, on enregistre, on réécoute, on pose les voix, c’est tout un bordel organisé en fait. Mais ça nous oblige à être en perpétuelle création artistique et d’avoir les cellules grises en ébullition tout le temps, ce qui n’est pas pour nous déplaire, pas besoin de jouer à la Nintendo DS pour les stimuler (rires).

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Cosmic Camel Clash: Quand tu composes pour Psykup, est-ce que tu le fais à l’échelle d’une chanson, d’un riff ou d’un album ?

Ju : C’a été très différent pour cet album-là. Le Temps de la Réflexion, c’est une synthèse de huit ans de genèse de Psykup. C’était un moment où nous nous cherchions beaucoup, et où il y a donc plein de morceaux qui ne se ressemblent pas vraiment, et qui au final ne sont pas très cohérents entre eux car c’était vraiment une somme de plein de trucs d’adolescents, de gens qui vont passer à l’âge adulte et qui se cherchent encore dans un style. Après j’ai commencé à trouver mon style d’écriture, à voir où je voulais aller et du coup, un album comme L’Ombre et la Proie était déjà plus homogène, mais aussi beaucoup plus froid, ce qui a pu choquer certaines personnes, ce qui fait qu’au final nous en avons vendu autant que pour le premier. Mais le troisième, je l’ai écrit complètement différemment, plus comme un bloc effectivement (il fait référence à la chronique publiée sur Les Éternels), mais j’ai surtout écrit d’une façon plus cinématique : en tant que grand cinéphile, je suis plus intéressé par la construction de mini courts-métrages, ou par une sorte d’écriture séquentielle. On peut passer d’une ambiance à une autre, on peut avoir des rappels d’un morceau à un autre ou d’un passage à un autre dans le même morceau… Du coup ce ne sont plus du tout des morceaux, ou des chansons. Écrire des chansons ça ne m’intéresse pas forcément, je préfère écrire des séquences, des films, une sorte de voyage musical, c’est plus ça que j’ai en tête. C’est pour ça qu’à l’échelle de l’album, il y a cette homogénéité et en gros il faut presque l’écouter d’un bloc pour tout saisir, par rapport à un album normal je veux dire.

Cosmic Camel Clash: Et pour quelqu’un qui a une vision aussi cinématographique des choses, est-ce que l’idée de réaliser un clip pour Psykup te parle ?

Ju : Ah oui, complètement ! Après je n’aurais strictement pas le temps de le faire, parce que déjà tout ce que nous avons à faire c’est assez monstrueux. Il y a quelqu’un qui se charge de bosser sur un clip et qui a déjà écrit un scénario, je vais bosser dessus avec lui pour maîtriser tout de même le truc et pour se mettre d’accord. Après je pense que le clip aura un côté très cinématographique, ce ne sera pas un clip de base où on nous voit jouer, ça on s’en fout, nous sommes plus intéressés par créer une atmosphère, limite si on ne voit pas trop nos tronches dedans, c’est pas grave ! Nous avons toujours fonctionné un peu à l’envers de toute façon, et ce n’est pas délibéré en plus ! Nous avons tous cet esprit-là, ce côté à contre-courant tout le temps, spontanément j’écris des trucs comme ça, ça sort comme ça et ça finit comme ça, et je pense que le clip n’en sera que plus différent des autres.

Cosmic Camel Clash: A priori ce serait pour quel morceau ?

Ju : On pensait à "Birdy", une des plus courtes, parce que niveau clip… et bon déjà nous allons devoir sucrer pas mal de trucs parce que tu ne passes pas un clip de 8:30 comme ça, donc ce sera surtout pour faire circuler sur le Net. "Birdy" a un côté très évocateur au niveau des sensations, ça peut provoquer pas mal d’images, et puis le texte est assez fort donc nous pourrons faire un truc un peu senti au niveau du message. Nous nous sommes donc arrêtés sur celle-là pour l’instant.
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Cosmic Camel Clash: Ça tombe bien que tu évoques le texte de "Birdy", car je voulais savoir à qui est destiné cette phrase qui revient tout le temps dans la chanson : « I wouldn’t piss on you if you were on fire », ce qui n’est quand même pas très gentil…

Ju : (rires) Ça s’adresse aux gens qui sont en train de tuer l’artiste actuellement. L’album parle beaucoup de ça, que ce soit dans "Vivre libre ou mourir" ou dans "Birdy", les deux morceaux qui parlent de ce sujet. Tout ce qui est téléchargement et peer-to-peer intensif, non réfléchi, est en train de flinguer l’art tranquillement parce que personne ne se rend compte de ce que c’est en train de faire aux artistes, à part ces derniers qui le prennent en pleine poire. D’où le titre du morceau "Birdy" ("petit oiseau") parce qu’on se fait déquiller les uns après les autres. Tous les groupes que je connais splittent les uns après les autres parce qu’ils n’ont plus une thune, à cause justement de la perte de ventes sur l’échange de fichiers qui fait qu’on ne peut pas payer l’album suivant puisqu’on n’a pas remboursé le précédent. Alors forcément au bout d’un moment on prend un boulot pour essayer de faire vivre sa musique, comme tout le monde. Et ça les gens ne s’en rendent pas compte, ils pensent qu’en venant au concert ça suffit mais non, parce qu’il faut que les sous rentrent ! Un album ça coûte cher à réaliser, ça demande beaucoup d’investissement et d’argent, et il faut soutenir l’artiste ! Acheter un CD à notre époque est un geste militant, c’est évident, rien que le fait d’aller dans un disquaire pour acheter un disque ça devient complètement fou maintenant… De mon temps ça se faisait, nous n’avions pas le choix, Internet n’était pas développé donc on ne pouvait pas, et maintenant les gens ont des milliards de choses téléchargées en MP3 qu’ils n’écoutent même pas, et ils s’en foutent. Nous ne sommes plus des personnes, nous sommes des vagues chiffres dans un fichier. C’est ça le problème, c’est ce qui tue l’artiste à petit feu, et oui, ces gens-là, je leur pisse dessus, enfin je ne leur pisserais pas dessus s’ils étaient en feu, parce qu’eux nous pissent dessus justement. C’est très violent comme discours, mais c’est excessif exprès, quand on dit « on nous viole » dans ce morceau, ce qui est pensé, ou quand je dis au début du morceau « vous n’êtes pas méchants, c’est notre époque qui veut ça », nous sommes conscients aussi que bien sûr, la conjoncture actuelle pousse les gens à ça, que plein de jeunes sont complètement désinformés et ne réalisent pas le mal qu’ils font à des groupes qu’ils aiment. Si on prenait le temps d’expliquer à tout le monde – et c’est ce que nous essayons de faire aux concerts ou par le Net – la vie de l’artiste actuellement, surtout en France, qui plus est l’artiste underground et surtout metal… et c’est fou, quand on leur explique ils hallucinent, ils ne comprennent pas, ils disent qu’à partir du moment où nous sortons un album, que nous avons un label intéressant, des interviews et que nous sommes dans des magazines, ils pensent que tout va bien, et en fait pas du tout. Beaucoup de groupes que je connais, qui sont pseudo-installés, galèrent grave, et quand on pense qu’actuellement on a perdu 70% de ventes sur n’importe quel album qui sort de n’importe quel artiste, c’est complètement fou, nous sommes carrément dans une sorte de marasme culturel, et c’est inquiétons. Nous essayons d’informer les gens sur le sujet, en étant un peu violents à notre façon, un peu cyniques comme nous l’avons toujours été, mais j’espère que ça pourra faire réfléchir deux-trois personnes.

PhotoCosmic Camel Clash: Nous de toute manière on essaie de relayer le message : hier j’interviewais AqME et quand tu vois le chanteur qu’il t’explique qu’il ne peut plus payer ses factures et qu’il va devoir se trouver un taf…

Ju : Eh bien voilà, c’est ça, c’est exactement pareil, ils sont installés et c’est pareil. Moi je bosse à côté, je donne des cours de chant pour m’aider à bouffer, et aucun membre du groupe n’a pas un boulot à côté. Un boulot qui demande beaucoup de temps, d’investissement, ce qui est ça de moins pour écrire, ce qui me force moi et les membres d’autres groupes à écrire à des heures pas possibles, à être crevé et à prendre sur le corps, et au bout d’un moment on est épuisé. Quand on doit se taper un taf la semaine plus un autre taf le week-end c’est super compliqué, donc heureusement qu’on a le plaisir et la foi, qu’on s’éclate sur scène et qu’on se marre ! Mais je comprends qu’il y ait des groupes qui baissent les bras au bout d’un moment… ou alors à un certain âge ils veulent fonder une famille, avoir un certain niveau de vie, et ce n’est pas la musique que peut le donner dans ces conditions. Donc forcément nous sommes obligés de trouver à côté un boulot un peu plus respectable – mieux payé surtout – comme ça on a notre chèque à la fin du mois, nous sommes dans la stabilité et on ne peut pas nous l’enlever. Mais c’est ça qui est compliqué à expliquer.


Cosmic Camel Clash: Pour en arriver à "Vivre libre ou mourir", est-ce que tu avais ce message et tu t’es dit que le meilleur moyen de le faire passer c’était dans un instru de rap, ou alors es-tu plutôt parti de l’envie de faire une chanson de rap et que le message s’est posé dessus ensuite ?

Ju : Un peu des deux. MiLKa et moi nous partageons les textes moitié-moitié, et c’est lui qui a écrit celui-là. En fait il avait envie de faire passer ce message-là, et nous avions déjà parlé de faire un morceau un peu hip-hop, trip-hop, dans ces eaux-là, par souci de variété vu qu’on aime bien toucher à tout, et que nous avons l’habitude d’écouter des choses comme IAM ou Assassin, qui sont des groupes qu’on adore, ou les vieux NTM. J’avais une boucle de guitare qu’on a utilisée, nous voulions un résultat très anti-Psykup, c’est-à-dire pas de riffs explosifs et super variés, plutôt quelque chose de très froid et minimaliste, notamment au niveau des textes et des voix. Et nous avons pensé aux gars de Khod Breaker, avec lesquels nous avions déjà joué et qui étaient venus faire la première partie de notre DVD de Manimal. Ce sont des tchatcheurs complètement fous qui mettent un vent à beaucoup de gens en France et même ailleurs. Quand nous leur avons parlé du concept ils étaient super heureux, car ce sont eux qui ont écrits leur partie de texte, en partant du message que voulait faire passer MiLKa sur le morceau. Ils ont déboulé et on s’est rendu compte qu’autant dans le milieu hip-hop que dans le milieu metal, les courbes se recoupent : nous avons les mêmes problèmes, on a envie de gueuler les mêmes choses, sur les mêmes personnes… ce n’est pas si différent que ça en fait. Donc c’a été une sorte de morceau collégial, tout le monde a apporté un peu sa touche.

Cosmic Camel Clash: Il y a deux trucs massifs que les gens remarquent à la première approche de We Love You All : d’une part la présence de ce morceau rap dans le premier CD, et d’autre part le concept du deuxième, "La vie dont vous êtes le héros". À ce propos, quel intérêt de proposer une démarche interactive où les gens s’arrêtent à tel ou tel morceau, sachant que ce n’est pas parce que tu le dis qu’ils vont le faire, et qu’en plus, n’importe qui peut le faire à la base sans que tu aies besoin de définir ce genre de cadre ?

Ju : Déjà, détrompe-toi parce que beaucoup de gens le font, en fait (rires). Je m’en suis rendu compte en parlant sur le Net avec les gens qui l’ont acheté, ou même à la radio, dans les magazines… beaucoup de gens jouent le jeu. Moi le premier je me suis dit que si j’avais ça sur un CD, je le ferais parce que ça me ferait marrer, je trouvais ça tellement fou que ça me ferait délirer de le faire, et il y a pas mal de gens qui l’ont fait donc c’est cool pour moi. Et ce qui était intéressant surtout, c’était le côté « ne pas faire défiler les morceaux au hasard sur le CD ». Ça dépend de ton écoute, il y a des gens qui écoutent tout d’une traite, et si tu le fais, forcément ça te casse le concept donc tu seras bien obligé d’aller à une piste, et si jamais tu fais défiler les pistes et que tu tombes directement sur la piste "Pile" ou la piste "Face", tu peux les écouter individuellement mais tu passes totalement à côté du concept. Donc c’est-à-dire que si tu respectes bien les choses telles qu’on les présente, le concept fonctionne. Si tu ne veux pas jouer le jeu il ne fonctionne pas, ou alors tu crois qu’il ne fonctionne pas mais en fait il fonctionne parce que tu passes à côté de pas mal d’aspects du truc. Après il faut creuser beaucoup, que ce soit au niveau du texte ou de la musique, que ce soit dans la vie "Pile" ou la vie "Face" il y a des renvois partout, au "Prologue", au passage du Choix – il est accéléré musicalement dans la vie "Face". Il y a plein de petits détails comme ça, mais il faut vraiment se casser le cul à aller les chercher. Mais ce sont des subtilités, je pense, qui font que si on respecte tout le suivi… c’est comme les Livres dont vous êtes le Héros, quand j’étais petit et que j’en faisais, parfois j’avais la flemme de me taper les combats, je ne lançais pas les dés, j’allais directement à l’endroit où je voulais aller et je me disais « ça sert à quoi finalement ? » Mais si, bien sûr que ça sert à quelque chose, quand on est dans le jeu, là ça sert à quelque chose. Quand on n’y est pas, effectivement, on peut s’en passer, tu vois ? C’est un choix, et ce qui m’intéressait c’est que ça donnait un choix supplémentaire, celui de le faire ou de ne pas le faire. Outre le fait de lancer la pièce, tu peux en plus le faire ou ne pas le faire et ça me fascinait. Et nous allons le pousser sur scène, on va vraiment demander à quelqu’un de monter et de jeter une pièce, et nous-mêmes nous ne saurons pas ce qu’on va jouer avant de le jouer, et ça me fascine en tant que musicien de ne pas le savoir ! Je vais être complètement perdu face à ça. Nous-mêmes on va se regarder, « 3-4 allez on part sur un truc on ne sait pas ce que c’est ! » et je trouve ça intéressant. Ça me faisait délirer d’impliquer l’auditeur.

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Cosmic Camel Clash: Et si les gens ont le choix soit de s’arrêter à la piste 4, soit de passer directement à la piste 6, quid de la piste 5 ? Qu’est-ce qu’elle devient là-dedans ?

Ju : Ah mais tu l’écoutes après la piste 5, je ne t’ai pas demandé d’arrêter le CD ! Si tu tombes sur la piste 6 et qu’après le CD s’arrête, libre à toi d’écouter la piste 5 ou une autre piste. C’est là qu’on est encore dans le libre-arbitre, tu décides de ce que tu fais de ton CD, et à la base tu le fais aussi, sauf que là, il y a le concept. Là si tu joues le jeu, tu rentres vraiment dans le jeu, et là c’est fou parce que tu vas comprendre ce qu’on a voulu faire. Et c’est pour ça que nous avons voulu les intercaler et pas les mettre à la suite, pour que le mec se fasse chier à aller à la piste 6 pour ne pas qu’il puisse tout écouter d’affilée, sinon ça ne voudrait rien dire. Et ça fait une respiration entre les deux. Personne ne va zapper la piste 5 pour autant, tu peux même décider de ne pas écouter "La vie dont vous êtes le héros", de n’écouter que la piste 5 ou la piste 3, par exemple, et après de te mettre à "La vie…" ou alors il y a des gens qui estiment n’écouter qu’une des deux pistes parce qu’ils ont déjà joué le jeu avant, ou parce qu’ils préfèrent cette piste… tout ça c’est une histoire de choix personnel. Moi quand j’écoute un CD, j’écoute rarement tout d’une traite, je vais cibler les morceaux qui me plaisent, et si en plus il y a un concept comme ça et qu’il a été morcelé, je vais essayer de m’amuser à reconstituer les pièces du puzzle. C’est à l’appréciation de chacun, après libre aux gens de ne pas jouer le jeu, de s’en foutre complètement et d’écouter juste les morceaux individuellement, mais ils ne comprendront pas tout. Ils passeront à côté des subtilités du texte, de la musique, ils s’enlèveront un petit truc. Il n’y a que le gars qui aura joué le jeu qui pourra vraiment rentrer dans le trip. Et pire, il y a des gens qui m’ont dit : « on pourrait carrément faire un CD où on n’a qu’une option, soit "Pile", soit "Face", et une fois qu’on a tiré "Pile" ou "Face" on n’a plus le droit d’écouter l’autre morceau, on ne le connaîtra pas », ils sont encore plus fous que moi ! Maintenant ça ne nous appartient plus, les gens font ce qu’ils veulent… mais j’ai été agréablement surpris du nombre de gens qui ont lancé la pièce, au moins à la première écoute, parce qu’après, tu connais l’histoire. Mais des gens s’amusent à la lancer à chaque fois, ils tombent beaucoup sur "Pile", beaucoup sur "Face", et à la fin de la tournée nous ferons certainement des probabilités de sur quoi nous sommes tombés selon les soirs, pour voir. Ça me fascine, ce côté un peu « hasard » dans un CD, parce qu’il n’y en a pas normalement et on a réussi à en mettre un petit peu, donc ça me fait plaisir.

Cosmic Camel Clash: Ok! Tout à l’heure tu as évoqué le fait que tu écrivais les textes à 50/50 avec MiLKa. A priori, vous avez une alchimie assez incroyable au niveau de la composition et de la scène, vous avez des techniques de chant relativement similaires… vous vous êtes trouvés comment ?

Ju : Nous sommes des amis de lycée à la base, moi j’ai fondé le groupe avec l’ancien bassiste, MiLKa est arrivé un peu plus tard. Ce qui s’est passé, c’est qu’au départ nous écoutions un peu le même style de trucs, et après on a complètement divergé au niveau de nos goûts. Lui est plus parti vers tout ce qui est rock français intimiste, lo-fi, post-rock, ce qui fait qu’il a monté Agora, et moi je suis allé vers des trucs plus extrêmes ce qui fait que j’ai fait Manimal. Là maintenant j’ai fait un troisième groupe qui s’appelle Simone Choule, un peu seventies barré, il y a beaucoup de mélanges mais c’est quelque chose de plus calme, plus posé, même si ça reste barge, avec aussi un côté lo-fi… Je pense que nous n'avons pas les mêmes approches du chant. Lui a un côté plus rock&roll, à l’énergie, il aime bien se faire mal, aller au contact alors que moi j’ai un côté beaucoup plus technique, posé, à faire quelque chose de beaucoup plus… (il hésite)

Cosmic Camel Clash: Maîtrisé ?

Ju : Oui, maîtrisé, voilà, ce n’est pas pour dire que j’ai plus de technique que lui, c’est pour dire que je me mets moins en danger. Lui sur scène il va vraiment se mettre en danger, il va pousser sa voix jusque dans les extrêmes alors que moi non, ce sera toujours très réfléchi. À ce niveau-là nous n’avons pas la même vision des choses, et au niveau des tessitures, lui est beaucoup plus bas tandis que je suis beaucoup plus haut. On se complète, c’est cool, dans les harmoniques nous sommes très branchés Alice in Chains, donc dès qu’il y a des harmoniques de chant à faire on se fait plaisir à la AiC, dès qu’il y a des questions-réponses un peu dans le côté hardcore, comme Biohazard qui est un groupe qu’on adore et que nous écoutons beaucoup, on le fait aussi… Et puis même nous sommes un peu plus marqués dans les individualités sur des passages, pour que chacun fasse ce qu’il sait faire mieux que les autres, et quand nous écrivons, on définit un peu qui va faire quoi, « tiens je te verrais plus faire ci ou ça », que chacun soit bien à sa place aussi et que nous puissions vraiment apporter quelque chose d’intéressant au morceau. Ça reste toujours équitable dans le sens où personne ne bouffe l’autre, mais c’est très réfléchi au service du morceau. Il n’y a pas d’ego là-dedans, il faut que ça sonne, si c’est toi qui le fais mieux eh bien tu le fais et si c’est moi qui fais mieux c’est moi qui fais. Pas d’ego sur le sujet, on n’est pas couillons là-dessus.
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Cosmic Camel Clash: Au niveau de ta propre technique de chant, qui est quand même super-particulière et très reconnaissable, comment tu l’as acquise ?

Ju : Oh, j’ai bossé tout seul, j’ai tout appris tout seul ! Ma sœur m’a donné de vagues conseils entre la poire et le fromage à table, parce que je faisais du lyrique depuis tout petit et elle m’a appris deux-trois trucs, mais comme ça vraiment, en parlant. Moi je n’ai pris aucun cours, j’ai bossé tout seul, la guitare aussi. MiLKa avait pris quelques cours de chant à une époque, et moi j’ai vraiment appris sur le tas, en bossant… Après, j’adorais expérimenter donc j’ai beaucoup travaillé, je travaillais énormément ma voix. C’est là ou MiLKa est beaucoup plus rock&roll que moi, lui va beaucoup plus s’entretenir en écrivant et en chantant sur scène, alors que moi je vais plus entretenir en dehors en bossant d’autres trucs, tandis que la guitare, je la bosse très peu. L’instrument de guitare m’intéresse moins, alors que la voix me fascine, j’ai envie de la pousser dans ses derniers retranchements, d’essayer de nouvelles choses, expérimenter, mais toujours dans la maîtrise. J’ai toujours envie de comprendre ce qui se passe. Du coup, je vais plus vers des choses que je ne maîtrise pas trop, en ce moment j’essaie des tessitures plus graves justement pour voir un peu, essayer des choses. Après c’est un travail de tous les jours, en plus en donnant des cours de chant ça me force à travailler ma voix, à revenir aux bases. Mais c’est hyper fascinant je trouve, la biologie de la voix, le côté vocal, le côté « qu’est-ce qui se passe à l’intérieur ? », ça me plaît beaucoup, ça m’intéresse.

Cosmic Camel Clash: Dernière question sur quelque chose qui a choqué pas mal de gens : vous avez posé beaucoup de dates de concert, mais a priori vous n’avez aucune date parisienne prévue ?

Ju : Alors en fait nous sommes en train de la préparer, ce qui est compliqué c’est au niveau organisation : trouver la bonne salle au bon endroit, le bon truc, et c’est une date que nous allons certainement produire nous-mêmes donc c’est encore plus compliqué. Il y a eu pas mal de propositions, de choses qui devaient se faire et ne se sont pas faites, parce qu’on veut faire vraiment la bonne date parisienne. Après on joue beaucoup en région parisienne, mais intra-muros nous voulons faire la bonne date, donc je pense que le tourneur est en train de choisir la meilleure option. Il est en train de voir tout ce qu’il a devant lui, ce qu’il y aura de mieux. À mon avis elle va se faire en octobre ou en novembre, je pense, durant la deuxième partie de tournée puisque la première est déjà quasiment bouclée. Mais par exemple demain soir nous jouons à Chelles, en banlieue parisienne, nous jouons aussi à Chaville le 12 avril (consulte son calendrier de tournée pour obtenir les dates exactes) et nous sommes à Savigny-le-Temple, donc toujours en banlieue parisienne, le 17 mai. Voilà, ce sont les trois dates qu’il y aura autour de Paris donc avis aux Parisiens qui voudraient venir nous voir, c’est là qu’il faudra pour l’instant. Sinon il faut patienter jusqu’à la deuxième partie de tournée mais il y en aura une, c’est sûr.



Crédits photo : www.myspace.com/psykup


Merci mille fois à Flower King pour la transcription


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